CHAPITRE III.

LES PETITES UNIVERSITÉS ET LES UNIVERSITÉS «SILVESTRES».

A côté d'Alcalá, à côté de Salamanque, à laquelle sa nouvelle rivale ne porte point ombrage et qui atteint même en ce temps-là le plus haut point de sa prospérité,—à côté de Valladolid, magnifiquement dotée, fortement appuyée sur son Colegio Mayor de Santa Cruz, sur son collège dominicain de San Gregorio et sur tant d'autres qui ont crû de toutes parts dans cette grande ville, illustre par son passé, séjour préféré des rois, véritable centre de la monarchie;—à côté de Valence, également opulente et fréquentée, pourvue de chaires de toutes sortes et particulièrement célèbre par la valeur de ses études médicales, quelques-unes des Universités qu'a fait naître si subitement le mouvement intellectuel de l'Espagne se développent régulièrement, mais sans grand éclat.

[p. 123]

Celle de Saragosse est servie par une situation particulièrement favorable; elle prospère au sein d'une population laborieuse. Celle de Santiago se soutient aisément par les rentes ecclésiastiques qui ne manquent jamais dans une cité enrichie par les pèlerinages; celle d'Ávila dispose d'un capital considérable, prélevé par Ferdinand et Isabelle sur les sommes qu'ils ont confisquées aux juifs.

D'autres se heurtent dès le début à des difficultés de diverse nature. Les Universités de Catalogne sont trop voisines les unes des autres pour ne pas se faire de tort. Tolède ne peut guère lutter avec Alcalá et, quand la Cour se transporte à Madrid, la vie s'en va des Écoles, comme de la capitale découronnée. A Séville, où cependant les ressources abondent, où les esprits sont vifs et les intelligences faciles, où les hautes classes de la société ne manquent pas de culture, le Collège-Université de Santa María de Jesús[ 150] se trouve dès l'abord en concurrence avec le Collège de Santo Tomás, fondé par l'archevêque Fr. Diego Deza, soutenu par l'ordre [p. 124] puissant de Saint-Dominique; il ne réussit même pas à s'agréger l'antique Collège de San Miguel, où s'entretient le culte des humanités et particulièrement des lettres latines, et, somme toute, cette Université reste fort indigne du centre important où elle s'est fondée[ 151].

[!--Note--] 150 ([retour])
On l'appelait communément Colegio de Maese Rodrigo, du nom de son fondateur, l'archidiacre Rodrigo Fernández de Santaella.

[!--Note--] 151 ([retour])
Antonio Martín Villa, Reseña Histórica de la Universidad de Sevilla. (Sociedad de Bibliófilos Andaluces, Sevilla, 1886.)

Un bon nombre d'autres établissements sont trop pauvrement pourvus ou organisés d'une façon trop incomplète pour affirmer fortement leur existence et exercer sur les contrées avoisinantes la force d'attraction nécessaire. Telle, par exemple, l'Université d'Orihuela. A deux pas de la cité de Murcie, non loin de la mer, née dans un pays admirable, un des plus fertiles qui soient au monde, où jamais ne manquent les récoltes[ 152], où croissent des forêts superbes de palmiers, de grenadiers et d'orangers, elle se cantonne dans une maison triste et sombre, où par les petites fenêtres grillées entre à peine un peu de jour; elle distribue à quelques rares étudiants un enseignement médiocre [p. 125] et limité: elle tourne de bonne heure au couvent ou au séminaire.

[!--Note--] 152 ([retour])
On connaît le proverbe: Llueva ó no llueva, trigo á Orihuela: «Qu'il pleuve ou qu'il ne pleuve pas, toujours du blé à Orihuela.»

