L'OBSERVATOIRE ROYAL.

L'observatoire est un des monuments qui attestent avec le plus d'éclat le goût de Louis XIV pour tout ce qui, dans les sciences et les arts, avoit de la grandeur et de l'utilité. Parmi les savants et les grands artistes en tous genres que ses caresses et ses libéralités alloient chercher dans toutes les parties de l'Europe, le célèbre Jean-Dominique Cassini, le premier astronome de son temps, fut un de ceux qu'il désira le plus d'attirer dans ses états. En même temps qu'il faisoit négocier auprès de lui pour le déterminer à quitter l'Italie, ce prince ordonna que l'on choisît un lieu propre à la construction d'un édifice où l'on pût commodément faire toutes les observations astronomiques. Claude Perrault donna les dessins, et dirigea les travaux de ce monument, dont les fondations furent posées au mois d'août 1667, et qui fut achevé en 1672. Sa construction est faite avec un très-grand soin, et avec ce luxe d'appareil que l'on remarque au péristyle du Louvre, bâti par le même architecte.

L'échelle de ce bâtiment est grande, et son aspect imposant: la simplicité de son ordonnance et des membres d'architecture qui en forment les détails, les dimensions élevées de ses murs et de ses ouvertures, tout annonce un édifice public du premier ordre sur un terrain néanmoins assez resserré.

La masse principale du plan est un carré auquel on a ajouté des tours octogones sur deux angles, et un avant-corps sur une des faces. Ce carré est disposé de manière que les deux faces latérales sont exactement parallèles, et les deux autres perpendiculaires au méridien, qui en fait l'axe, et qui est tracé sur le plancher d'une grande salle au centre de l'édifice. Cette disposition parut heureuse pour un monument destiné à l'astronomie; mais la suite ne confirma pas cette opinion qu'on en avoit d'abord conçue. Les bâtiments même n'étoient pas encore totalement achevés, que déjà plusieurs astronomes avoient remarqué de graves défauts dans leur construction. Le ministre Colbert, qui, dit-on, en fut averti, chargea Cassini, qui venoit d'arriver de Bologne, de s'entendre avec l'architecte pour en diriger l'exécution de la manière la plus favorable aux travaux astronomiques; mais, soit qu'il fût arrivé trop tard, soit que Perrault montrât de la répugnance à modifier son projet, le bâtiment se continua, et fut achevé sur les mêmes dessins[380].

Les fondations furent difficiles à établir, à cause de la profondeur des carrières sur lesquelles on vouloit les asseoir; et ce ne fut qu'en les comblant de massifs considérables que l'on parvint à donner à ce monument l'extrême solidité, qui en est une des qualités les plus remarquables. Sa construction est toute en pierres posées par assises réglées, et qui règnent au pourtour de l'édifice; on n'y a employé ni fer ni bois: tous les planchers, tous les escaliers y sont voûtés en pierres, et appareillés avec le soin le plus recherché. Une plate-forme couvroit originairement tout l'édifice, et permettoit d'en parcourir le sommet; mais les eaux ayant pénétré la terrasse et endommagé les voûtes, il fallut refaire en entier la couverture, pour empêcher la dégradation totale du monument, ce qui fut exécuté en 1787. Cette couverture est maintenant divisée en plusieurs parties de comble, et entourée d'un mur d'appui. De là on peut contempler la voûte du ciel dans toute l'étendue de l'horizon.

Six pièces, de formes différentes, composent la distribution intérieure, et ont leurs ouvertures exposées aux différents points du ciel. Cependant, malgré les pompeux éloges donnés à ce monument par la plupart de nos historiens, on est forcé de l'avouer, sous le rapport de convenance, aucun édifice n'étoit moins propre à sa destination. Il a fallu construire en dehors, et attenant à ce bâtiment colossal, ainsi que sur la plate-forme, de petits cabinets pour y placer les instruments destinés aux travaux habituels des physiciens et des astronomes. Tout ce faîte extérieur ne contenoit pas une seule petite pièce commode où l'on pût faire sûrement et tranquillement une série d'observations; et ce n'est guère que depuis quelques années qu'on a su en rendre l'intérieur habitable, et même le pourvoir de tous instruments nécessaires pour les travaux des astronomes.

Cassini avoit fait tracer sur le plancher de l'une des tours un planisphère terrestre de vingt-sept pieds de diamètre: depuis long-temps on ne l'y voit plus. On avoit aussi pratiqué dans toutes les voûtes, au centre du bâtiment, des ouvertures de trois pieds de diamètre, et correspondant entre elles depuis la couverture jusqu'au fond des caves souterraines pratiquées sous l'édifice; la première intention étoit de s'en servir pour des observations astronomiques; mais on y a éprouvé des difficultés qui ont forcé d'y renoncer: elles n'ont été utiles qu'à mesurer les degrés d'accélération de la chute des corps, et à faire la vérification des grands baromètres.

Ces ouvertures pénètrent jusqu'au fond de ces caves au travers d'un escalier fait en vis, et composé de trois cent soixante marches, ce qui forme en tout, depuis le sommet, un puits de vingt-huit toises de profondeur. Ces caves servent à faire des expériences sur les congélations et les réfrigérations, à déterminer les divers degrés de l'humidité, du sec, du chaud, du froid. Elles s'étendent fort au loin dans les carrières voisines, et ont des parties où l'eau se pétrifie. Plus de cinquante rues percées dans des carrières y forment une espèce de labyrinthe. Partie de ces caves est revêtue de maçonnerie, d'autres sont simplement taillées dans le tuf.

La plupart des salles de cet édifice offrent cette particularité remarquable, qu'une personne parlant très-bas près de l'un des murs, ses paroles parviennent à l'oreille d'une autre personne placée près du mur opposé, sans que ceux qui occupent le milieu de la pièce puissent rien entendre de ce qu'elles disent. Ce phénomène d'acoustique, qui dépend de la forme elliptique des voûtes, est trop connu maintenant pour que nous croyions devoir l'expliquer. Sous la voûte de la salle du nord, un aéromètre indique la force des vents; cette salle est ornée de peintures représentant les saisons et les signes du zodiaque: on y voit aussi les portraits des plus célèbres astronomes.

La façade de l'Observatoire, du côté du septentrion, est couronnée d'un fronton où sont sculptées les armes du roi. L'avant-corps de celle du midi offre deux trophées astronomiques, et ce sont les seuls ornements de sculpture qu'il y ait sur ce monument.

Une machine, dite cuvette de jauge, donne la mesure de l'eau pluviale qui tombe chaque année.

COLLÉGES, ÉCOLES, SÉMINAIRES.

Écoles de Médecine (rue de la Bûcherie.)

On ne peut douter qu'il n'y ait eu des médecins à Paris dès le commencement de la monarchie; mais il n'est pas facile de déterminer l'époque à laquelle ils formèrent un corps et furent agrégés à l'Université. Duboulai veut que Charlemagne lui-même ait fait entrer cette étude au nombre de celles qui étoient en vigueur dans l'école palatine[381], tandis que d'autres écrivains[382] reculent jusqu'au règne de Charles VII l'origine de cette corporation. Ces deux opinions sont également éloignées de la vérité. Il y a des preuves certaines qu'on se livroit à l'étude publique de la médecine dès le commencement du douzième siècle, qu'anciennement cette faculté étoit ecclésiastique, et que ses membres étoient obligés de garder le célibat, ce que l'on peut aisément concevoir, si l'on réfléchit que, dans le moyen âge, à l'exception d'un très-petit nombre de personnes, il n'y avoit que le clergé qui s'adonnât à l'étude et qui cultivât les sciences et les arts. Toutefois comme la profession de médecin, plus lucrative qu'aucune autre, faisoit négliger l'étude de la théologie, un décret du concile de Reims, tenu en 1131, défendit aux moines et aux chanoines d'étudier la médecine; et dans celui de Tours, en 1163, Alexandre III déclara qu'il falloit regarder comme excommuniés les religieux qui sortoient de leurs cloîtres pour apprendre l'art de guérir. L'étude du droit civil fut comprise dans le même anathème.

Sous le règne de Philippe-Auguste les médecins étoient déjà reçus dans les nations académiques qui formoient l'Université; mais on ne voit pas qu'il y eût alors un lieu particulier affecté aux écoles de médecine. Différents actes de ces temps prouvent que les cours s'en faisoient dans le domicile des professeurs. Le nombre des écoliers s'étant augmenté, on loua des maisons particulières pour les y rassembler, sans qu'on puisse déterminer au juste dans quel endroit ces écoles étoient situées[383].

Nous avons déjà dit que ce fut au milieu du treizième siècle que les facultés composant le corps de l'Université se formèrent en compagnies distinctes, et eurent des écoles spécialement affectées à leurs études particulières. La théologie dut les siennes à Robert Sorbon; les professeurs de droit établirent les leurs au clos Bruneau (rue Saint-Jean-de-Beauvais), et la faculté des arts resta rue du Fouare. Comme il n'existe aucun acte qui indique alors un établissement particulier pour l'école de médecine, on peut croire qu'elle demeura encore unie à cette dernière faculté dans les anciennes écoles de cette même rue, et rien ne prouve en effet qu'elle ait changé de domicile jusqu'à l'année 1454, que, dans une assemblée tenue près des bénitiers de Notre-Dame, elle résolut d'établir une école où tous ses cours publics seroient réunis. On ne voit point que ce projet ait alors reçu son exécution; mais dans une seconde assemblée tenue en 1469 il fut décidé, qu'on achèteroit, rue de la Bûcherie, une maison appartenant aux Chartreux, et voisine d'une autre dont la faculté étoit déjà propriétaire. L'acquisition fut faite en 1472; mais la disposition des lieux s'opéra lentement, et ce ne fut qu'en 1505 qu'on y tint les écoles. L'achat successif de terrains et de maisons circonvoisines procura à la faculté les moyens de faire pratiquer tous les logements nécessaires, et d'avoir un jardin où l'on cultiva les plantes médicinales. L'amphithéâtre fut établi en 1617 dans une maison contiguë à ce jardin, et qui faisoit le coin de la rue du Fouare et de celle de la Bûcherie, et subsista ainsi jusqu'en 1744, que la faculté, voyant qu'il tomboit en ruine, en fit construire un nouveau[384]. Cette dernière salle, de forme ronde, est terminée par une coupole; son pourtour est garni de gradins où se placent les étudiants; huit colonnes doriques y soutiennent une corniche sur laquelle règne un balcon.

