RUES.
Il n'est rien de plus obscur et de plus embrouillé dans les antiquités de Paris que la matière que nous allons traiter. Les plans que nous avons donnés de cette capitale désignent avec précision la place de ses monuments publics, mais n'offrent qu'une idée imparfaite de ses rues, qui, dans une si longue suite de siècles, ont changé plusieurs fois et de forme et de nom. Après les nombreux incendies qui consumèrent la Cité, et les ravages que les Normands firent dans les faubourgs, on ne sait si les maisons furent relevées dans leurs anciens alignements ou sur des plans nouveaux; et les traditions les plus anciennes qui nous en restent datent de plus d'un siècle après le dernier incendie[482]. Mais ce dont on ne peut douter, c'est que, jusqu'au seizième siècle, elles étoient étroites, sales et irrégulières; plusieurs rues de la Cité et des quartiers environnants, où trois personnes peuvent à peine passer de front, et dont quelques maisons ont encore conservé l'ancien toit en forme de pignon, nous présentent une image assez juste de ce qu'étoit alors la ville entière. Sauval, qui vivoit dans le dix-septième siècle, prétend que les rues larges qui existoient à cette époque, avoient été élargies de son temps ou vers la fin du siècle précédent.
Cependant ces rues si étroites, où la lumière pénétroit à peine, où l'air ne pouvoit circuler, ne furent pavées que sous Philippe-Auguste. Jusque là elles n'avoient été que d'affreux chemins, inondés d'une boue noire et infecte, dont les exhalaisons rendoient le séjour de Paris désagréable et funeste à ses habitants. L'historiographe de Philippe, qui étoit en même temps son médecin, dit que la puanteur en étoit si insupportable, qu'elle pénétroit jusque dans le palais du roi, et le rendoit presque inhabitable. Il raconte que ce prince s'étant un jour approché des fenêtres qui donnoient sur la rivière, il arriva que des chariots, qui dans ce moment traversoient la Cité, en ayant remué les boues, l'odeur qui s'en éleva fut si horrible, qu'à peine le roi put-il la supporter[483]. Factum est autem post aliquot dies quòd Philippus rex, Parisiis moram faciens, dùm sollicitus pro negotiis regni agendis in aulam regiam deambularet, veniens ad palatii fenestras, undè fluvium Sequanæ, pro recreatione animi, quandoquè inspicere consueverat; rhedæ, equis trahentibus, per civitatem transeuntes, fœtores intolerabiles lutum revolvendo procreaverant, quos rex in aulâ deambulans, ferre non sustinuit.
S'il faut en croire cet auteur, ce fut ce petit événement qui détermina le monarque à porter sur-le-champ remède à un mal aussi dangereux; et sans être rebuté ni de la difficulté de l'entreprise, ni d'une dépense qui avoit effrayé tous ses prédécesseurs, il donna ordre, en 1148, au prévôt de Paris, d'en faire paver toutes les rues et places publiques[484]. Le séjour de cette ville devint, dès ce moment, plus sain et plus commode. Cependant un établissement si utile fut souvent négligé dans les âges suivants, quelquefois même totalement abandonné; et il falloit que des maladies contagieuses, qui suivoient presque toujours une semblable négligence, vinssent réveiller l'attention des magistrats, et faire reprendre des travaux presque toujours imparfaits jusqu'à Louis XIV. C'est à ce grand roi que l'on doit le bel ordre qui règne maintenant dans cette partie si essentielle de la police[485].
Ce n'est qu'en 1728 que l'on commença à écrire aux coins des rues et des places publiques les noms qu'elles portoient, et ces noms n'ont pas varié depuis jusqu'au moment de la révolution. Avant cette époque, il n'est presque pas une rue de Paris, qui, à partir du douzième siècle, n'ait changé plusieurs fois de dénomination, et ces changements se ressentoient de la barbarie de ces temps grossiers. Les origines en sont souvent frivoles et bizarres: elles proviennent ou du nom de quelque personnage distingué qui y possédoit une maison remarquable, ou de quelque enseigne singulière qui avoit frappé les yeux du peuple, ou de quelque événement extraordinaire qui y étoit arrivé. Plusieurs devoient leur titre à leur mal-propreté habituelle, d'autres aux vols et assassinats qui s'y commettoient; quelques-unes enfin ont des noms dont le sens et l'origine sont entièrement inconnus.
Nous avons essayé de débrouiller ce chaos, et de donner, autant qu'il est possible, les étymologies et les mutations de ces noms divers. Nous nous sommes aidés, pour y parvenir, de la critique des écrivains les plus laborieux et les plus exacts qui aient approfondi cette matière, et nous espérons qu'elle ne sera pas la moins curieuse de notre travail. Mais pour rendre ce travail complet, et même pour le faire bien comprendre, nous croyons nécessaire de donner d'abord une pièce très-singulière et unique dans son genre, qui a été mise au jour pour la première fois par le savant abbé Lebeuf. C'est une description en vers des rues de Paris, faite par un poète du treizième siècle, nommé Guillot: on y trouve la plus grande partie des noms de celles qui étoient renfermées dans l'enceinte de Philippe-Auguste; elle indique celles qui sont les plus anciennes, et le nom qu'on leur donnoit quatre-vingts ans après que cette enceinte eut été terminée. L'explication que nous donnerons, à la fin de chaque quartier, de l'origine de ces rues, servira de commentaire à cet ancien écrit, et éclaircira autant qu'il est possible ce qu'il peut avoir d'obscur ou d'inintelligible[486].
Ci commence le Dit des Rues[487]
DE PARIS.
Maint dit a fait de Rois, de Conte
Guillot de Paris en son conte;
Les rues de Paris briément
A mis en rime, oyez comment.
L'auteur commence par le quartier qu'on appeloit d'Outre-Petit-Pont, aujourd'hui l'Université.
La rue de la Huchette à Paris
Premiere, dont pas n'a mespris.
Assez tost trouva Sacalie
Et la petite Bouclerie
Et la grand Bouclerie après
Et Herondale tout en près.
En la rue Pavée alé
Où à maint visage halé:
La rue à l'Abbé Saint-Denis.
Siet asez près de Saint Denis,
De la grant rue Saint Germain
Des Prez, si fait rue Cauvin,
Et puis la rue Saint Andri
Dehors mon chemin s'estendi
Jusques en la rue Poupée,
A donc ai ma voie adrécée.
En la rue de la Barre vins
Et en la rue a Poitevins,
En la rue de la Serpent,
De ce de rien ne me repent;
En la rue de la Platriere
La maint une Dame loudière[488]
Qui maint chapel a fait de feuille.
