L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS.

Les Historiens de Paris ne sont d'accord ni sur l'origine de cette église, ni sur l'étymologie du surnom qui lui a été donné; il est peu de monuments qui aient exercé davantage leur sagacité. Quelques-uns ont avancé que saint Denis l'Aréopagite avoit célébré les saints mystères dans un oratoire qu'il avoit lui-même dédié en cet endroit sous l'invocation de saint Étienne, et en ont conclu que le véritable surnom étoit des Grecs, parce que ce saint et ses disciples étoient venus d'Athènes dans les Gaules. D'autres, rejetant cette tradition très-incertaine, ont pensé, mais sans en apporter des preuves meilleures, que ce surnom venoit de quelques degrés qu'il falloit monter pour entrer dans cette église, et qu'on devoit dire S. Stephanus de gradibus. Plusieurs prétendent que cette église, étant située à la sortie de la ville, a été appelée ainsi, ab egressu urbis, et qu'il convient d'écrire Saint-Étienne-d'Egrès. Il n'est pas moins difficile d'adopter cette dernière explication: car c'est un fait incontestable que l'édifice en question étoit renfermé dans l'enceinte de Philippe-Auguste.

Enfin l'abbé Lebeuf[320], s'appuyant sur les cartulaires de Sainte-Geneviève et de Sorbonne, dans lesquels l'église de Saint-Étienne est nommée de gressis et de gressibus, donne sur cette dénomination des grès deux opinions très-plausibles, et qui ont été adoptées par Jaillot. Il pense que ce nom peut venir des grès ou bornes posées dans cette rue, pour marquer les limites des seigneuries, du roi, de l'abbaye Sainte-Geneviève et autres, ou d'une famille de Grèz, connue au treizième siècle, laquelle possédoit, au nom du roi, un pressoir et vignoble sur le bord de la rue Saint-Étienne. Il cite en effet plusieurs actes dans lesquels il est fait mention de cette famille; mais il n'en est aucun d'où l'on puisse conclure que son nom ait été ajouté à celui de l'église avant le commencement du treizième siècle.

Sur l'ancienneté de son origine il n'y a pas moins de variété dans les opinions. Il faut d'abord rejeter celle de du Breul et autres qui attribuent son érection à saint Denis l'Aréopagite: elle n'est appuyée sur aucune preuve, pas même sur des conjectures vraisemblables. L'abbé Lebeuf[321] se contente de dire que cet édifice existoit dans le septième siècle, et cite à ce sujet le testament d'une dame nommée Hermentrude, qui désigne l'église Saint-Étienne parmi celles auxquelles elle distribue des legs; mais il est combattu par Jaillot: celui-ci prétend ne reconnoître dans cette église Saint-Étienne que l'ancienne église-mère, laquelle, comme on sait, étoit originairement sous l'invocation de ce saint. Ce critique rejette également l'interprétation qu'Adrien de Valois donne à un passage des annales de saint Bertin, au moyen duquel il prétend prouver que cette église fut rachetée, en 857, des fureurs des Normands, qui livroient alors aux flammes tous les édifices dont Paris étoit environné. Il n'a pas de peine ensuite à prouver que ce n'est point de ce monument, mais de la cathédrale qu'il est question dans le poëme d'Abbon, lorsque cet auteur dit qu'en 886 le corps de saint Germain fut reporté dans la basilique de Saint-Étienne, martyr. Toutefois, en regardant comme incomplètes toutes ces preuves apportées par divers historiens de l'existence de l'église Saint-Étienne à ces différentes époques, Jaillot est loin d'en conclure qu'il n'y avoit pas alors quelque chapelle de ce nom dans les faubourgs. Il est certain que le territoire sur lequel elle est située appartenoit à la cathédrale avant l'invasion des Normands; il est probable en outre que ce territoire entra dans la transaction faite avec ces barbares, et du reste l'existence de cette église et sa dépendance de l'église-mère sont constatées, dans le siècle suivant, par des actes présentés par ce critique comme les premiers qui en parlent avec authenticité.

Au commencement du onzième siècle, les malheurs des temps et les troubles de l'état avoient fait abandonner plusieurs églises; le service divin ne s'y faisoit plus régulièrement, et les biens qu'elles possédoient avoient été usurpés. Un clerc, nommé Girauld, jouissoit des églises de Saint-Étienne, de Saint-Julien, de Saint-Séverin et de Saint-Bache (Saint-Benoît). On voit par une charte sans date[322], mais qui doit avoir été donnée entre 1031 et 1050, que sur la demande d'Imbert, évêque de Paris, Henri Ier, qui régnoit alors, accorda la propriété de ces églises à la cathédrale, toutefois sous la réserve des droits de Girauld, qui continua d'en jouir jusqu'à sa mort. C'est donc à cette époque qu'il convient de fixer l'origine de Saint-Étienne comme église collégiale. Elle étoit, comme nous l'avions déjà dit[323], l'une des quatre-filles de Notre-Dame, et son desservant avoit rang parmi les prêtres cardinaux qui assistoient l'évêque à l'autel les jours de Noël, de Pâques et de l'Assomption.

Il ne paroît pas que, dans ces premiers temps, le clergé en ait été nombreux: le chapitre de Notre-Dame commettoit un chanoine pour avoir soin de cette église, qui, jusqu'en 1187, ne fut desservie que par deux prêtres; mais depuis cette année jusqu'à 1250, le nombre des membres de cette collégiale s'accrut successivement, de manière qu'elle se composa dès lors de onze chanoines et d'un chefcier, qui fut élu, pour la première fois, dans cette dernière année[324]. Ils se maintinrent ainsi jusqu'à la fin. Les chanoines et le chefcier étoient à la nomination de deux chanoines de Notre-Dame, en vertu du droit attaché à leur prébende, et il y avoit de plus un chapelain que nommoit le chapitre de Saint-Étienne-des-Grès.

Les bâtiments de cette église n'avoient d'ancien que le côté où étoit la chapelle de Notre-Dame-de-Délivrance: plusieurs piliers qui existoient encore dans cette partie de l'édifice et la tour paroissoient être de la fin du onzième siècle. Le portail étoit plus moderne d'environ cent ans; le reste, construit à diverses époques beaucoup moins reculées, se trouvoit masqué par une foule de constructions irrégulières élevées entre le portail extérieur et l'église, et servant de logements aux membres du chapitre et aux gens attachés à leur service. Ce portail extérieur avoit été, suivant les apparences, bâti dans le dix-septième siècle[325].

On raconte que saint François-de-Sales, encore étudiant à Paris, venoit souvent prier dans cette chapelle de la Vierge dont nous venons de parler.

Il y fut institué, en 1533, une confrérie qui depuis devint célèbre, et à laquelle deux papes (Grégoire XIII et Clément VIII) attachèrent de grandes indulgences.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS.

Sur la droite du maître-autel, un tableau représentant la Vierge, et l'Enfant-Jésus caressant saint Jean-Baptiste; par un peintre inconnu.

Sur la tranche d'un bénitier de marbre, placé au pied d'un des piliers de l'orgue, on lisoit une inscription grecque récurrente[326], copiée sans doute d'après les bénitiers de la croisée de Notre-Dame, où elle se trouvoit également gravée, mais beaucoup plus anciennement. Elle étoit conçue en ces termes:

ΝΙΨΩΝ ΑΝΟΜΗΜΑΤΑ ΜΗ ΜΟΝΑΝ ΟΨΙΝ
1626.
Lava peccata non solam faciem.

On prétend que cette inscription étoit primitivement gravée sur le bénitier de l'église de Sainte-Sophie à Constantinople[327].