Les Prophètes, leur Vocation, en quel lieu ils ont vécu et à quelle époque.

Dieu voulant conserver la vraie croyance et la répandre parmi toutes les nations de la terre, par l'entremise du peuple israélite, quoiqu'il retombât si souvent dans l'idolâtrie, dut faire paraître des hommes saints, nommés Prophètes qui, dans ces temps de superstition et de corruption générale, fussent des gardiens fidèles de la vraie croyance. Ces hommes qu'on nommait aussi Voyants, à cause de leur habitude de prédire l'avenir, s'élevaient par le zèle le plus sain, par la ferveur la plus pure contre l'idolâtrie et le vice. Le but de leurs efforts tendait à présenter la croyance d'un seul et unique Dieu de la manière la plus pure et la plus claire; ils prêchaient la pénitence et l'amendement en public et en particulier; ils annonçaient la bénédiction et la malédiction à raison de la fidélité ou de l'infidélité envers Dieu; et ils encourageaient les affligés par la prédiction d'un temps plus heureux.

C'est sous le règne d'Achab et d'Ochozias que s'éleva le prophète Élie de Thesbé. Il blâma avec une hardiesse peu commune, à la cour même, la défection du vrai Dieu d'Israël. Élisée son disciple, son compagnon, et son successeur, fut moins sévère et par cela même eut plus d'influence; il vivait sous le règne de Joram, Jehu, Joachaz et Joas, rois d'Israël.—Parmi les prophètes qui se [pg 243] distinguèrent pendant les règnes d'Azarias, roi de Juda, et de Jeroboam II roi d'Israël, nous connaissons principalement Amos, Joël et Osée (Hochea). Le premier était pasteur; dans sa sainte inspiration il se rendit à Bethel, endroit où les Israélites qui voulaient sacrifier avaient coutume de s'assembler. C'était là qu'il prêchait avec énergie contre la corruption et l'injustice alors si générales en Juda et en Israël, à Damas et à Gaza, à Tyr et dans le pays d'Edom, de Moab et d'Ammon; or en faisant comprendre que la décadence de tous ces peuples étrangers était la suite de leur démoralisation et de l'abjection des mœurs, il annonçait le même sort à sa patrie, dont les crimes étaient d'autant plus impardonnables qu'ils avaient des prophètes inspirés de Dieu, pour leur montrer continuellement la bonne voie.—Joël prêchait encore avec plus d'éloquence et d'élévation d'esprit. La grande affliction provoquée par un fléau de sauterelles et par une sécheresse universelle lui fournit l'occasion d'exhorter son peuple à la pénitence. Cette pénitence aura non-seulement pour effet de ramener l'ancienne affluence de biens, mais encore d'accélérer le siècle d'or, où tous les peuples limitrophes respecteront de nouveau le nom du peuple israélite.—Osée s'éleva avec énergie contre l'idolâtrie, contre le luxe des princes, l'immoralité du peuple et contre quelques autres vices et fautes particulières. Il prévit déjà que l'alliance avec l'Egypte et l'Assyrie finirait par la ruine du règne d'Israël.—Le prophète Isaïe l'emportait encore sur tous ces hommes éclairés. Il exerça l'influence la plus salutaire pendant les règnes des rois Ozias, Joatham, Achaz et Ézéchias; tantôt il blâmait la démoralisation du peuple, tantôt il exhortait à la pénitence qui devait se manifester non pas dans la pratique des usages inutiles et insensés, mais dans l'exercise [pg 244] de la vérité, de la vertu et de la justice; tantôt il critiquait les voies et moyens, les mesures pernicieuses des princes. Il annonçait aux méchants des punitions sévères, et par contre il annonçait des temps heureux et pleins de salut aux hommes justes.