La première chapelle, achevée en 1502, fut démolie en 1529, et remplacée par une autre, qu'on transféra encore, en 1695, dans un endroit différent.

Quelques années avant la révolution, les écoles avoient été transportées rue Saint-Jean-de-Beauvais, aux anciennes Écoles de Droit; mais les démonstrations anatomiques se faisoient toujours à l'amphithéâtre de la rue de la Bûcherie. C'étoit là aussi que la faculté tenoit ses assemblées, dans une salle au premier étage, ornée des portraits de tous ses doyens[385], et de plain-pied avec la chapelle.

Collége de Picardie (rue du Fouare).

On comptoit autrefois dans cette rue quatre écoles pour les quatre nations de l'Université; et c'est pourquoi, dans plusieurs titres du treizième siècle, elle est appelée de l'École et des Écoliers. La nation de Picardie est la seule qui continua d'y demeurer jusque vers la fin du siècle dernier. En 1487, elle avoit obtenu la permission d'y faire construire une chapelle, qui fut dédiée, en 1506, sous l'invocation de la sainte Vierge, de saint Nicolas et de sainte Catherine.

Saint Guillaume Berruyer, que la nation de France honoroit comme son patron, étoit celui d'une chapelle qu'il y avoit autrefois dans cette rue. Il y a bien de l'apparence que c'étoit la chapelle des écoles de cette nation: elle ne subsiste plus depuis long-temps.

Collége de Cornouaille (rue du Plâtre).

La première fondation de ce collége fut faite en 1317[386], et non en 1380, comme plusieurs l'ont avancé, par Galeran Nicolas ou Nicolaï dit de Grève, clerc de Bretagne, qui, par son testament, laissa le tiers de ses biens aux pauvres écoliers du diocèse de Cornouaille ou Quimper-Corentin, faisant leur cours d'études à Paris. Ses exécuteurs testamentaires n'accomplirent sa volonté qu'en 1321, et fondèrent alors cinq bourses, qu'ils laissèrent à la nomination de l'évêque de Paris. Ce prélat approuva le nouvel établissement en 1323; et ces boursiers, qui n'avoient point de domicile, furent placés dans le collége que Geoffroi du Plessis venoit de fonder[387]. Les choses restèrent en cet état jusqu'en 1380, que Jean de Guistri, maître-ès-arts et en médecine, né dans le diocèse de Cornouaille, acheta, dans la rue du Plâtre, une maison, où il logea les cinq boursiers ses compatriotes, ajoutant à ce bienfait celui de fonder quatre bourses nouvelles[388]; ses exécuteurs testamentaires trouvèrent dans ses biens de quoi en créer une cinquième, et il fut décidé que le nouveau collége seroit appelé collége de Cornouaille.

Un principal de ce collége, nommé Duponton, y fonda deux autres bourses en 1443; et en 1709 il y en eut encore une dernière, que l'on dut aux libéralités de M. Valot, conseiller au parlement et chanoine de Notre-Dame. Ce collége fut réuni, en 1763, à celui de Louis-le-Grand.

Collége de Lisieux (rue Saint-Jean-de-Beauvais).

Il doit, suivant tous nos historiens[389], son origine à Gui de Harcour, évêque de Lisieux, qui laissa pour cet effet 1000 livres par son testament, et 100 livres pour le logement de vingt-quatre boursiers étudiant dans la faculté des arts: cet acte est de 1336. Au commencement du siècle suivant, Guillaume d'Estouteville, aussi évêque de Lisieux, fonda un autre collége sous le nom de Torchi, avec l'intention de le placer dans des maisons situées rue Saint-Étienne-des-Grès, qu'il avoit achetées de l'abbaye Sainte-Geneviève. Cependant, comme l'exécution de cette dernière partie du projet n'eut pas lieu sur-le-champ, il en est résulté sur la date de la fondation quelques difficultés, qu'il est facile de lever, en supposant, ce qui est très-vraisemblable, que Guillaume d'Estouteville établit d'abord ses boursiers dans le collége de Lisieux, fondé par Gui de Harcour, et acheta en même temps les maisons où il vouloit les loger; que sa mort, arrivée en 1414, ne lui ayant pas laissé le temps de les y établir, Estoud d'Estouteville, son frère et son exécuteur testamentaire, se chargea de remplir sa dernière volonté, ce qui toutefois ne fut exécuté qu'en 1422. On voit en effet, à cette époque, douze théologiens et vingt-quatre artiens réunis dans ce collége, qui fut, par arrêt de la cour, nommé de Torchi[390], dit de Lisieux. Les douze théologiens étoient de la fondation de MM. d'Estouteville, et les vingt-quatre artiens étoient certainement ceux que Gui de Harcour avoit fondés; ce qui d'ailleurs est démontré par un arrêt du 19 juin 1430.

La chapelle de ce collége fut bâtie des deniers de l'abbé de Fescamp, sous l'invocation de saint Sébastien. La nomination des bourses appartenoit à ses successeurs et aux évêques de Lisieux. Le principal et le procureur étoient élus par les boursiers théologiens, le premier à vie, le second pour un an.

Comme le terrain qu'occupoient les bâtiments de ce collége entroit dans le dessin de la place qui devoit être ouverte devant la nouvelle église Sainte-Geneviève, et que cependant son ancienneté sembloit exiger qu'il fût conservé, il fut ordonné, par arrêt du 7 septembre 1763, qu'il seroit transféré dans le collége de Louis-le-Grand, ce qui fut alors exécuté; mais des raisons particulières firent changer cet arrangement, comme nous ne tarderons pas à le dire[391].

Collége des Lombards (rue des Carmes).

On trouve aussi ce collége sous le nom de collége de Tournai ou d'Italie. Tous nos historiens s'accordent à lui reconnoître quatre fondateurs, tous domiciliés à Paris, André Ghini, Florentin, successivement évêque de Tournai, d'Arras et cardinal; François de l'Hôpital, bourgeois de Modène; Jean Reinier, bourgeois de Pistoie; et Manuel Rolland, de Plaisance. Mais la date de la fondation a fait naître des discussions trop minutieuses pour que nous croyions devoir les rapporter; on en peut toutefois conclure que l'acte n'en fut fait que en 1333[392], quoique les écoliers fussent établis depuis trois ans dans l'hôtel de l'évêque de Tournai, ce qui justifie la date de 1330, que portoit l'inscription gravée sur la porte de ce collége. André Ghini établit quatre bourses pour des Florentins; le sieur l'Hôpital, trois pour des écoliers du Modenois; Reinier, trois pour ceux de Pistoie; Rolland, une pour un étudiant de Plaisance: à défaut de sujets nés dans ces provinces, on devoit admettre indifféremment des élèves italiens, sous la condition qu'ils céderoient la place aussitôt qu'il s'en présenteroit avec toutes les qualités que demandoit la fondation. Les aspirants devoient être clercs, et n'avoir pas 20 livres de rente pour être admis; on nomma trois proviseurs ou directeurs de ce collége; les fondateurs les mirent sous la protection de l'abbé de Saint-Victor et du chancelier de Notre-Dame; enfin il fut stipulé que la maison où ils demeuroient, située au mont Saint-Hilaire, seroit appelée Maison des pauvres écoliers italiens de la charité de la bienheureuse Marie.

Ce collége fut peu à peu abandonné, et deux causes y contribuèrent: d'un côté, la modicité des bourses, insuffisantes pour procurer aux élèves les besoins de première nécessité, dégoûta les Italiens de s'expatrier; de l'autre, les Universités nombreuses qui se formèrent dans leur propre pays leur procurèrent des ressources assez grandes pour qu'ils ne fussent plus obligés d'aller chercher l'instruction chez une nation étrangère. Les bâtiments qu'ils avoient occupés tomboient en ruines, et alloient devenir tout-à-fait inhabitables, lorsque deux prêtres irlandois, le sieur Maginn et Kelli, formèrent le dessein de les faire réparer en faveur des prêtres et des étudiants de leur nation.

Dès l'année 1623, Louis XIII avoit permis aux Irlandois de recevoir des legs et des donations dont l'objet devoit être de leur procurer la facilité de faire leurs études à Paris. Louis XIV avoit confirmé cette permission en 1672, en y ajoutant celle d'acheter une maison qui pût leur servir d'hospice. Celle dont ils firent l'acquisition étoit située rue d'Enfer, et ils y ont demeuré jusqu'en 1685. Ce fut pendant cet intervalle que les sieurs Maginn et Kelli jetèrent les yeux sur le collége des Lombards, espérant en faire une habitation plus commode pour leurs compatriotes; mais les trois proviseurs, qui l'habitoient encore, refusèrent d'abord de leur en céder la propriété, et se contentèrent de nommer onze Irlandois aux bourses vacantes depuis plusieurs années. Cette nomination fut confirmée en 1677; mais comme il étoit à craindre que ces nouveaux boursiers ne fussent inquiétés par des Italiens qui auroient pu venir réclamer leurs anciens droits, MM. Maginn et Kelli proposèrent de faire réédifier ce collége à leurs frais, sous la condition qu'ils en seroient proviseurs leur vie durant, et que ces places seroient toujours occupées à l'avenir par des sujets de leur nation; proposition qui fut acceptée, et que de nouvelles lettres-patentes confirmèrent en 1681. La reconstruction de ce collége fut exécutée en conséquence de cette transaction; et M. Maginn lui légua en outre 2,500 livres de rente.

