État du peuple pendant le temps de l'exil.

La plus grande partie des habitants de Juda qui allèrent alors en captivité, s'établirent dans les environs de l'Euphrate, où se trouvaient déjà en exil un grand nombre d'Israëlites. Les restes de Juda et d'Israël formèrent de nouveau un seul peuple. C'est là que Jérémie adressa aux Israélites, au nom de l'Eternel, ces paroles remarquables: «Voici ce que dit l'Eternel, le Dieu d'Israël, à tous les captifs que j'ai transférés de Jérusalem à Babylone: Bâtissez-vous des maisons, et habitez-les; plantez des jardins, et nourrissez-vous de leurs fruits. Recherchez la paix de la ville dans laquelle je vous ai transférés, et priez l'Eternel pour elle parce que votre paix se trouve dans la sienne.» Les Israélites obéissaient à ces paroles, et beaucoup d'entre eux se distinguèrent par l'observance religieuse des lois de Moïse.

Il y avait parmi les exilés quatre jeunes gens d'une éducation distinguée qui se nommaient Daniel, Ananias, [pg 247] Misaël et Azarias. Le roi leur fit donner l'instruction dans toutes les sciences et dans tous les arts, et ordonna qu'on leur servît chaque jour des viandes qu'on servait devant lui, et du vin dont il buvait lui-même; mais ne voulant pas prendre de nourriture défendue par la loi de Moïse, ils se contentaient de légumes, et quoique ces aliments ne fussent guère nourrissants, ils s'en trouvaient toujours très-bien; du reste ils remplissaient leurs devoirs avec fidélité. Ces hommes se distinguèrent autant par leur savoir que par leur beauté et furent élevés aux charges les plus éminentes de l'État. Mais dans leur position distinguée ils purent sans préjudice pour leurs devoirs envers le souverain, rester toujours fidèlement et sincèrement attachés à la religion de leurs pères. L'insolent Nabuchodonosor se fit un jour dresser une statue d'or et ordonna que chacun se prosternât devant lui et l'adorât, et que celui qui s'y refuserait fût jeté au milieu des flammes d'une fournaise. Ces trois hommes, Ananias, Misaël et Azarias fidèles à leurs croyances ne voulurent point rendre les honneurs divins à une idole et furent jetés par l'ordre du roi dans les flammes de la fournaise. Mais Dieu le Tout-Puissant protégea ses serviteurs, ils restèrent intacts au milieu des flammes et le feu ne les dévora point. Nabuchodonosor reconnut alors la puissance de l'Eternel et défendit, sous peine de mort, de diffamer la religion des Israélites.—Aussi Daniel observait-il toujours les préceptes de sa croyance, au risque même de ses jours. Il était le favori de Darius, roi des Mèdes et conquérant de Babylone. Les courtisans en devinrent jaloux, lui portèrent envie et tâchèrent de le perdre. Comme il leur était impossible de découvrir quelque faute dans les affaires de son administration, ils cherchèrent les moyens de le conduire [pg 248] à sa perte. Son attachement à la religion de ses pères les favorisa dans leur dessein. D'après leurs instigations le roi ordonna que tout homme qui, durant l'espace de trente jours, demanderait quoi que ce fût à quelque dieu ou à quelque homme que ce put être sinon au roi seul, fût jeté dans la fosse aux lions. Or, Daniel ayant appris la promulgation de cette loi, entra dans sa maison, et ouvrant les fenêtres de sa chambre du côté de Jérusalem, il fléchit les genoux et adora son Dieu, lui rendit ses actions de grâces, comme il le faisait auparavant, et continua d'agir ainsi pendant quelques jours à trois différentes heures de la journée. Ces hommes donc, qui épiaient avec grand soin toutes les actions de Daniel, le trouvèrent priant et adorant son Dieu, et en firent rapport au roi. Le roi ne pouvant révoquer en faveur de Daniel l'édit publié, se vit forcé de faire exécuter l'arrêt, et Daniel fut jeté dans la fosse aux lions. Le lendemain matin lorsque le roi se rendit à la fosse, il le trouva encore sain et sauf et ordonna qu'on le retirât. Il commanda en même temps qu'on fît venir ceux qui l'avaient accusé, et qu'on les jetât dans la même fosse. Depuis cet événement Daniel fut toujours en dignité et élevé successivement aux plus grands honneurs. Il mourut enfin après une vie longue et heureuse. (Daniel était prophète; il explique le songe du roi, et prouve en différentes circonstances qu'il est inspiré par l'esprit de l'Eternel.)

La position du peuple israélite en Babylonie, à en juger par ces faits, n'était donc nullement triste et malheureuse. Il y en avait même, parmi les exilés, qui vivaient dans l'aisance et possédaient des biens-fonds. Les Israélites y exerçaient leur culte en toute liberté, ils conservaient leur constitution primitive et, comme nous venons de le voir, les esprits capables parmi eux pouvaient même parvenir [pg 249] aux plus grandes dignités de l'Etat.—C'est là, dans la captivité, qu'Israël commença par réfléchir mûrement sur sa destinée et qu'il reconnut l'absurdité de l'idolâtrie. Il regretta alors sa défection, qu'il devait regarder comme l'unique cause de son exil. La connaissance de Dieu et l'idée de le servir d'une manière plus digne ne tardèrent pas à se faire jour et à se développer de plus en plus. Des assemblées générales, ayant pour but d'adorer l'Eternel par des prières ferventes, se multipliaient.

Nabuchodonosor vint enfin à mourir dans la quarante-troisième année de son règne. Évilmerodach, son successeur, mit en liberté le roi Joachin et lui rendit les honneurs dus à son rang.—La Babylonie devint alors la proie de Darius le Mède. Sous son règne et pendant la durée du royaume Médo-Perse les Israélites en général ne subissaient pas plus de vexations particulières. Cependant c'est sous le règne de Cyaxares, père d'Astyages (selon d'autres, dans les temps de Xercès) que l'événement raconté dans le livre d'Esther se passa: tout Israël se trouvait alors en danger d'être massacré. Un des ministres du roi nommé Aman (Haman), alors irrité contre un Israélite appelé Mardochée dont il se croyait insulté, résolut de se venger non-seulement de cet homme, mais même de tout le peuple israélite. Il se procura, à cet effet, une ordonnance royale qui fut envoyée dans toutes les provinces du royaume, afin qu'on tuât et qu'on exterminât tous les Israélites depuis les plus jeunes jusqu'aux plus vieux, jusqu'aux femmes et aux petits enfants, en un même jour, c'est-à-dire, le treizième jour du douzième mois appelé Adar, et qu'on pillât tous leurs biens. Mais la reine nommée Esther, qui était elle-même israélite et parente de Mardochée, faisait de son côté des instances [pg 250] près du roi, son époux, et le peuple israélite fut sauvé d'une mort imminente. Le tyran Aman fut attaché à la même potence qu'il avait préparée à Mardochée. En mémoire de cet événement tous les Israélites s'obligèrent, eux et leurs enfants d'en faire chaque année dans toute la postérité une fête solennelle appelée Purim (c'est-à-dire, les sorts)[17].

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