XXXVI

Un matin en arrivant Fourcy vit entrer dans son bureau son aimable commissaire de police.

—Je vous dérange?

—Pas du tout.

—Je serais désolé.

—Vous avez du nouveau?

—Peut-être.

Et comme il ne continua pas, Fourcy eut la discrétion de ne pas insister; malgré le violent désir qu'il avait de savoir, il portait trop haut le respect de la justice pour oser risquer une interrogation directe.

—Est-ce que vous êtes bien occupé en ce moment? demanda le commissaire de son ton le plus insinuant.

—Je suis libre pour tout le temps que vous voudrez bien me donner; asseyez-vous donc, je vous prie.

—Et bien, alors, je vous demande de venir avec moi à Nogent, où M. le juge d'instruction doit se rendre de son côté pour certaines constatations qui exigent votre présence.

Aller à Nogent à cette heure ne faisait pas du tout l'affaire de Fourcy, qui avait du travail et des rendez-vous pour toute la journée, mais puisque le juge d'instruction avait besoin de lui il ne pouvait pas refuser: en somme l'affaire la plus importante pour lui, au moins celle qu'il avait le plus à coeur, c'était la découverte de leur voleur.

—Si vous voulez m'accorder quelques minutes, dit-il, je suis à vous; et nous partons.

Et faisant venir ses chefs de service, il leur donna ses instructions; il ne serait absent que quelques heures et sûrement il reviendrait.

Le trajet fut très gai et le commissaire entretint la conversation d'une façon charmante, mais sans dire un seul mot de l'affaire: il venait d'arrêter des escrocs qui le faisaient courir depuis six mois et il était tout plein de son succès qu'il n'avait obtenu qu'à force de persévérance et de ruses: au reste il était en ce moment dans une bonne veine.

Ils trouvèrent le juge d'instruction qui était arrivé depuis une demi-heure déjà, et qui, en l'absence de madame Fourcy et de Marcelle, sorties pour une promenade matinale dans le bois, s'était installé dans le salon avec son greffier.

Fourcy s'excusa de l'avoir fait attendre, mais le juge d'instruction coupa court aux politesses en disant qu'il n'avait pas perdu son temps; il avait interrogé les domestiques.

Cela fut répondu assez sèchement; au reste le contraste était frappant entre le juge et le commissaire: autant l'un était aimable, doux, poli, autant l'autre était raide et rogue, d'une froideur glaciale qui paralysait ceux qu'il daignait regarder.

—Maintenant, dit le juge en s'adressant à Fourcy, je désire avant tout visiter les lieux, veuillez me précéder.

Ces manières et ce langage ne ressemblaient en rien aux façons du commissaire, mais Fourcy ne laissa paraître aucune surprise; marchant devant le juge d'instruction et le commissaire, il les conduisit dans la chambre de sa femme et dans la sienne.

Comme le juge ne paraissait pas disposé à lui adresser des questions, il se tint sur la réserve et il attendit.

N'ayant rien à faire qu'à regarder, une chose le frappa; le juge d'instruction paraissait examiner avec plus d'attention l'ameublement des deux chambres que le bureau dans lequel le vol avait dû être commis; il restait devant les tentures en damas de soie bleue et il maniait les étoffes; il regardait longuement les brocatelles du lit, les bronzes de la cheminée, les coffrets orientaux, placés çà et là, et à un certain moment Fourcy crut qu'il allait ouvrir les étagères pour prendre les curiosités qui les emplissaient et les étudier.

—C'est un curieux, un amateur de bric-à-brac, se dit-il tout bas.

Et il pensa qu'il ferait vraiment mieux de s'occuper du vol, c'est-à-dire du bureau et de la porte de communication des deux chambres; ce n'était ni le lieu ni l'heure de se livrer à la manie de la curiosité.

Ce qui le confirma dans cette idée, ce fut une observation ou plutôt une exclamation de cet homme de glace qui parlait si peu.

—Mais c'est un vrai musée, il y a là des trésors.

—Qui n'ont pas tenté le voleur, dit Fourcy, si toutefois un voleur est entré dans cette chambre.