—Le prophète Michée était contemporain d'Isaïe. Il prédisait de grands événements qui étaient sur le point d'arriver en Israël et en Juda. Il parlait des exactions des grands, de la bassesse des faux prophètes, de l'injustice des juges et des mauvais prêtres. Il prophétisait la ruine de la patrie, la destruction de Jérusalem et du temple comme la juste punition de leurs crimes et de leurs forfaits: mais ces jours d'adversité et de malheur étant passés, il leur présentait l'avenir sous l'aspect le plus heureux.—Le prophète Nahum (Nachum) vivait quelque temps après la captivité des dix tribus d'Israël. Cet homme menaçait d'une ruine complète et la ville de Ninive, résidence des rois de l'Assyrie, et l'Assyrie tout entière, dont les habitants maltraitaient impitoyablement le peuple israélite.—C'était au commencement du règne de Josias, fils d'Amon, que le prophète Sophonie (Zephania) annonçait la ruine de la ville de Jérusalem, et prédisait en même temps le rétablissement de la patrie après que le peuple se serait corrigé.—Habacuc vivait peu de temps avant la captivité de Babylone. Dans son esprit élevé, il prévoyait déjà les horreurs que les Chaldéens exerceraient plus tard par leur force brutale dans le pays de Juda, et il pressentait en même temps le châtiment que s'attirerait cet ennemi.—Le prophète Jérémie fut témoin de la destruction de Jérusalem. Dans son zèle il ne se laissait arrêter ni par les dérisions les plus grandes, ni par les mauvais traitements. Il déplorait avec amertume l'iniquité du peuple, la défection de la loi de Dieu et la fausse politique des princes. [pg 245] Il annonçait la destruction de Jérusalem et la ruine de l'État à moins que le peuple ne se corrigeât et ne changeât totalement de vie. Cependant ses discours ne produisant pas d'effet salutaire, le malheur qu'il prédit arriva.—Ézéchiel, qui se trouvait au nombre des captifs emmenés pour la Chaldée avec le roi Joachin, débuta la septième année avant la destruction de Jérusalem. Il faisait des prédictions à ses frères en Chaldée, vers la même époque que Jérémie prophétisait en Palestine. C'est aussi à Ézéchiel que Dieu a révélé figurativement, dans une vision, la résurrection des morts.—Plus tard lors du retour dans la patrie, c'étaient les prophètes Aggée (Chaggai), Zacharie et Malachie qui instruisaient le peuple dans la loi. Le premier prophétisait lors de la deuxième année de Darius roi de Perse. Il encourageait à la reconstruction du temple en annonçant que le second temple serait encore plus illustre que le premier.—Zacharie était le contemporain d'Aggée. Ses prophéties sont tantôt des discours instructifs et exhortatifs, tantôt des descriptions sur la position future et heureuse du peuple israélite.—Malachie, qui fut le dernier prophète d'Israël, était contemporain de Néhémias. Il prophétisait après la reconstruction du temple. Ses discours sont des exhortations au peuple pour l'engager à se contenter de sa position; ils renferment et des réprimandes au peuple, et des instructions pour les prêtres. Voici quelques-unes de ses exhortations: «Que le fils honore son père et le serviteur révère son seigneur; si je suis votre père, où est l'honneur que vous me rendez? Et si je suis votre seigneur, où est la crainte respectueuse que vous me rendez? dit l'Eternel. Je m'adresse à vous, ô prêtres, qui méprisez mon nom! Les lèvres du prêtre doivent être les dépositaires de la science; et c'est de sa [pg 246] bouche que l'on cherche la connaissance de la loi, car il est l'ange de l'Eternel.» En parlant au nom de Dieu il finit en ces termes: «Souvenez-vous de la loi que j'ai donnée à Moïse mon serviteur, sur la montagne d'Horeb, afin qu'il portât à tout le peuple d'Israël mes préceptes et mes ordonnances. Je vous enverrai le prophète Elie, avant que le grand et épouvantable jour de l'Eternel arrive: et il réunira le cœur des pères à celui de leurs enfants, et le cœur des enfants à celui de leurs pères; de peur qu'en venant je ne frappe la terre d'anathème.»