CHAPITRE CLXXXIII.

Le commissaire de police.—L'ami du général Lefebvre-Desnouettes.—Le colonel Seruzier.—Le marquis de Fontanes.—Le duc de Choiseul.—Papiers brûlés.

Quand tout nous abandonne, ce n'est que lorsqu'on s'abandonne soi-même que tout est perdu. J'ai toujours été si pénétrée de ce principe, que dans tous les événemens qui ont marqué ma carrière, j'ai tâché de me conduire en conséquence; à Dunkerque il fût encore ma règle. Je n'avais pas mis le pied à l'hôtel, qu'un ordre de me rendre chez le commissaire de police m'y suivit. L'objet que j'aperçus, déposé sur son bureau, me fit sentir combien j'allais avoir besoin de ne pas me laisser abattre par les persécutions de la fatalité. C'était un foulard dont je croyais avoir fait une cachette, et qui était resté dans la barque que nous venions de quitter. Des lettres de mes amis, des réponses, des notes de toutes les personnes qui s'intéressaient à leur sort; enfin une foule de ces choses dont l'obligeance ne peut refuser d'être dépositaire: tout cela ne formait point le noeud d'aucune entreprise séditieuse ou coupable, mais fournissait des motifs de surveillance, et des entraves très probables à mes voyages; enfin il y avait dans cette affaire matière à bien des désagrémens. Ils se fussent multipliés pour moi, si le commissaire de police ne se fût trouvé un honnête homme, un être compatissant et juste.

J'eus le bonheur de rencontrer, chez le fonctionnaire dont le titre me faisait trembler, Bichat, ami intime du général Lefebvre-Desnouettes. Il mérite une place dans mes souvenirs; mais que je me débarrasse de mon interrogatoire.

D'après ce que me dit le commissaire de police, j'avais été signalée par les agens du gouvernement français, comme étant en relation avec tous les anciens partisans de Bonaparte, en correspondance avec tous les généraux, comme liée en outre et protégée par des Anglais de distinction, et tous ennemis du gouvernement royal; que mes voyages n'étaient autre chose qu'une affaire montée; qu'enfin j'avais été notée à l'époque des troubles de Lyon comme amie intime de Mme de La Valette.

«Je m'en glorifie, Monsieur, répondis-je au commissaire; mon amie a été acquittée de la fausse accusation portée contre elle; mais eût-elle eu à subir la peine d'un délit politique, je l'avouerais encore, et j'aurais cherché à lui en adoucir l'amertume. Sa correspondance est en partie entre vos mains. Elle l'a adressée à l'amitié, et point du tout écrite pour les gouvernemens; vous y trouverez l'expression d'une âme souffrante. Des regrets ne sont pas des conspirations, aussi j'attends de votre équité que vous fassiez la part de la douleur et celle de la politique.» L'homme du devoir me regardait tout en classant mes papiers qu'il n'ouvrait pas. Nous étions dans son cabinet particulier, mon portefeuille ou plutôt ma cassette était devant lui, posée sur le foulard. On vint parler bas au commissaire; aussitôt il se lève et suit la personne. Le portefeuille était à portée de ma main, je n'avais qu'à l'étendre pour rentrer en possession de mes secrets les plus intimes, des confidences de mes amis, qui, au fait, m'appartenaient bien uniquement, et nullement à l'avidité inquisitoriale de la police. Avec la rapidité de la pensée les papiers passent près de mon coeur. Certes, ce n'était pas une mauvaise action; eh bien! mon coeur battait avec violence, et mes mains tremblantes parvenaient avec peine à cacher mon trésor. Le commissaire me laissa long-temps seule, ce qui fit qu'à son retour j'étais absolument remise. En y pensant depuis et d'après l'excessive indulgence de ce fonctionnaire envers moi, j'ai toujours supposé que sa longue absence fut un calcul de sa bonté même pour me laisser le temps de faire ce que je fis en effet.

