QUAIS DE LA CITÉ.
Quai des Orfèvres. Il borde la partie méridionale de la cité, depuis le pont Neuf jusqu'au pont Saint-Michel. Dans le projet de construction du premier de ces deux ponts, on fit entrer celui d'ouvrir une rue qui allât au pont Saint-Michel, et de là à Notre-Dame. Pour l'exécuter, on coupa en partie l'île de la Gourdaine, du côté du grand cours de l'eau; on détruisit le moulin, et sur les deux côtés du triangle on construisit les deux quais que nous y voyons aujourd'hui. Ils furent commencés en 1580, ensuite interrompus, puis repris vers le temps où l'on achevoit le pont Neuf, enfin terminés en 1611. L'année suivante, le président Jeannin obtint la permission d'y faire bâtir des maisons ou boutiques, partie sur le quai, partie sur la rivière, et des échoppes le long des murs du Palais: il n'y eut de construit que les échoppes qui viennent d'être abattues.
Quai de l'Horloge ou des Morfondus. Il s'étend du côté septentrional de la Cité, depuis le pont Neuf jusqu'au pont au Change. Le nom de quai de l'Horloge lui vint de l'horloge du Palais, située à son extrémité; celui de quai des Morfondus de sa situation qui est exposée au vent du nord.
RUES DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.
Rue de Bretonvilliers. Elle aboutit à la rue Saint-Louis et sur le quai Dauphin. Elle doit son nom à l'hôtel qui est situé à l'extrémité méridionale de l'île.
Rue de la Femme-sans-Tête. Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Louis, et de l'autre sur le quai de Bourbon. Elle portoit dans toute sa longueur le nom de rue Regrattier. Une enseigne représentant une femme sans tête lui fit donner ce nom.
Rue Guillaume. Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Louis, de l'autre sur le quai d'Orléans, et doit son nom à Guillaume, père d'un des derniers entrepreneurs des bâtiments de l'île Saint-Louis.
Rue Saint-Louis. Elle traverse l'île dans toute sa longueur, et doit ce nom à l'église qui s'y trouve située. Suivant le plan de Messager, elle porta d'abord le nom de Palatine jusqu'à celle des Deux-Ponts; depuis celle-ci jusqu'au bout on l'appeloit rue Carelle. En 1654 on la nommoit rue Marie.
Rue des Deux-Ponts. Elle est ainsi nommée à cause de sa situation entre le pont de la Tournelle et le pont Marie, auxquels elle communique par ses deux extrémités. Elle est appelée rue Saint-Louis sur le plan de Messager.
Rue Poulletier. Elle traverse l'île Saint-Louis, et aboutit aux quais d'Alençon et des Balcons. Sur le plan de Messager elle est indiquée sous le nom de Florentine. Elle doit celui qu'elle porte à M. Le Poulletier, trésorier des Cent-Suisses, l'un des associés du sieur Marie.
Rue Regrattier. C'est la prolongation de la rue de la Femme-sans-Tête. Elle aboutit au quai d'Orléans. Messager la nomme rue Angélique. Le nom qu'elle porte vient de celui de M. Le Regrattier, autre associé du sieur Marie. Elle porta d'abord ce nom dans toute sa longueur jusqu'au quai Bourbon.
QUAIS DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.
Quai de Bourbon. Il s'étend sur le côté septentrional de l'île, à partir de la pointe qui regarde la Cité jusqu'au pont Marie.
Quai d'Anjou. Ce quai fait la continuation du précédent, et du même côté jusqu'à l'extrémité orientale de l'île.
Quai d'Orléans. Il commence, de même que le quai Bourbon, à la pointe de l'île, et s'étend, du côté méridional jusqu'au pont de la Tournelle.
Quai Dauphin ou des Balcons. C'est la continuation du quai d'Orléans; et de même que le quai d'Anjou, il vient finir à la pointe orientale de l'île.
ANTIQUITÉS ROMAINES ET CELTIQUES
DÉCOUVERTES DANS LA CITÉ.
AUTEL DE JUPITER.
Les plus connues de ces antiquités sont les pierres cubiques découvertes en 1712, sous le chœur de l'église cathédrale, elles sont au nombre de neuf, et toutes chargées sur leurs diverses faces de bas-reliefs et d'inscriptions. La plus grande a trois pieds et quelques pouces de hauteur, la plus petite environ un pied et demi.
Sur l'une de ces pierres on lit l'inscription suivante:
TIB. CAESARE. AUG. JOVI. OPTUMO
MAXSUMO . . . . M. NAUTAE. PARISIAC.