Dans le petit bourg de Baeza, où la vie est presque nulle, la toute-puissance d'un Cisneros aurait à peine réussi à créer un centre universitaire important. Par un sentiment de patriotisme local, à la fois naïf et touchant, une famille originaire de cet endroit s'y emploie pendant près d'un demi-siècle avec une ardeur extraordinaire. Vers 1535, un certain D. Rodrigo López, possesseur de quelques opulents bénéfices, les résigne tous entre les mains du pape Paul III pour qu'il fonde des Écoles dans sa ville natale, et comme la donation n'est pas jugée suffisante, il y ajoute encore 1,000 ducats d'or, qui sont presque tout son bien. Il meurt sans achever son œuvre. Trois de ses parents, Rodrigo de Molina, archidiacre de Campos, Bernardino de Castabal, Pedro Fernández de Córdoba, épuisent leur fortune à continuer son entreprise: ils font construire un vaste édifice, une chapelle; à force de démarches, longues et coûteuses, ils obtiennent de Pie V pour leur fondation commune le titre d'Université, avec les privilèges et prérogatives ordinaires. Mais tous ces frais d'établissement ont presque épuisé [p. 126] leurs ressources, et lorsqu'il s'agit d'attirer dans ces beaux bâtiments maîtres et écoliers, c'est tout au plus s'ils peuvent assurer à huit professeurs une maigre allocation.


Parmi ces créations à demi avortées, trois ont spécialement joui en Espagne d'une sorte de renom ridicule. Ce sont les Universités silvestres, les Universités «rustiques» de Sigüenza, d'Osuna et d'Oñate.

On se souvient peut-être que, dans le temps où le bon Sancho administrait l'île de Barataria, le médecin «insulaire et gouvernemental» attaché à sa personne voulut lui prouver par raison démonstrative qu'ayant très faim il avait grand tort de manger. «Entendant ce discours, Sancho se renversa sur le dossier de sa chaise, regarda le médecin dans le blanc des yeux et lui demanda gravement comment il s'appelait et en quel endroit il avait fait ses études: «Seigneur Gouverneur, répondit l'autre, je suis le docteur Pedro Recio de Agüero, natif de Tirteafuera... et mon grade, je le tiens de l'Université d'Osuna[ 153]

[!--Note--] 153 ([retour])
Don Quijote, parte II, cap. XLVII.

[p. 127]

Dans le même Don Quichotte, au chapitre premier de la seconde partie, le barbier commence ainsi son histoire: «A l'hôpital des fous de Séville, il y avait un homme que ses parents avaient enfermé là parce qu'il avait perdu la raison. Il était gradué en droit canon de l'Université d'Osuna; mais l'eût-il été de celle de Salamanque, au dire de beaucoup de gens, il n'en eût pas été moins fou.»

Au moment où Madrid célébra par de grandes fêtes la canonisation de San Isidro, envoyant au concours poétique qui s'ouvrit alors un recueil de vers burlesques, Lope de Vega les signa ironiquement: «Tomé de Burguillos, maître ès arts de l'Université d'Oñate.»

Dans le Gran Tacaño, Quevedo nous montre un camarade de Don Pablos à moitié assommé à coups de pots de terre et d'écuelles de bois par une bande de mendiants faméliques, parce qu'à la grille du couvent de San Jerónimo, de Madrid, il s'est fait attribuer injustement une double part de soupe: «Voyez ce déguenillé, criait un des gueux les plus acharnés à le poursuivre (méchant étudiant gorrón, de ceux qui vont frapper aux portes avec un cabas), voyez ce loqueteux qu'on prendrait pour une poupée de [p. 128] chiffons, plus triste qu'une pâtisserie en Carême, plus troué qu'une flûte, plus bigarré qu'une pie, plus taché que le jaspe, piqué de plus de points qu'une page de musique, il ose manger la soupe du Saint Bienheureux à côté d'un homme qui pourra devenir un jour évêque ou quelque chose de pareil. Ne suis-je pas bachelier ès arts de l'Université de Sigüenza[ 154]

[!--Note--] 154 ([retour])
Vida del Gran Tacaño, parte II, cap. II.

La plaisanterie était courante et toujours bonne.

