SCENE II.

MARC-ANTHOINE, le Medecin d'Octave.

MARC ANTHOINE.

Mais que voudroit de nous le Medecin d'Octave,
Son mal depuis hier seroit-il augmenté?

UN DE LA SUITE D'ANTHOINE.

Je viens de le quiter en meilleure santé.

LE MEDECIN.

Si quelque bon succez nourrit ton esperance,
Change la desormais en parfaite asseurance,
Je te viens anoncer de la part des Destins,
Que les Dieux sont pour nous, & contre ses mutins.
Pendant l'obscurité de la nuict precedente
Je resvoy dans mon lict sur la guerre presente,
Attendant doucement qu'un sommeil gracieux
M'eust ouvert le repos en me fermant les yeux,
Quand tout à coup l'esclat d'une grande lumiere
A brillé dans ma tante, & frapé ma paupiere,
Pour en depeindre icy les plus petits rayons,
Je n'ay dans mes discours que des foibles crayons;
Il suffit que les feus les plus beaux de la terre,
Les esclairs lumineux qui partent du Tonnerre,
Le Celeste flambeau qui donne la clarté,
Au pris de celle-la ne sont qu'obscurité;
Je n'ay pas plûtost veu cette flamme impreveuë,
Que j'ai senty mourir l'usage de la veuë,
Ma langue s'est noüée, & tous mes sens perclus
Ont exprimé l'estat d'un homme qui n'est plus:
Mon esprit toutefois exempt de cette crainte
Au milieu des rayons, dont ma tante estoit peinte,
A veu la Majesté d'une troupe de Dieux,
Et conneu par ces mots, comme l'on parle aux Cieux,
«Amis du grand Cæsar vos victoires sont prestes,
Le Ciel est sur le point de couronner vos testes,
Et redonner la vie à l'Empire Romain,
Cependant leur Decrets qui n'ont rien que de grave
Pour destourner les maux qui menassent Octave,
Veulent qu'au Camp d'Anthoine on le porte demain.»
La fin de ce discours a chassé ces lumieres,
Et remis dans mes sens leurs faussetez premieres,
Leur laissant toutefois quelque ravissement
Dans la reflexion de cét esvenement;
Reçoy donc cét advis, & que ton ame instruite
Donne une loy certaine à ta sage conduite.

MARC ANTHOINE.

Il est trop important pour estre à negliger,
Allons, le temps est court, il le faut mesnager.