LE FLÉAU DE LA GUERRE
Par les champs de bataille dévastés et ravagés de Mametz, de La Boisselle, de Contalmaison et de Pozières, noms désormais illustres dans l’histoire des armes britanniques en France, les Canadiens français se rendirent à l’endroit marqué pour le ralliement avant d’entreprendre l’attaque de Courcelette. La route à suivre les conduisit à travers les ruines lamentables de coquets villages aujourd’hui disparus, sur l’emplacement de forêts imposantes dont on ne voyait plus que quelques troncs d’arbres tordus et desséchés ici et là; et ils traversaient parfois des terrains occupés par d’anciennes tranchées allemandes enlevées à l’ennemi et gardant encore l’aspect de destruction laissé par les explosifs. Au-dessus d’eux, retentissait sans cesse le bourdonnement des escadrons aériens qui allaient et venaient sans cesse et dans toutes les directions, tandis que dans chaque vallée et derrière chaque accident de terrain, canons et howitzers dialoguaient, chacun avec la voix, éclatante ou sourde, que lui donne son calibre particulier, et renvoyaient à l’ennemi au moins autant de projectiles destructeurs qu’il n’en éclatait de sa part dans les tranchées et quelquefois au milieu des hommes. Les champs de bataille de la Somme offraient aux nouveaux arrivés un spectacle de désolation et de vastes espaces ravagés comme ils n’en avaient pas rencontré encore. On eût dit que ces plaines n’avaient jamais été habitées, et que le sol, jadis fertilisé et cultivé avec amour par les paisibles paysans français, ne pourrait plus jamais donner la vie et se couvrir de beauté. Au lieu des fermes fécondes et des bosquets verdoyants des temps passés, plus rien que la morne tristesse des ruines, des amas de pierraille et des cratères à demi remplis d’une eau saumâtre. La nature entière semblait crier vengeance contre l’envahisseur teuton. L’ennemi se ressentirait le lendemain de la signification de la devise du 22e bataillon, les trois mots “Je me souviens” empruntés comme l’on sait aux armes de la vieille cité de Champlain et de la province de Québec.
La voix rauque d’un millier de canons salua l’aube du 15 septembre; c’était le commencement du bombardement préliminaire à l’attaque de Courcelette, et le moment solennel de l’entrée des Canadiens dans les gigantesques batailles de la Somme, moment prometteur de la victoire. Mais jetons un coup d’oeil sur les positions dont ils allaient faire l’assaut.