CHAPITRE CLXIV.
Sinistres présages.—Lettre de Noémi.—Le domestique d'Eugène.—Détails sur la mort de Murat.
Elle fut courte la trêve donnée aux inquiétudes de mon cœur, par l'issue favorable du jugement des maréchaux. Vingt-quatre heures étaient à peine écoulées, que D. L*** vint me dire que mes angoisses n'avaient été que suspendues, et que Ney, suivant son vœu, allait être jugé par la Chambre des Pairs. Les ministres devaient aller, dès le lendemain, porter à cette assemblée l'ordonnance réglementaire des formes à observer dans sa formation en cour de justice; car c'était pour la première fois que cette attribution criminelle, prévue et indiquée par la Charte, se trouvait mise en vigueur.
Avant d'entrer dans cette série d'émotions, qui allaient pour moi sortir des incidens de chaque journée, il est encore un douloureux souvenir qui demande place dans ce volume, comme si la perte des illusions de toute ma vie n'eût pu se consommer qu'au bruit de la foudre frappant toutes les têtes qui m'avaient été chères.
Pendant le commencement de la procédure de la Chambre des Pairs, je reçus une lettre de Noémi, qui devint pour moi l'objet d'un nouveau et terrible pressentiment. Elle m'annonçait l'errante destinée de Murat. Je laisse parler Noémi.
«Les heures d'angoisses que je viens de passer, ne sont, je le crois bien, ma chère amie, qu'un avant-coureur d'un plus grand désespoir encore. Depuis ma dernière lettre, j'avais rejoint Joachim à la campagne de l'amiral Allemand. Murat en est parti pour se rendre à Lyon. Il voulait forcer l'Empereur à accepter son épée, et à lui permettre de se battre en soldat, sinon en roi. Les événemens du 18 juin, qui venaient d'abattre cette dernière espérance de mourir sur un champ de bataille, l'ont fait revenir précipitamment dans ces contrées. Durant cet intervalle, j'étais partie pour le rejoindre, et le prévenir contre des intrigues préparées pour abuser encore son orgueil du fol espoir de reconquérir un trône perdu maintenant sans retour. Revenue également sur mes pas, je ne l'ai plus trouvé à Aubagne. Je tremblais pour sa vie, sachant qu'une bande d'assassins, partie de Marseille, devait l'enlever ou le tuer. Le maréchal Brune venait, contraint par les événemens, de faire arborer le drapeau blanc. Pendant ce temps, Joachim arrivait à la maison que j'ai près d'Antibes. Tout était combiné pour le sauver. Rosetti, Bonafoux et Gueliani étaient à Toulon. Il était convenu que Joachim se rendrait par des chemins de traverse à Roane, tandis qu'on faisait courir le bruit qu'il se rendait dans l'intérieur de la France. Tout était prêt quand il apprit qu'un bâtiment allait mettre à la voile pour le Havre. Le duc della Rocca crut sans doute donner un utile conseil à Murat, en lui persuadant que la mer avec ses naufrages serait encore plus sûre à traverser, que la Provence avec ses passions; mon cœur, sur ce point, eut bien de la peine à empêcher mon désespoir de devenir injuste.
«Malgré mes avis, malgré mes prières, Joachim a voulu prendre un parti différent de celui que ma prudence préférait, et cette résolution l'a perdu. Ne pouvant s'embarquer à Toulon, il devait, sur le rivage, rejoindre une chaloupe qui le conduirait à bord. Je l'attendais à ma campagne. Une vieille paysanne vint m'apporter une boîte, et me donner les détails suivans: Joachim était venu, mais la chaloupe avait été à trois fois repoussée. Le bâtiment s'éloignant trop, Joachim, toujours généreux, craignait de compromettre les marins qui devaient le conduire; il leur donna tout l'or qui lui restait, ne gardant qu'une seule pièce. Après avoir renoncé à cet espoir d'embarquement, Joachim gagna les hauteurs; c'était encore son esprit aventureux qui le guidait, et sa délicatesse naturelle, car il eût pu directement venir chez moi; il y eût été en sûreté, et m'eût épargné bien des larmes et de cruelles incertitudes.
