B. MONUMENTS

Presque tous les monuments, petits ou grands, que nous possédons maintenant, proviennent de la Haute Egypte, en particulier d’Abydos, de Negadah et, un peu plus au sud, d’Hieraconpolis, la ville où était probablement le centre le plus ancien en Egypte du clan d’Horus le Faucon, avant son extension vers le nord. Enfin un certain nombre d’inscriptions et de petits objets ont été trouvés dans les environs de Memphis, mais, comme nous venons de le voir, ceux-ci datent seulement de la fin de l’époque thinite. Nous devons passer en revue tous ces documents avant d’aborder le tableau d’ensemble de la civilisation pendant cette période.


Tombeaux

Les princes de Thinis avaient choisi pour y creuser leurs sépultures une large plaine sablonneuse dominée par les montagnes où commence le désert proprement dit, aux environs immédiats de leur première capitale, au lieu qui deviendra plus tard la ville sacrée d’Abydos. Les plus anciennes de ces tombes, celles qui appartiennent aux premiers rois de la Ire dynastie, et même peut-être à quelques-uns de leurs prédécesseurs immédiats, sont de grandes fosses rectangulaires creusées dans le sol du désert, qui ne dépassent guère cinq mètres sur sept de côté, et trois de profondeur environ; des murs en briques crues étaient élevés contre les parois naturelles de la fosse et le tout était recouvert, au niveau du sol sans doute, par un plancher de bois supporté par des piliers, également en bois; une couche de sable devait rendre la tombe invisible.

Avec un plan aussi simple, le tombeau du roi se distinguait à peine de ceux de ses sujets, et nous voyons peu à peu les souverains chercher à donner à leur dernière demeure un caractère plus grandiose. A partir du milieu de la Ire dynastie, les proportions de ces tombeaux augmentent sensiblement, en profondeur autant qu’en longueur et en largeur: on ne se contente plus de murs en briques et d’un plafond de bois, on étend un plancher sur le sol, on lambrisse les parois, et on finit même par dessiner le long des murailles, au moyen de murs de refend, des séries de niches profondes qui ont presque la dimension de petites chambres. Enfin de grands escaliers en briques crues descendent jusqu’au fond de la salle, et autour de celle-ci, dans un fossé moins profond, sont construites des séries de petites chambres servant de magasins pour les provisions funéraires et de sépulture aux gens de l’entourage immédiat du roi. Un petit monticule de sable et de galets recouvrait autrefois le trou, et au sommet une stèle portant en grands caractères le nom du roi signalait de loin l’emplacement de son tombeau.

Deux tombes seulement de rois de la IIme dynastie ont été retrouvées à Abydos, toujours dans la même région, mais ces monuments se distinguent très nettement des autres, par le fait surtout que la chambre funéraire et toutes ses dépendances sont construites dans une seule et même excavation, celle-ci pouvant atteindre des dimensions considérables. Ainsi le tombeau de Kha-Sekhemouï, qui doit être un des derniers rois de la dynastie, est construit sur un plan très allongé et n’a pas moins de 83 mètres de long, avec 58 pièces, parmi lesquelles la chambre funéraire, placée au centre, est à peine plus importante que les autres.

Le monument le plus remarquable de toute la période thinite est situé à Négadah, entre Abydos et Louxor; c’est encore un tombeau, non plus un tombeau souterrain, mais une construction entièrement apparente. En voyant pour la première fois cet édifice qui est encore dans un état de conservation relativement bon, nous crûmes être en présence d’un mastaba de l’Ancien Empire et il fallut les fouilles méthodiques qu’entreprit immédiatement M. de Morgan pour nous prouver que nous avions sous les yeux un monument datant d’un des plus anciens rois de la Ire dynastie; certains savants ont voulu identifier ce souverain à Ménès lui-même, mais la découverte récente d’un fragment des annales de l’Ancien Empire montre qu’il s’agit sans doute de son deuxième successeur, le roi Atet-Kenkenès.

