III

L'été de mil huit cent soixante et dix achève;

L'oiseau commence à fuir vers des climats plus doux;

Le soleil, triste et pâle, à l'horizon se lève;

La ramure secoue au vent ses cheveux roux.

C'est le dimanche au soir. Une foule innombrable

Envahit le forum (place Jacques-Cartier);

On dirait, à la voir, qu'un malheur effroyable

Menace les mortels de l'univers entier.

Que s'est-il donc passé de si grand sous les astres

Pour que sur tous ces fronts éclate le chagrin?

Ah! la France se meurt! déjà quatre désastres:

Weissembourg, Reischofen, Forbach et Spickerin!

Eh! oui, voilà pourquoi l'on pleure et l'on murmure

Dans la ville où grandit l'héroïque valeur;

Quand la France reçoit au coeur une blessure,

Les habitants d'ici tressaillent de douleur!

«Je vole à son secours, s'écrie un patriote,

Et vais au consulat offrir mes faibles mains.

Et si je dois tomber sous le fer du despote,

Je mourrai, sans regret comme les vieux Romains!»

Il part, la tête haute et l'oeil plein de lumière,

Et va chez le consul, qui l'accueille fort bien.

«J'appartiens, Excellence, à la classe ouvrière,

Dit-il, et j'ai l'honneur d'être né Canadien.

Or, j'apprends que la France où naquirent nos pères,

--Belle France que j'aime autant que mon pays!--

Est soumise à cette heure aux troupes meurtrières

Que commandent Von Molke et ses cruels amis!

Eh bien, mille tambours! je vends maison, boutique,

Pour aller me ranger sous son noble drapeau;

Oui, si j'obtiens de vous une pièce authentique,

Je troquerai l'outil contre le chassepot!»

--«Quel est donc votre nom, homme plein de courage?

--Pierre Francoeur, obscur artisan, de Saint-Roch.

--Quoi! c'est à vous qu'un soir le fleuve, dans sa rage,

Ravissait et l'épouse et les enfants en bloc?...

--«Hélas! oui, c'est à moi que le fleuve en colère,--

Ce fleuve au bord duquel j'aimais à respirer--,

A ravi les trois coeur, les plus purs de la terre...

Et depuis cet instant je ne fais que pleurer...

--O le deuil éprouvé des époux et des pères!

Je comprends vos malheurs et sais y compatir;

Vous êtes un héros tel que l'on n'en voit guères,

Et la France de vous n'aura pas à rougir.

Prenez ce sauf-conduit cacheté de mes armes,

Puis rendez vous auprès du gouverneur Trochu;

Devant ce pli les Francs abaisseront leurs armes,

Et par eux vous serez, au besoin, secouru.»

«--Pour vos bontés, merci mille fois, Excellence!

Je serai, je l'espère, un valeureux soldat,

Car je sens dans mon coeur refleurir la vaillance

Que Montcalm a légué aux fils du Canada!»

Le lendemain au soir, à genoux sur la terre

Où dormaient pour toujours Rose et les deux jumeaux,

Pierre parlait tout bas dans ce lieu solitaire,

Mais l'indiscret zéphyr nous apporta ces mots:

Adieu, tombe chérie,

Sombre et muet séjour

Où tous, après la vie

Nous dormirons un jour!

Demeure des trois anges

Que follement j'aimais

Et que les viles fanges

Ne salirent jamais!

Adieu, charmante femme,

Adieu, fruits de son flanc:

A vous, j'offre mon âme,

A la France, mon sang!

Demain, avant l'aurore,

Je quitterai ces lieux;

--Vous reverrai-je encore?

Oui, plus tard, dans les cieux!

Mais, vive inquiétude,

Qui me remplacera?

En cette solitude

Qui vous visitera?

Hélas! sur votre tombe

Que j'arrose de pleurs,

Nul ne viendra quand tombe

Le jour, mettre des fleurs!

Ni faire la prière,

Cette aumône du coeur,

Que le céleste Père

Accueille avec bonheur.