Ces Universidades Menores, qu'on s'amusait ainsi à opposer aux grandes, dont on raillait ainsi l'enseignement et les prétentions, elles étaient nées pourtant d'une pensée généreuse, elles avaient eu leurs espérances et leurs ambitions.


Quand, allant de Séville à Grenade, on voit se dresser au pied d'une colline aride, entre les oliviers et les aloès, la silhouette grise d'Osuna, avec ses dix clochers, son église massive, son lourd château flanqué de tours grêles, on aime à s'imaginer que sur cette terre si semblable à la terre africaine, dans cet air léger, imprégné [p. 129] d'une poussière subtile, une civilisation a jadis fleuri où l'Orient et l'Occident se seraient mêlés, que des Écoles ont prospéré là, héritières de la science arabe, l'accommodant à des besoins nouveaux. La famille des ducs d'Osuna était peut-être assez riche et assez puissante pour réaliser une œuvre si originale. S'ils n'en eurent pas l'idée, du moins avaient-ils rêvé pour leur fondation un plus brillant avenir que la médiocrité où elle languit, tyrannisée par les couvents qui la tinrent tour à tour en tutelle[ 155].

[!--Note--] 155 ([retour])
Tout récemment, un des meilleurs érudits d'Espagne, Francisco Rodríguez Marín, qui est originaire d'Osuna, a généreusement pris la défense de la vieille Université de sa ville natale. Il a rappelé que le Colegio Mayor de la Santa Concepción y Universidad de Osuna avait eu jusqu'à quatorze chaires et, en 1599, jusqu'à trois cent trente deux étudiants. Il a donné les noms de quatre-vingts personnages formés par cette Université, dont aucun malheureusement n'est illustre. (Cervantes y la Universidad de Osuna.Homenaje á Menéndez y Pelayo, Estudios de erudición española, 1899, t. II, p. 757 et sq.)

Perdue dans une des régions les plus montagneuses de la Castille, comprimée entre ses murailles épaisses, étroitement serrée contre la masse énorme de sa cathédrale, la triste petite ville de Sigüenza put croire un jour qu'elle allait [p. 130] devenir un foyer de savoir, de lumière et de vie. Elle avait son vaste collège de San Martín et, près des bords du Hénarès, son Collège de San Antonio, qui se prétendait l'égal de tous les Grands Collèges d'Espagne et qui, à défaut du titre de Mayor, que toujours on lui refusa, portait officiellement celui de Grande. Son climat était sain, son air salubre; par sa situation, elle pouvait attirer à la fois les étudiants d'Aragon et ceux de Castille. La chance ne lui fut pas favorable. Le cardinal Jimenez alla justement choisir pour y édifier son Université magnifique une ville voisine, riveraine du même ruisseau et bien plus proche de Madrid. Alcalá tua Sigüenza ou plutôt, ce qui est pis encore, la laissa lentement mourir dans une piteuse agonie.

Oñate est une humble cité de Guipúzcoa, qui touche presque aux limites de l'Álava. Eloigné de la mer, éloigné des grandes voies de communication, enfermé dans le creux profond d'une vallée, entre de hautes cimes abruptes et dépouillées, ce petit coin de terre semblait le dernier que l'on dût choisir pour en faire un des centres intellectuels du pays. Et de fait, Oñate n'aurait jamais été connue du reste de l'Espagne [p. 131] que par ses cantharides et par sa bourrache[ 156], et aussi peut-être par ses luttes séculaires et sanglantes contre ses seigneurs, si le hasard n'y avait fait naître D. Rodrigo de Mercado y Zuazola. Ce personnage n'avait point évidemment le génie d'un Cisneros, et il joua un rôle plus effacé; il devint seulement évêque d'Ávila et vice-roi de Navarre. Mais sa fortune était belle, ses bénéfices considérables, et, par une généreuse émulation, il voulut faire pour sa ville natale ce que le grand cardinal avait fait pour Alcalá.

[!--Note--] 156 ([retour])
La bourrache s'appelle aujourd'hui encore jarrillos de Oñate.