«Après avoir passé la nuit, battu par une pluie d'orage, Murat arriva, exténué de fatigues, à la cabane d'une pauvre femme; et celui qui avait remué les trésors d'un royaume, errant, mourant de faim, donna sa dernière pièce d'or pour la récompense d'un chétif service. Il m'écrivit alors ces deux lignes, auxquelles il joignit la bague qu'il portait depuis long-temps, et sur laquelle se trouvaient enlacés son chiffre, le mien et celui de Jules:
«Je ne vais pas chez vous, bonne sœur de mon frère d'armes, chère Noémi; mon malheur s'accroîtrait encore si quelqu'un pouvait être inquiété et compromis à cause de moi. Je suis voué à la vie des proscrits. Si je succombe, unissez mon souvenir à celui de Jules, de votre frère, de mon premier ami. Adieu, chère Noémi; tâchez, si je meurs, de vous rapprocher de ma femme, de mes enfans; vous parlerez de notre enfance, de ces doux souvenirs qui ne sont pas trompeurs comme ceux de la gloire. Noémi, Joachim ne fixe plus les étoiles, la sienne est couverte d'un crêpe funèbre; mais non, n'ai-je pas sur mon cœur celle du brave, la mort donne à celle-là son éclat immortel.
«MURAT, roi proscrit.»
«N'est-ce pas quelque chose de grand et de beau que cette infortune qui donnait encore, et qui bientôt n'aura pas un abri pour reposer sa tête, cette tête si belle, couverte de tant de lauriers. Enfin il a pu s'embarquer, pour jouer encore une fois à cette loterie de la guerre, comme il l'a dit, et j'attends dans d'inexprimables tourmens le succès d'une entreprise qui me paraît de la plus téméraire imprudence. Je me prépare à venir à Paris. Tout ce qu'on apprend ici, ma chère amie, ne me révèle que trop les peines que vous partagez avec moi pour d'illustres infortunés. Mon projet est de réaliser le peu que je possède, de quitter la France pour jamais. Je place sur mon cœur le dernier don du roi proscrit, les dernières lignes de l'ami d'enfance. S'il échappe aux dangers de ses aventureuses tentatives, s'il y échoue sans périr, nous nous rejoindrons sur les heureuses terres de la libre Amérique. Je compte vous voir, mon amie, au premier jour du mois prochain. Ney, j'espère, ne restera pas en France, et Joachim, si son bouillant courage ne l'emporte trop, et qu'il rêve seulement le bonheur, il pourra encore le trouver auprès de l'amie de son enfance, de la sœur de son premier ami et votre toute dévouée.
«NOÉMI.»
J'avais moi-même le cœur trop oppressé pour répondre à la pauvre Noémi. Sa lettre avait singulièrement accru mes terreurs. Murat était presque le synonyme de Ney pour la bravoure, pour l'enthousiasme de la gloire, pour la générosité de tous les sentimens. Hélas! combien, deux jours après la réception de la lettre de Noémi, ces mortelles superstitions vinrent encore rembrunir davantage mon imagination déjà si chargée de nuages, au récit des malheurs accomplis et de la ruine consommée de Murat. Toutes les tendres et involontaires appréhensions de ma pauvre amie sur ce roi, ami de son enfance, avaient même été cruellement dépassées par une horrible réalité. Quel prélude à mes craintes qu'un pareil accomplissement! Et encore la catastrophe de la mort de Joachim ne vint pas comme un fantôme isolé effrayer mes songes. Je ne l'appris pas dans sa nudité; elle se déroula sous mes yeux avec cette abondance de tristes détails qui ajoutent encore mille terribles épisodes à un drame terrible. Un pauvre domestique d'Eugène lui avait, quelques jours après le 20 mars, demandé la permission d'aller fermer les yeux à sa vieille mère, mourant à Marseille. Il achevait de remplir ce pieux devoir avec son frère, marinier du port, au moment où Murat vint errer dans ces contrées. La fortune des princes malheureux tente peu d'ambitions, mais elle suscite quelquefois de nobles et extraordinaires dévouemens. Tel fut celui de ces pauvres jeunes gens qui, séduits par le malheur d'un roi proscrit, s'étaient élancés, par piété pour une grande misère, dans la chaloupe qui l'avait emporté des côtes de la Provence pour le déposer en Corse et de là le jeter sur les rivages de la Calabre. L'un des frères avait péri dans la traversée, et l'autre, celui qui avait été au service d'Eugène, fidèle à un vœu de son frère, suivit le héros qu'ensemble ils avaient choisi.