PUBLICE POSIERUNT.
En restituant les quatre lettres qui manquent dans l'espace fruste qui précède la lettre M, on traduit ainsi cette inscription: Sous Tibère César Auguste, les NAUTES parisiens ont publiquement élevé cet autel à Jupiter très-bon, très-grand. Ainsi, le sujet du monument se trouve expliqué; et nous apprenons en même temps qu'il y avoit à Paris, sous le règne de Tibère, une association de gens qui y faisoient le commerce ou le transport des marchandises par eau.
Ces pierres, toutes couvertes de bas-reliefs, présentent d'abord plusieurs divinités du paganisme indiquées par leurs noms: IOVIS (Jupiter), VOLCANVS (Vulcain), CASTOR (Castor); une autre figure placée à côté de celle-ci, et dont l'inscription a été effacée, est évidemment POLLVX. On a cru y reconnoître encore Vénus et Mercure; puis viennent ensuite deux divinités gauloises indiquées par ces deux mots: ESVS et CERNVNNOS, que l'on croit être le dieu de la guerre et celui qui présidoit aux forêts, le Mars et le Pan des Grecs et des Romains.
On y voit encore un taureau surmonté de trois grues avec cette inscription: TARVOS TRIGARANVS (taureau à trois grues), animal mystique qui étoit pour les Gaulois un objet de vénération; puis des soldats armés de piques et de boucliers, un prêtre gaulois et plusieurs autres figures qui ont exercé la sagacité des antiquaires, et sur lesquelles on n'a pu présenter jusqu'à présent que des conjectures d'un assez médiocre intérêt.
CIPPE ANTIQUE.
Ce Cippe quadrangulaire fut découvert en 1784, et à une assez grande profondeur, dans une fouille que l'on fit en face de la rue de la Barillerie, pour établir les fondations d'une partie des bâtiments du Palais de Justice: il a cinq pieds dix pouces de hauteur, ne porte aucune inscription, et présente, sur ses quatre faces, des figures de trois pieds et demi de hauteur, parmi lesquelles on reconnoît facilement Mercure qui s'y montre accompagné de tous ses attributs. Une autre figure armée de l'arc et du carquois semble être une image d'Apollon; mais elle tient d'une main un poisson, et de l'autre s'appuie sur un gouvernail, ce qui pourroit aussi indiquer une divinité qui présidoit à la navigation; la troisième figure est celle d'une femme, et cette femme porte un caducée, attribut qui ne nous paroît pas pouvoir être facilement expliqué; enfin une quatrième figure a des ailes au dos, tient un globe à la main, et est coiffée du pétase ailé, symbole spécialement consacré au fils de Maïa. On s'est encore épuisé en conjectures sur ce monument, beaucoup plus qu'il ne méritoit; et nous nous garderons bien d'ennuyer nos lecteurs de cette obscure et stérile érudition.
Au reste toutes ces sculptures, tant sur le cippe que sur l'autel, sont du travail le plus barbare[681].
MONUMENTS NOUVEAUX
ET AUTRES CONSTRUCTIONS FAITES DEPUIS 1789.
Pont Neuf. Ce pont vient d'être réparé et surbaissé à ses deux extrémités, ce qui en rend la pente plus douce. À côté du terre-plein qui porte la statue d'Henri IV, est placé l'un de ces établissemens publics connus sous le nom de Bains-Vigier. L'escalier qui conduit à ces bains est un morceau de charpente qui mérite d'être remarqué.
Place Dauphine. Au milieu de cette place on a construit une fontaine, espèce de monument consacré à la mémoire du général Desaix, tué à la bataille de Marengo. Cette fontaine, dont la forme est ronde, s'élève sur un soubassement, composé d'assise de pierres en retraite, et orné d'inscriptions. Quatre têtes de lions versent l'eau dans des bassins circulaires; deux génies, une couronne de lauriers, des médaillons, des sphinx, deux fleuves, le Nil et le Pô, ornent la surface du piédestal, que surmonte le portrait du général français, en forme d'Hermès. Un jeune guerrier coiffé d'un casque et costumé à la grecque, lui pose une couronne sur la tête. Ce monument, d'un beau style, mais d'une exécution sèche et roide, a été sculpté par M. Fortin, sur les dessins de M. Percier.
Sainte-Chapelle. La couverture de l'escalier extérieur de ce monument a été abattue: on répare, en ce moment, cet escalier qui restera découvert.
