II.
Premières années de Richelieu, son entrée dans l'épiscopat.
François du Plessis, d'une noble famille de la Touraine, seigneur de
Richelieu, capitaine des gardes d'Henri IV, eut trois fils, dont le
dernier, Armand-Jean du Plessis, fut depuis l'illustre cardinal de
Richelieu.
Armand-Jean du Plessis naquit au château de Richelieu, le 5 septembre 1585. Son frère aîné, appelé à soutenir le nom de la famille, prit la carrière des armes; son frère puîné entra dans les ordres; lui-même fut élevé pour l'état militaire, et se nomma le marquis de Chillon. Mais une circonstance imprévue renversa tous ces projets et changea la destinée de Richelieu.
Celui de ses frères qui était entré dans les ordres, et avait été élevé à l'évêché de Luçon, renonça tout à coup aux dignités ecclésiastiques pour se confiner dans un cloître; il se fit chartreux.
Cependant l'évêché de Luçon était conservé depuis longtemps comme un apanage dans la famille du Plessis. Elle ne voulut point qu'il passât dans des mains étrangères; et il fut résolu que le jeune marquis de Chillon quitterait les armes pour l'épiscopat. Armand du Plessis n'opposa point de résistance à ce vœu de sa famille; il écrivait à son grand-oncle à cette occasion: «Que la volonté de Dieu soit faite! j'accepterai tout pour le bien de l'Église et la gloire de notre nom.»
Son but une fois marqué, il y tendit avec cette force de volonté et cette constance qui sont le cachet des grands caractères. Quoique d'une complexion frêle et qui demandait de grands ménagements, pendant quatre années, il consacra huit heures par jour à l'étude de la théologie, ce qui contribua à ruiner sa santé qui ne cessa pas dès lors d'être mauvaise. Il fut reçu docteur après des épreuves qui lui valurent d'unanimes applaudissements; mais pour être investi de son évêché, une bulle du pape lui était nécessaire, et comme il n'avait pas encore atteint l'âge de l'épiscopat, il alla solliciter lui-même à Rome son institution. Son savoir y fut hautement apprécié. Grégoire XV, après une thèse qu'il soutint devant lui avec beaucoup de succès, le sacra évêque en 1607. Il avait alors vingt-deux ans.
«On dit même, rapporte l'abbé Siri, historiographe de la reine Anne d'Autriche, qu'il trompa Sa Sainteté dans le calcul de ses années, et qu'après sa consécration, il lui demanda l'absolution de son mensonge et de sa tromperie, ce que ce pontife lui accorda en riant, et en disant à ceux qui étaient présents à cette action: Que ce jeune évêque était doué d'un rare génie, mais qu'il l'avait fin et rusé.»
Pendant sept ans on put croire que l'évêque de Luçon était destiné à compter parmi les pieux et modestes prélats de l'Église de France. Voué à l'étude, aux soins de son diocèse, et zélé pour la conversion des hérétiques, aucune autre pensée ne semblait alors l'occuper. Il avait seulement acquis une grande réputation comme prédicateur. La convocation des états généraux, en 1614, vint ouvrir devant lui la carrière politique.