Après la fatale exécution qui avait tranché une des vies les plus brillantes par la mort la plus déplorable, Hilarion avait été pris les armes à la main; échappé par miracle, il avait trouvé moyen de gagner à la nage une felouque anglaise, et, par une pitié bien rare, accueilli par elle, il fut déposé sur les côtes de la Provence. Arrivé sans ressource à Marseille, quelques pauvres ouvriers du port, amis de son frère, avaient fait entre eux une petite collecte, pour fournir à un ancien compagnon les moyens de revenir à Paris, reprendre sa place auprès de son ancien maître, dont il connaissait assez la générosité pour espérer qu'il lui pardonnerait une négligence excusée par les dangers de plus d'une bonne action. Il ne s'était pas trompé. Eugène avait accueilli son pauvre Hilarion avec cette estime qu'inspire la domesticité, quand elle s'élève au-dessus d'elle-même par de nobles sentimens.
Eugène, pressé de m'apporter quelques nouvelles du jour, car tout est nouvelle pour les cœurs qui ont un grand et douloureux intérêt dans la vie, Eugène, n'ayant eu que le temps de reconnaître son fidèle serviteur, l'avait amené avec lui chez moi, et c'est en ma présence qu'il acheva le récit de tout ce qu'il avait souffert et de tout ce qu'il avait oublié à l'aspect du pauvre Joachim, comme il l'appelait.
«Oh! monsieur, oh! madame, ce n'est rien que tout ce qu'on lit dans l'histoire des revenans, en comparaison de ce que j'ai vu de mes yeux. Je défie qu'on me montre un roman où le héros fasse tout ce que j'ai vu faire à Murat. Ce qui m'a entraîné vers lui, c'est d'abord mon frère, qui avait servi dans sa marine. Avant de prendre le parti de s'embarquer, et d'aller tenter la fortune sur mer, figurez-vous un homme qui voulait la tenter sur terre, et qui avait demandé au maréchal Brune seulement une compagnie de chasseurs, et qui, s'il l'eût obtenue, fût venu fièrement du sein de la Provence soulevée jusqu'à Paris, et qui avait conçu le projet gigantesque de traverser la France entière, pour venir, le sabre à la main, faire signer à un Autrichien, nommé Metternich, avec lequel il avait des affaires, un passeport bien en règle pour aller rejoindre sa femme et ses enfans.
«—Mais comment, mon cher Hilarion, dit Eugène en l'interrompant, une fois Murat échappé des dangers de Marseille, et abrité en Corse chez un ami, a-t-il conçu le fol espoir de reconquérir son royaume?