En revenant auprès de moi, le commissaire continua l'inspection des lettres. Il ne s'ensuivit pas un terrible procès-verbal, mais une sage et bienveillante recommandation d'éviter des démarches qui éveillaient l'attention de l'autorité, et qui ne pouvaient que troubler mon repos et celui de mes amis, sans résultat. Ce brave homme visa mon passeport, et me conseilla de voyager avec ce seul papier plutôt que de m'exposer à oublier les autres. Je le quittai fâchée de mes premières impressions. À l'idée de ses terribles fonctions, je comprimai mon penchant à l'abandon, de peur que la voix du devoir ne fît taire celle de la générosité. À ma grande satisfaction, je quittai le cabinet du commissaire. Dans la seconde pièce j'aperçois Bichat, qui, avec un visage allongé d'impatience, se promenait en attendant audience. J'hésitais à l'aborder ou à lui parler; mais il mit fin à mon incertitude en venant à moi avec empressement. Je lui donnai le nom de mon hôtel et je fus l'y attendre.

Bichat vint me retrouver une heure après. Brave comme Desnouettes, dont l'intrépidité fabuleuse a laissé tant de souvenirs, Bichat avait partagé quelques unes des vicissitudes de son général. Mis à la retraite et officier jeune encore, il me raconta qu'assailli et sollicité par une foule d'anciens frères d'armes, il avait écouté leurs conseils, leurs projets chimériques; et que, mêlé sans le savoir à une entreprise dont il ignorait la fin et toutes les intentions, il avait lieu de craindre pour sa liberté; «et pourtant, ajoutait Bichat, je me suis tenu à l'écart. Obligé récemment de faire un voyage à Paris, mon beau-frère, qui en savait plus que moi, sans vouloir davantage, exigea par plus de prudence que je partisse pour la Belgique, jusqu'à ce que tout fût calmé. Nous avions quelques intérêts avec une maison de cette ville, et j'ai voulu m'en occuper, avant de quitter la France, peut-être pour toujours. J'ai passé par Amiens, Boulogne, Calais, et je me suis un peu trop arrêté. Pendant ce temps, les dénonciations ont été leur train; et tout cela m'a valu l'honneur involontaire de voir M. le commissaire, contrainte dont je ne me plains pas, puisque sans elle je ne vous aurais pas retrouvée.

«—Mon pauvre ami, il ne s'agit pas ici de politesse ni de galanterie; avez-vous votre liberté, vos passeports? pouvez-vous quitter la France sans délai? voilà de quoi il faut nous occuper. On a donc intercepté quelque lettre? on l'a donc ouverte? Ah! ma malheureuse amie Mme de La Valette avait bien raison de me dire souvent: Craignez Dieu et… la poste.»

Bichat me rassura faiblement sur ses moyens de gagner les libres rivages, où à cette époque les exilés français comptaient réaliser le beau rêve d'un champ de repos et de souvenirs. Il me restait peu d'argent et moins d'espoir d'en obtenir; mais l'heureuse insouciance de mon caractère était là pour ne me faire sentir que le délicieux espoir d'être utile, je me fis aussitôt riche de cent louis de pension. J'offris, et Bichat consentit à accepter ce qu'il eût été mille fois plus heureux d'offrir lui-même. Il n'y a rien de tel pour électriser les âmes, pour les disposer à bien faire, comme les bouleversemens politiques. Jamais je n'ai lu les sanglantes annales de la terreur, sans enthousiasme pour tant de femmes, honneur de notre sexe, qui bravèrent l'épouvante des massacres, même la prison et l'échafaud, pour sauver ou consoler ceux qui leur étaient chers.

