IX.
Le soir quotidien descend
Dans les vitres qu'il décompose;
On y voit s'évanouissant
Comme un encens sur une rose.
C'est un funèbre et bref conflit
Dans les vitres, lasses d'attendre.
Enfin le destin s'accomplit,
Pauvres vitres pleines de cendre…
Et le soir qui manigançait
Dans la demeure enfin pénètre.
Ombre unanime déjà! C'est
Comme une mort dans la fenêtre.
C'est la fin d'un règne; ou c'est-il
Un pressentiment de veuvage,
Un apprentissage d'exil,
Un commencement d'hivernage?
Soir affligeant! On sent enfin
Qu'on est trop seul, qu'on ne vit guère,
Humain à peine et trop divin!
Et que l'Art est un reliquaire
Où l'on enclôt son coeur vivant
Dans un tombeau de pierreries.
Ah! vivre! le soleil, le vent,
La mer, les arbres, les prairies;
Les lèvres et les seins aussi!
Un amour, un but, un calvaire!
Pas toujours ce destin transi,
Cette solitude sous verre.
Mais n'est-on pas ainsi déjà
— Espoir de gloire moins précaire! —
Le saint qui pour soi s'ouvragea
De son vivant, un reliquaire?