Sur les bords de l'Aránzazu, en face de la charmante église de San Miguel, qui déjà s'édifiait à ses frais, étendant jusque par-dessus la rivière les frêles arceaux de son cloître et reflétant dans l'eau les longs fûts de ses colonnes, il souhaita d'élever une maison digne de la Science qu'elle allait abriter. Tandis que lui-même sollicitait à la Cour pour assurer le patronage royal à son Université future, tandis qu'à Rome il multipliait les démarches et finissait par obtenir du pape Paul III des fueros et des [p. 132] privilèges égaux à ceux de Bologne, de Paris, de Salamanque et d'Alcalá[ 157], l'architecte français Pierre Picard traçait les plans du Collège qui devait servir d'asile aux Écoles.

[!--Note--] 157 ([retour])
Bulle du 23 avril 1540.

Les vastes bâtiments s'élevaient autour d'une cour intérieure: au rez-de-chaussée, les salles d'enseignement, la bibliothèque et la chapelle; au premier étage, les salons du Recteur, du Claustro professoral, le Paranymphe, les chambres des boursiers. Les sculpteurs taillaient la pierre de la façade, ornaient les fenêtres de guirlandes fleuries, ciselaient finement les piliers, qui, des deux côtés du portique, soutiennent des guerriers armés de lances, creusaient des niches, les peuplaient de statues de femmes et de dieux, et mêlaient partout aux armes impériales de Charles-Quint les deux soleils d'or qui brillaient au blason du fondateur. Au centre, au-dessus de la porte, on voyait l'image de l'évêque Mercado, agenouillé devant un crucifix, soutenu par une divinité souriante qui semble représenter la Sagesse. A la base de l'édifice couraient des bas-reliefs d'un travail particulièrement délicat: enfants terrassant des [p. 133] lions, luttant contre des dragons et des chimères, symbole évident de la Renaissance des lettres victorieuse de l'ancienne barbarie.

Quand le monument fut achevé, quand on eut scellé dans les murs les fers forgés des balcons et des grilles, qu'on eut orné les plafonds du vestibule et des salles d'honneur de boiseries à caissons, d'un art ingénieux et patient, qu'on eut inscrit sur les murs de fières devises: Universitas Onnatensis semper semperque fidelis; Sapientia ædificavit sibi domum..., on fit venir quelques maîtres, on choisit quelques boursiers, et l'«Université Pontificale et Royale» ouvrit ses cours.

Sur les pentes raides des montagnes, où dès le mois d'octobre traînent déjà de blanches nuées, on vit arriver par les petits chemins, sur leurs ânes ou sur leurs mules, ayant en croupe leur valet ou portant quelques sacs de provisions attachés à leur selle, les petits étudiants de Guipúzcoa et de Biscaye. Le pays Basque n'avait pas encore d'Écoles: Santiago ou Valladolid étaient bien loin. La fondation de l'évêque Mercado paraissait répondre à un besoin pressant; il pouvait croire sans fatuité qu'il avait bien mérité de sa province aussi bien que de sa ville.

[p. 134]

Quand il mourut, quelques années après, s'étant d'avance commandé un tombeau presque aussi beau que celui de Cisneros, entouré, comme celui de Cisneros, d'une clôture de bronze minutieusement ciselée, il s'imagina sans doute qu'il laissait à l'Espagne une nouvelle Alcalá.

L'Université «Pontificale et Royale» ne fut digne, hélas! ni de son titre pompeux ni des espérances qu'elle avait fait naître. Les lettres grecques et latines ne fleurirent pas sous ce ciel brumeux. On n'essaya même pas d'y acclimater les sciences. L'enseignement resta réduit à la philosophie et au droit. L'insuffisance de la bibliothèque interdisait aux maîtres tout travail sérieux: la petite ville, dénuée de ressources, avait peine à nourrir ses étudiants et ne leur offrait ni distractions ni plaisirs.