«—Ah dame! c'est ce que je ne vous expliquerai pas. Il y a bien des choses là-dessous. Tous nos Messieurs disaient que cela n'avait pas le sens commun; mais j'ai entendu le roi répondre: «Il n'y a pas de sens commun à être brave, et cependant qui n'est fier d'être brave!» Mon beau-frère, ajoutait le roi qui devenait encore plus beau en disant cela, mon beau-frère n'a guère été plus raisonnable que je ne veux l'être, en me représentant, comme lui, à mes sujets qui me redemandent; eh bien! ce qui n'était pas raisonnable a été sublime une fois, il en sera de même une seconde. La seule chose que j'aie observée, c'est que, la veille du départ, le roi passa quatre grandes heures d'horloge avec un officier anglais qui venait tous les jours de la côte, et qui avait l'air diablement renard, quoiqu'il laissât toujours deux napoléons pour boire à nous autres.
«Mais figurez-vous que personne de nous n'a pas plus réfléchi que le roi quand il a été question de s'embarquer. Au moment du départ, un homme, expédié de Paris par M. Fouché de Nantes, apporta au roi des passeports, au moyen desquels il pouvait tranquillement se retirer en Autriche. Qu'étaient le repos, la retraite, l'espoir d'une vie privée et monotone, pour celui dont la vie avait été une longue aventure. Joachim se tourna vers nous tous; car il ne nous cacha plus rien dès que nous lui eûmes tous juré de le suivre, et il nous dit: «On me propose une existence de chanoine, cela ne va pas à ma taille; d'ailleurs, il ne me faut pas moins qu'un royaume pour récompenser tant de braves gens qui ont tout sacrifié pour moi.» Hélas! il n'a conquis que le royaume des cieux par le martyre le plus cruel qui puisse être donné à subir. Une tempête vint en route nous entourer de présages de mort. Les bâtimens de notre petite escadre, commandée par Barbara, marin inhabile où déjà traître, furent dispersés, et quand nous fûmes en vue des côtes de la Calabre, il ne restait plus au roi que le bâtiment sur lequel l'ex-grand-amiral de France était monté avec cinquante soldats. Tous les signes étaient funestes, et les premiers mouvemens de l'entreprise en annonçaient déjà la fin déplorable. Un émissaire fut dépêché vers le rivage; mais les douaniers n'en continuèrent pas moins à faire feu sur nos barques, en gardant notre pauvre camarade. On s'éloigna un moment pendant la nuit; l'officier qui commandait la barque du roi s'évada pour ne plus reparaître. Nouveau symptôme de fatalité; car, voyez-vous, tout est écrit là-haut, comme disait ma vieille mère en nous faisant ses adieux. Joachim, qui était bon croyant, hésita un moment, averti par tous ces signes funestes. Les vivres commençaient à nous manquer. Barbara, le commandant, annonça qu'il avait des intelligences sûres, et demanda un passeport pour se rendre à terre, se faisant fort de nous rapporter des provisions. Le roi entrevit l'intention de le trahir et il eut encore la magnanime imprudence d'accepter cette nouvelle fatalité.
«Malgré tant de sinistres présages, ou peut-être à cause de leurs menaces, le roi voulut débarquer; l'impossible était un défi devant lequel il n'était pas dans son caractère de reculer. Ce monarque-soldat, suivi d'une armée de trente hommes, crut, à l'accueil des marins qui gardaient le rivage, et qui le lui livrèrent aux cris de vive Joachim! qu'il allait aussi mettre dans son histoire son épisode du golfe Jean; mais un capitaine de gendarmerie ameuta les paysans; et notre petite troupe, décimée par les balles, enveloppée par le nombre, après des efforts acharnés, mais inutiles, fut contrainte de céder. C'est là que j'ai reçu ma blessure. Le digne capitaine qui nous avait faits prisonniers, nous fit tous fouiller, et nous enleva tout ce que nous possédions. Un pareil vol annonçait toute une vengeance napolitaine. L'assassinat ne se fit pas attendre. Tout ce que le roi, enfermé dans une chambre, séparé de ses serviteurs, put obtenir, fut d'écrire aux ambassadeurs d'Autriche et d'Angleterre pour réclamer l'exécution des traités à son égard; mais, par une fatalité nouvelle, et une bien italienne combinaison, ses lettres furent envoyées au gouvernement napolitain, qui, maître du télégraphe, ordonna que le jugement de Joachim fût immédiatement entrepris et aussitôt exécuté. Sitôt pris, sitôt pendu! c'est le credo de la générosité de ces gens-là. La commission militaire ne se le fit pas dire deux fois, et elle expédia son ancien roi avec toute la rage de l'ingratitude.