Par la rue de Hautefeuille
Ving en la rue de Champ-petit,
Et au-dessus est un petit[489]
La rue du Paon vraiement:
Je descendi tout bellement
Droit à la rue des Cordeles:
Dame i a[490]; le descort d'elles
Ne voudroie avoir nullement.
Je m'en allai tout simplement
D'iluecques[491] au Palais de Thermes
Où il a celiers et citernes
En cette rue a mainte court.
La rue aux hoirs de Harecourt.
La rue Pierre Sarrazin
Ou l'en essaie maint roncin
Chascun an, comment on le hape[492].
Contreval[493] rue de la Harpe
Ving en la rue Saint Sevring,
Et tant fis qu'au carefour ving:
La Grant rue trouvai briément;
De la entrai premierement
Trouvai la rue as Ecrivains;
De cheminer ne fu pas vains[494]
En la petite ruelette
S. Sevrin; mainte meschinette[495]
Les vers que nous omettons en cet endroit et autres où l'on trouvera du blanc, ne contiennent que des descriptions de lieux qui étoient tolérés alors, et qui sont autorisés aujourd'hui.
. . . . . . . .
En la rue Erembourc de Brie
Alai, et en la rue o Fain;
De cheminer ne fu pas vain,
Une femme vi battre lin,
Par la rue Saint Mathelin.
En l'encloistre m'en retourné
Saint Benoît le bestourné[496];
En la rue as hoirs de Sabonnes
A deux portes belles et bonnes.
La rue à l'Abbé de Cligny
Et la rue au Seigneur d'Igny
Sont près de la rue o Corbel;
Desus siet la rue o Ponel
Y la rue à Cordiers après
Qui des Jacopins siet bien près:
Encontre[497] est rue Saint Estienne;
Que Dieu en sa grace nous tiegne,
Que de s'amour ayons mantel[498].
Lors descendis en Fresmantel
En la rue de l'Oseroie;
Ne sai comment je desvoueroie[499]
Ce conques nul jour[500] ne voué
Ne a Pasques ne a Noué[501]
En la rue de l'Ospital
Ving; une femme i d'espital
Une autre femme folement
De sa parole moult vilement[502].
La rue de la Chaveterie
Trouvai; n'alai pas chiés Marie
En la rue Saint Syphorien
Ou maingnent li logiptien[503]
En pres est la rue du Moine
Et la rue au Duc de Bourgongne
Et la rue des Amandiers près
Siet en une autre rue exprès
Qui a non rue de Savoie.
Guillot de Paris tint sa voie
Droit en la rue Saint Ylaire
Ou une Dame debonnaire
[504]Maint, con apele Gietedas:
Encontre est la rue Judas,
Puis la rue du Petit-Four,
Qu'on appele le Petit-Four:
Saint Ylaire, et puis clos Burniau
Ou l'on a rosti maint bruliau[505]:
Et puis la rue du Noyer.
. . . . . . . .
. . . . . . . .
Enprès est la rue à Plastriers
Et parmi[506] la rue as Englais
Ving à grand feste et à grand glais[507]
La rue à Lavandieres tost
Trouvai; près d'iluec[508] assez tost
La rue qui est belle et grant,
Sainte Geneviéve la grant,
Et la petite ruelete
Dequoi l'un des bouts chien sur l'être[509]
Et l'autre bout si se rapporte
Droit à la rue de la Porte
De Saint Marcel; par Saint Copin
Encontre est la rue Clopin,
Et puis la rue Traversainne
Qui siet en haut bien loin de Sainne[510].
Enprès est la rue des Murs:
De cheminer ne fut pas mus[511],
Jusqu'à la rue Saint Victor
Ne trouvai ne porc ne butor[512],
Mes femmes qui autre conseille[513]:
Puis truis[514] la rue de Verseille
Et puis la rue du Bon puis;
La maint la femme à i chapuis[515]
Qui de maint home a fait ses glais[516].
La rue Alexandre l'Anglais
Et la rue Paveegoire:
La bui-ge[517] du bon vin de beire.
En la rue Saint Nicolas
Du Chardonnai ne fut pas las
En la rue de Bievre vins
Ilueques i petit[518] m'assis.
D'iluec[519] en la rue Perdue:
Ma voie ne fut pas perdue.
Je m'en reving droit en la Place
Maubert, et bien trouvai la trace
D'iluec en la rue à Trois-portes,
Dont l'une le chemin rapporte
Droit à la rue de Gallande
Ou il n'a ne forest ne lande,
Et l'autre en la rue d'Aras
Ou se nourrissent maint grant ras.
Enprès est rue de l'Ecole,
La demeure Dame Nicole;
En celle rue ce me semble
Vent on et fain et fuerre[520] ensemble.
Puis la rue Saint Julien
Qui nous gart de mauvais lien.
M'en reving en la Bucherie,
Et puis en la Poissonnerie.
C'est verité que vous despont[521],
Les rues d'Outre-Petit-Pont
Avons nommées toutes par nom
Guillot qui de Paris, ot[522] nom:
Quatre-vingt par conte en y a.
Certes plus ne mains[523] n'en y a.
En la Cité isnelement[524]
M'en ving après privéement.
Les Rues de la Cité.
La rue du Sablon par m'ame[525];
Puis rue neuve Notre Dame.
En près est la rue à Coulons
D'iluec ne fu pas mon cuer lons[526],
La ruele trouvai briement
De S. Christophe et ensement[527]
La rue du Parvis bien près,
Et la rue du Cloistre après,
Et la grant rue S. Christofle:
Je vis par le trelis d'un coffre
En la rue Saint Pere à beus
Oisiaus qui avoient piez beus[528]
Qui furent pris sur la marine[529].
De la rue Sainte Marine
En la rue Cocatris vins,
Où l'en boit souvent de bons vins,
Dont maint homs souvent se varie[530]
La rue de la Confrairie
Nostre-Dame; et en Charoui
Bonne taverne achiez[531] ovri.
La rue de la Pomme assez tost
Trouvai, et puis après tantost
Ce fu la rue as Oubloiers;
La maint Guillebert a braiés.
Marcé Palu, la Juerie
Et puis la petite Orberie
Qui en la Juerie siet.
Et me semble que l'autre chief
Descent droit en la rue à Feves
Par deça la maison o fevre.
La Kalendre et la Ganterie
Trouvai, et la grant Orberie.