Non, car l'homme se livre

Ici-bas aux plaisirs,

Et n'aspire qu'à vivre

Pour combler ses désirs!

Eh bien, puisque le monde

Ne songe qu'à jouir,

Moi, sur la terre et l'onde

Pour vous je veux souffrir!

Donc, adieu, tendre femme,

Adieu, fruits de son flanc!

A vous, j'offre mon âme,

A la France, mon sang!»

Laissons dormir en paix dans leur sombre retraite

Ces trois infortunés, et rejoignons Francoeur,

Qui, près de Châtillon, à la lutte s'apprête

Sous le commandement d'un général de coeur.

Il a pu parvenir jusque là sans entrave,

Grâce à l'aimable pli du consul québecquois;

Du reste, en le voyant, on devinait un brave

Dans les veines duquel coulait le sang gaulois!

La France tous les jours éprouve les défaites;

Nos vaillants soldats sont par le nombre écrasés;

Et déjà les Prussiens se préparent des fêtes

Dans les riches hameaux qu'ils ont germanisés.

Ils ne respectent rien, ces conquérants d'une heure!

Ils insultent l'enfant, la femme, le vieillard,

Détruisent la moisson et brûlent la demeure

Où vit paisiblement l'honnête montagnard.

Ivres d'or et de sang, ils attaquent les villes

Qu'ils pillent aussitôt et plongent dans le deuil;

Puis, l'esprit ébranlé par leurs succès faciles,

Ils lancent sur Paris un envieux coup d'oeil!

Halte-là! car Paris, le vrai coeur de la France,

Le royaume des arts, l'imprenable cité,

Secoue avec éclat sa folle insouciance

Et veut garder encor son immortalité!

Jules Favre aux Prussiens demande un armistice,

Afin d'examiner leurs nombreux armements:

Mais de Bismark répond:

«Je ne puis, en justice,

L'accorder... Agréez mes meilleurs sentiments!»

Cette froide réponse allume la colère

et l'indignation dans l'âme des Français.

«C'est bien, disent plusieurs, fertilisons la terre,

Les cadavres prussiens nous serviront d'engrais!

Tout Paris se prépare à combattre les reîtres,

Les jeunes et les vieux marchent sous les drapeaux;

On jure de tuer, sans pitié, tous les traîtres

Et de livrer leur chair en pâture aux corbeaux!

Les fusils, les canons, les boulets et la poudre

Sont vite fabriqués et remis aux soldats;

Et, quand sonnera l'heure, aussi prompts que la foudre,

Ces terribles engins feront mille dégâts...

C'est le vingt-deux septembre. Escorté de ses troupes

Le général Ducrot traverse Châtillon;

Les habitants du lieu, qui se tiennent par groupes

Agitent devant lui maint et maint pavillon.

Ducrot s'incline et dit:

«Priez pour nous, mes frères,

Afin que du combat nous sortions triomphants;

Demain nous camperons près des hautes Bruyères

Où les Prussiens encor se montrent turbulents.»

Et quittant à regret ce peuple qu'il estime,

Esclave du devoir, il poursuit son chemin;

Il n'a plus qu'un désir--désir vraiment sublime--

Lutter, et, s'il le faut, mourir le lendemain!

De bonne heure, Ducrot le lendemain arrive

A l'endroit redoutable avec ses bataillons.

«Tenez-vous, leur dit-il, tous sur la défensive,

Car l'ennemi déjà doit charger ses canons.

A peine a-t-il parlé, qu'une balle prussienne

Laboure jusqu'à l'os le flanc de son cheval!

La bête de douleur rugit comme l'hyène

Qui se trouve placée en face d'un rival.

Les ennemis alors sortent de leur cachette

En lançant des obus à travers les bosquets;

Mais Ducrot, sans frayeur, à ses soldats répète:

Laissez-les dépenser leur force et leurs boulets!

Cependant les Prussiens--que ce silence intrigue--

Osent se découvrir aux regards des Français.

Ducrot les voit venir, et, fier de son intrigue,

Jubile en présentant un glorieux succès!