Ce qui était plus grave encore, c'est que le fondateur avait, comme souvent il arrive, dépensé tout son bien en bâtiments et en décorations. Sa vanité imprévoyante s'était complue à ces manifestations visibles de son opulence et de sa libéralité et il n'avait pas calculé que, tous ces frais payés, les rentes qu'il allait laisser en mourant devaient à peine suffire à rétribuer [p. 135] cinq ou six professeurs et à entretenir une douzaine de boursiers.

Après lui, ces rentes, mal administrées, diminuèrent encore. Pour faire vivre les maîtres et même le Recteur, il fallut leur attribuer les bourses qui devenaient vacantes et, par suite, les loger et les nourrir dans le Collège[ 158]. Cette détresse trop apparente mit les écoliers en déroute: l'enseignement devint de plus en plus étroit et lamentable. L'Université d'Oñate aurait pu périr de misère; elle ne périt pas cependant, parce qu'en Espagne les fondations les plus précaires se soutiennent par la force de l'habitude et qu'à vrai dire rien n'y meurt complètement; mais pendant longtemps elle ne put se soutenir que par les moyens douteux qui avaient déjà valu à Sigüenza et à Osuna un renom assez ridicule.

[!--Note--] 158 ([retour])
Oración inaugural (1870) que leyó en la Universidad literaria de Oñate D. Casimiro de Egaña, catedrático decano.

L'étudiant qu'a mis en scène Figueroa dans son Pasagero[ 159] raconte qu'après avoir passé à Alcalá six belles années à ne rien faire, il revint, aux environs de Pâques, «dans l'auberge qui [p. 136] nous est fournie par la nature», c'est-à-dire chez ses parents. Son père, qui soignait tant bien que mal les malades de son village, voulut, à la fin d'un repas, pour s'assurer qu'il avait bien profité de ces études, l'interroger sur quelque point de médecine. L'étudiant répondit «comme aurait pu le faire une mule avec sa bride, sa selle et sa housse» et, si peu docte qu'il fût lui-même, le père connut que son fils en savait encore beaucoup moins que lui. Après s'être indigné, comme il convenait, et lui avoir fait les reproches attendus, il se calma cependant assez vite, et quelques heures après, l'ayant fait venir dans son cabinet: «Ton ignorance est extrême, lui dit-il, mais le mal n'est peut-être pas irréparable et il ne sera pas dit que j'aurai dépensé tant d'argent pour rien. Fort heureusement il n'est pas nécessaire d'être un savant pour exercer l'art de la médecine. Il suffit qu'on se soit meublé la mémoire d'un certain nombre de sentences et d'aphorismes qui sont les lieux communs de notre science. Pour ce qui est du grade, tu trouveras bien quelque Université silvestre où l'on ne se montre difficile ni sur les preuves de scolarité ni sur la soutenance et où la Faculté s'écrie d'une seule voix: Accipiamus pecuniam [p. 137] et mittamus asinum in patriam suam: «Prenons l'argent et renvoyons cet âne dans son pays.»

[!--Note--] 159 ([retour])
Alivio III, fo 110.

Voilà pourquoi on se moquait tant en Espagne des licenciés et des docteurs de Sigüenza, d'Osuna ou d'Oñate. Non sans en éprouver quelque honte, ces Universités nécessiteuses en étaient réduites à trafiquer des grades: elles rivalisaient de complaisance et se disputaient les candidats.

Le résultat, sans doute, était pitoyable, et si leurs fondateurs avaient pu le prévoir, ils auraient assurément fait un autre emploi de leurs largesses. Mais, si mal qu'il ait réussi, leur zèle n'en paraît pas moins honorable. Ils avaient cru bien servir les lettres et leur patrie. L'ardeur inconsidérée qui leur avait fait multiplier les centres d'instruction, sans tenir compte des situations ni des circonstances, sans mesurer leurs propres ressources, c'est, en somme, une preuve de plus que la science avait alors en Espagne un merveilleux prestige et qu'elle exerçait une sorte de fascination sur toute âme un peu généreuse.

[p. 138]

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