Après, la grant Bariszerie;
Et puis après la Draperie
Trouvai et la Chaveterie,
Et la ruele Sainte Croix
Ou l'en chengle[532] souvent des cios.
La rue Gervese Lorens
Ou maintes Dames ygnorents
Y maignent[533] qui de leur quiterne[534]
En pres rue de la Lanterne.
En la rue du Marmouset
Trouvai[535] homme qui mu fet
Une muse corne bellourde.
Par la rue de la Coulombe
Alai droit o port Saint-Landri:
La demeure Guiart Andri.
Femmes qui vont[536] tout le chevez
Maignent[537] en la rue de Chevés.
Saint Landri est de l'autre part,
La rue de l'Ymage départ[538]
La ruele par Saint Vincent[539]
En bout de la rue descent
De Glateingni, ou bonne gent
Maingnent, (manent) et Dames o corps gent[540]
. . . . . . . . .
La rue Saint-Denis de la Chartre.
. . . . . . . . .
. . . . . . . . .
. . . . . . . . .
En ving en la Peleterie
Mainte peine y vi esterie[541].
En la faute[542] du pont m'assis.
Certes il n'a que trentesix
Rues contables[543] en Cité
Foi que doi Benedicite[544].
Les rues du quartier d'outre le Grand pont, dit aujourd'hui LA VILLE.
Par deça Grant pont erraument[545]
M'en ving, sçachiez bien vraiment
N'avoie alenas[546] ne poinson.
Premiere, la rue o Poisson
La rue de la Saunerie
Trouvai, et la Mesguiscerie
L'Escole et rue Saint Germain
A Couroiers bien vint à main
Tantost la rue a Lavendiere
Ou il a maintes lavendieres.
La rue à moignes de Jenvau
Porte à mont et porte à vau;
En près rue Jean Lointier
Là ne fu je pas trop lointier[547]
De la rue Bertin Porée.
Sans faire nulle eschauffourée
Ving en la rue Jean l'Eveiller;
Là demeure Perriaus Goullier.
La rue Guillaume Porée près
Siet, et Maleparole en près,
Ou demeure Jean Asselin.
Parmi[548] le Berrin Gasselin;
Et parmi[549] la Hedengerie,
M'en ving en la Tableterie
En la rue à petit soulers
De bazenne tout fut souillés
D'esrer[550] ce ne (fu) mie fortune.
Par la rue Sainte Opportune
Alai en la Charonnerie,
Et puis en la Féronnerie;
Tantost trouvai la Mancherie,
Et puis la Cordoüanerie,
Près demeure Henry Bourgaie;
La rue Baudouin Prengaie
Qui de boire n'est pas lanier[551].
Par la rue Raoul l'Avenier[552]
Alai o siege a Descarcheeurs.
D'ileuc[553] m'en allai tantost ciex[554]
Un tavernier en la viez place
A Pourciaux, bien trouvai ma trace
Guillot qui point d'eur bon n'as[555].
Parmi la rue a Bourdonnas
Ving en la rue Thibaut a dez,
Un hons trouvai en ribaudez[556]
En la rue de Bethisi
Entré, ne fus pas ethisi[557]:
Assez tost trouvai Tire chape;
N'ai garde que rue m'eschape
Que je ne sache bien nommer
Par nom, sans nul mesnommer[558].
Sans passer guichet ne postis[559]
En la rue au Quains de Pontis
Fis un chapia[560] de violete.
La rue o serf et Glorïete
Et la rue de l'arbre sel
Qui descent sur un biau ruissel[561]
Trouvai et puis Col de Bacon
. . . . . . . . .
Et puis le Fossé Saint Germain
Trou-Bernard trouvai main à main,
Part ne compaigne[562] n'attendi,
Mon chemin a val s'estendi
Par le saint Esperit[563], de rue
Sus la riviere en la Grant-rue
Seigneur de la porte du Louvre;
Dames y a gentes et bonnes,
De leurs denrées sont trop riches.
Droitement parmi Osteriche
Ving en la rue saint Honouré,
La rue trouvai-je Mestre Huré,
Lez lui[564] seant Dames polies.
Parmi la rue des Poulies
Ving en la rue Daveron
Il y demeure un Gentis-hon.
Par la rue Jehan Tison
N'avoie talent de proier[565],
Mès par la Croix de Tiroüer
Ving en la rue de Neele
Navoie tabour ne viele:
En la rue Raoul Menuicet
Trouvai un homme qui mucet[566]
Une femme en terre et ensiet,
La rue des Estuves en près siet.
En près est la rue du Four:
Lors entrai en un carefour,
Trouvai la rue des Escus
Un homs à grans ongles locus[567]
Demanda, Guillot, que fais tu?
Droitement de Chastiau-Festu
M'en ving à la rue a Prouvoires
Ou il a maintes pennes vaires[568];
Mon cuer si a bien ferme veue.
Par la rue de la Croix neuve
Ving en la rue Raoul Roissole,
N'avoie ne plais[569] ne sole
La rue de Montmartre trouvai
Il est bien seu et prové
Ma voie fut delivre[570] et preste
Tout droit par la ruelle e piestre[571]
Ving à la pointe Saint Huitasse
Droit et avant sui[572] ma trace
Jusques en la Tonnellerie
Ne sui pas cil qui trueve lie.
Mais par devant la Halle au blé
Ou l'en a mainte fois lobé[573]
M'en ving en la Poissonnerie
Des Halles, et en la Formagerie,
Tantost trouvai la Ganterie,
A l'encontre est la Lingerie
La rue o Fevre siet bien près
Et la Cossonnerie après.
Et por moi mieux garder des Halles
Par dessous les avans des Halles
Ving en la rue à Prescheeurs
La bui[574] avec Freres Meneurs
Dont je n'ai pas chiere marie[575]
Puis alai en la Chanvrerie
Assez près trouvai Maudestour
Et le carrefour de la Tour,
Ou l'on giete mainte sentence
En la maison à Dam[576] Sequence
Le puis le carrefour départ[577]:
Jehan Pincheclou d'autre part
Demeura tout droit a l'encontre.
Or dirai sans faire lonc conte[578]
La petite Truanderie
Es rues des Halles s'alie
La rue au Cingne ce me samble
Encontre Maudestour assamble
Droit à la grant Truanderie
Et Merderiau n'obli-je mie,
Ne la petite ruéléte
Jehan Bingne par saint-Clerc[579]suréte[580].
Mon chemin ne fut pas trop rogue[581]
En la rue Nicolas Arode
Alai, et puis en Mauconseil.
Une Dame vi sur un seil[582]
Qui moult se portoit noblement;
Je la saluai simplement,
Et elle moi par saint Loys.