—C'est que ce voleur avait mieux à prendre, dit le juge.

Et cette observation fut faite d'un ton sévère qui parut à Fourcy n'être guère en situation:

—Maintenant descendons, dit le juge d'instruction.

Dans le vestibule il s'arrêta, et s'adressant à Fourcy:

—Donnez des instructions, pour qu'on me prévienne quand madame Fourcy rentrera de sa promenade; j'ai à l'interroger; mais avant, il importe que nous en ayons fini ensemble.

Cela fut dit d'un ton sec et impératif, par petites phrases hachées; en homme qui est habitué à donner des ordres et à les voir obéis.

Derrière eux, marchait le commissaire, qui continuait à ne pas ouvrir la bouche.

Le greffier était resté dans le salon, installé devant sa table avec ce qu'il fallait pour écrire.

—Asseyez-vous, monsieur, dit le juge d'instruction à Fourcy.

Et lui-même se plaça à côté de son greffier, tandis que Fourcy prenant une chaise, s'asseyait en face d'eux de l'autre côté de la table, assez surpris que ce fût ce juge qui parlât en maître dans ce salon.

Le juge d'instruction avait pris quelques papiers sur la table et il les parcourait rapidement: dans ce vaste salon on n'entendait que le bruit des feuillets qu'il tournait, et au dehors le roucoulement de pigeons ramiers perchés dans les arbres du jardin.

Ce silence que rien ne troublait et qui devenait lourd, se prolongea assez longtemps, très longtemps, pour Fourcy péniblement impressionné sans trop savoir pourquoi, vaguement, malgré lui.

Enfin le juge d'instruction releva la tête et sans parler il regarda Fourcy, longuement, en face; il l'examina de la tête aux pieds, surtout à la tête, dans les yeux.

—Monsieur Fourcy, dit-il, vous avez cinquante-six ans?

—Oui, monsieur.

—A quel âge êtes-vous entré dans la maison Charlemont?

—A quinze ans.

—A quels appointements?

—Cent francs par mois.

—Vous êtes resté longtemps à ce chiffre?

—Un an; on m'a mis alors à cent cinquante francs; l'année suivante à deux cents; la troisième année à quatre cents; à vingt-trois ans je gagnais six mille francs par an; à trente-six, douze mille; à quarante, soixante mille.

—Jusqu'en ces derniers temps tel a été le chiffre de vos appointements, soixante mille francs?

—Oui, monsieur.

—De sorte que depuis seize ans vous gagnez soixante mille francs par an?

—Parfaitement.

—En dehors de ces appointements avez-vous gagné de l'argent, je veux dire avez-vous fait des affaires, des spéculations?

—Jamais, monsieur: je devais tout mon temps, tous mes efforts, ce que j'ai d'intelligence, mon expérience à la maison Charlemont, dont je suis le directeur, et j'aurais cru lui dérober quelque chose si j'avais entrepris des spéculations pour mon compte: cela n'eût point été délicat. Au reste je dois dire que j'ai été plus que récompensé de cette réserve, qui pour moi a été l'accomplissement d'un devoir: M. Amédée Charlemont a bien voulu me donner un intérêt dans sa maison, et me faire son associé; c'est le plus beau couronnement de ma vie de travail et de dévouement; c'est plus que je n'avais jamais rêvé, et j'ose dire que cela me touche beaucoup plus encore dans ma fierté que dans mon intérêt.

Le juge d'instruction avait écouté ce petit discours, débité avec feu et d'une voix vibrante, en examinant Fourcy, mais sans qu'aucun mouvement de visage, aucune flamme du regard manifestât au dehors son impression.

Il s'établit un silence.

Puis le juge d'instruction reprit ses questions.

—Sur ces gros appointements que vous touchez depuis seize ans, avez-vous fait des économies?