Malgré tous ces arrangements, il y eut, le 22 mars 1696, un acte d'association des boursiers irlandois à ceux du collége des Grassins. Un arrêt du parlement les renvoya, en 1710, au collége des Lombards. Toutefois cette association n'avoit eu lieu que pour les étudiants seulement, et ne comprenoit point ceux qui, après avoir fini leurs études, faisoient les préparations nécessaires pour pouvoir remplir dignement les fonctions de missionnaires en Irlande. Cette distinction fut consacrée par un autre arrêt du 20 mars 1728; ainsi cette maison devoit être à la fois considérée comme un séminaire et un collége: c'étoient deux communautés réunies.

On y comptoit, en 1776, cent prêtres et environ soixante clercs étudiants, dont le plus petit nombre payoit une très-modique pension: la charité des fidèles faisoit le reste. À cette époque les clercs irlandois furent transférés dans la rue du Cheval-Vert, comme nous le dirons ci-après.

Quelques années auparavant, les bâtiments du collége des Lombards avoient été réparés, et la chapelle avoit été reconstruite par la libéralité de M. de Vaubrun[393]. Son porche, de forme elliptique, et décoré de colonnes et de pilastres ioniques, avec entablement, avoit été élevé sur les dessins de Boscry, architecte[394].

CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.

Sur le maître-autel, un tableau représentant une Assomption; par Jeaurat.

Ce collége étoit possesseur d'une petite bibliothèque.

Collége de Dormans-Beauvais (rue Saint-Jean-de-Beauvais).

Ce collége doit sa fondation à Jean de Dormans, cardinal, évêque de Beauvais et chancelier. Il acheta, en 1365, les maisons que le collége de Laon avoit d'abord occupées, et cinq ans après y établit un maître, un sous-maître, un procureur et douze boursiers, nés dans la paroisse de Dormans en Champagne, ou, à leur défaut, dans le diocèse de Soissons. En 1371 et 1372, il fonda successivement douze nouvelles bourses, parmi lesquelles trois furent destinées à des écoliers pris dans les villages de Buisseul et d'Athis, au diocèse de Reims, et une quatrième à un religieux prêtre de l'abbaye de Saint-Jean-des-Vignes. La chapelle, dont Charles V voulut bien poser la première pierre, fut construite aux frais de Miles de Dormans, neveu du fondateur, et dédiée, en 1380, sous l'invocation de saint Jean l'Évangéliste. Il y fonda quatre chapelains et deux clercs. Nos historiens parlent d'un nouveau chapelain et de cinq autres boursiers, fondés à diverses époques par différents particuliers.

La collation de toutes les places avoit été réservée au frère et au neveu du fondateur: l'abbé de Saint-Jean-des-Vignes éleva à ce sujet quelques contestations, qui furent terminées par un concordat, homologué en 1389, qui, laissant la collation de la bourse du religieux de Saint-Jean-des-Vignes à l'abbé, transportoit à la cour du parlement tous les droits du fondateur après la mort de Guillaume de Dormans, son neveu. Depuis, le premier président et deux commissaires de cette cour ont toujours eu l'administration de ce collége.

Vers le commencement du seizième siècle, les professeurs qui enseignoient dans les écoles de la rue du Fouare s'étant retirés dans les colléges, celui de Beauvais tint des écoles publiques, et s'unit par la suite (en 1597) au collége de Presle, pour l'exercice des classes, ce qui subsista jusqu'en 1699, que cet exercice entier resta au seul collége de Beauvais. Depuis, les arrangements qui devoient incorporer le collége de Lisieux à celui de Louis-le-Grand n'ayant pu avoir leur entier effet, le collége de Beauvais fut choisi pour prendre la place que l'autre y devoit occuper, et les maisons qui lui appartenoient furent données au collége de Lisieux.

CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, saint Jean l'Évangéliste dans l'île de Pathmos; par Lebrun.

TOMBEAUX ET SÉPULTURES.

Au milieu du chœur, deux statues en cuivre sur un tombeau de marbre représentant Miles de Dormans, évêque de Meaux et archevêque de Sens, mort en 1405; et un autre évêque inconnu.

Six statues en pierre, représentant:

Jean de Dormans, chancelier de l'église de Beauvais, mort en 1380.

Bernard de Dormans, chambellan de Charles V, mort en 1381.

Renaud de Dormans, chanoine de Paris, maître des requêtes de l'hôtel, etc., mort en 1380.

Jeanne Baube, femme de Guillaume de Dormans, et mère des trois personnages dont nous venons de parler, morte en 1405.

Jeanne de Dormans sa fille, mariée à Pierre de Rochefort et à Philibert de Paillart, morte en 1407.

Yde de Dormans, sa seconde fille, mariée à Robert de Nesle, morte en 1379[395].

Plusieurs savants et saints personnages ont professé dans ce collége. Saint François Xavier y donna des leçons de philosophie en 1531. Le cardinal Arnauld d'Ossat fut aussi du nombre de ses professeurs; et dans le siècle dernier l'administration en fut successivement remplie par deux hommes très-recommandables, le célèbre M. Rollin et M. Coffin.

Collége de Presles (rue des Carmes).

Nous avons déjà parlé de la fondation de ce collége à l'article du collége de Laon[396]. Nous avons dit comment les boursiers de ces deux établissements, réunis dans la même maison, ayant jugé à propos de se séparer, cette séparation, arrivée en 1333, produisit deux colléges particuliers. Ce changement fut autorisé par le pape Clément VI; et Philippe-le-Long, qui le confirma, voulut en même temps gratifier le collége dont nous parlons de vingt-quatre arpents de bois dans les forêts du Loup et de la Muette. Raoul de Presles, qui en étoit fondateur, traita alors avec Gui de Laon du logement que les deux colléges avoient d'abord occupé, en lui faisant un contrat de 24 liv. de rente, et à ce moyen resta dans l'établissement, tandis que les boursiers de l'autre collége alloient se loger au clos Bruneau. Mais, quelque temps après, le collége de Beauvais, qui venoit d'être fondé dans la rue voisine, sur un terrain contigu à celui du collége de Presles, eut besoin à son tour de quelques bâtiments pour les écoles publiques qui s'y tenoient. On entra dans des arrangements nouveaux, au moyen desquels les cours publics furent partagés: il y eut quatre classes et quatre professeurs dans chacun des deux colléges, ce qui subsista jusqu'en 1699, que l'exercice entier des classes fut cédé au collége de Beauvais.

Le collége de Presles, fondé pour de pauvres écoliers du diocèse de Soissons, étoit composé de treize boursiers et de deux chapelains choisis parmi eux. Les chapelains devoient être nommés par les boursiers, et ceux-ci par la communauté. En 1704 on réduisit le nombre des boursiers à huit; et en 1763 ce collége fut réuni à celui de l'Université.

Collége de Tréguier (place Cambrai).

Une inscription qu'on lisoit sur la porte de ce collége portoit qu'il avoit été fondé en 1400, et Sauval, ainsi que ses copistes, avoient adopté cette date, qui ne pouvoit être que celle d'une reconstruction, car il est certain qu'il doit son origine à Guillaume de Coatmohan, grand-chantre de l'église de Tréguier, qui, par son testament du 20 avril 1325, le fonda pour huit boursiers, pris dans sa famille ou dans le diocèse de Tréguier. Les statuts que l'on fit pour ce collége en 1411 lui donnèrent de la réputation, et déterminèrent Olivier Doujon, docteur en droit, à y fonder, l'année suivante, six bourses nouvelles. Enfin, en 1575, ce collége fut considérablement augmenté par l'union qui lui fut faite du collége de Karembert. Celui-ci, qui portoit aussi le nom de Laon, parce qu'il avoit été crée pour des sujets de ce diocèse, étoit situé près de Saint-Hilaire. Du reste, nous ignorons par qui et à quelle époque il avoit été établi. Un M. de Kergroades, qui paroît avoir été parent du fondateur, et dont le consentement fut nécessaire pour opérer cette union, ne le donna qu'en se réservant la nomination des deux seules bourses qui y subsistoient encore. Ceci dura jusqu'en 1610, que le roi fit acheter le collége de Tréguier, pour élever le collége Royal sur son emplacement.

Le collége de Cambrai ou des Trois-Évêques (même place).

Il faut rectifier ce qui a été dit de ce collége par la plupart des historiens de Paris, qui le présentent comme ayant eu à la fois trois fondateurs. La vérité est qu'il fut institué en 1348, par une disposition testamentaire de Guillaume d'Auxonne, évêque de Cambrai, et ensuite d'Autun. Ce prélat, possesseur d'une maison et de jardins situés dans cet endroit, avoit formé le projet d'y fonder un collége, et d'affecter à cet établissement cette portion de ses biens: il chargea de l'exécution de ce projet Hugues de Pomare, évêque de Langres, par son testament du 13 octobre 1344; mais celui-ci mourut avant d'avoir pu remplir ses intentions. Il arriva en même temps que Hugues d'Arci, évêque de Laon, et depuis archevêque de Reims, mourut aussi sans avoir pu exécuter une fondation semblable qu'il s'étoit également proposée. Alors les exécuteurs testamentaires de ces trois prélats imaginèrent de se réunir, et instituèrent le collége dont nous parlons ici: c'est pour cette raison qu'il est souvent nommé collége des Trois-Évêques. L'acte qui contient cette donation est rapporté par Félibien sous la date de 1348[397]. Mais la manière dont il est conçu semble prouver que ce collége renfermoit déjà des étudiants, et par conséquent que le premier établissement étoit antérieur.