Par la sainte rue Saint Denis
Ving en la rue as Oües droit
Pris mon chemin et mon adroit
Droit en la rue Saint-artin
Ou j'oi chanter en latin
De Nostre Dame un si dous chans.
Par la rue des Petits Champs
Alai droitement en Biaubourc
Ne chassoie chievre ne bouc:
Puis truit la rue a Jongleeurs
Con ne me tienne à jeugleeurs[583].
De la rue Gieffroi l'Angevin
En la rue des Estuves vin,
Et en la rue Lingariere
La ou leva mainte plastriere
D'archal mise en œuvr pour voir[584]
Plusieurs gens pour leur vie avoir
Et puis la rue Sendebours
La Trefilliere a l'un des bous,
Et Quiquenpoit que j'ai moult chier,
La rue Auberi le Bouchier
Et puis la Conreerie aussi,
La rue Amauri de Roussi,
En contre Troussevache chiet,
Que Diex gart qu'il ne nous meschiet[585],
Et la rue du Vin-le-Roy,
Dieu grace on n'a point de desroy[586]
En la Viez Monnoie par sens
M'en ving aussi conpar à sens[587].
Au-dessus d'iluec un petit
Trouvai le Grand et le Petit
Marivaux, si comme il me samble;
Li uns à l'autre bien s'assamble;
Au dessous siet la Hiaumerie
Et assez prez la Lormerie
Et parmi la Basennerie
Ving en la rue Jehan le Conte;
La Savonnerie en mon conte
Ai mise: Par la Pierre o let
Ving en la rue Jehan Pain molet,
Puis truis[588] la rue des Arsis;
Sus un siege un petit m'assis
Pour ce que le repos fu bon:
Puis truis les deux rues Saint Bon.
Lors ving en la Buffeterie,
Tantost trouvai la Lamperie,
Et puis la rue de la Porte
Saint Mesri; mon chemin s'apporte
Droit en la rue à Bouvetins.
Par la rue a Chavetiers tins
Ma voie en la rue de l'Estable
Du Cloistre qui est honestable
De Saint Mesri en Baillehoe
Ou je trouvai beaucoup de boe
Et une rue de renon.
Rue neuve Saint Mesri a non.
Tantost trouvai la Cour Robert
De Paris. Mes par saint Lambert
Rue Pierre o lart siet près,
Et puis la Bouclerie après:
Ne la rue n'oublige pas
Symon le Franc. Mon petit pas
Alai vers la Porte du Temple;
Pensis ma main de lez[589] ma temple.
En la rue des Blans Mantiaux
Entrai, où je vis mainte piaux
Mettre en conroi[590] et blanche et noire;
Puis truis la rue Perrenelle
De Saint Pol, la rue du Plastre
. . . . . . . . .
. . . . . . . . .
. . . . . . . . .
En près est la rue du Puis.
La rue à Singes après pris
Contreval[591] la Bretonnerie
M'en ving plain de mirencolie[592]:
Trouvai la rue des Jardins
Ou les Juifs maintrent[593] jadis;
O carrefour du Temple vins
Ou je bui plain henap de vin
Pour ce que moult grand soif avoie.
A donc me remis a la voie,
La rue de l'Abbaye du Bec.
Hellouin trouvai par abec[594],
M'en allai en la Verrerie
Tout contreval la Poterie
Ving au carrefour Guillori
Li un di ho, l'autre hari,
Ne perdit pas mon essien[595].
La ruelete Gencien
Alai, ou maint un biau varlet[596],
Et puis la rue Andri Mallet,
Trouvai la rue du Martrai,
En une ruelle tournai
Qui de Saint Jehan voie à porte[597]
En contre la rue des Deux Portes.
De la viez Tisseranderie
Alai droit en l'Esculerie
Fit en la rue de Chartron
. . . . . . . .
. . . . . . . .
En la rue du Franc-Monrier
Alai, et vieux-cimetiere
Saint Jehan meisme en cotiere[598]
Trouvai tost la rue du Bourg—
Tibout, et droit a l'un des bous
La rue Anquetil le Faucheur
La maint un compain tencheeur[599].
En la rue du Temple alai
Isnelement[600] sans nul délai:
En la rue au Roi de Sezille
Entrai; tantost trouvai Sedile[601],
En la rue Renaut le Fevre
Maint, ou el vent et pois et feves
En la rue de Pute-y-muce
Y entrai en la maison Luce
Qui maint en rue de Tyron
Des Dames ymes[602] vous diron
La rue de l'Escoufle est près
Et la rue des Rosiers près
Et la grant-rue de la Porte
Baudeer si con se comporte
M'en allai en rue Percié
Une femme vi destrecié[603]
Pour soi pignier[604], qui me donna
De bon vin. Ma voie adonna
En la rue des Poulies Saint Pou
Et au dessus d'iluec un pou[605]
Trouvai la rue a Fauconniers.
. . . . . . . .
. . . . . . . .
Parmi la rue du Figuier
Et parmi la rue a Nonains
D'Iere, vi chevaucher deux nains
Qui moult estoient esjoi.
Puis truis la rue de Joy
Et la rue Forgier l'Anier,
[606]Je ving en la Mortellerie
Ou a mainte tainturerie
La rue Ermeline Boiliaue
La rue Garnier sus l'yaue
Trouvay, à ce mon cuyer s'atyre[607]:
Puis la rue du Cimetire
Saint Gervais, et l'Ourmeciau,
Sans passer fosse ne ruisseau
Ne sans passer planche ne pont
La rue a Moines de Lonc-pont
Trouvai, et rue Saint Jehan
De Greve, ou demeure Jouan
Un homs qu' n'a pas vue saine
Près de la ruele de Saine
En la rue sus la riviere
Trouvai une fausse estriviere[608].
Si m'en reving tout droit en Gréve
Le chemin de rien ne me gréve
Tantost trouvai la Tannerie
Et puis après la Vannerie
La rue de la Coifferie
Et puis après la Tacherie
Et la rue aux Commenderesses
Ou il a maintes tencheresses[609]
Qui ont maint homme pris o brai[610]
Par le Carefour de Mibrai
En la rue Saint Jacque et ou porce[611]
M'en ving, n'avois sac ni poce[612]:
Puis alai en la Boucherie
La rue de l'Escorcherie
Tournai; parmi la Triperie
M'en ving en la Poulaillerie,
Car c'est la dernière rue
Et si siet droit sur la Grant-rue.