Bichat, sans avoir personnellement pris aucune part à d'aventureuses tentatives, avait eu des relations et des correspondances innombrables avec des amis moins prudens. Je citai à Bichat un exemple pour lui faire sentir le danger de garder des papiers dont mille circonstances imprévues peuvent changer le sens et aggraver l'interprétation. L'intrépide militaire ne concevait pas mes terreurs. «Non, je ne puis livrer tout cela au feu, disait-il; je croirais une seconde fois être oublié de tous mes amis.» Enfin Bichat entendit raison, et nous fîmes ensemble la visite. Au nom du brave colonel Seruzier qui sortit d'abord de la fouille, je fus la première à ne pas vouloir anéantir une seule des paroles d'un homme d'un caractère si franc, d'une droiture si militaire. La pièce qui nous tomba bientôt après sous les yeux était signée de M. de Fontanes; Bichat la prit, et, la froissant entre ses mains, la jeta au feu. «J'ai des obligations à l'ancien grand-maître, mais elles datent de l'empire; je respecte ses opinions, son talent, son esprit; mais il n'y a pas entre nous sympathie de conduite, de sentimens. Son amitié protectrice a cessé; il y aurait de ma part faiblesse à retenir des témoignages qui ne seraient plus exacts aujourd'hui.

Je ne partageais pas les idées un peu exagérées de Bichat sur M. de Fontanes; je me rappelais son noble vote, sa compatissante conduite dans le procès du maréchal Ney, et je ne pouvais qu'accorder plus de prix à sa générosité dans cette circonstance, quand je songeais que chez lui la bonté avait eu à vaincre l'opinion politique.

«C'est vrai, répliqua Bichat, et vous connaissez sans doute la réponse du duc de Choiseul, proscrit et victime lui-même; il s'est souvenu de cette terrible fatalité de la politique, caractère admirable de loyauté qui transporte dans les idées nouvelles, dans les principes de la liberté, cette chevalerie des nobles sentimens, apanage de quelques noms historiques.»

Enfin, laissons tous les souvenirs, dis-je à Bichat, et occupons-nous du présent. Brûlez tous ces papiers, il y a trop de noms propres mêlés à ces confidences de l'amitié, des notes, des expressions, toutes choses où l'oeil de la malveillance, s'il y pénétrait jamais, trouverait toujours matière suffisante à vous tourmenter. Après bien des réflexions, bien des résistances de la part d'un militaire qui ne croyait pas au crime de sensibilité, notre petit auto-da-fé de précautions fut enfin résolu et accompli.

Malheureusement l'opération fut incomplète; une foule de papiers ne furent point compris dans le sacrifice, soit par négligence, soit par un noble mouvement de l'officier, qui eut plus tard à se repentir de cette généreuse imprudence.

En me quittant, au lieu de se rendre immédiatement de Dunkerque à Calais et de là à Douvres, Bichat ayant une lettre pressante du major Garnier, partit pour Gand où douze jours après il fut arrêté avec plusieurs autres Français, et mis à la disposition du procureur du roi. Mais le major Garnier se tira d'affaires, car il fut très poliment reconduit à la frontière de France.

Très entendue avec mes amis sur notre correspondance, je ne manquais jamais de trouver de ville en ville quelque énorme paquet de dépêches. Mais comme ma dernière halte avait été forcée, et qu'elle n'avait été cette fois officielle pour personne, je trouvai, poste restante, un paquet dont la possession immédiate m'eût été bien précieuse. C'était un souvenir, un secours, une pensée de la princesse Élisa, de ma généreuse bienfaitrice. Hélas! ma vie errante me priva et du plaisir de profiter à temps de cette surprise et du bonheur d'en exprimer ma reconnaissance. Moins poursuivie par le sort qui semblait me chasser de contrées en contrées, j'eusse pu vous prouver que le temps, le malheur, l'éloignement n'avaient point altéré les sentimens d'une femme dévouée à toutes vos fortunes, et qui n'avait pas besoin d'un dernier bienfait pour être prête à courir encore au bout du monde pour vous servir.

