LA COMMANDERIE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN.
C'étoit une propriété de l'ordre de Malte, qui, comme nous l'avons déjà dit, remplaça celui des Templiers, et fut mis en possession de tous ses biens; toutefois il étoit possesseur de cette maison avant la destruction de ces religieux. Ces deux ordres avoient été institués pour l'utilité des pèlerins qui alloient visiter les lieux saints, mais avec cette différence que les Templiers, autrement dits frères de la Milice du Temple, se contentoient d'assurer les passages, de conduire et de défendre sur la route ces pieux voyageurs, tandis que les frères Hospitaliers de Jérusalem s'engageoient à leur donner l'hospitalité et à leur procurer tous les secours que pouvoit exiger leur situation. L'institution de ces derniers avoit même précédé de quelque temps celle des Templiers: cependant il n'y a point de preuves qu'ils aient eu avant ceux-ci un établissement à Paris; et quelques efforts que fasse l'abbé Lebeuf[254] pour reculer le plus possible cette antiquité, les raisonnements qu'il présente à ce sujet, combattus avec beaucoup de force par Jaillot, ne sont point appuyés de titres qui soient antérieurs à l'année 1171, époque que Sauval donne aussi pour la fondation de Saint-Jean-de-Latran. Du reste, ce surnom de Latran, qui est celui d'une basilique de Rome, ne fut donné à leur chapelle que dans le courant du seizième siècle: jusque-là, leur maison avoit été nommée Saint-Jean-de-Jérusalem et l'Hôpital de Jérusalem.
Cette commanderie occupoit un très-grand espace de terrain qui s'étendoit jusqu'à la rue des Noyers. Il se composoit d'une grande maison où demeuroit le commandeur, d'une immense tour carrée qui paroît avoir été destinée autrefois à recevoir les pèlerins, et d'une grande quantité de maisons très-mal bâties, où logeoient toutes sortes d'artisans qui y jouissoient du droit de franchise, de même que les habitants de l'enclos du Temple. L'église, qui paroissoit avoir été bâtie dès le temps de l'établissement, étoit desservie par un chapelain de l'ordre de Malte, et servoit de paroisse à tous ceux qui habitoient l'enceinte de la commanderie[255].
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN.
SCULPTURES.
Derrière le maître-autel, une Vierge, de la main d'Anguier aîné.
TOMBEAUX.
Dans le chœur on voyoit le mausolée de Jacques de Souvré, grand-prieur de France, exécuté par le même sculpteur[256].
Dans une chapelle attenant à l'église on lisoit l'épitaphe d'un particulier nommé Huard, mort en 1553, après avoir fait le tour du monde.
Jacques de Bethem, dernier archevêque de Glascow en Écosse, ambassadeur en France pendant quarante-deux ans, et l'un des fondateurs du collége des Écossois, avoit sa sépulture dans cette église.
Cette commanderie pouvoit rapporter 12,000 livres de rente. L'hôtel Zone, situé dans le faubourg Saint-Marcel, et la maison de la Tombe-Isoire[257], sise hors des murs, étoient au nombre de ses dépendances.