Guillot si fait à tous sçavoir,
Que par deça Grand pont pour voir[613]
N'a que deux cent rues mains six:
Outre Petit-pont quatre-vingt
Dedans les murs non pas dehors.
Les autres rues ai mis hors
De sa rime puisqu'il n'ont chief[614].
Ci vout faire de son Dit chief[615]
Guillot, qui a fait maint bias dits,
Dit qu'il n'a que trois cent et dix
Rues à Paris vraiement
Le dous Seigneur du Firmament
Et sa tres douce chiere Mere
Nous défende de mort amere.
Explicit le Dit des Rues de Paris.
Guillot marque expressément qu'il a exclu de son ouvrage le nom des rues sans chief, c'est-à-dire qu'il ne fait aucune mention des culs-de-sac, de manière que si les noms de quelques-uns de ceux qui existent aujourd'hui se trouvent dans cette nomenclature, c'est qu'ils auront été formés depuis par la construction de quelque édifice, ce qui est arrivé quelquefois, et même dans le siècle dernier.
Il résulte de son calcul qu'il n'y avoit alors que trois cent dix rues à Paris. L'abbé Lebeuf observe que, dans le quartier d'au-delà du Grand pont[616], ce poète compte cent quatre-vingt-quatorze rues, et n'en nomme que cent quatre-vingt-quatre dans ses vers. Ce savant présume que cette différence vient de quelque erreur de copiste, et l'on voit en effet, dans Sauval, qu'en 1300 il existoit plusieurs rues de ce quartier-là qui ne sont point spécifiées dans ce poëme. Il y avoit, par exemple, sur la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois, la rue gui d'Aucerre, la rue gui le Braolier, la rue Gilbert l'Anglois; sur celle de Saint-Eustache, la rue de Verneuil, la rue Alain de Dampierre; sur celle de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, la rue Jean Bonne Fille; sur celle de Saint-Jean, la cour Harchier; sur celle de Saint-Méri, la rue Guillaume Espaulart.
Gilles Corrozet, qui vivoit vers le milieu du seizième siècle, ne compte encore dans cette ville que quatre cents rues ou ruelles. Aujourd'hui il y en a plus de mille.
RUES DE L'ÎLE DE LA CITÉ.
Rue de l'Abreuvoir. Elle alloit du cloître Notre-Dame à la Seine. Lorsque l'endroit vulgairement appelé le Terrain eut été environné de murs, on y laissa un côté ouvert pour conduire les chevaux à la rivière, et c'est de là que cette rue a pris son nom[617].
Rue Sainte-Anne. Elle commence à la rue Saint-Louis, et aboutit à l'une des portes du Palais. Cette rue fut ouverte en 1631, et nommée ainsi en l'honneur de la reine Anne d'Autriche. C'étoit par cette rue que le roi passoit chaque fois qu'il alloit au Palais.
Rue de l'Arcade. Elle donne d'un bout dans la rue de Nazareth, de l'autre dans la cour du Palais, et doit son nom à la voûte qui sert de communication aux bâtiments de la chambre des comptes. Elle se nommoit autrefois rue de Jérusalem, et l'on présume que ce nom lui venoit de l'hospice où saint Louis logeoit les pélerins qui alloient à Jérusalem ou qui en revenoient[618].
Rue de la Barillerie. Elle commence à la descente du pont Saint-Michel, et finit à la rue Saint-Barthélemi. En 1398, la partie de cette rue qui commence à celle de la Calendre se nommoit rue du Pont-Saint-Michel[619]. Dès l'an 1280 elle est appelée Barilleria. Guillot la nomme la grant Bariszerie. Ce surnom de grande a pu lui être donné pour la distinguer d'une ruelle de la Barillerie qui lui étoit parallèle, et alloit de la rue de la Calendre à la rivière. Celle-ci est maintenant coupée et couverte de maisons.
Rue Saint-Barthélemi. Elle continue la rue de la Barillerie, et finit à la place du pont au Change. On ne la distinguoit point de cette dernière au quatorzième siècle. Cependant dès 1220 on lui trouve le nom qu'elle porte encore aujourd'hui[620].
Rue de Basville. On a donné ce nom à une communication de la cour Neuve à celle de Lamoignon, construite par les ordres de Guillaume de Lamoignon, premier président et seigneur de Basville.
Rue de la Calendre. Elle donne d'un bout dans la rue de la Barillerie, et de l'autre dans la rue du Marché-Palu, vis-à-vis celle de Saint-Christophe. Elle portoit ce nom dès 1280; mais on ignore s'il lui venoit d'une enseigne ou si elle le devoit à quelque famille[621]. On trouve dans le censier de saint Éloi de 1343, une maison qui fut à Jean de la Kalendre[622]; une autre indiquée sous le même nom en 1351; et dans celui de 1367, la maison à Nicolas le Kalendreur, où souloient être les lions du roi. Cependant elle n'a pris ce nom que vers le milieu du treizième siècle, et avant cette époque on la voit désignée dans les titres sous la dénomination générale de Via quâ itur à Parvo ponte ad plateam Sancti-Michaelis.
Rue des Trois-Canettes. Elle donne d'un bout dans la rue de la Licorne, et de l'autre dans celle de Saint-Christophe. Elle est désignée sous les deux noms de la Pomme Rouge et des Canettes, dans un arrêt du 4 juillet 1480[623]. Sauval rapporte l'extrait d'un compte de 1421[624], où est indiquée une rue de l'Homme Sauvage, dont la situation annonce de l'identité avec celle-ci. Le peuple a souvent substitué à l'ancien nom des rues celui d'une enseigne ou d'une maison plus remarquable.
Rue des Carcaisons. Elle aboutit à la rue de la Calendre et au Marché-Neuf. Ce nom, dont on ne peut découvrir l'origine, n'a jamais varié que dans la manière de l'écrire, Sauval l'appelle d'Escarcuissons, d'autres, des Carquillons, des Carcuissons ou Carcaissons. Il y a dans cette rue un cul-de-sac du même nom.
Rues Chanoinesse, des Chantres et du Chapitre. On a donné ces noms à trois rues qui sont dans le cloître Notre-Dame. La rue du Chapitre a reçu depuis peu le nom de rue Massillon.
Rue Saint-Christophe. Elle commence au coin de la rue de la Juiverie et du Marché-Palu, et aboutit au Parvis. Elle doit son nom à l'église qui existoit en cet endroit. Dans les anciens titres elle est indiquée sous celui de la Regraterie[625]. Guillot l'appelle grant rue Saint-Christophe pour la distinguer d'une ruelle qui portoit le même nom et qui n'existe plus. Cette ruelle, désignée depuis sous le nom de rue de la Huchette, fut comprise dans le Parvis Notre-Dame.
