IX.

Toutes ces mains: les mains des morts enfin inertes
Qui tiennent droit un vieux crucifix comme une arme,
Ou bien parfois quelques violettes de Parme;
Et d'autres mains, les mains d'amants qui sont expertes

À manier la chevelure d'une amante,
À la bien partager en deux sur chaque épaule,
À l'agiter comme le feuillage d'un saule
Qui, dans le vent changeant, s'étrécit ou s'augmente.

Mains des fermes vendangeant les grappes du lait;
Mains des berceaux dépliant leurs roses trémières;
Et les mains des couvents en qui le chapelet
Est un silencieux écheveau de prières;

Toutes les mains s'évertuant vers des bonheurs,
Mains mystiques, mains guerrières, si variées:
Les mains, couleur de la lune, des mariées;
Les mains, couleur de grand soleil, des moissonneurs;

Toutes: celles semant du grain ou des idées;
Accouchant le bloc de marbre, de la statue,
Ou la mère, de l'enfant qui la perpétue;
Toutes les mains, jeunes, vieilles, lisses, ridées,

Toutes ont pour tourment caché ces lignes fines,
Ces méandres de plis, cet enchevêtrement;
Or on dirait des cicatrices de racines,
Nos racines que nous portons, secrètement.

C'est là, nous le sentons, que gît l'essentiel;
Ces lignes sont vraiment les racines de l'être;
Et c'est par là, quand nous commençâmes de naître,
Que nous avons été déracinés du ciel.

La main en a gardé la preuve indélébile;
Et c'est pourquoi, malgré bonheurs, bijoux, baisers,
Elle souffre de tous ces fils entrecroisés
Qui font pleurer en elle une plaie immobile.

LES MALADES AUX FENÊTRES