«Figurez-vous que pendant qu'on était censé juger le pauvre Joachim, on agissait déjà avec lui comme avec un condamné. On lui enlevait son valet de chambre, le fidèle de ses fidèles, qui ne l'avait jamais quitté, qui fût mort avec lui. Dans la journée, le roi demanda à plusieurs reprises l'heure: «Puisque le jugement se fait attendre, qu'on ne fasse pas attendre mon dîner.» Non, jamais il ne se retrouvera un caractère de cette trempe brillante! C'est un acier éblouissant qui aura été brisé sans avoir reçu une tache.
«Le roi n'avait pas achevé son dîner que sa sentence arriva; il quitta alors tranquillement la table, et demanda à voir ses généraux et son fidèle valet de chambre; c'était bien peu accorder à un roi que de lui laisser remplir ses devoirs d'ami; mais Murat, durant son empire, avait trop pardonné pour qu'on lui pardonnât, et on lui a refusé cette dernière grâce. Tout ce qu'on avait permis à celui qui avait si bien porté le sceptre, cela a été d'écrire à sa femme une lettre qui fendrait le cœur le plus dur, et que voici:
13 Octobre 1815.
«MA CHÈRE CAROLINE,
«Ma dernière heure est sonnée: encore quelques instans j'aurai cessé de vivre; tu n'auras plus d'époux, et mes enfans n'auront plus de père! Pense à moi, ne maudis pas ma mémoire. Je meurs innocent, ma vie n'a été souillée par aucune injustice. Adieu, mon Achille; adieu, ma Lætitia; adieu, mon Lucien; adieu, ma Louise: montrez-vous toujours dignes de moi. Je vous laisse sans biens, sans royaume, au milieu de mes nombreux ennemis: restez toujours unis; montrez-vous supérieurs à l'adversité, et pensez plus à ce que vous êtes qu'à ce que vous étiez. Que Dieu vous bénisse! Souvenez-vous que la plus vive douleur que j'éprouve dans mes derniers momens est de mourir loin de mes enfans. Recevez ma bénédiction paternelle, mes larmes et mes tendres embrassemens. N'oubliez pas votre malheureux père!».
«Il coupa une mèche de ses cheveux, la renferma dans la lettre, et chargea le capitaine-rapporteur de la faire parvenir à sa femme. Au moment de mourir, il refusa le bandeau et la chaise qui lui furent offerts. «J'ai trop souvent bravé la mort pour la craindre, dit-il à l'officier chargé de faire exécuter sa sentence.» Le portrait de la reine était empreint sur le cachet de sa montre; il le posa sur son cœur, recommanda ses compagnons d'infortune, et reçut la mort avec cette insouciance sublime qui l'avait fait si grand sur les champs de bataille.
Nous restâmes quelques instans muets d'admiration et d'attendrissement. Eugène embrassa son fidèle domestique, qui avait eu assez de générosité dans l'ame pour se dévouer à un proscrit, à ce Murat, vrai preux, égaré un moment sur un trône. Quant aux dangers que le brave Hilarion avait courus pour revenir en France, il les avait oubliés. Il ne connaissait pas de malheur plus grand que d'avoir perdu ce dieu de Joachim. Et moi, j'emportai de cette séance de nouvelles terreurs. La catastrophe de Murat me sembla une sorte de malédiction lancée contre nos grands capitaines, et j'en tremblai davantage pour celui qui allait se présenter devant des juges, au moins français et justes, mais sous le poids de bien périlleux et accablans témoignages.