Dans la rue Saint-Christophe est un cul-de-sac qui porte le nom de cul-de-sac de Jérusalem.
Cloître Notre-Dame. On entend sous ce nom tout l'espace compris depuis le Terrain jusqu'au pont Rouge; de là en suivant les rues d'Enfer et de la Colombe, jusqu'à l'extrémité de la rue des Marmousets, puis en retour l'alignement qui alloit rejoindre la porte placée, avant la révolution, auprès de l'église Notre-Dame. Dans cet espace étoient situées la chapelle de Saint-Agnan, l'église de Saint-Denis-du-Pas et celle de Saint-Jean-le-Rond[626].
Rue Cocatrix. Elle aboutit à la rue Saint-Pierre-aux-Bœufs et à celle des Canettes. Le nom de Cocatrix est celui d'une famille fort connue au treizième siècle, et du fief qui lui appartenoit[627]. Il étoit situé entre la rue Saint-Pierre-aux-Bœufs et celle des Deux-Ermites. Un acte de 1300 l'indique ainsi: Domus Cocatricis quæ contigit domui Marmosetorum.
Rue de la Colombe. Elle traverse de la rue des Marmousets dans la rue d'Enfer. On voit dans un acte d'amortissement de deux maisons, fait à l'Hôtel-Dieu[628], qu'elle portoit ce nom en 1223. Cependant Sauval dit qu'elle se nommoit rue de la Couronne en 1408. Jaillot pense qu'il s'est trompé, et que ce nom n'a été donné qu'à la rue du Chevet Saint-Landri.
Rue Sainte-Croix. Elle aboutit aux rues de la Vieille-Draperie et Gervais-Laurent. Au douzième siècle on la nommoit petite rue Sainte-Croix, et dans les siècles suivants, ruelle Sainte-Croix[629].
Rue de la Vieille-Draperie. Elle va de la rue de la Barillerie à celle de la Juiverie, vis-à-vis la rue des Marmousets. C'est une des plus anciennes rues de la Cité: elle étoit en partie habitée par des Juifs; et lorsqu'ils en furent chassés en 1183, Philippe-Auguste y établit des drapiers, auxquels il donna vingt-quatre maisons, moyennant cent livres de rente[630]: c'est ce qui lui fit donner le nom de Judæaria Pannificorum[631]. En 1293 on l'appeloit la Draperie, et en 1313 la Viez-Draperie[632]. Tous les titres du quinzième siècle l'appellent rue de la Vieille-Draperie, et depuis, ce nom n'a pas varié; elle fut élargie à ses deux extrémités dans le dix-septième siècle[633].
Rue Saint-Éloi. Elle traverse de la rue de la Calendre dans celle de la Vieille-Draperie. En 1280 cette rue s'appeloit Cavateria; Guillot la nomme la Chavaterie, et les censives de Saint-Éloi de 1343 et 1367, la Cavaterie et la Saveterie. Enfin elle fut nommée de Saint-Éloi, parce qu'elle fut ouverte sur la partie de l'église et du chœur du monastère de ce saint.
Dans cette rue est un cul-de-sac nommé de Saint-Martial, parce qu'il conduisoit à l'église de ce nom. On disoit ruelle Saint-Macial en 1398[634], ruelle du Porche Saint-Martial en 1404, et rue Saint-Martial en 1459.
Rue d'Enfer. Elle commence à la rue Basse-des-Ursins, et aboutit à la porte du cloître de Notre-Dame et au pont Rouge. On ne doit chercher l'étymologie de ce nom que dans l'ancienne situation de cette rue, qui n'étoit pas alors séparée de la rivière par un quai[635]. Les registres capitulaires de Notre-Dame la nomment via inferior, portus Sancti-Landerici. En 1300, 1313 et depuis, on la nommoit le port Saint-Landri, rue Saint-Landri, du port Saint-Landri, et grant rue Saint Landri-sur-l'Yaue. Vers le milieu du seizième siècle, elle a pris le nom de rue d'Enfer[636]; et dernièrement le nom de cette rue a été changé en celui de rue Basse-des-Ursins.
Rue l'Évêque. Elle commence à la première porte de l'Archevêché, et aboutit à la rivière et au pont de l'Hôtel-Dieu. C'étoit en cet endroit que commençoit le port l'Évêque, c'est-à-dire le rivage qui règne le long du jardin de l'Archevêché, jusqu'au Terrain. On la nommoit, en 1282, rue du port l'Évêque et rue des Bateaux, vicus ad Batellos[637]. La justice du chapitre s'étendoit jusque là, ainsi que le prouvent une de ses ordonnances, et la transaction passée entre Étienne Tempier, évêque de Paris, et le chapitre de Notre-Dame en 1272[638]. Plusieurs autres titres en font également foi.
Rue aux Fèves. Elle va de la rue de la Vieille-Draperie à celle de la Calendre. On n'a guère varié que sur l'orthographe de son nom, mais les différentes façons de l'écrire ont donné lieu à différentes étymologies. Elle est nommée rue aux Fèves dans un titre de 1291[639], ainsi que dans Guillot; et dans les actes du chapitre du quatorzième siècle, etc., vicus Fabarum. D'autres l'ont appelée rue au Feure, mot qui signifie de la paille; ce qui paroîtroit assez plausible, à cause du marché au blé qui en étoit voisin[640]. Enfin il y en a qui ont écrit: rue aux Febvres, aux Fevres (via ad Fabros)[641]. Ce dernier nom paroît le véritable, parce qu'elle est indiquée ainsi dans le plus ancien titre qui en fasse mention. Ce sont des lettres de saint Louis de 1260, par lesquelles il cède trente sous de cens sur une maison; in vico Fabrorum, prope S. Martialem[642].
Rue du Four-Basset. C'étoit un passage qui communiquoit de la rue de la Juiverie dans la rue aux Fèves, et qui est fermé depuis long-temps. Guillot le nomme en 1300 la petite Orberie. Dans le rôle des taxes de 1313 il est indiqué rue du Four-Basset, soit que ce nom lui vînt d'un four bâti en cet endroit, soit qu'il le dût à une grande maison nommée la Cour-Basset, dont il est fait mention dans un censier de Saint-Éloi[643].