Fourcy avait déjà été surpris des premières questions qui lui avaient été posées; celle-là redoubla son étonnement. Pourquoi, diable, ce juge d'instruction se mêlait-il de ses affaires? Était-il là pour causer, ou pour s'occuper du vol? Jusqu'à présent, il n'avait été question que de lui, Fourcy, et pas du tout du vol du mandat. Quel rapport tout cela avait-il avec le vol des trois cent mille francs? Qu'importait qu'il eût gagné quarante ou soixante mille francs? Qu'importait qu'il eût ou n'eût pas fait des économies?

Cependant il répondit:

—Très peu.

—Comment cela? Pouvez-vous me l'expliquer?

—Parfaitement, mais il me semble que…

—Expliquez, je vous prie.

Malgré «ce je vous prie» qui finissait la phrase, c'était là un ordre plutôt qu'une invitation; il n'y avait pas à se méprendre sur l'intonation avec laquelle il avait été donné.

Ce ne fut plus seulement de la surprise qui se produisit chez Fourcy, ce fut de la résistance.

Ses affaires personnelles ne regardaient en rien ce juge, qui vraiment en prenait bien à son aise avec lui. Posées dans une autre forme et sur un autre ton, il eût volontiers répondu à des questions de ce genre, car il n'avait rien à cacher dans sa vie; mais ces façons le blessaient à la fin et il n'était pas homme à courber la tête devant qui que ce fût.

—Pardon, dit-il, mais tout ceci n'a aucun rapport avec le vol des trois cent mille francs.

Le juge le regarda en face.

—Vous croyez, dit-il, d'un ton ironique.

—Cela ne regarde que moi.

—Vous vous trompez; cela regarde aussi la justice qui a le droit de vous adresser toutes les questions qu'elle juge propres à amener la découverte de la vérité.

Fourcy demeura interdit, cherchant à comprendre, ne pensant pas à répondre. Que se passait-il donc? A quoi donc ce juge voulait-il en arriver?

—Mais alors? dit-il se parlant à lui-même plutôt qu'au juge.

—Je vous ferai observer qu'au lieu de répondre vous interrogez; oui ou non, avez-vous fait des économies sur vos appointements?

—Je vous ai répondu: très peu.

—Alors expliquez-moi si vous le pouvez, comment et à quoi vous avez dépensé ces appointements. Je vous écoute, monsieur.

Ils sont rares les gens qui ne se troublent pas lorsque la justice les interroge, alors même qu'ils sont innocents, surtout lorsqu'ils sont innocents.

Fourcy fut décontenancé.

Est-ce que ce juge d'instruction le soupçonnait?

Mais de quoi?

Un soupçon eût été une absurdité de la part de ce magistrat.

Et ce serait folie à lui d'admettre la possibilité d'une pareille idée.

Le mieux était donc de répondre au plus vite; puisqu'il avait commencé à répondre, il devait continuer; c'était encore le meilleur moyen d'en finir, car une discussion avec ce personnage rogue n'aboutirait à rien qu'à traîner les choses et à en les envenimer.

—Lorsque j'ai acheté cette maison, dit-il, j'avais quelques économies.

—Quand l'avez-vous achetée?

—Après la guerre.

—Combien?

—Cent dix mille francs.

—Que vous avez payés?

—Comptant.

—Avec quoi?

—Pour quatre-vingt mille francs avec ces économies dont je vous parle.

—Et pour le surplus?

—Avec une somme de trente mille francs que j'ai empruntée.

—Vous avez eu des réparations importantes à faire; des changements, des embellissements? Pouvez-vous me dire à combien s'en est élevé le prix?

—A cinquante-cinq mille francs environ.

—Ces cinquante-cinq mille francs, ajoutés aux trente mille que vous avez empruntés, constituent ainsi une dette de quatre-vingt-cinq mille francs.

—Parfaitement.

—Que devez-vous encore sur ces quatre-vingt-cinq mille francs?

—Rien.

—Comment les avez-vous payés?

—Avec ce que j'ai pu économiser sur mes appointements.

—Alors expliquez comment vous avez pu faire ces économies; et si cela vous est possible sans livres de comptes, établissez votre budget; nous avons la recette: soixante mille francs; quelle est la dépense? Pour un homme de chiffres, cela ne doit pas être difficile à dire.

—Cela est très facile, mais à condition de prendre des moyennes.