«A l'oeuvre! ordonne-t-il; déplantez-moi ces rustres.

Que l'orgueil a rendu méchants, audacieux!

La France attend de vous les faits les plus illustres,

Allons donc, en avant! ô soldats valeureux!»

Aussitôt des milliers de boulets et de balles

Tombent comme un orage au milieu des Prussiens.

Et l'air redit alors des clameurs infernales

Qui ressemblent aux cris d'une meute de chiens!

Çà et là des blessés étendus en grand nombre

Exhalent leurs douleurs et maudissent le sort,

Puis d'autres effrayés par ce spectacle sombre,

Sous les bois vont se mettre à l'abri de la mort.

Les chevaux, l'oeil en feu, les naseau pleins d'écume,

Affolés de terreur, s'élancent au galop,

Mutilant de leurs fers le cadavre qui fume

Sur le sol détrempé par le sang et par l'eau!

C'est un sauve-qui-peut: le général lui-même,

Espèce de colosse au coeur ambitieux,

Est obligé de fuir; et, dans sa rage extrême,

Maudit, en se sauvant, les Français et les dieux...

Maintenant, grâce au ciel, sur les Hautes-Bruyères,

Le vieux drapeau français déroule au vent ses plis;

Il semble défier les hordes meurtrières

Qui nourrissent l'espoir de bombarder Paris.

Neuf jours ont fui. Ducrot à cheval se promène

En rêvant au plaisir de revoir l'ennemi,

Car il l'attend. Depuis bientôt une semaine

Ce général fameux n'a presque point dormi.

Au détour d'une route, à travers le feuillage,

Il croit voir onduler dans le lointain brumeux

Une mer de soldats: tel on voit un rivage

Mollement s'avancer les flots silencieux.

Tiens! ce sont les enfants de la blonde Allemagne,

Se dit le promeneur, en mettant son lorgnon;

Nous leur ferons danser, ici, dans la montagne,

Un joli moulinet aux accords du canon...

Ils aiment ce jeu-là, si j'en crois ma mémoire,

Eh bien, ces beaux danseurs ne seront pas déçus!

Mais! ils sont très nombreux: la plaine en est toute noire!

Bah! qu'importe leur nombre, ils seront bien reçus!

Sur ce, le général pique au flanc sa monture

Et s'élance au galop vers le champ des soldats.

«--Aux armes! leur dit-il, de sa voix mâle et pure,

Les Allemands sur nous s'avancent à grands pas!

Leur nombre est légion; mais vous êtes des braves

Que ne comptez jamais le nombre des rivaux;

Si vous ne voulez pas devenir leurs esclaves,

Ni même leur livrer vos glorieux drapeaux,

Alors, repoussez-les! N'ayez aucune crainte,

Soldats, d'être vaincus; non luttez vaillamment,

Sous le regard de Dieu, car votre cause est sainte

Et Dieu vous aidera jusqu'au dernier moment!»

Tous les soldats en choeur à cet appel répondent:

--Nous vous suivrons partout, ô noble général!

--Ah! merci, fait Ducrot; vos cris puissants inondent

Mon âme d'allégresse... Attendez le signal!

L'heure succède à l'heure et l'ombre à la lumière;

La nuit sur la nature étend son voile noir.

La lune, au bord du ciel, montrant sa tête altière,

Scintille tout à coup comme un bel ostensoir.

Tout est silencieux. Ducrot et son armée

Attendent, l'arme aux bras, le terrible moment

Où la tourbe prussienne--ivre de renommée--

Viendra le attaquer dans leur retranchement.

Mais le temps passe, et rien ne trouble le silence,

Si ce n'est quelquefois les murmures du vent.

Enfin l'aube paraît et l'horizon immense

Reflète les clartés d'un beau soleil levant.

Les belliqueux Français sont ennuyés d'attendre;

Ils ne redoutent pas leurs ennemis, oh! non!

Car leur unique voeu, maintenant, est d'entendre

La voix de la trompette et de celle du canon.