Entièrement construit en briques crues, ce monument, dont la forme générale est rectangulaire, a une longueur totale de 54 mètres, exactement le double de sa largeur; un socle bas l’isole du terrain environnant, et au-dessus de ce soubassement les murs s’élèvent, présentant tout le long des quatre façades une série de petites niches avec les retraits et les saillies que nous retrouverons plus tard dans les stèles de l’Ancien Empire et qui ne font que reproduire les détails décoratifs de l’architecture civile en briques et en bois. Aucune porte ne permet de pénétrer dans l’intérieur, qui se compose d’un noyau central contenant cinq pièces, dont la chambre funéraire, au milieu; après l’ensevelissement, on avait muré les portes de ces chambres, puis on avait édifié tout autour une série de pièces plus petites destinées à servir de magasin, et enfin le mur extérieur avec ses niches, qui devait clore définitivement le tombeau et le présenter aux regards sous la forme d’un immense bloc architectural sans la moindre ouverture: au lieu d’être enterré, comme d’habitude, le mort était emmuré.

Enfin, dans les substructions du temple plus récent d’Hieraconpolis, on a retrouvé un long mur circulaire, en pierres grossièrement assemblées, qui représente sans doute l’enceinte du premier temple bâti en cet endroit sous les dynasties thinites, ainsi que semblent le prouver un montant de porte sculpté au nom du roi Kha-Sekhemouï et d’autres objets de la même époque. On n’a jusqu’ici signalé aucun autre édifice royal, temple ou tombeau de cette période.

Quant aux tombeaux des particuliers, ils sont toujours d’une grande simplicité: la fosse, un peu plus grande qu’autrefois, est rectangulaire ou carrée, ses parois sont en général revêtues de briques crues, et un plafond de bois ou de dalles de pierre recouvre le tout; elle comprend parfois plusieurs chambres. Le mort y est le plus souvent couché sur le côté gauche, la tête au sud, dans la position dite embryonnaire ou assise; on ne rencontre que rarement des exemples de démembrement complet, comme c’est le cas vers la fin de la période précédente, mais on retrouve par contre souvent la petite tombe ovale et la tombe-ciste.


Mobilier funéraire

Les tombeaux royaux ne nous sont point parvenus intacts; ils n’étaient pas suffisamment protégés, et les violateurs de sépultures y pénétrèrent; puis des incendies éclatèrent dans ces constructions où le bois entrait pour une grande part, et le mobilier funéraire en souffrit considérablement. D’après ce qui en reste, nous pouvons néanmoins nous faire une idée exacte de ce que ce mobilier devait être à l’origine, de la variété et de la richesse des objets qui le composaient.

Les vases en terre sont de toutes formes et d’une grande abondance; tous servaient à serrer des provisions, grains ou liquides, dont on a encore retrouvé des traces, et étaient amoncelés dans les petites salles annexes du tombeau, qui servaient de magasins; d’immenses jarres, soigneusement fermées au moyen d’une écuelle et d’un bouchon d’argile, et alignées les unes à côté des autres, contenaient du vin, peut-être aussi de l’huile; dans d’autres pièces, des cruches plus petites ou de grandes écuelles renfermaient du blé, de l’orge, des fruits, des viandes. Tous ces vases étaient des objets d’un usage courant, vulgaire même, et non des ustensiles de luxe; ils ne manquent pas d’un certain galbe, d’une élégance de lignes qui se retrouve dans tout objet provenant de l’ancienne Egypte, mais leur facture est sommaire, l’argile employée est grossière, la cuisson souvent défectueuse.

Si la céramique, ravalée à des usages inférieurs, est moins soignée que celle de la période prédynastique, nous remarquons par contre un progrès immense réalisé dans l’industrie des vases de pierre: toute la vaisselle des rois et des gens de qualité se composait en effet d’ustensiles taillés avec une habileté incroyable, qui n’a jamais été égalée plus tard, en aucun endroit et à aucune époque. Les ouvriers travaillent indifféremment le calcaire, l’albâtre et le grès, le granit, la diorite, la diabase et le porphyre, sans que jamais la pierre la plus dure semble constituer pour eux le moindre obstacle. Ils s’attaquent même à l’obsidienne et au cristal de roche et réussissent à en tirer des petits vases et des coupes d’une perfection inouïe. Des instruments dont ils se servaient pour venir à bout de ces chefs-d’œuvre, nous ne connaissons que le plus important, celui qui servait à évider l’intérieur du vase, une sorte de vilebrequin à lame latérale, garni dans le haut d’un lourd contrepoids servant de volant.