Rue Gervais-Laurent. Elle donne d'un bout dans la rue de la Lanterne, et de l'autre dans celle de la Vieille-Draperie. En 1248, 1250, etc., on la nommoit vicus Gervasii Loorandi, vicus de Loorens, Lohorens[644]; en 1300 et 1313, rue Gervese-Lorens. On a dit depuis Gervais-Laurent.
Rue de Glatigny. Elle commence à la rue des Marmousets, et aboutit à la rivière. On donnoit le nom de Glateingni à cette rue et aux environs de Saint-Denis-de-la-Chartre jusqu'à l'hôtel des Ursins. Des titres disent qu'on y voyoit une maison de Glategni, qui, en 1241, appartenoit à Robert et Guillaume de Glatigni[645]. En 1266 on trouve des maisons indiquées in Glatigniaco[646]. Dès le quatorzième siècle, cette rue étoit habitée par des femmes publiques, et on la nommoit le val d'Amour. En 1380 elle avoit aussi le nom de rue au Chevet de Saint-Denis-de-la-Chartre. Mais alors même on la nommoit, comme avant et après, rue de Glatigny.
Rue de Harlay. Elle traverse du quai de l'Horloge à celui des Orfèvres, et doit son nom, comme nous l'avons déjà dit, au premier président de Harlay, à qui le roi avoit donnée, en 1607, les deux petites îles qui étoient au bout du jardin du Palais. En 1672 on abattit une maison, afin d'y pratiquer une porte et un passage qui communiquât à la cour Neuve.
Rue des Deux-Ermites. Elle donne d'un bout dans la rue Cocatrix, et de l'autre dans celle des Marmouzets. En 1220 on la nommoit la cour Ferri de Paris, proprisia Ferrici dicti Paris. On la nomma ensuite rue de la Confrérie Notre-Dame, parce que la maison de la Communalité des Chapelains y étoit située[647], et au seizième siècle, rue de l'Armite, ensuite des Ermites, et des Deux-Ermites, à cause d'une maison qui avoit cette enseigne. En 1640 elle est indiquée dans le rôle des commissaires de ce quartier, sous le nom des Deux Serviteurs[648].
Rue de la Juiverie. Elle continue la rue du Marché-Palu, et aboutit à celle de la Lanterne. Les juifs qui y demeuroient lui ont fait donner ce nom, qui n'a varié que dans l'orthographe. Guillot écrit la Juerie; en 1313, la Juyrie; la Juisvie en 1405, Juiferie et Juifrie en 1450 et 1560. Il y avoit dans cette rue un marché au blé, qu'on appeloit la halle de Beauce. Un titre nous apprend que Philippe-Auguste la donna à son échanson[649].
Rue Saint-Landri. Elle commence à la rue des Marmouzets, et finit à la rivière. Elle étoit anciennement désignée sous le nom de port Notre-Dame[650], et confondue avec la rue d'Enfer et celle des Ursins. En 1267 on la nommoit Terra ad Batellos[651]. L'évêque, vers ce même temps, y avoit une maison, nommée de la Lavanderie[652]. Le bout de ce chemin, vers le pont Rouge, se nommoit Fimus en 1213; Firmarium et vicus Firmarii en 1219 et 1222; rue du Fumer en 1248[653].
Au bout de cette rue étoit une petite ruelle qui aboutissoit à la rivière et qui depuis a été fermée à ses deux extrémités. En 1265 on la nommoit rue Percée[654].
Rue du Chevet-Saint-Landri. Elle donne d'un bout dans la rue des Marmouzets, et de l'autre dans la rue d'Enfer; dès le treizième siècle on disoit le Chevez-Saint-Landri, parce que le fond de cette église, qu'on nomme le Chevet, donnoit dans cette rue. Dans un bail fait en 1451 par l'abbé de Saint-Victor, elle est nommée rue de la Couronne[655]. Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui porte le même nom.
Rue de la Lanterne. Elle continue la rue de la Juiverie, et aboutit au pont Notre-Dame. Elle est appelée, dans les cartulaires de Saint-Denis-de-la-Chartre, rue de la place de Saint-Denis-de-la-Chartre, rue devant la place et l'église Saint-Denis, rue devant la Croix Saint-Denis, rue du Pont-Notre-Dame[656]. Son dernier nom lui vient d'une enseigne; et on le trouve dès 1326[657], puis dans la liste des rues du quinzième siècle, dans Corrozet, et sur tous les plans.
Rue de la Licorne. Elle traverse de la rue Saint-Christophe à celle des Marmouzets. En 1269 elle étoit appelée rue près le Chevet de la Madeleine; mais elle étoit déjà connue sous le nom de vicus Nebulariorum, rue as Oubloyers, des Oublayers, Oblayers, aux Obléeurs et Oublieurs[658]. Elle prit le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, d'une ruelle qui y aboutissoit, et dans laquelle pendoit une enseigne de la Licorne.
Rue Saint-Louis. Elle aboutissoit au pont Saint-Michel et au quai des Orfèvres. On commença à l'ouvrir sous le règne de Henri IV, pour faciliter la communication avec le pont Neuf. On l'appela d'abord la rue Neuve, et ensuite la rue Neuve-Saint-Louis[659].
Rue du Marché-Neuf. Elle commence au bout du pont Saint-Michel, et aboutit à la rue du Marché-Palu, en face de la rue Neuve-Notre-Dame. On comprend sous ce nom le marché et les deux petites rues qui y conduisent. Guillot l'appelle la grant Orberie. Elle étoit autrefois bouchée du côté du Marché-Palu, et ce ne fut qu'en 1557 qu'on l'ouvrit pour en faire un marché[660]. En 1560 le quai Saint-Michel fut construit[661], et l'on bâtit, quelques années après, dix-sept boutiques, une halle au poisson et deux boucheries aux deux extrémités, vers les deux ponts. Ces travaux ayant été terminés en 1568, les marchands de poissons et d'herbes qui se tenoient près le Petit-Châtelet eurent ordre de s'établir dans ce marché. En 1734, douze maisons furent démolies; on ne conserva qu'une boucherie, et l'on établit un corps-de-garde à l'autre extrémité[662].
Rue du Marché-Palu. Elle commence au petit Pont et finit au coin des rues de la Calendre et de Saint-Christophe. Elle étoit connue sous ce nom au treizième siècle, et il ne paroît pas qu'elle en ait changé depuis[663]. Elle doit sans doute ce titre de Marché à celui qui s'y voyoit de toute ancienneté, et qui s'étendoit dans la rue de la Juiverie. On y vendoit du blé, des herbes et des légumes. Le surnom de Palu lui vient de ce que cet endroit étoit humide et non pavé. Il ne faut pas croire cependant que ce terrain, quoiqu'il ait été depuis considérablement exhaussé, fût alors un marais. Il y avoit une enceinte de murs autour de la Cité, qui en mettoit l'intérieur à l'abri des inondations, et le marché étoit à une certaine distance du rivage; mais les eaux pluviales et toutes celles de la Cité qui passoient par cet endroit pour se rendre à la rivière, comme elles y passent encore aujourd'hui, le rendoient extrêmement marécageux[664].