Grand'salle du Palais. On y construit maintenant, dans la partie latérale, une grande niche qui sans doute est destinée à recevoir une statue colossale.
La Morgue. C'est un lieu ouvert au public, où l'on dépose les cadavres des personnes mortes de mort violente, que la police a fait recueillir, et dont aucun signe ne constate l'identité. La Morgue, située autrefois dans les bâtimens du Grand-Châtelet, a été transportée, depuis la révolution, dans le quartier de la Cité, et dans un édifice que l'on a construit exprès pour cette destination. C'est un petit bâtiment carré, d'un bon style, orné de quatre pilastres doriques et de bossages. Il s'élève sur la place du Marché neuf, à l'un des angles du pont Saint-Michel.
Marché aux Fleurs. Il a été construit, comme nous l'avons dit, sur le terrain qu'occupoit cette partie de la rue de la Pelleterie dont les maisons étoient situées sur le bord de l'eau; et il s'étend dans tout l'espace qui sépare le pont au Change du pont Notre-Dame. Cet espace a été planté d'arbres, et au milieu sont deux coupes circulaires, recevant l'eau d'une gerbe qui s'élève au milieu.
Église Saint-Pierre-des-Arcis. C'est par erreur que nous avons dit qu'elle existoit encore. Elle vient d'être abattue; et sur la place qu'elle occupoit, on a ouvert une rue nouvelle qui porte le nom de rue Neuve-du-Quai-aux-Fleurs.
Parvis Notre-Dame. Deux fontaines ornent cette place: elles sont formées par deux niches pratiquées dans le bâtiment des Enfants-Trouvés. Ces deux niches sont ornées de coquilles; et deux têtes de lions versent de l'eau dans des cuvettes que surmontent deux vases enrichis de feuillages et de bas reliefs.
Église Notre-Dame. On a fait à cette église des réparations considérables, principalement au portail latéral nord, qui est remarquable par la richesse et la beauté de ses ornemens. Dans l'intérieur la nef a été garnie de nouveau, des deux côtés et dans toute son étendue, des tableaux dont on l'avoit dépouillée, à l'exception de deux ou trois des plus excellents qui sont restés dans le musée du Roi. Une nouvelle grille en fer, ornée de bronzes dorés et d'un très-beau travail, ferme l'entrée du chœur et les arcades du rond-point; et tous les lambris extérieurs de cette partie de l'église sont revêtus de marbres précieux, parsemés de fleurs de lys en bronze doré. Sur le toit de l'église, du côté du rond-point, on a élevé une croix dorée.
La chapelle de la Vierge et celle qui la suit, sont ornées de trois tableaux donnés par la ville, et exécutés par des artistes modernes: la Mort de la Vierge, par M. A. Pujol; la Résurrection du fils de la veuve de Naïm, par M. Gauterot; la descente de Jésus-Christ aux Limbes, par M. Delorme. Deux de ces tableaux doivent surtout être remarqués pour le mérite de la composition et de l'exécution.
Dans la chapelle située à gauche de celle de la Vierge, est le monument du cardinal de Belloy, archevêque de Paris, mort en 1808. Ce mausolée, d'une grande dimension, représente le prélat assis sur son sarcophage; d'une main il donne une bourse à des femmes qui la reçoivent avec l'expression d'une vive reconnoissance; de l'autre il tient le livre des Psaumes ouvert sur ce verset: Beatus qui intelligit super egenum et pauperem; in die malâ liberabit eum Dominus (Ps. XL, I); à ses côtés un prêtre porte la crosse cardinale à double bec; à ses pieds sont placés d'autres attributs de sa dignité. M. Desenne est l'auteur de ce groupe dont la composition est digne d'éloge, et qui présente, surtout dans les draperies, de véritables beautés d'exécution.
Archevêché. Tout ce qui restoit encore des anciennes constructions du palais épiscopal, depuis et non compris la chapelle jusqu'à l'Hôtel-Dieu, a été démoli; ce terrain a été clos de murs, et des deux côtés on a placé des loges de portier. Du côté où est le bâtiment neuf qui sert maintenant de demeure aux archevêques, il a été ouvert une porte d'entrée et élevé un mur qui sert d'enclos à ce bâtiment. Le jardin qui se prolonge ensuite jusqu'au quai est en partie entouré d'une grille en fer; et dans ce jardin on a renfermé le terrain qu'occupoit la rue dite de l'Abreuvoir.