La maison et les jardins que Guillaume d'Auxonne avoit laissés étoient plus que suffisants pour loger les boursiers; on prit sur les biens des autres fondateurs ce qui étoit nécessaire pour fournir à leur subsistance, ce qui produisit un fonds de 200 liv. de rente. On voit par les statuts que ce collége étoit composé d'un maître, d'un chapelain faisant l'office de procureur, et de sept boursiers. Ceux-ci étoient à la nomination du chancelier de l'église de Paris, auquel le chapelain, nommé lui-même par les anciens boursiers, les présentoit.

En 1612, le roi ayant voulu faire l'acquisition du collége de Cambrai pour la construction des bâtiments du collége Royal, les commissaires de sa majesté passèrent un acte portant qu'après l'achèvement de cet édifice, le principal et les boursiers du collége détruit y seroient logés; que la chapelle qu'on y bâtiroit deviendroit leur propriété; qu'il seroit fait un fonds de 1000 liv. de rente pour leurs dommages et intérêts; enfin qu'on n'abattroit les constructions que jusqu'à la grande porte, de manière qu'ils pussent continuer à y loger jusqu'à ce que le bâtiment qu'on leur destinoit fût en état de les recevoir. Cette portion d'édifice fut conservée plus long-temps qu'on ne l'avoit cru, parce qu'alors le collége Royal ne fut pas fini, et les boursiers de celui de Cambrai ne cessèrent point d'y demeurer jusqu'à leur réunion au collége de Louis-le-Grand.

Deux professeurs de la faculté de droit et le professeur de droit françois, dont la chaire avoit été fondée en 1680 par Louis XIV, donnèrent des leçons dans le collége de Cambrai jusqu'à la construction des nouvelles écoles près de Sainte-Geneviève.

Collége-Royal (même place).

On a déjà pu voir dans cet ouvrage à quel dessein et dans quelles circonstances François Ier fonda cet établissement si digne d'un grand monarque. Il en avoit conçu l'idée dès le commencement de son règne, et son intention étoit de le placer à l'hôtel de Nesle (aujourd'hui le collége Mazarin); mais la guerre et les événements qui la suivirent en firent d'abord remettre l'exécution, et d'autres projets succédèrent ensuite à ceux-ci. En rapprochant et en conciliant les dates diverses que nos historiens ont données à cette fondation, on trouve que le roi, après avoir manifesté, en 1529, ses intentions pour la construction de ce collége, fixa, dès 1530, le nombre et les honoraires des professeurs qu'il nomma et institua l'année suivante. Cette fondation, vraiment royale, devoit répondre à la magnificence d'un prince qui mettoit en tout de la noblesse et de la grandeur: douze professeurs en langue hébraïque, grecque et latine, devoient recevoir par an 200 écus d'or pour honoraires, être logés dans ce collége, et y donner des leçons gratuites à six cents écoliers. Les circonstances n'ayant pas permis de construire les édifices projetés, les professeurs continuèrent d'enseigner dans les salles du collége de Cambrai et dans d'autres colléges. Mais si on en excepte cette partie du projet, toutes les autres clauses en furent remplies scrupuleusement; et même François Ier, faisant plus qu'il n'avoit promis, et voulant donner une preuve éclatante de l'affection particulière qu'il portoit à cette institution, donna, en 1542, aux professeurs la qualité de conseillers du roi, le droit de committimus[398], et les fit mettre sur l'état comme commensaux[399] de sa maison. C'est à ce titre qu'ils continuèrent jusqu'à la fin de prêter serment entre les mains du grand-aumônier.

François Ier avoit fondé les chaires royales pour les savants les plus célèbres, sans aucune distinction de régnicoles et d'étrangers; et vu le sage parti qu'il avoit pris de consulter sans cesse, dans l'exécution de son projet, les hommes distingués dans les sciences et les lettres qui remplissoient sa cour, il avoit été assez heureux pour ne faire que de très-bons choix. Ses successeurs n'y portèrent pas sans doute la même attention, et plus d'une fois des hommes médiocres usurpèrent dans cet illustre corps des places qui n'appartenoient qu'au vrai mérite; cependant la succession des maîtres y présente plus de noms célèbres que dans aucun autre corps littéraire; et l'on peut assurer qu'il n'en est aucun qui, à nombre égal, ait produit autant d'ouvrages sur toutes les parties des connoissances humaines. Henri II y fonda une nouvelle chaire d'éloquence latine; Charles IX, une de philosophie grecque et latine, et une de chirurgie; Henri III, une de langue arabe. Ce monarque avoit pris solennellement l'engagement de mettre à exécution le projet de François Ier relativement à la construction des bâtiments où devoient se réunir les professeurs, et à la dotation du nouveau collége; mais les guerres civiles et les malheurs dans lesquels elles le jetèrent, le réduisirent bientôt à ne pouvoir plus même payer les gages de ces professeurs. Leur fidélité n'en fut point ébranlée, et pendant tous les orages de la ligue, ils restèrent invariablement attachés à ce prince et à son successeur Henri IV, qui en fut instruit, et qui se déclara leur plus zélé protecteur. Le duc de Sulli partagea ces sentiments de bienveillance de son maître; et ce fut à sa sollicitation et à celle du cardinal du Perron, que ce prince prit la résolution de faire enfin construire les logements et les écoles qui leur étoient nécessaires. Il fut décidé qu'on abattroit le collége de Tréguier qui menaçoit ruine, et que sur cet emplacement on feroit élever un bâtiment de trente-trois toises de long sur vingt de large. On devoit y pratiquer quatre grandes salles, et disposer l'étage supérieur pour y placer la bibliothèque royale de Fontainebleau. Il étoit même question d'y établir une imprimerie, des ateliers pour les artistes, et de doter cette maison de dix mille écus de rente. La mort funeste de ce grand roi suspendit l'exécution d'un projet aussi magnifique, mais ne le détruisit pas entièrement. Trois mois après, Louis XIII, accompagné de la reine sa mère, vint poser la première pierre de la seule aile de ce bâtiment qui alors ait été entièrement achevée; c'étoit celle qui avoit été destinée pour loger la bibliothèque. Les troubles de la régence ayant bientôt fait cesser les travaux, on y pratiqua trois salles, qui servirent d'écoles aux professeurs; mais ils n'eurent ni logements ni augmentation de gages.

Henri IV avoit fondé dans ce collége une chaire d'anatomie et de botanique; Louis XIII en créa une seconde de langue arabe et une de droit canon; Louis XIV y ajouta une chaire de langue syriaque, une seconde de droit canon, et une de droit françois. C'est à quoi se bornèrent les bienfaits de ce monarque, protecteur magnifique des sciences et des lettres, mais qui probablement ne sentit pas de quelle importance étoit le seul établissement où les jeunes gens, après le cours ordinaire des études, pussent trouver des guides sûrs pour se perfectionner dans tout genre de science ou de littérature auquel ils voudroient se livrer. Cependant la situation des professeurs devenoit de jour en jour plus fâcheuse: réduits, vers la fin de ce règne, à un petit nombre d'auditeurs, brouillés depuis long-temps avec l'Université, qui répandoit contre eux de fâcheuses impressions dans l'esprit des élèves, mal payés de modiques appointements qui n'étoient plus en rapport avec les besoins de la vie, ils étoient sur le point d'abandonner leurs travaux, lorsqu'à l'avénement de Louis XV, le duc de La Vrillière, qui avoit alors la direction de ce collége, proposa au conseil un plan qui fut adopté, et empêcha la ruine d'un établissement si utile et si important. Il consistoit à faire rentrer dans le sein de l'Université les professeurs royaux, qui n'auroient jamais dû en être séparés, et par conséquent à leur donner une part dans le produit des messageries affecté aux besoins de cette compagnie. L'exécution de ce plan ranima les exercices du collége Royal; et quelques changements utiles dans la destination de plusieurs chaires qui étoient doubles ou triples dans des genres d'enseignements peu suivis, même tout-à-fait abandonnés, donnèrent le moyen d'y faire professer de nouvelles branches de science et de littérature, sans charger le trésor de dépenses nouvelles, de manière qu'il y eut dans le collége Royal, outre l'inspecteur chargé de veiller à la discipline, vingt professeurs, dont les attributions furent fixées, par un arrêt du conseil de 1773, dans l'ordre suivant:

Sur les nouveaux fonds accordés au collége Royal, on avoit trouvé le moyen de distraire une somme suffisante pour la réparation des constructions déjà faites; mais cette institution laissoit toujours à désirer un bâtiment qui pût contenir à la fois les écoles et des logements convenables pour les professeurs. La reconstruction totale en fut arrêtée en 1774, la première année du règne de Louis XVI; et M. le duc de La Vrillière posa la première pierre du nouveau bâtiment le 22 mars de la même année. Cet édifice, construit sur les dessins de M. Chalgrin, présente l'ordonnance noble et simple d'un corps de logis flanqué de deux pavillons en retour, qu'unit entre eux une double grille avec un portail surmonté d'un fronton. Il n'y a que des éloges à donner au caractère d'architecture choisi par l'artiste, et à la manière dont il a exécuté cette conception[400].

Collége du Plessis-Sorbonne (rue Saint-Jacques).

Ce collége doit son nom à Geoffroi du Plessis, notaire apostolique et secrétaire de Philippe-le-Long. Il le fonda, en 1317[401], pour quarante étudiants pris dans les diocèses de Tours, Saint-Malo, Reims, Sens, Évreux et Rouen, et donna pour cet établissement différents revenus, et une maison avec cours, jardins et vergers, située rue Saint-Jacques, et qui s'étendoit jusqu'à la rue Fromentel et à celle des Cholets, nommée alors Saint-Symphorien[402]. Il y avoit déjà dans cette maison une chapelle de la Sainte-Vierge, et au-dessus de la porte un oratoire sous le nom de Saint-Martin. Le collége en prit le nom de Saint-Martin-du-Mont, et le fondateur, qui se réserva la collation des bourses, et la faculté de faire par la suite les changements qu'il jugeroit à propos, établit pour supérieurs de cet établissement les évêques d'Évreux et de Saint-Malo, l'abbé de Marmoutier, le chancelier de l'église de Paris, et le maître particulier du collége.