Néanmoins, imitant du général l'exemple,

Ils offrent au Seigneur les prémices du jour,

Et ce champ de combat se convertit en temple

D'où montent vers le ciel des prières d'amour.

Puis, ce devoir rempli, les cuisiniers préparent,

Avec habileté, le modeste repas.

La marmite est au feu. Tous les soldats s'emparent

De leurs brillants couteaux pour trancher le lard gras.

Bref, le tout est servi. La cloche carillonne

Invitant la milice à manger sans façon.

Le vin ne manque pas. La bonne humeur rayonne

Sur les fronts, et le coeurs vibrent à l'unisson.

Mais, dominant les ris, les tirades joyeuses,

La voix du général fait entendre ces mots:

«Aux armes! j'aperçois les cohortes nombreuses;

Vainquons! car la défaite est le plus grand des maux!»

Les soldats, oubliant le vin et la gamelle

Obéissent de suite à l'ordre de Ducrot,

Qui suit leurs mouvements de sa vive prunelle

En allant et venant sur son coursier au trot.

Les Prussiens, l'air railleur, vers les Français s'avancent,

Mais ceux-ci sont déjà prêts à les recevoir,

Les soldats de Ducrot à leurs ennemis lancent

Un regard dont l'éclair paraît les émouvoir.

Ducrot ordonne alors de commencer la lutte.

Par un feu bien nourri. Le feu gronde aussitôt;

Et, spectacle effrayant, des deux côtés on lutte

Avec un héroïsme où la colère éclot.

Allemands et Français combattent face à face

Et semblent décidés à vaincre ou bien mourir,

Car lorsqu'un soldat tombe, un autre le remplace,

Convaincu qu'à son tour la mort va le saisir!

La mort, sans préférence, enlève aux deux armées

Des hommes de valeur, que dis-je? des héros!

Elle n'a pas d'égard pour leurs jeunes années,

Non! comme les blés mûrs ils tombent sous sa faux!

O mort, cruelle mort! pour assouvir ta haine,

Tu fais couler à flot le sang de tous ces preux;

Tu plonges à la fois dans le deuil et la peine

Des mères au coeur d'or et des enfants heureux!

Ils n'ont plus de soutien, ils n'ont plus d'espérance!

Ah! qui donc désormais leur donnera du pain?

Qui les consolera quand l'amère souffrance

Posera sur leur front sa redoutable main?...

Mais la mort ne dort pas, au contraire elle veille

Et moissonne à son gré les faibles et les forts:

On a beau la prier, elle n'a point d'oreille

Pour écouter nos voix, nos douloureux accords...

Elle épargne à présent les soldats de la Prusse

Et frappe les Français qui luttent vainement;

Ceux-ci vont succomber, quand Ducrot, plein d'astuce,

Sous le dôme d'un bois les place adroitement.

Le pauvre général a la douleur dans l'âme:

Six cents vingt-deux des siens sont au nombre des morts!

Que faire? va-t-il fuir? Non! ce serait infâme,

Et partout le suivrait la honte et le remords...

Mais il devra lutter, hélas! sans espoir même,

Car les Prussiens à peine ont perdu cent soldats.

«N'importe! je mourrai pour la France que j'aime,

Dit-il: un Français meurt, mais il ne se rend pas...»

Il crie à ses héros: «Quittons notre retraite

Et derechef allons au poste de l'honneur:

Impossible pour nous d'éviter la défaite;

Prouvons donc aux Prussiens que nous avons du coeur!»

La résignation brille sur la figure

De ces braves soldats luttant vingt contre cent;

Mais personne ne jette une plainte, un murmure,

Ils ont déjà juré de répandre leur sang!

Le général alors à leur tête se place

En leur disant: «Soldats, imitons nos aïeux;

Lorsque des ennemis s'emparaient d'une place,

Ils les en délogeaient, eh bien, faisons comme eux!»