La lettre de la princesse Élisa m'engageait à m'embarquer pour aller la rejoindre à Trieste; une lettre de change de 2,000 francs accompagnait l'invitation. J'étais heureuse, je dévorais déjà l'espace qui se trouvait entre moi et ma bienfaitrice; je sentais pourtant quelque peine de laisser en souffrance les intérêts dont je m'étais volontairement chargée. Je sentais qu'en partant les lettres qui pouvaient m'arriver resteraient sans réponse, et que mon brusque départ allait être funeste à beaucoup d'amis. J'étais dans une étrange alternative de joie sur mon avenir et de crainte pour celui des autres; je n'ose affirmer la résolution que j'aurais pu prendre, si les nouvelles de Paris n'eussent tranché toutes mes irrésolutions en me présentant la nécessité de ce départ. Triste sort des proscrits! ils raisonnent toujours leur situation, et ils ne savent pas qu'elle se décide toujours malgré eux et sans eux. Dans le nombre des lettres que je venais de recevoir, il y en avait une de mes amis de Bruxelles; on m'y parlait d'un précis historique que le général Berton avait publié sur les fautes de la journée de Waterloo; lorsque je vis qu'on m'engageait à y répondre, je me surpris à hausser les épaules. J'étais si loin de toute espèce de prétention d'auteur, que je trouvai la proposition ridicule; mais quand j'eus lu l'ouvrage, qui me sembla une sorte d'accusation contre une gloire sortie pure même de la mort, j'oubliai la faiblesse de mes talens pour ne songer qu'à mes devoirs d'amie.

J'étais d'autant plus affectée de l'assertion du général Berton sur la conduite du maréchal Ney, dans la journée du 18 juin, que non seulement j'en connaissais l'absolue fausseté, mais que je savais l'estime personnelle dont l'illustre guerrier avait mille fois renouvelé les témoignages à l'égard du jeune général. Quand mon coeur est fortement ému, les pensées m'étouffent, et ma plume, brûlante comme mon coeur, peut à peine en exprimer la chaleureuse abondance. Aussi, dans l'impétuosité d'une réfutation qui me semblait aussi sacrée que possible, je passai le jour, je passai la nuit à jeter sur le papier ce que j'avais entendu d'une bouche auguste et chère sur la bataille de Waterloo. Je me livrai à cette oeuvre de justice avec toute la chaleur d'une conviction qui devait me servir de talent, et qui me tenait presque lieu de bonheur dans l'accumulation de mes peines. Je fus cruellement arrachée à ce travail par la présence, dans ma retraite, d'un personnage semblable à plusieurs de ceux dont l'oeil avait déjà suivi et persécuté mes démarches. Le personnage en question était un sieur d'A*** que j'avais vu en Italie, parlant de sa famille émigrée, intéressant fort la bonne compagnie du régime impérial par quelque peu de l'esprit et des manières alors si goûtées de l'ancien régime, et vivant sur l'intérêt de sa ruine, consommée par la révolution, qui pourtant n'avait eu rien à lui prendre, comme s'il avait eu les dix mille livres de rente qu'elle ne lui avait pas enlevées.

Ce même d'A***, je l'avais rencontré dans les cent jours; je l'avais rencontré depuis la restauration, et toujours au service intime et très tendre du gouvernement existant; je l'avais aperçu et évité à Bruxelles; j'avais cru le voir aussi à Londres, et j'avais remarqué qu'alors, à son tour, il m'avait évitée.

Rien ne saurait égaler mon étonnement, de voir un pareil homme tomber inopinément sur moi, lancer un regard sur mes papiers beaucoup plus vite que sur ma personne; je m'attendais à voir entrer chez moi ses alguazils. Loin de là, je le vois au contraire s'asseoir d'un air abattu, fermer la porte et s'écrier: «Je suis proscrit et malheureux; voici une lettre, vous pouvez me sauver, et je sais que vous demander une bonne action c'est l'obtenir.» Il me présenta une lettre d'une écriture pitoyable, me débita une fable plus ridicule encore, mais tout cela était signé du nom d'une personne qui m'était chère, et qui, de Bruges, me recommandait ce Français malheureux. Incapable de soupçonner toute la noirceur des agens mis à ma poursuite par l'inquiétude de D. L***, je fus encore dupe d'un homme qui n'était que son émissaire; mais en offrant ma bourse à d'A***, ma simplicité n'alla point jusqu'à lui livrer ce qu'il eût aimé davantage, quelques lettres d'introduction auprès des personnes avec lesquelles il me supposait en sûreté.