Au point de vue de la forme, la variété de ces vases est très grande. Il y a d’abord la coupe, pour laquelle on employait de préférence l’albâtre, le calcaire, le grès, le quartz, et qui servait en même temps d’assiette et d’écuelle. Elle est plate ou plus ou moins profonde, souvent même plus haute que large; son fond est plat ou arrondi, ses parois généralement droites, mais parfois le rebord se retourne légèrement vers l’intérieur. Puis les grandes jarres d’albâtre, imitées du modèle très répandu de la poterie ordinaire, et dont quelques-unes atteignent jusqu’à un mètre de hauteur; les vases globulaires à fond plat et à petites anses, les uns minuscules, les autres de très grandes dimensions; les vases sphéroïdes à rebord aplati et anses de suspension, en granit, diorite ou porphyre, dont la panse est unie ou côtelée et qui sont souvent de pures merveilles; enfin les nombreux vases cylindriques, généralement en albâtre. On pourrait encore mentionner d’autres formes moins courantes, entre autres les vases en forme d’animaux. Tous ces modèles se retrouvent en très grande abondance dans les tombeaux des rois et même dans ceux des particuliers de l’époque. Etant donnée la matière employée, on pourrait encore faire rentrer dans cette catégorie les petites tables d’albâtre, sorte de guéridons formés d’un disque monté sur un pied très bas, qui servaient de tables à manger, et qui deviennent surtout fréquentes à partir de l’Ancien Empire.

La faïence fait sa première apparition avec des vases, des plaquettes et divers fragments en terre vernissée, à couverte d’un vert parfaitement homogène, mais qui peut-être était bleu à l’origine; ce genre de faïence devait continuer à être employé à toutes les époques du royaume pharaonique.

Vu leur fragilité même, beaucoup d’objets qui se trouvaient dans les tombes royales ont disparu ou ne nous sont parvenus qu’à l’état de fragments: ainsi tout ce qui était en bois ou en ivoire, figurines, plaquettes, coffrets incrustés, meubles sculptés souvent ornés de pieds de taureau ou de lion, d’un travail exquis. Un hasard heureux a fait retrouver aussi de belles perles en or et des bracelets en or, améthyste et grenat qui sont aussi bien composés qu’exécutés, et qui dénotent, chez les bijoutiers de ce temps, une pratique du métier déjà très grande.

Les progrès de la taille du silex sont au moins aussi remarquables que ceux de la fabrication des vases en pierre dure. Les grands couteaux recourbés du tombeau de Negadah et les longs éclats retaillés sur une seule face, avec des retouches d’une régularité parfaite, ne sauraient trouver leurs égaux en aucun pays du monde; ces derniers servaient de poignards, et l’un d’eux est enveloppé sur une partie de sa longueur d’une feuille d’or ciselé formant poignée. A côté de ces armes on trouve, toujours dans les tombeaux des rois, un grand nombre de pointes de flèches qui ne leur cèdent en rien pour la beauté de la forme et du travail.

Nous avons déjà vu çà et là, pendant l’époque précédente, des objets de cuivre; à partir des premiers rois thinites, l’usage de ce métal est très répandu. On s’en sert non seulement pour des outils ou des armes, mais aussi pour des vases, grandes coupes creuses, vases globulaires avec anse mobile ou aiguières verseuses à bec recourbé, qui témoignent déjà d’une grande habileté en matière de chaudronnerie; les ouvriers s’entendaient aussi bien à travailler à l’embouti qu’à souder et à river les pièces ensemble.