Quelque temps après, Geoffroi du Plessis fonda le collége de Marmoutier à côté de celui de Saint-Martin; et quoi qu'en aient dit Du Breul et Corrozet, l'acte de fondation[403] prouve qu'il ne changea point les dispositions déjà faites en faveur de ce dernier collége pour accroître les avantages de sa nouvelle fondation. Sur quatre maisons qu'il possédoit encore dans ce même endroit, il se réserva, sa vie durant, la plus grande, qui donnoit sur la rue Chartière, et fit don des trois autres à l'abbaye de Marmoutier: il n'y eut de commun entre ces deux colléges que la chapelle que l'on bâtissoit.

S'étant ensuite fait religieux dans cet ordre, auquel il avoit témoigné une affection si particulière, Geoffroi profita de la faculté qu'il s'étoit réservée par l'acte de fondation, et soumit les deux colléges à l'abbé de Marmoutier, qui depuis en fut le seul administrateur; puis, par son testament, réduisit à vingt-cinq bourses les quarante qu'il avoit d'abord fondées. Ce collége de Marmoutier subsista jusqu'en 1637, que la réforme introduite dans cette abbaye le rendit inutile. Les bâtiments en furent vendus aux Jésuites en 1641, pour accroître le collége de Louis-le-Grand.

À l'égard de celui de Saint-Martin-du-Mont, il ne tarda pas à prendre le nom de son fondateur: car, dans tous les actes de l'abbaye de Sainte-Geneviève qui le concernent, il n'est indiqué, dès le quatorzième siècle, que sous le titre de collége du Plessis. La modicité de ses revenus occasionna une diminution successive de ses boursiers; mais quoiqu'il se soutînt encore par la réputation que lui avoit acquise sa discipline et le mérite de ses professeurs, ses bâtiments menaçoient ruine au commencement du dix-septième siècle, et l'établissement étoit loin d'avoir en lui-même des ressources suffisantes pour les réparer, lorsque des circonstances heureuses vinrent tout à coup les lui procurer. Le cardinal de Richelieu avoit eu besoin de l'emplacement du collége de Calvi pour la construction de l'église de Sorbonne. L'équité ne permettoit pas de le détruire sans le remplacer; aussi ce ministre ordonna-t-il, par son testament, qu'il seroit bâti un autre collége sur le terrain enclavé entre les rues de Sorbonne, des Noyers et des Maçons; mais les dépenses énormes qu'auroit entraînées l'exécution d'un semblable projet en firent changer les dispositions. En conséquence il fut convenu que les héritiers du cardinal feroient unir un collége à la maison de Sorbonne, et qu'ils paieroient une certaine somme pour les bâtiments ou réparations qu'on seroit obligé d'y faire. On jeta les yeux sur celui du Plessis, non, comme l'ont pensé quelques auteurs, à cause de la conformité de son nom avec celui du cardinal[404], mais parce qu'alors l'abbaye de Marmoutier étoit possédée par un neveu de cette Éminence (Amador Jean-Baptiste de Vignerod), et qu'on espéroit avoir plus facilement son consentement que celui de tout autre. Il céda en effet, sans aucune difficulté, son droit de supériorité sur ce collége à la maison de Sorbonne, ainsi que tous les biens et revenus qui en dépendoient, réservant seulement la collation des bourses, dont deux seroient à la présentation de l'évêque d'Évreux, et deux à celle de l'évêque de Saint-Malo. Par l'acte passé à cet effet en 1646, la maison de Sorbonne fut tenue d'entretenir à ses frais les bâtiments, et de faire instruire les boursiers sous la direction et l'administration d'un principal et d'un procureur, qui seroient docteurs ou bacheliers. C'est depuis cette époque que ce collége fut appelé du Plessis-Sorbonne. Il soutint d'ailleurs jusqu'à la fin son ancienne renommée, et il n'en étoit aucun dans toute l'Université où la discipline scolastique fût mieux observée, et qui eût produit un plus grand nombre d'élèves distingués.

Dans les derniers temps, les bourses, réduites au nombre de dix, et extrêmement médiocres, étoient à la nomination du roi[405].

Le collége de Louis-le-Grand (même rue).

Sans perdre de temps à discuter divers petits faits relatifs à la fondation de ce collége, et sur lesquels nos historiens ne sont pas d'accord, nous dirons simplement que l'institut des Jésuites, auquel on en doit l'établissement, ayant été approuvé, en 1540 et 1549, par deux bulles de Paul III, S. Ignace de Loyola, fondateur de la Société de Jésus, envoya sur-le-champ quelques-uns de ses disciples à Paris. Plusieurs personnes prétendent que, dès 1540, ils demeuroient au collége du Trésorier, et en 1542 à celui des Lombards. La première de ces deux assertions paroît dépouillée de preuves; quant au collége des Lombards, ils ne tardèrent pas à le quitter pour aller loger dans l'hôtel de Clermont, qui appartenoit au cardinal du Prat. Cette Éminence mit à les servir un vif intérêt, leur procura, avec le logement, une honnête subsistance, et, ce qui n'étoit pas moins important pour eux, la protection du cardinal de Lorraine. Ce fut par les soins de celui-ci qu'ils obtinrent, en 1551, des lettres-patentes par lesquelles Henri II permettoit leur établissement, mais à Paris seulement. Les oppositions de l'évêque, du parlement et de l'université suspendirent l'effet de cette faveur; soutenus par les Guises, qui gouvernoient entièrement Catherine de Médicis et son fils François II, les Jésuites se voyoient sur le point de triompher de ces obstacles, lorsque la mort du jeune monarque vint leur susciter des obstacles nouveaux. Malgré les différentes lettres de jussion adressées au parlement par Charles IX, la cour jugea qu'avant de les vérifier il étoit à propos de renvoyer les Jésuites devant l'assemblée générale du clergé, qui se tint à Poissi en 1561, pour y faire approuver leur institut. C'est là qu'ils furent enfin admis en France sous certaines conditions, à titre de société et de collége; et comme le parlement ne consentit à l'enregistrement qu'en 1562, c'est cette dernière date qu'on peut regarder comme celle du véritable établissement légal des Jésuites à Paris; celui de leur collége est encore postérieur, quoique Dubreul et ceux qui l'ont suivi en marquent l'institution en 1550.

Le projet du cardinal du Prat avoit toujours été de procurer à ces pères un collége à Paris; et ce fut dans cette intention qu'à sa mort, arrivée en 1560, il leur laissa plusieurs legs considérables, indépendamment des donations qu'il leur avoit déjà faites. Dès qu'ils en eurent obtenu la possession, jaloux de remplir l'intention du fondateur, ils cherchèrent un emplacement convenable, et achetèrent en 1563 un grand hôtel situé dans la rue Saint-Jacques, et connu sous le nom de la cour de Langres[406]. Cette acquisition fut amortie en 1564. Alors, munis de la simple permission du recteur de l'Université, et des lettres de scolarité qu'il leur fit expédier la même année, ils commencèrent à ouvrir leurs cours, et donnèrent à leur maison le nom de collége de Clermont de la Société de Jésus. Mais à peine avoient-ils commencé à professer qu'un nouveau recteur leur défendit l'exercice des classes, défense contre laquelle ils crurent devoir s'élever, et qui les jeta dans de nouveaux embarras et dans d'interminables contestations. Heureusement pour eux la cause fut appointée; et ces pères, en attendant la décision, se trouvèrent autorisés à continuer les leçons publiques qu'ils avoient commencées. Les talents supérieurs et la célébrité des professeurs qu'ils employoient attirèrent bientôt dans leur collége un si grand nombre d'écoliers, tant externes que pensionnaires, qu'il fallut penser à en augmenter les bâtiments. Les Jésuites achetèrent à cet effet plusieurs maisons voisines en 1578 et 1582. Ils firent, dans cette dernière année, construire une chapelle, dont la première pierre fut posée par Henri III. Tous ces édifices furent reconstruits en 1628.

Ce collége s'est successivement agrandi par l'acquisition d'une ruelle et de quelques autres maisons, mais principalement par celle du collége de Marmoutier, dont nous avons déjà parlé, et du collége du Mans, dont ils ne prirent possession qu'en 1682, cinquante-sept ans après le marché qu'ils en avoient fait. Ils y furent autorisés par un arrêt du conseil de cette même année. Louis XIV, qui confirma cette acquisition par ses lettres-patentes, voulut en payer le prix de ses propres deniers[407]; et, pour mettre le comble à ses bienfaits, il leur fit expédier des lettres nouvelles, par lesquelles il déclaroit le collége des jésuites de fondation royale. Même avant cette dernière faveur, ces pères avoient déjà ôté l'inscription placée sur leur porte principale, Collegium Claromontanum Societatis Jesu, pour y substituer celle de Collegium Ludovici Magni.

Les jésuites continuèrent de professer dans ce collége, rivalisant de zèle et de succès avec les plus célèbres institutions de l'Université, jusqu'en 1763, époque de la destruction de leur ordre, événement qui fut si fatal à la France et à toute la chrétienté. Alors les bâtiments qu'ils avoient occupés furent donnés à l'Université par lettres-patentes de la même année, pour y tenir ses assemblées et former un collége général, auquel ont été réunis les boursiers de tous les colléges où il n'y avoit pas plein et entier exercice[408].

Le temporel de ce collége étoit régi par une administration dont les membres, nommés par le roi, avoient pour président le grand-aumônier[409].

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, trois tableaux, représentant, l'un, Jésus-Christ au milieu des docteurs; les deux autres, saint Charlemagne et saint Louis; par Restout.