Rue des Marmouzets[665]. Elle commence à la rue de la Juiverie, et aboutit au cloître Notre-Dame, au coin de la rue de la Colombe. Elle doit ce nom à une grande maison appelée, dans les anciens titres, domus Marmosetorum[666]; ce nom n'a guère varié. Guillot la nomme du Marmouzet; le rôle des taxes de 1313, des Marmozets; la liste des rues du quinzième siècle, des Marmouzettes.
Rue du Haut-Moulin. Elle aboutit aux rues de la Lanterne et de Glatigny. Guillot la nomme rue Saint-Denis-de-la-Chartre. Il paroît, par les titres de ce prieuré, que, dès 1204, elle s'appeloit rue Neuve Saint-Denis[667]; cependant, dans un acte de 1206, elle n'est indiquée que sous le nom de Strata anterior. Au milieu du seizième siècle, cette rue étoit partagée en deux parties; l'une s'appeloit rue Saint-Symphorien, et l'autre des Hauts-Moulins[668].
Rue de Nazareth. Elle commence au quai des Orfèvres, et aboutit à l'hôtel du premier président[669]. Anciennement elle se nommoit rue de Galilée.
Rue Neuve Notre-Dame. Elle aboutit au Marché-Palu et au Parvis de la cathédrale. Elle fut ouverte par Maurice de Sully, évêque de Paris; avant lui il n'y avoit point de rue en cet endroit, et l'on se rendoit de ce coté à Notre-Dame par la rue des Sablons, qui étoit située entre les maisons de cette rue et les bâtiments de l'Hôtel-Dieu. La rue nouvelle prit d'abord le nom de Neuve, qu'elle portoit encore en 1250. On y ajouta ensuite celui de Notre-Dame, qu'elle a toujours conservé depuis.
Il y avoit anciennement quatre rues qui aboutissoient à celle-ci, et qui ne subsistent plus. La première forme un cul-de-sac appelé de Jérusalem; les trois autres s'appeloient rues du Coulon[670], de Venise[671] et du Parvis[672]. Ces trois dernières rues ont été comprises dans l'agrandissement du Parvis et dans les bâtiments des Enfants-Trouvés.
Place du Palais. Elle fut construite, par ordre de Louis XVI, en 1787. Avant cette époque, la rue de la Vieille-Draperie se prolongeoit jusqu'à celle de la Barillerie, à l'exception du vide que formoit l'emplacement de la maison de Jean-Châtel.
Rue de la Pelleterie. Elle aboutissoit d'un côté à la rue Saint-Barthélemi, et de l'autre à la rue de la Lanterne, vis-à-vis Saint-Denis-de-la-Chartre. Au douzième siècle elle étoit occupée par les juifs; et après leur expulsion, Philippe-Auguste, par ses lettres de 1183, donna, moyennant 73 livres de cens, dix-huit de leurs maisons aux Pelletiers, qui s'y établirent, et lui donnèrent leur nom[673]. Auparavant, elle est indiquée sous celui de Macra-Madiana, dont on n'a pu trouver la signification[674]. Depuis 1300, elle a pris le nom de la Vieille-Pelleterie, et ce nom n'a pas changé.
Il y avoit quatre ruelles dans cette rue, l'une étoit désignée sous le nom de Port-aux-Œufs (Voy. ci-après); les trois autres n'étoient connues que sous la dénomination générale de ruelles allant à la Seine[675]. Le côté de la rue de la Pelleterie qui longeoit la rivière a été abattu, et sur l'espace qu'il occupoit on a établi le Marché-aux-Fleurs; l'autre côté de la rue existe, et a conservé son ancien nom.
Rue Perpignan. Elle traverse de la rue des Trois-Canettes dans celle des Marmouzets. Elle s'appeloit au douzième siècle rue Charauri[676], rue de Champrosai en 1399[677]. Ce nom a été altéré depuis, et changé en ceux de Champron, de Champourri, de Champrousiers, des Champs-Rousiers, du Champ-Flori et de Champrosy. Le nom de Perpignan vient de celui d'un jeu de paume qui s'y trouvoit au commencement du seizième siècle.
Rue Saint-Pierre-aux-Bœufs. Elle donne d'un côté dans la rue des Marmouzets, et de l'autre elle aboutit au Parvis. On la trouve indiquée, dès 1206, sous le nom de la rue Saint-Pierre-aux-Bœufs. Guillot l'appelle rue Saint-Pierre-à-Beus. Les prisons du chapitre étoient anciennement situées dans cette rue.
Le cul-de-sac Sainte-Marine est ouvert dans cette rue. Il portoit au douzième siècle le nom de ruelle Sainte-Marine. Une ordonnance du chapitre de Notre-Dame, du 26 août 1417, ordonna de fermer cette ruelle à l'une de ses extrémités[678]. Elle y est simplement désignée par ces mots: Viculus contiguus Januæ claustris ante S. Johannem Rotundum.
Rue du Port-aux-Œufs. Le Port-aux-Œufs est un des plus anciens de Paris. On en connoît l'emplacement par cette rue ou ruelle qui aboutissoit d'un côté dans la rue de la Pelleterie, et de l'autre à la rivière. En 1259 on la nommoit ruelle Jean-Notteau[679], en 1398 elle s'appeloit rue Garnier-Marcel[680]. Le terrain de cette rue qui a été détruite est maintenant renfermé dans celui qu'occupe le marché aux Fleurs.
Le Terrain. Voy. p. [208].
Rues Haute, Basse et du Milieu des Ursins. Les deux premières sont traversées par celle qu'on appelle du Milieu, et aboutissent d'un côté dans la rue de Glatigny, et de l'autre dans celle de Saint-Landri. Elles tirent leur nom de Juvénal des Ursins, prévôt des marchands, qui occupoit un hôtel au port Saint-Landri. Cet hôtel étant tombé en ruines, fut rebâti vers le milieu du seizième siècle; et on ouvrit sur le terrain qu'il occupoit une rue qui fut appelée rue du Milieu. On croit reconnoître dans la rue Haute celle que Guillot appelle rue de l'Ymage.