LE PETIT-CHÂTELET.

La plupart des historiens de Paris, en parlant du Petit-Pont, au bout duquel cette forteresse étoit bâtie, l'ont confondu avec le pont méridional que fit construire Charles-le-Chauve; et, par une suite de cette méprise, ils ont pris la tour qui se trouvoit à l'extrémité de celui-ci pour celle du Petit-Pont. D'autres ont avancé que ce Châtelet avoit été élevé pour arrêter les violences des écoliers, ce qui n'est pas une moins grande erreur. C'en est une également de croire qu'il ait anciennement servi de prison, comme il en servoit dans les derniers temps.

Ce qu'il y a de certain, ce qui est prouvé par les monuments les plus authentiques, c'est que les deux seuls ponts qui servoient d'entrée à Paris dans les premiers temps, et lorsque la ville tout entière étoit renfermée dans la Cité, étoient terminés chacun par une forteresse qui servoit de porte et qui en défendoit l'entrée. D. Félibien avance[230] que celle-ci, entièrement détruite par les Normands, ne fut rebâtie que quatre cent cinquante ans après, sous Charles V, et ceux qui ont écrit d'après lui ont adopté cette opinion. Cependant cet auteur cite lui-même des titres qui en prouvent la fausseté: le premier est un accord fait en 1222 entre Philippe-Auguste, l'évêque et l'église de Paris[231], dans lequel il est fait mention d'un dédommagement accordé par le roi pour l'enceinte du Châtelet du Petit-Pont. Il dit ensuite, en parlant de l'inondation de l'année 1296, que le Châtelet du Petit-Pont fut renversé[232]; et ce fait il l'avoit sans doute recueilli dans un vieux registre de Saint-Germain, intitulé Rotulum, où il étoit consigné[233].

Le Petit-Châtelet fut reconstruit en 1369. C'étoit une construction très-massive, d'un aspect désagréable, et percée par le milieu d'une ouverture étroite et très-obscure[234]. Tel qu'il étoit, on le jugea digne cependant de servir de demeure au prévôt de Paris, auquel il fut spécialement affecté en 1402 par le roi Charles VI; et dans l'acte qui en donnoit la jouissance à ce magistrat, il étoit qualifié d'habitation très-honorable, honorabilis mansio. On en a fait depuis une prison, et il a servi à cet usage jusqu'au moment de sa destruction, arrivée plusieurs années avant la révolution[235].

Sa démolition fut ordonnée pour l'avantage de l'Hôtel-Dieu, qui avoit besoin de s'agrandir, et qui fit en effet construire de nouveaux bâtiments sur une partie de l'emplacement qu'avoit occupé cette forteresse. Ces constructions furent élevées sur les plans de M. de Saint-Far, architecte du roi pour les hôpitaux civils.

LE PRIEURÉ DE SAINT-JULIEN-LE-PAUVRE.

La haute antiquité de ce monument le met au nombre de ceux dont l'origine présente le plus d'obscurité; et sur de telles difficultés les historiens n'offrent guère que des conjectures plus ou moins vraisemblables. Celles de plusieurs auteurs qui lui donnent pour titulaire saint Jean-de-Brioude, dont ils prétendent que saint Germain d'Auxerre apporta des reliques à Paris, en feroient remonter la fondation jusqu'au commencement du cinquième siècle. Du Breul veut même qu'avant cette dédicace, qu'il ne regarde que comme la seconde, cette église ait été consacrée à saint Julien, évêque du Mans, célèbre par sa grande charité envers les pauvres[236]. Mais un autre critique, l'abbé Chastelain[237], dit qu'il s'agit ici de saint Julien-l'Hospitalier, et son opinion paroît la plus vraisemblable. Il est certain qu'il y avoit anciennement dans les faubourgs, et près des portes des villes, des hospices pour les pauvres et pour les pèlerins; et, si l'on en avoit élevé un près de la porte méridionale de Paris, il est assez naturel de croire que c'étoit saint Julien-le-Pauvre et l'Hospitalier qu'on lui avoit choisi pour patron. Du reste, quelques titres, à la vérité fort récents, prouvent que c'étoit en effet une maison hospitalière, et nous citerons entre autres un arrêt de 1606, pour la reddition des comptes de plusieurs hôpitaux, entre lesquels on nomme Saint-Julien-le-Pauvre[238].

Grégoire de Tours est le plus ancien auteur qui ait parlé de cette église; et plusieurs circonstances de son récit prouvent qu'elle existoit ayant l'année 580[239]. Telle est la seule date authentique que l'on puisse donner de son antiquité. Elle fut ensuite au nombre des églises dont Henri Ier fit don à la cathédrale, donation de laquelle du Boulai[240] a conclu qu'elle fut appelée Fille de Notre-Dame (Filia Basilicæ Parisiensis). Ce qui a pu causer son erreur, c'est que, dans un acte sans date, qui toutefois ne peut être plus ancien que le douzième siècle[241], on trouve qu'alors cette église avoit passé, on ne sait comment, entre les mains de deux laïques[242], qui la donnèrent au monastère de Notre-Dame-de-Long-Pont, près Montlhéri; mais on ne voit à aucune époque que l'église Notre-Dame de Paris y ait placé des chanoines, comme elle l'avoit fait à Saint-Étienne et à Saint-Benoît, ce qui prouve qu'elle ne l'a pas long-temps possédée.

L'église de Saint-Julien-le-Pauvre, telle qu'elle a subsisté jusque dans les derniers temps, paroît avoir été rebâtie vers l'époque où elle fut donnée aux religieux de Long-Pont; et l'on pense que c'est alors qu'elle fut qualifiée prieuré. Au siècle suivant, l'université choisit ce lieu pour y tenir ses assemblées, qu'elle transféra ensuite aux Mathurins, puis au collége de Louis-le-Grand.

En 1655, ce prieuré fut réuni à l'Hôtel-Dieu par un traité passé entre les administrateurs de cette maison et les religieux de Long-Pont. Cette union, confirmée par une bulle du pape, donnée en 1658, ne fut cependant entièrement consommée que par des lettres-patentes que le roi n'accorda qu'en 1697. La chapelle fut alors desservie par un chapelain à la nomination de la paroisse Saint-Séverin[243].

Chapelle de Saint-Blaise et de Saint-Louis.

Cette chapelle étoit située à côté de Saint-Julien-le-Pauvre, dont elle dépendoit. Les maçons et les charpentiers y établirent leur confrérie en 1476. Elle fut rebâtie en 1684: cependant, comme elle menaçoit ruine, on jugea à propos de la démolir vers la fin du siècle dernier, et le service en fut transféré dans la chapelle Saint-Yves[244].