II.

Le malade souvent examine ses mains,
Si pâles, n'ayant plus que des gestes bénins
De sacerdoce et d'offices, à peine humaines;
Il consulte ses mains, ses doigts trop délicats
Qui, plus que le visage, élucident son cas
Avec leur maigre ivoire et leurs débiles veines.

Surtout le soir, il les considère en songeant
Parmi le crépuscule, automne des journées,
Et dans elles, qui sont longues d'être affinées,
Voit son mal comme hors de lui se prolongeant,
Mains pâles d'autant plus que l'obscurité tombe!
Elles semblent s'aimer et semblent s'appeler;
Elles ont des blancheurs frileuses de colombe
Et, sveltes, on dirait qu'elles vont s'envoler.
Elles font sur l'air des taches surnaturelles
Comme si du nouveau clair de lune en chemin
Entrait par la fenêtre et se posait sur elles.
Or la pâleur est la même sur chaque main,
Et le malade songe à ses mains anciennes;
Il ne reconnaît plus ces mains pâles pour siennes;
Tel un petit enfant qui voit ses mains dans l'eau.

Puis le malade mire au miroir sans mémoire
— Le miroir qui concentre un moment son eau noire —
Ses mains qu'il voit sombrer comme un couple jumeau;
Ô vorace fontaine, obstinée et maigrie,
Où le malade suit ses mains, dans quel recul!
Couple blanc qui s'enfonce et de plus en plus nul
Jusqu'à ce que l'eau du miroir se soit tarie.
Il songe alors qu'il va bientôt ne plus pouvoir
Les suivre, quand sera total l'afflux du soir
Dans cette eau du profond miroir toute réduite;
Et n'est-ce pas les voir mourir, que cette fuite?