Sur ce, l'oeil enflammé, le voilà qui s'élance,

Vers la vaste clarière où règnent les Teutons;

Il y parvient bientôt trompant leur vigilance,

Et fait pleuvoir sur eux le fer de ses canons.

Les Allemands, surpris d'une attaque aussi rude,

Ne peuvent tout d'abord riposter à ce feu;

Mais leur général parle, et sa ferme attitude

Leur donne du courage et les rassure un peu.

Puis un combat nouveau, gigantesque, commence;

Ces puissants ennemis ne se ménagent pas.

On dirait, à les voir, qu'ils sont pris de démence,

Tant ils semblent contents s'affronter le trépas.

Balles, boulets, obus tombent comme la grêle;

Une épaisse fumée aveugle les soldats;

Aux plaintes des blessés, la trompette entremêle

Sa larmoyante voix, aussi triste qu'un glas.

Les Français luttent bien. Le bruit de la mitraille,

Loin de les effrayer, augmente leur ardeur;

Ils veulent à tout prix gagner cette bataille

Que renferme pour eux le salut et l'honneur!

Mais, qu'est-ce? entendez-vous les hourras frénétiques

Qu'ils poussent vers le ciel en combattant toujours?

Ils viennent de ravir aux sujets germaniques

Douze ou treize canons aux énormes contours!

Alors les Allemands, le front chargé de rage,

Font mine d'avancer sous le feu des Français,

Mais en vain! car ceux-ci redoublent de courage

Et leur font essuyer un nouvel insuccès!

Ducrot observe tout. Il voit parmi ses braves

Un homme culbuter à lui seul maints Prussiens,

Leur infligeant à tous de ces blessures graves

Que ne peuvent guérir les savants chirurgiens;

Car ceux qui sont tombés sous sa fatale étreinte

Sont là, sans mouvement, sur le terne gazon,

La poitrine brisée et la prunelle éteinte,

Mêlant leur dernier râle à la voix du canon!

Mais ce chanceux tireur que l'héroïsme guide,

Pourra-t-il résister aux coups des ennemis?

Regardez-le: de sang sa tunique est humide;

N'importe! il lutte encore, les membres tout meurtris!

Puis, ô bonheur! il voit que l'ennemi recule;

Il avance à la course avec ses compagnons,

Poursuivant les fuyards les tuant sans scrupule,

Comme on écraserait du pied des moucherons!...

Tout à coup il terrasse un soldat héroïque

Qui vient de dérober aux Français un drapeau;

Il arrache au voleur cette belle relique,

Plus pure à ses regards que le cristal de l'eau!

Quel est donc ce héros à la fière encolure

Que Bellone a chargé des lauriers du vainqueur?

Examinez les traits de sa noble figure,

Et vous reconnaîtrez le forgeron Francoeur!...

Les malheurs ont blanchi ses beaux cheveux d'ébène

Et creusé sur son front un glorieux sillon;

Blessé, mais non soumis, il est semblable au chêne

Qui résiste longtemps aux coups du bûcheron...

Il baise avec amour le drapeau de ses pères,

Après l'avoir pressé tendrement sur son coeur;

Et, sans respect humain, récite des prières

Que sa famille, au ciel doit répéter en choeur!

L'ardeur chez les Prussiens semble un instant renaître,

Car leur mitraille gronde encore avec éclat;

Mais, d'un coup d'oeil, il est aisé de reconnaître

Que c'est le désespoir qui les pousse au combat.

Ducrot veut balayer ces bandes étrangères

Qui croyaient par leur nombre effrayer les Français:

«Braves soldats! chassez ces infâmes vipères

Pour qu'elles n'osent plus nous troubler désormais...»

Pierre alors se redresse et prend sa carabine,

De l'échec de la veille il veut venger l'affront.

Ciel! soudain son bras tremble et sa tête s'incline:

Il vient de recevoir deux balles dans le front!

Il tombe sur le sol, théâtre de sa gloire,

Ce modeste artisan que rien n'intimida,

En murmurant ces mots que je livre à l'Histoire:

Adieu, France chérie! Adieu, beau Canada...

1er février 1887.