—Prenez des moyennes.

—Mes dépenses de maison s'élèvent à douze mille francs par an.

—Écrivez, dit le juge d'instruction à son grenier qui jusque-là était resté la plume à la main, mais sans prendre les notes.

Cette parole fut un coup pour Fourcy; cependant il continua:

—Le loyer de notre appartement de Paris est de quatre mille francs; les impôts, les frais de jardinage, de domestiques à Nogent sont de trois mille francs; je paye pour une assurance sur la vie une prime de dix mille francs; les toilettes de ma femme coûtent deux mille francs par an.

—Ah! dit le juge d'instruction, qui jusque-là avait écouté attentivement sans interrompre.

—Elles sont très simples, dit Fourcy que cette exclamation blessait, car il était d'une susceptibilité extrême pour tout ce qui touchait sa femme.

—Continuez, dit le juge d'instruction, nous ne discutons pas.

—Celles de ma fille coûtent la même somme; l'éducation de ma fille coûtait jusqu'à ces derniers temps trois mille francs; celle de mon fils et son entretien la même somme; en voyages nous dépensons environ deux mille francs, si M. le greffier veut bien faire l'addition, il trouvera environ quarante-cinq mille francs.

—Faites, dit le juge d'instruction.

—Quarante-quatre mille francs, dit le greffier.

—Il vous reste donc en moyenne tous les ans sur vos appointements seize mille francs?

—Parfaitement.

—Ainsi c'est avec seize mille francs par an que depuis la guerre vous avez payé votre dette de quatre-vingt-cinq mille francs, et le mobilier de cette maison que nous n'avons pas compté; quant à celui de Paris…

—Il était payé avant la guerre.

—Reste donc celui-ci; c'est-à-dire qu'après avoir prélevé quatre-vingt-cinq mille francs, vous avez trouvé moyen de payer cinquante mille francs un mobilier qui vaut cinq ou six cent mille francs.

Fourcy, bien qu'il ne fût pas disposé à la gaieté, ne put pas s'empêcher de sourire en entendant émettre une pareille absurdité, cependant ce sourire n'eut rien de railleur ni d'insolent: ce fut la simple manifestation de sa surprise, une protestation muette et discrète: six cent mille francs, son mobilier acheté de bric et de broc, c'était vraiment trop drôle!

—Il n'y a pas là de quoi sourire, dit le juge d'instruction sévèrement, rien n'est plus sérieux.

—Peut-être en effet cela serait-il sérieux, si ce mobilier avait la valeur que vous lui attribuez, car alors il serait difficile d'expliquer comment avec cinquante mille francs, j'ai payé six cent mille francs.

—C'est justement cette explication que je vous demande.

—Et que je n'ai pas à vous donner puisque ce pauvre mobilier vaut à peine la dixième partie de ce que vous pensez, c'est-à-dire environ les cinquante mille francs qui me sont restés sur mes économies, ma dette de quatre-vingt-cinq mille francs étant prélevée.

Ce fut au tour du juge d'instruction de sourire, et ce sourire, qui contractait les narines et retroussait la lèvre supérieure en découvrant les dents, exprimait le dédain et la pitié.

Jusque-là le commissaire aux délégations, assis à côté de Fourcy, avait gardé le plus complet silence, et rien dans son attitude n'avait pu donner à croire qu'il s'intéressait à cet interrogatoire; à ce moment, il se tourna vers Fourcy, et de sa voix la plus douce, avec son sourire le plus aimable, il intervint dans l'entretien:

—Je demande à M. Fourcy la permission de lui faire observer que le tapis seul de ce salon sur lequel nous marchons vaut plus de vingt mille francs.

Fourcy haussa doucement les épaules et se mit à rire.

—Que cette tapisserie d'Andran, représentant des scènes d'Esther, ne vaut pas moins de trente mille francs; que les sirènes de l'escalier ont coûté plus de dix mille francs; et nous voilà déjà à soixante mille francs.

—Mais ces chiffres sont de la fantaisie, s'écria Fourcy.

—Ils sont exacts.

—Ni exacts, ni sérieux.

