XXVII.

Révolte et mort du maréchal de Montmorency.

La terreur était grande parmi toute la noblesse de France, mais la haine aussi; bien des cœurs brûlaient du désir d'abattre enfin ce ministre, qui faisait si bon marché du sang des gentilshommes. Le plus illustre des généraux de ce temps, le duc de Montmorency, maréchal de France et gouverneur du Languedoc, sollicité secrètement par Gaston de se placer à la tête des mécontents, et de mettre fin par les armes à la tyrannie du cardinal, accepta ce rôle dangereux. Il rassembla à grand'peine une petite armée; les secours promis par l'étranger lui manquèrent. Gaston, qui traversa le royaume pour le venir joindre, n'excita en sa faveur aucune sympathie, et n'amena au maréchal qu'une poignée d'hommes. Celui-ci, néanmoins, dominé par le point d'honneur, ne crut pouvoir ni déserter la conspiration, ni refuser le combat que l'armée royale lui offrit auprès de Castelnaudary; mais plus brave qu'habile dans cette journée, il fut battu; et, couvert de blessures, il tomba aux mains du cardinal.

Gaston vaincu s'humilia et ne pensa qu'à obtenir sa grâce. Il s'engagea, assure-t-on, par une des clauses du traité qui lui accordait amnistie, à aimer tous les ministres du roi, et particulièrement le cardinal de Richelieu. Peu rassuré cependant sur les dispositions amicales de Richelieu à son égard, il s'empressa de se mettre hors de sa portée, et sortit de nouveau du royaume pour aller à Bruxelles partager l'exil de la reine mère.

Quant au malheureux duc de Montmorency, Richelieu le réservait pour un terrible exemple. Son procès s'instruisit devant le parlement de Toulouse, où le roi et le cardinal s'étaient transportés à cet effet. La condamnation était inévitable; le parlement prononça un arrêt de mort contre le maréchal.

Les sollicitations les plus pressantes, et partant des plus hauts personnages, furent en vain mises en œuvre auprès du roi; soutenu par le génie inflexible de Richelieu, il ne céda point. Le peuple de Toulouse, entraîné par un mouvement de compassion, s'était rassemblé sous les fenêtres du palais, criant tout d'une voix: «Grâce! grâce!» Ce bruit frappa les oreilles du roi; il en demanda la cause: «Sire, lui dit le maréchal de Châtillon, si Votre Majesté veut mettre la tête à la fenêtre, elle aura compassion de ce pauvre peuple qui implore sa clémence en faveur du duc de Montmorency.—Si je suivais les inclinations du peuple, répondit-il froidement, je n'agirais pas en roi.» Le maréchal porta sa tête sur l'échafaud (30 octobre 1632). On rapporte de lui, à ses derniers moments, un trait qui contraste singulièrement avec l'esprit de cette époque, et dans lequel il faut voir sans doute l'effort de l'héroïsme chrétien. Avant d'aller à la mort, le maréchal de Montmorency légua au cardinal de Richelieu un célèbre tableau qu'il possédait.