Collége des Cholets (rue des Cholets).

Nos historiens, qui varient beaucoup entre eux sur la date de la fondation de ce collége, s'accordent tous à dire que le cardinal Jean Cholet, légat en France, avoit légué, par son testament, en 1289, une somme de 6000 liv., pour fournir aux frais de la croisade publiée contre Pierre d'Aragon; qu'étant mort le 2 août 1292, et la guerre étant terminée, ses exécuteurs testamentaires employèrent cette somme à l'établissement d'un collége. Il est assez difficile de croire qu'en 1289 Jean Cholet ait destiné une somme quelconque au succès d'une expédition contre un prince qui étoit mort quatre ans avant la date de ce testament; quoi qu'il en soit, une partie de ses biens fut effectivement employée à cette fondation. Jean de Bulles, archidiacre du Grand-Caux dans l'église de Rouen, et l'un des exécuteurs du testament de cette Éminence, offrit la maison où il demeuroit, vis-à-vis la chapelle Saint-Symphorien, et même en céda gratuitement la moitié, ce qui lui mérita d'être considéré comme second fondateur de ce collége. Il faut, suivant Jaillot, fixer cet événement à l'année 1291. On joignit bientôt à cette première acquisition celle d'une maison voisine, et les droits d'indemnité en furent payés à l'abbaye Sainte-Geneviève en 1295, seconde date qui a induit en erreur le plus grand nombre de ceux qui ont parlé de cette fondation.

Ce collége avoit été fondé seulement pour seize boursiers théologiens; mais les exécuteurs testamentaires étant morts, le cardinal Le Moine, qui leur fut substitué, confirma les statuts, ajouta quatre boursiers dont l'emploi étoit de célébrer l'office divin, et fit acheter une maison adjacente pour y placer vingt boursiers grammairiens. Tous ces boursiers devoient être pris dans les diocèses d'Amiens et de Beauvais.

Quoique le cardinal eût nommé quatre chapelains, cependant il n'y avoit point de chapelle dans ce collége, et l'office se faisoit dans celle de Saint-Symphorien. Ce fut seulement en 1504 que, du consentement de l'évêque et de l'abbé de Sainte-Geneviève, on en fit bâtir une qui fut dédiée sous l'invocation de sainte Cécile, en mémoire du fondateur, cardinal, prêtre du titre de sainte Cécile. Le collége des Cholets, qui étoit sans exercice, fut réuni, en 1763, à celui de l'Université[410].

Collége et communauté de Sainte-Barbe (rue de Reims).

Ce sont deux établissements différents formés dans le même lieu, mais dans des temps divers. Plusieurs de nos historiens se sont trompés sur la date de la fondation du collége, qu'ils font moins ancienne qu'elle ne l'est de plus de cent ans. L'abbé Lebeuf, qui la place avec raison en 1430, prétend que ce collége n'entra en plein exercice que vers 1500. Cependant, si l'on en croit D. Félibien[411], Jean Hubert, docteur en droit canon, qui le fonda sur un emplacement pris à cens de l'abbaye Sainte-Geneviève[412], y plaça dès le principe des professeurs amovibles: on en a compté jusqu'à quatorze, dont neuf enseignoient les humanités, quatre la philosophie, et un la langue grecque. Toutefois on ne trouve point qu'il eût de dotation dès son origine; et on le considéroit moins alors comme un collége proprement dit que comme une maison louée par des professeurs qui donnoient des leçons générales dans les salles, et recevoient dans les chambres quelques élèves auxquels ils accordoient des soins particuliers. Cet établissement portoit dès-lors le nom de Sainte-Barbe.

Il arriva, en 1556, que Robert Dugast, aussi docteur régent en droit canon, ayant acquis les quatre cinquièmes de cette maison, forma le projet d'y établir un collége régulier. Par l'acte de cette fondation, daté de cette même année, il institua un principal, un chapelain et un procureur, tous les trois prêtres ou sur le point de l'être, et qui devoient être des diocèses d'Évreux, de Rouen, de Paris ou d'Autun. La nomination des boursiers, qui étoient au nombre de quatre, fut réservée au plus ancien conseiller-clerc du parlement, au chancelier de l'église et université de Paris, et au doyen des professeurs en droit. Les biens qu'il affecta à cet établissement furent amortis par des lettres de Henri II, données dans la même année 1556.

Il paroît certain qu'il y eut dans ce collége un plein exercice, lequel y subsista jusqu'à ces temps malheureux de nos guerres de religion, où tant d'institutions furent altérées ou détruites. Il fut alors interrompu, et les leçons n'y ont jamais été rétablies. La mauvaise situation des affaires de ce collége le força même, dans le siècle suivant, de vendre à l'Université une partie de son emplacement, pour acquitter les dettes qu'il avoit contractées. Par cet acte, qui est de 1687, cette compagnie s'engagea à lui payer la somme de 48,750 livres, tant pour le libérer de ses créanciers, que pour lui procurer les moyens de bâtir une chapelle[413].

Ce fut vers ce temps-là que se forma la communauté annexée depuis à ce collége. Un docteur de Sorbonne, nommé Germain Gillot, avoit sacrifié une partie considérable de sa fortune pour fournir à la subsistance d'un certain nombre d'étudiants qu'il faisoit élever dans différents colléges. M. Thomas Durieux, aussi docteur de Sorbonne, l'un des élèves de M. Gillot, et son successeur dans cet acte de charité, voyant l'Université devenir propriétaire de la plus grande partie du collége de Sainte-Barbe, profita de cette occasion pour en louer les bâtiments, ainsi que ceux qui étoient restés à ce collége, et y rassembla en 1588 tout son petit troupeau sous le nom de Communauté de Sainte-Barbe. Depuis, ayant été nommé principal du collége du Plessis, cet homme respectable se trouva dans une situation à donner des soins encore plus assidus à ses enfants d'adoption, qui venoient prendre des leçons dans ce collége, et qui n'ont point cessé d'y être reçus jusque dans les derniers temps.

L'institution de Sainte-Barbe se faisoit tellement remarquer par la sévérité de sa discipline et par le succès de ses études, que, dans le siècle dernier, elle attira l'attention du monarque. Louis XV voulant en 1730 donner à ce collége des marques éclatantes d'une protection spéciale, daigna s'attribuer la nomination à la supériorité, qu'il réunit avec la principalité du collége du Plessis, sous l'inspection particulière de l'archevêque de Paris. Au moment de la révolution, la communauté de Sainte-Barbe étoit encore composée, indépendamment des anciens boursiers, de trente-six théologiens, auxquels étoient attachés un supérieur local et trois maîtres chargés des conférences; de quarante-huit philosophes, sous un supérieur local et quatre maîtres; enfin de cent douze humanistes, conduits par douze maîtres particuliers.

Saint Ignace de Loyola, qu'on nommoit alors Inigo, avoit fait ses études dans ce collége. On y a vu professer plusieurs hommes célèbres, entre autres, Jean-François Fernel, premier médecin de Henri II, et George Buchanan, poëte et historien.

Le collége de Coqueret (rue Chartière).

Il y a une telle obscurité répandue sur l'origine de ce collége, qu'il étoit impossible d'assurer même qu'il ait jamais existé. Du Breul[414], copié par Piganiol et autres, nous apprend seulement que Nicole Cocquerel (ou plutôt Coqueret) avoit tenu de petites écoles dans la basse-cour de l'hôtel de Bourgogne; qu'il vendit ce lieu à Simon Dugast; et que celui-ci eut pour successeur dans la principalité du collége Robert Dugast, son neveu, fondateur du collége de Sainte-Barbe. Ce récit, qui souffre lui-même beaucoup de difficultés[415], n'est pas suffisant sans doute pour éclaircir l'histoire d'un établissement dans lequel on ne voit, pendant plusieurs siècles, ni principal ni boursiers. Dès 1571 la maison avoit été saisie: elle fut depuis judiciairement vendue une seconde fois, et n'a point cessé d'appartenir à des particuliers. À la fin du siècle dernier, il n'en restoit plus qu'un petit bâtiment rue Chartière, dans lequel s'étoit établie une manufacture de carton.

Collége de Reims (rue des Sept-Voies).

Ce collége doit son origine à Gui de Roye, archevêque de Reims, qui en ordonna la fondation par son testament, en 1409, année de sa mort[416]. On voit par cet acte que l'intention de ce prélat étoit d'y mettre, par préférence, des sujets nés dans les terres affectées à la mense archiépiscopale de Reims, dans sa terre de Roye, ou dans celle de Murel. Cette disposition testamentaire, contestée d'abord par ses héritiers, fut maintenue par une transaction qu'ils passèrent avec les écoliers de Reims[417], alors étudiants à Paris, et qui étoient destinés à remplir les bourses. Ceux-ci firent en conséquence l'acquisition de l'hôtel de Bourgogne, qui leur fut vendu le 12 mai 1412 par Philippe, comte de Nevers et de Rhétel. En 1414 on institua un maître particulier, un chapelain et un procureur dans ce collége. Les troubles qui agitèrent Paris quelques années après pensèrent l'anéantir presqu'au moment où il venoit d'être établi; en 1418 il fut pillé, presque détruit, et demeura désert jusqu'en 1443, que Charles VII le rétablit, et y annexa le collége de Rhétel qui tomboit en ruines.

Ce collége de Rhétel n'étoit ni voisin de celui de Reims, ni contigu, comme l'ont dit plusieurs auteurs: il étoit situé dans la rue des Poirées. Gaultier de Launoi l'avoit créé pour les écoliers du Rhételois, et Jeanne de Bresle y avoit fondé depuis quatre bourses pour des écoliers du comté de Porcien. Lors de l'union, presque tout le revenu de ce collége étoit dissipé; alors il n'y avoit même plus de boursiers.