Pont de la Cité. Ce pont, qui a remplacé le pont Rouge, est formé de deux arches en bois, lesquelles sont portées sur un pilier de maçonnerie, placé au milieu du petit-bras de la Seine qui sépare les deux îles de la Cité et de Saint-Louis. Ce pont, recouvert en fer-blanc peint, avoit toutes les apparences d'un pont en pierres; mais il avoit été construit avec si peu de solidité, que, quoiqu'il n'y passât que des gens de pied, il menaçoit ruine au bout de quelques années, et qu'il a fallu le réédifier. Les nouveaux arceaux, composés de plusieurs pièces de bois liées ensemble par des bandes de fer, offrent l'aspect d'une charpente solide et bien exécutée. Cette charpente est restée à découvert.
QUAIS NOUVEAUX.
Quais Nouveaux. Ils font la continuation des deux quais des Orfèvres et de l'Horloge, et entourent l'île entière de la Cité, à l'exception de l'Hôtel-Dieu, et du groupe de maisons qui touche l'angle du Petit pont vers le marché Neuf.
Au côté méridional, le quai qui a pris la place de la rue Saint-Louis, et qui se prolonge jusqu'au Marché-Neuf, a pris le nom du quai des Orfèvres dont il est la continuation.
Au côté septentrional, la partie du quai qui suit celui de l'Horloge, porte depuis le pont au Change jusqu'au pont Notre-Dame le nom de quai aux Fleurs; depuis ce dernier pont jusqu'à celui de la Cité, on le nomme quai de la Cité; en retour et jusqu'au pont au Double, il n'a point encore de dénomination: il est probable qu'on le nommera quai de l'Archevêché.
FIN DU QUARTIER DE LA CITÉ,
ET DE LA PREMIÈRE PARTIE DU PREMIER VOLUME.
TABLE DES MATIÈRES.
PREMIER VOLUME.—PREMIÈRE PARTIE.
- Pages.
- Dédicace au Roi.
- Avertissement de l'auteur. [j]
- Discours préliminaire. [1]
- Enceintes de Paris. [28]
QUARTIER DE LA CITÉ.
- Paris sous les deux premières races. [43]
- Le pont Neuf. [85]
- La Samaritaine. [100]
- La place Dauphine. [102]
- La Sainte-Chapelle. [107]
- Le Trésor des chartes. [123]
- Le Palais de Justice. [124]
- Le Grand Conseil. [170]
- La Chambre des Comptes. [180]
- La Cour des Aides. [185]
- Bailliage du palais, Chancellerie du palais, Chambre du domaine et du trésor, Siége général de la Table de marbre. [190]
- Églises et Monastères. [191]
- Couvent des Barnabites. [224]
- Pyramide de Jean Châtel. [228]
- Saint-Barthélemi. [250]
- Saint-Pierre-des-Arcis. [255]
- Sainte-Croix de la Cité. [259]
- Saint-Germain-le-Vieux. [261]
- La Magdeleine. [265]
- Saint-Denis-de-la-Chartre. [268]
- Saint-Symphorien ou Chapelle Saint-Luc. [273]
- Saint-Landri. [276]
- La chapelle Saint-Agnan. [280]
- Sainte-Marine. [283]
- Saint-Pierre-aux-Bœufs. [285]
- Saint-Christophe. [286]
- Sainte-Geneviève-des-Ardents. [288]
- Notre-Dame. [292]
- Archevêché. [327]
- Le chapitre de Notre-Dame. [355]
- Saint-Jean-le-Rond. [361]
- Saint-Denis-du-Pas. [364]
- Hôtel-Dieu. [366]
- Parvis de Notre-Dame. [380]
- Maison des Enfants-Trouvés. [384]
- Ponts de la Cité. [391]
- Pont au Change. ibid.
- Pont Saint-Michel. [395]
- Pont Notre-Dame. [396]
- Petit pont. [400]
- Pont Rouge. [402]
- Hôtels de la Cité. [404]
- Arcade de la Chambre des Comptes. [405]
- Île Saint-Louis. [408]
- Saint-Louis. [412]
- Hôtels de l'île Saint-Louis. [415]
- Pont Marie. [420]
- Pont de la Tournelle. [421]
- L'île Louvier. [423]
- Rues. [425]
- Rues et quais de la Cité. [442]
- Rues et quais de l'île Saint-Louis. [460]
- Antiquités romaines et celtiques. [461]
- Monuments nouveaux. [464]
Erratum. P. 57, ligne 6 de la note, Ledis; lisez Lides.