I.
La maladie est un clair-obscur solennel,
L'instant mi-jour, mi-lune, angoissant crépuscule!
Dans l'ombre qui s'amasse, un reste de jour brûle;
Reverra-t-on la vie au delà du tunnel?
La maladie est une crise de lumière;
On sent planer l'ombre de l'aile de la mort;
Quelque chose pourtant d'avant-céleste en sort
Et répand une paix d'indulgence plénière.
Lente épuration! Chaste ennoblissement
De tout l'être par on ne sait quel charme occulte.
Est-ce par la pâleur, par l'amaigrissement
Qui fait que le visage en ivoire se sculpte?
On se croirait un autre; on se semble être ailleurs;
On voit mieux; on s'exhausse à des rêves meilleurs;
On a comme soudain en main un bréviaire;
Ah! qu'on est loin! Est-ce qu'on habite une tour?
Épreuve, demi-vie, état intermédiaire;
On se sent anormal tel qu'un cierge en plein jour!