Cette union soutint pendant quelque temps le collége de Reims, dont l'administration supérieure passa entre les mains de l'archevêque. Toutefois il tomba successivement dans un état si misérable, qu'en 1699 il étoit déjà sans boursiers, et qu'en 1720 il n'y restoit que deux officiers. M. le cardinal de Mailli, archevêque de Reims, entreprit alors de le rétablir, et chargea de ce soin M. Le Gendre, chanoine de Notre-Dame, qui dressa des statuts, établit dans ce collége un principal, un chapelain, et trouva le moyen d'y réunir huit boursiers pris dans les lieux désignés par les fondateurs. En 1745 on en reconstruisit la façade, et en 1763 il fut réuni à celui de l'Université.

Collége de la Merci (même rue).

Presque tous nos historiens ont placé l'érection de ce collége en 1520. Jaillot lui donne cinq ans de plus d'ancienneté. Il dit que Nicolas Barrière, bachelier en théologie, et procureur général de l'ordre de la Merci, désirant procurer aux religieux de son ordre la facilité d'étudier à Paris, traita avec Alain d'Albret, comte de Dreux, d'une place et d'une masure qui faisoient partie de son hôtel, et que le contrat en fut passé à Dreux le 15 mai 1515[418]. Cet établissement n'eut pas une longue durée; car dès 1611 il n'y avoit plus dans la maison qu'un seul religieux, et la chapelle abandonnée étoit entièrement découverte. Ce collége, dans le siècle dernier, n'étoit plus qu'un hospice de la maison de cet ordre établie rue du Chaume[419].

Collége de Fortet (même rue).

Pierre Fortet, chanoine de l'église de Paris, avoit ordonné, par son testament du 12 août 1391, la fondation d'un collége où il y auroit un principal et huit boursiers[420], et destiné pour l'emplacement de cette institution une maison appelée les Caves, située au bout de la rue des Cordiers; mais il ne voulut point que ce projet fût réalisé de son vivant, et mourut en 1394, laissant ce soin à ses exécuteurs testamentaires.

Ceux-ci offrirent au chapitre Notre-Dame la commission de remplir la volonté du testateur: le chapitre l'accepta, et ne trouvant pas la maison léguée propre à établir un collége, il acquit, en 1397, de M. de Listenoi, seigneur de Montaigu, une maison qu'il possédoit rue des Sept-Voies, et la fit disposer telle qu'elle devoit être pour une semblable institution. On nomma le principal, les boursiers, et on leur donna des statuts le 10 avril de la même année.

Aux bourses fondées originairement dans ce collége plusieurs particuliers en ajoutèrent successivement onze nouvelles. Dès l'an 1560 les bâtiments en avoient été reconstruits: on l'augmenta encore depuis, en y joignant l'hôtel des évêques de Nevers et celui de Marli-le-Châtel[421].

La chapelle étoit sous l'invocation de saint Geraud, en son vivant seigneur d'Aurillac[422].

Collége de Montaigu (même rue).

Il est redevable de sa fondation à la maison des Aycelin, plus connue sous le nom de Montaigu, illustre par son ancienneté et par les dignités qui furent la preuve et la récompense de ses services. Gilles Aycelin, archevêque de Rouen et garde des sceaux, en fut le premier fondateur. Propriétaire de plusieurs maisons dans les rues des Sept-Voies et de Saint-Symphorien, il chargea, par son testament du 13 décembre 1314, Albert Aycelin, évêque de Clermont, son héritier, de loger de pauvres écoliers dans une partie de ces bâtiments, et de louer ou de vendre les autres pour fournir à leur subsistance.

L'évêque de Clermont se conforma aux volontés de son oncle, et soutint cet établissement jusqu'à sa mort, arrivée en 1328. Gilles et Pierre Aycelin ses frères furent alors chargés de le diriger; mais les circonstances où ils se trouvoient[423] ne leur permirent point de s'en occuper, et ce collége resta pendant près de quarante ans privé de chef et de protecteur. Cependant les biens destinés à la fondation se dissipoient, les bâtiments tomboient en ruines, lorsque Pierre Aycelin, qui, de prieur de Saint-Martin-des-Champs, étoit devenu successivement évêque de Nevers, de Laon, cardinal et ministre d'état, voulut, par ses bienfaits, relever cette institution d'une ruine qui sembloit inévitable, et fonda six boursiers, dont deux devoient être prêtres, et les quatre autres clercs étudiants en droit canon ou en théologie.

Cette fondation, portée dans le testament du cardinal de Laon, daté du 7 novembre 1387, fut d'abord attaquée par Louis Aycelin de Montaigu de Listenoi son neveu; mais il ne tarda pas à se rétracter, ce qu'il fit à la sollicitation de son oncle maternel, Bernard de La Tour, évêque de Langres, et du cardinal de Thérouenne, et consentit à l'exécution des volontés du testateur, sous la condition que ce collége porteroit le nom de Montaigu, que les armes de cette maison seroient placées sur la porte principale, et que les boursiers, suivant l'intention du cardinal de Laon, seroient pris, de préférence, dans le diocèse de cette ville.

Les statuts, dressés en 1402 par Philippe de Montaigu, évêque d'Évreux et de Laon, et l'un des exécuteurs testamentaires du cardinal, soumirent ce collége à l'autorité du chapitre de Notre-Dame, et d'un des descendants du fondateur; mais, soit que l'inspection en eût été négligée, soit que la modicité des revenus n'eût pas permis de faire les dépenses nécessaires pour les réparations, avant la fin du siècle les bâtiments menaçoient, pour la seconde fois, d'une ruine prochaine, et il ne restoit plus aucune ressource pour les réparer.

Tel étoit l'état déplorable de ce collége, auquel, dit un historien[424], il restoit à peine 11 sous de rente, lorsque le chapitre Notre-Dame en donna, en 1483, la principauté au célèbre Jean Standonc[425]. Il parvint, par son zèle et par des travaux assidus, à soutenir cet établissement, ou, pour mieux dire, il en fut le second fondateur. Un projet grand et utile se présenta d'abord à sa pensée: ce fut d'y former une société d'ecclésiastiques capables de remplir toutes les fonctions du saint ministère, d'instruire la jeunesse et d'annoncer les vérités de l'évangile par toute la terre. Ses ressources étoient loin d'égaler son dévouement et sa charité: il en trouva dans la pieuse libéralité de l'amiral de Graville et du vicomte de Rochechouart. Les offres que ces deux seigneurs firent au chapitre de Notre-Dame, de rétablir les bâtiments, de faire construire une chapelle, d'y fonder deux chapelains, et d'entretenir douze boursiers, furent acceptées avec reconnoissance, et ratifiées par un acte du 16 avril 1494; l'année suivante, le service divin fut célébré dans la nouvelle chapelle qu'on venoit de faire construire.

Ces boursiers devoient faire un corps séparé de ceux qui formoient le collége: car Jean Standonc n'avoit voulu créer cette communauté qu'en faveur des pauvres; et en effet les réglements qu'il fit annoncent l'extrême pauvreté et la vie austère de ceux qui la composoient. Dans les commencements, ils alloient aux Chartreux recevoir avec les indigents le pain que ces religieux faisoient distribuer à la porte de leur monastère; la nourriture qu'on leur donna ensuite consistoit en pain, légumes, œufs ou harengs, le tout en très-petite quantité. Ils ne mangeoient jamais de viande, ne buvoient point de vin. Leur habillement se composoit d'une cape de drap brun très-grossier, fermée par devant, et d'un camail fermé devant et derrière; ce qui les fit appeler les pauvres capettes de Montaigu.

Il paroît, par les réglements, qu'il y avoit alors dans cette communauté quatre-vingt-quatre pauvres écoliers, en l'honneur des douze apôtres et des soixante-douze disciples, de plus le maître, appelé le père ou ministre des pauvres, le procureur et deux correcteurs. Ces officiers devoient être présentés par le prieur des Chartreux, et constitués par le grand-pénitencier de l'église de Paris.

L'austérité de ces statuts fut adoucie depuis, principalement par un nouveau réglement homologué au parlement en 1744, en vertu duquel les boursiers furent dispensés de réciter certains offices, et obtinrent la permission de faire gras à midi seulement: le soir, ils ne prenoient qu'une collation très-frugale.

Le collége de Montaigu s'augmenta depuis considérablement par les libéralités de plusieurs personnes, et par les acquisitions que ces dons lui permirent de faire des hôtels ou colléges du Mont-Saint-Michel, de Vezelai, etc., et de celui des évêques d'Auxerre. Ce collége étoit de plein exercice; et dans les derniers temps le nombre des bourses s'élevoit à près de soixante[426].

Le collége d'Hubant ou de l'Ave-Maria (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).

Ce collége fut fondé, en 1336, par Jean de Hubant, conseiller du roi, dans une maison qu'il avoit achetée du monarque lui-même dès 1327. Il y établit et fonda quatre bourses en faveur de quatre pauvres étudiants, affectant à leur entretien une maison située rue des Poirées, une autre sise au cloître Sainte-Geneviève, et la troisième partie des dîmes du territoire de Sormillier. L'abbé, le prieur de Sainte-Geneviève et le grand-maître du collége de Navarre furent nommés pour faire exécuter cette fondation.

Jaillot pense qu'elle fut faite dans la maison de la rue Sainte-Geneviève, où ce collége resta établi jusqu'au moment de sa réunion. Cependant le censier de Sainte-Geneviève de 1380 n'en parle point à l'article de cette rue; mais à celui de la rue des Almandiers on lit: «Les écoliers de Hubant, pour leur maison à l'Image-Notre-Dame......... tenant d'un côté à Jean de Chevreuse, d'autre, au jardin du comte de Blois.» On voit par le même censier qu'ils avoient deux autres maisons joignant celle-ci, et une troisième vis-à-vis. Quant au nom de l'Image-Notre-Dame que portoit celle que nous venons de citer, il lui fut donné parce qu'au-dessus de la porte il y avoit une figure de la Vierge, aux pieds de laquelle étoient écrits ces deux premiers mots de la salutation angélique, Ave Maria; cette inscription ne tarda pas à devenir le nom du collége, et fit presque oublier celui du fondateur.