L'être le plus sot peut, en s'adressant à ma pitié, m'entraîner comme un enfant; mais pour le compte des autres je suis moins facile; je songe plus à leur sûreté; et le souvenir de ces intérêts me ramena à ma vague méfiance. Ainsi tout en payant la dette de la compassion par quelques louis, je remplis aussi celle de la prudence, en tenant à d'A*** ce langage: «J'ai pris le parti de me rendre à Ostende, pour voler de là sur les traces d'une bienfaitrice, pour aller rejoindre la princesse Élisa à Trieste. Je ne puis rien pour vous ni à Londres ni ici. Ce que vous avez de mieux à faire, c'est de brusquer le visa de vos papiers, et de vous embarquer.»

La face de mon auditeur parut un peu altérée par mes paroles.

«L'exil, me disait-il, on peut le prendre partout, et Trieste vaut
Londres pour un malheureux.»

Ces argumens n'ébranlaient nullement ma conviction, et la défiance seule ne me donnait pas de la fermeté; mes goûts d'indépendance étaient ma résistance et ma force. D'A*** prit alors un autre ton.

«Vous pouvez, Madame, ne pas me permettre de vous suivre; mais je ne vous en suivrai pas moins. Il le faut, c'est mon devoir, je ne puis faire autrement.» À cette surveillance hautement déclarée, je tombai de surprise et de mépris pour la pauvre humanité, produisant de pareils caractères. Cet homme tenait encore à la main les cent francs offerts par ma générosité à sa misère, et il était sitôt ingrat. Je regrettais mon argent; mais j'en voulais encore plus à d'A*** de me faire maudire ma pitié, et de m'enlever ainsi jusqu'aux illusions de la bienfaisance.

Par une singulière mobilité de ma nature, en une minute, de la sensation la plus pénible, je passe au plus confiant abandon par l'effet d'un mot, d'un regard, d'un geste. Il en fut ainsi avec d'A***. Cet homme eut l'art d'expliquer, de justifier les paroles qu'il m'avait dites, de les tourner dans un sens qui, de nouveau, me rendit imprudente. Excepté le nom de mes amis, d'A*** reçut de nouveau, je ne dis pas mes confidences, mais les trop faibles indiscrétions d'une tête trop préoccupée; par je ne sais quel mouvement de faiblesse ou de vanité, je fus entraînée jusqu'à lire à qui devait si peu la comprendre, une réfutation que je venais de tracer du précis du général Berton sur la bataille de Waterloo. Dans le feu de mon débit, dans l'incroyable renouvellement d'émotions que causait ce souvenir, je m'exaltai jusqu'à ne plus croire mon auditeur présent. Je ne suivais plus ni les regards ni les mains industrieuses d'un écouteur si intéressé, et j'ai la certitude qu'il profita de ma préoccupation pour y placer une lettre et une note de noms qui se retrouva sur le bureau du procureur du roi à Gand.

Malgré ce retour de faiblesse pour les importunités de mon cavalier malgré moi, je le congédiai le soir même, et envoyai retenir ma place pour Ostende avec l'intention de m'embarquer.

Au moment de ce départ, je songeai à faire mon état de caisse. Elle ne se composait plus que de 600 florins et du don encore récent de la généreuse Élisa. Jusqu'à ce dernier renfort pécuniaire, les bontés magnifiques du duc de Kent avaient fourni à mes courses nombreuses, aux prodigalités de cette vie nomade de Belgique en Angleterre, qui se dépensait comme ma bourse pour les autres. Avec mon insouciance pour ce qu'on appelle avenir, je me trouvai de nouveau presque riche, et très revenue de mes préventions contre le vil d'A*** aussi vite que je les avais conçues. Je lui donnai rendez-vous à Ostende, à l'hôtel d'Angleterre; nous nous quittâmes, ni lui ni moi ne nous doutant de la triste cause qui allait, en changeant ma résolution, me sauver momentanément des embûches qu'il m'avait tendues.