Parfois encore les tombeaux des particuliers nous livrent de ces plaques de schiste que nous avons signalées dans les sépultures prédynastiques, mais on n’en a rencontré que rarement dans les tombes royales; l’usage de ces objets dans le mobilier funéraire tendait à disparaître, par contre on en employait d’analogues pour le service du culte divin. Ces plaques de schiste d’un nouveau modèle, dont quelques-unes de très grandes dimensions, sont couvertes de sculptures en bas-relief qui ont pour nous non seulement de l’intérêt au point de vue artistique, mais nous donnent encore souvent des renseignements historiques importants. On y voit représentées, sous forme symbolique, une campagne victorieuse, la destruction de cités ennemies, la soumission des vaincus, tandis que sur d’autres on ne remarque que des animaux de toute sorte, en particulier ces espèces de panthères dont le cou d’une longueur très exagérée entoure le godet central qui paraît être la partie la plus importante de la plaque, mais dont nous ne connaissons pas encore le but exact. Quoi qu’il en soit, ces plaques de schiste sculptées, qui sont de véritables œuvres d’art, paraissent être des objets votifs, comme les énormes masses d’armes votives en pierre, couvertes de bas reliefs, qui étaient déposées dans le temple d’Hieraconpolis.

Ces monuments sont en somme les premiers bas-reliefs égyptiens; c’est de la même époque que datent les premières œuvres de la statuaire, qui, bien que souvent un peu lourdes de forme, possèdent déjà la plupart des qualités des statues de l’Ancien Empire. Ces objets sont du reste assez rares: quelques statues de petites dimensions, de rois ou de particuliers, des statuettes d’hommes ou de femmes en ivoire, et des figurines en diverses matières, représentant des animaux.


Inscriptions

Parmi tous ces monuments, les plus importants pour nous, et de beaucoup, sont ceux qui portent des inscriptions. Les plus anciens documents écrits appartiennent aux premiers souverains ayant régné sur les deux parties du pays, et l’invention de l’écriture, qui est la caractéristique de l’époque thinite, ne semble pas avoir été de beaucoup antérieure à ces débuts de l’histoire égyptienne. Il ne s’agit pas encore de textes, à proprement parler, mais d’inscriptions très courtes donnant des noms, des titres, et la mention sommaire, au moyen de quelques signes seulement, d’événements importants. En la comparant à celle des époques suivantes, on voit que cette écriture est encore dans son enfance, mais en même temps on peut constater qu’elle a non seulement le caractère pictographique propre à toutes les écritures primitives, mais qu’elle possède déjà tous les éléments phonétiques et alphabétiques qui constituent le système hiéroglyphique. Les signes ne sont pas encore disposés suivant un ordre rigoureux, comme plus tard, mais ils sont déjà dessinés avec une précision remarquable, et ceux qui sont en usage à ce moment-là se modifieront à peine au cours des siècles. L’Egyptien, profondément artiste, avait trouvé, presque sans tâtonnement, semble-t-il, le type d’écriture qui lui convenait et auquel il devait se tenir pendant des milliers d’années.

Les documents écrits de la période thinite appartiennent pour ainsi dire tous au roi lui-même ou à son entourage immédiat. Parmi les monuments royaux, il faut citer en première ligne les grandes stèles de pierre dressées sur les tombeaux et qui ne contenaient que le nom du roi en grands caractères; il en est de même des montants de porte de Kha-Sekhemouï au temple d’Hieraconpolis et des bas-reliefs du Sinaï où le nom accompagne seul la figure de Mersekha massacrant ses ennemis. De petites plaquettes en bois ou en ivoire, destinées à commémorer un événement, une victoire, une cérémonie religieuse ou une inauguration d’édifices, portaient, en plus des représentations figurées et du nom royal, un très court texte explicatif. Enfin, sur la grande plaque de schiste et les massues votives d’Hieraconpolis, il n’y a, à côté des représentations, que le nom du roi, qui se retrouve également, isolé, sur beaucoup de petits objets de toute espèce.

Chaque employé supérieur de l’administration avait son cachet officiel, cylindre gravé en creux, portant son titre et son emploi, à côté du nom du roi; ces cylindres servaient entre autres à sceller les produits dont les fonctionnaires avaient la surveillance, et ils étaient apposés sur les énormes bouchons d’argile fermant les grandes jarres où l’on conservait les provisions destinées au roi mort. Ces empreintes, qui sont le plus souvent encore très nettes, forment l’ensemble le plus important et le plus varié des inscriptions de l’époque thinite. C’est aussi, sans aucun doute, à des officiers royaux et à de grands personnages de la cour qu’appartenaient les nombreuses petites stèles portant simplement leur nom et indiquant la place de leur sépulture dans les dépendances des tombeaux royaux.