—Pardon, dit le commissaire avec son calme et son doux sourire, mais vous savez qu'avant d'appartenir à la police j'ai été clerc de commissaire-priseur et que je suis en état d'estimer un mobilier, même quand il a une valeur artistique comme celui-ci; et ce que je connais de votre mobilier dans ce salon, dans la salle à manger, dans le vestibule, dans l'escalier, dans les chambres où je suis entré, vaut plus de cinq cent mille francs.

—C'est impossible! s'écria Fourcy.

—Il y a marchand à ce prix, dit le commissaire se servant d'un mot de son ancien métier.

Fourcy resta atterré.

Mais presque aussitôt il se redressa pour protester:

—C'est impossible, s'écria-t-il avec une énergie désespérée.

—Expliquez; ne niez pas ce qui n'est pas niable, dit froidement le juge d'instruction; ce mobilier est là, nous le voyons, combien l'avez-vous payé?

—Mais je ne l'ai pas payé le prix que vous lui attribuez.

—Combien l'avez-vous payé?

—Une cinquantaine de mille francs.

—Dire qu'on a payé cinquante mille francs ce qui en vaut six cent mille n'est pas une explication.

—Mais comment voulez-vous que j'aie dépensé cette somme puisque je ne l'avais pas?

—C'est ce que je vous demande; vous reconnaissez que vous n'avez pas gagné cette somme; d'autre part vous avez reconnu que vous n'aviez pas fait de spéculations; dites comment vous vous êtes procuré les cinq ou six cent mille francs, prix de ce mobilier.

—Mais ce mobilier n'a pas coûté six cent mille francs, ni cinq cent mille, ni quatre cent mille, je le nie, c'est impossible.

Le commissaire se leva et, étendant la main par un geste énergique comme s'il voulait prêter serment:

—Et moi j'affirme, dit-il, qu'il a coûté plus de cinq cent mille francs, je le jure.

—Voulez-vous que nous descendions à trois cent mille francs, dit le juge d'instruction, et même à deux cent mille? Dites alors où vous avez pris ces deux cent mille francs.

Depuis quelques instants Fourcy se débattait désespérément contre l'idée qu'on le soupçonnait; cette idée qui tout d'abord lui avait paru une absurdité ou une folie, ce mot «pris» l'enfonça violemment dans son esprit.

—Pris! s'écria-t-il, m'accusez-vous donc d'avoir pris cette somme?

—-Dites où et comment vous vous l'êtes procurée.

—Moi qui ai des millions entre les mains, j'aurais pris cette misérable somme!

—Cette misérable somme et d'autres, moins misérables peut-être.

Fourcy se frappa la tête à deux mains.

—C'est donc vrai, c'est donc possible! tout cela n'est que pour arriver à m'accuser du vol du mandat, moi, moi!

Ni le juge d'instruction, ni le commissaire de police ne répondirent, mais ils échangèrent un coup d'oeil plus terrible qu'une réponse directe.

—Et le moment que j'aurais choisi pour voler la maison Charlemont, poursuivit Fourcy, est celui où je deviens son associé!

—Prouvez que vous n'avez pas commencé avant; nous sommes là pour recevoir vos explications.

La porte du salon s'ouvrit, et la femme de chambre entrant vint jusqu'à
Fourcy:

—Madame vient de rentrer avec mademoiselle.

—Ces explications que vous demandez, s'écria Fourcy, je vais vous les donner.

Puis s'adressant à la femme de chambre qui attendait en regardant autour d'elle d'un air ahuri:

—Dites à madame de venir, tout de suite.

Il avait relevé la tête, et un éclair de confiance transfigurait son visage bouleversé: sa femme arrivait à son secours: elle allait donner les explications qu'on exigeait de lui.

Presque aussitôt après le départ de la femme de chambre, la porte du salon se rouvrit et madame Fourcy parut.

Fourcy voulut courir au-devant d'elle, mais vivement le commissaire qui l'observait se plaça entre eux.

—Viens, Geneviève, dit Fourcy, viens à mon secours.

—Que se passe-t-il donc?