Ce n’est pas sous la forme d’un cartouche ovale, comme on a l’habitude de le voir dans tous les monuments depuis l’Ancien Empire, que se présente ici le nom du roi: il est renfermé dans un rectangle terminé dans le bas par un motif architectural et surmonté d’un faucon. Il est nécessaire, pour expliquer cette différence qui peut paraître étrange au premier abord, de jeter un coup d’œil sur la titulature complète des rois d’Egypte, à la bonne époque. A côté d’un nombre très variable d’épithètes pompeuses où la fantaisie des scribes se donne libre carrière, le protocole royal comporte cinq noms différents précédés chacun d’un titre spécial; ainsi la titulature complète d’Amenemhat III, un des derniers rois de la XIIme dynastie ([fig. 91]), se présente de la façon suivante:

Le premier de ces titres, celui dans lequel le faucon surmonte un édifice où est gravé le nom, représente le nom sacré du roi, son nom d’Horus, celui par lequel il affirme sa descendance divine, sa qualité d’héritier légitime du dieu fondateur de la monarchie. Les deux suivants ont moins d’importance et paraissent rarement isolés en dehors du protocole complet. Quant aux deux derniers, avec les noms renfermés dans des cartouches, ce sont, à l’époque classique, les vrais titres officiels du roi, les seuls employés couramment pour désigner le pharaon: l’un, que nous avons l’habitude d’appeler le prénom, est surmonté du double titre «roi de la Haute et roi de la Basse Egypte»; c’était le nom que se donnait le roi au moment de son couronnement, tandis que son ancien nom de prince royal, son nom de famille en quelque sorte, trouvait place dans le dernier cartouche, avec l’épithète «fils du soleil», qui fait ressortir une fois de plus le caractère divin ou semi-divin de la royauté. Tous ces titres n’ont ni la même origine ni la même ancienneté. Le premier en date est aussi le premier de la série, le nom d’Horus; jamais, sur leurs monuments, les premiers rois de la première dynastie ne sont désignés par un autre nom que celui qui, enfermé dans le rectangle qui figure le palais royal, est surmonté du faucon, image du dieu Horus. Le souverain n’est donc pas appelé à l’origine «le roi d’Egypte un tel» mais «l’Horus un tel»; plus tard, sous la IIme dynastie, certains rois qui étaient sans doute originaires de la Basse Egypte tentèrent, comme le fit Perabsen, de remplacer le faucon par l’animal typhonien Set, et se nommèrent alors «le Set un tel» ([fig. 93]); d’autres enfin réunirent les deux emblèmes divins, comme Kha-Sekhemouï qui se donne le titre de: «Horus-Set-Kha-Sekhemouï» ([fig. 94]).

Fig. 93. Nom du roi Perabsen.
Fig. 94. Nom du roi Kha-Sekhemouï.
Fig. 95. Nom du roi Den-Setouï.

Dès l’origine, cependant, les rois prirent le titre de «maître des diadèmes du Sud et du Nord», titre qui vient se placer à côté du premier, mais n’est pas accompagné d’un nom nouveau. Enfin, à partir du milieu de la Ire dynastie, nous voyons apparaître un second nom tout à fait différent de l’autre, avec le titre de «roi de la Haute et de la Basse Egypte» ([fig. 95]). Ce nom n’est pas encore enfermé dans un cartouche, comme cela aura lieu plus tard. Quant aux deux autres titres, celui de «Horus d’or», ou de «Horus vainqueur», et celui de «fils du soleil», ils ne paraissent que beaucoup plus tard, dans le courant de l’Ancien Empire.

Dans les listes royales d’époque postérieure, les pharaons, même les plus anciens, sont toujours désignés par leurs noms de rois de la Haute et de la Basse Egypte, jamais par leurs noms d’Horus. Or les monuments de l’époque ne nous donnent la concordance entre les deux noms que pour trois rois de la Ire dynastie: Den-Setouï (Ousaphaïs), Azab-Merbapa (Miebis) et Mersekha-Semempsès. Pour tous les autres rois thinites, nous n’avons que le nom d’Horus, ce qui rend leur assimilation assez difficile; néanmoins, on est arrivé à les grouper de façon assez satisfaisante.