Ce collége avoit été réuni à celui de l'Université.

Collége des Grassins (rue des Amandiers).

Il doit son origine à M. Pierre Grassin, sieur d'Ablon, conseiller au parlement: ce magistrat laissa, par son testament du 16 octobre 1569, une somme de 30,000 livres, laquelle devoit être employée selon la disposition de M. Thierri Grassin, son frère et son exécuteur testamentaire, et par le conseil de M. Le Cirier, évêque d'Avranches, à fonder un collége de pauvres; ou s'il le trouvoit plus convenable, à bâtir sur l'eau une maison pour les pauvres malades. En cas que son fils vînt à mourir sans enfants, la somme destinée à cette fondation devoit être doublée. Celui-ci ne survécut pas long-temps à son père, et augmenta la fondation de 1200 liv. L'exécuteur testamentaire, Thierri Grassin, s'étant décidé à faire bâtir un collége, acheta, le 26 avril 1571, de M. de Mesmes, une partie de l'hôtel d'Albret, consistant en une grande maison et deux petites contiguës à la première. Les 1er et 15 mai suivants, il acheta encore quatre autres maisons voisines. À ces acquisitions, qui remplissoient les intentions des fondateurs, il ajouta ses propres bienfaits, et acheva de consolider cet établissement en lui léguant sa bibliothèque, et environ 3,000 livres de rente.

Les bâtiments de ce collége ne furent achevés qu'en 1574, quoique la première acquisition pût en faire remonter l'origine jusqu'en 1571, date qu'a donnée de préférence l'abbé Lebeuf. La chapelle fut bénite en 1578, sous l'invocation de la Vierge.

En 1696 on transporta, comme nous l'avons déjà dit, dans ce collége la fondation faite quelques années auparavant dans celui des Lombards, en faveur des pauvres étudiants irlandois. Ils y restèrent jusqu'en 1710, qu'un arrêt du parlement les fit retourner dans leur premier domicile.

La fondation primitive du collége des Grassins avoit été faite pour un principal, un chapelain, six grands boursiers et douze petits: vers la fin du dix-septième siècle, le mauvais état du temporel de cette maison mit dans la nécessité de suspendre douze de ces bourses, jusqu'au moment où l'acquittement des dettes permettroit de les rétablir. Ce moment fut accéléré par les libéralités de M. Pierre Grassin, seigneur d'Arci, directeur général des monnoies de France, libéralités qui furent assez grandes pour rendre à ce collége toute son ancienne splendeur. Les bourses, destinées de préférence aux pauvres écoliers de Sens et des environs, étoient à la collation de l'archevêque de cette ville[427].

CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, Notre Seigneur bénissant des petits enfants; par Hallé.

Sur la porte de la sacristie, la Résurrection du fils de la veuve de Naïm; par Simon Vouet.

Vis-à-vis, le Départ de Tobie; par Lebrun.

Le collége des Grassins étoit de plein exercice.

Écoles de droit (place Sainte-Geneviève).

On sait que les Francs, devenus maîtres de cette partie des Gaules à laquelle ils ont donné leur nom, continuèrent de s'y gouverner par leurs lois et leurs coutumes, laissant aux peuples conquis les lois sous lesquelles ils avoient vécu depuis la conquête de Jules-César.

C'est un préjugé généralement reçu que tous ces peuples vivoient sous la loi romaine: cependant nous apprenons, d'un écrivain presque contemporain[428], qu'il y avoit alors dans les Gaules bien d'autres codes, et que la multiplicité des lois et des priviléges personnels y étoit telle, que ce n'étoit pas seulement une région ou une cité qui se partageoit en plusieurs législations, mais que, dans l'intérieur même d'une maison, il ne se trouvoit pas souvent deux personnes qui vécussent sous la même loi. Il n'est pas besoin de dire qu'il s'agit ici, non des lois politiques qui établissent la forme du gouvernement, mais de ces lois purement civiles qui règlent la possession des biens, la manière de les acquérir et de les perdre, la forme des procédures, la grandeur relative des crimes, les moyens de les réparer et de les punir, la capacité ou l'incapacité des personnes pour remplir telles ou telles fonctions, l'âge auquel on commençoit à jouir de ses droits comme membre de la société, la nature des alliances, etc.

Toutefois au milieu de ces lois conservées aux vaincus, celles que l'empereur Théodose avoit rassemblées au cinquième siècle, et qui se composoient de toutes les ordonnances portées par ses prédécesseurs, étoient en effet les plus généralement répandues; et nous apprenons de Grégoire de Tours que l'on faisoit étudier trois choses aux enfants de qualité, Virgile, l'arithmétique, et les lois Théodosiennes[429].

Quant aux conquérants, ils vivoient sous le régime de leurs propres lois, lois également très-nombreuses et très-variées, mais qui néanmoins, sous les noms divers de Salique, Gombette, ou Ripuaire, présentent toutes ce caractère commun à la jurisprudence de ces peuples barbares, qu'il y a composition pour toute espèce de violation de la loi, c'est-à-dire que tout délit, de quelque nature qu'il puisse être, y est évalué et amendable en argent.

Charlemagne n'osa point toucher à ce code que les Francs considéroient comme le titre le plus précieux de leur noblesse et la sauve-garde de leurs libertés. Tous ses efforts tendirent seulement à le rendre moins imparfait; et tel fut l'objet de ses fameux capitulaires, qui ne présentent point, ainsi que plusieurs l'ont pensé, une législation nouvelle, les premiers n'étant en grande partie que des recueils d'interprétations des anciennes lois, et, comme s'exprime l'archevêque Hincmar, d'arrêts rendus sur contestations en matières de lois. On y trouve aussi des explications et des répétitions de lois déjà établies, des réglements de police, des dispositions temporaires sur l'administration de l'état, etc. Ce n'est que dans le dernier que l'on voit enfin paroître des lois nouvelles et la réformation de celles qui les avoient précédées.

Toutefois, il ne faut pas croire que le monarque promulguât ces lois nouvelles de sa propre et seule volonté, et selon son bon plaisir: ce n'étoit que dans le plaid général et du consentement de tous que se faisoient ces capitules, et qu'ils acquéroient force de loi[430]. Louis-le-Débonnaire et Charles-le-Chauve, qui y firent de nombreuses additions, y observèrent ces mêmes formalités, qui en étoient la sanction nécessaire et sans laquelle ils eussent été de nul effet. La noblesse françoise vécut sous cette législation, jusqu'à l'époque où, le vasselage dégénérant de sa première institution, on vit commencer l'anarchie féodale et la souveraineté usurpée des grands et des petits vassaux.

Cependant les lois Théodosiennes, promulguées en 438, avoient été augmentées dans le siècle suivant par Justinien Ier. Il y joignit d'abord, en 534, les décisions des jurisconsultes sur diverses matières de législation; en 541, il y ajouta les nouvelles constitutions publiées sous son règne; et cette compilation nouvelle, devenue la loi écrite de tous les peuples soumis à son autorité, fut connue sous le nom de Pandectes ou Digeste.

Cette collection, négligée dans l'Orient même, aussitôt après la mort de Justinien[431], perdue dans la suite des temps, et entièrement oubliée, fut retrouvée en 1133, au siége de la ville d'Amalfi par l'empereur Lothaire II. Les Pisans, qui avoient concouru à la prise de cette ville, demandèrent ce manuscrit pour toute récompense des services qu'ils avoient rendus: ils l'obtinrent; et les Pandectes, revues et mises en ordre par un savant jurisconsulte allemand[432], furent, peu de temps après, enseignées publiquement à Ravenne et à Boulogne. De ces écoles fameuses la connoissance s'en répandit bientôt dans l'Europe entière; et l'on peut fixer au milieu du douzième siècle l'époque à laquelle elles s'introduisirent parmi nous.

Ce n'est point ici le lieu d'examiner si ce fut un bien ou un mal pour la chrétienté que l'adoption qui s'y fit des maximes de cette jurisprudence romaine, née au sein du paganisme, développée et perfectionnée sous le despotisme militaire d'empereurs, dont ceux-là même qui étoient chrétiens entendoient mal l'esprit et la politique du christianisme: nous dirons seulement que l'enthousiasme fut grand en France pour le code Justinien; on s'empressa de l'étudier, et cette étude du droit civil romain devint si générale, que l'Université en conçut des alarmes. Ainsi que nous l'avons déjà dit, les ecclésiastiques étant presque les seuls qui, dans le moyen âge, s'adonnassent aux lettres, et eussent quelque teinture des sciences, on craignit que cette étude, plus recherchée et par conséquent plus lucrative, ne les détournât de celle du droit canon, que cette compagnie considéroit avec raison comme beaucoup plus importante; et, pour en arrêter les progrès, elle crut nécessaire de réclamer l'autorité des papes et des conciles. Celui de Tours, tenu en 1163, se contenta d'interdire cette étude aux gens d'église; mais Honorius III alla plus loin, et défendit d'enseigner le droit civil à qui que ce fût, sous les peines civiles et canoniques les plus sévères.

Si l'on en croit Rigord, les défenses de ce pape ne furent pas exactement observées. Du reste, quoiqu'elles ne s'étendissent point sur le droit canon, et que ses professeurs fussent dès-lors agrégés à l'Université, on ne trouve point qu'ils eussent encore de lieu affecté pour donner leurs leçons. Ce n'est que vers la fin du quatorzième siècle qu'il est fait mention d'écoles de droit situées rue Saint-Jean-de-Beauvais. Sauval dit qu'elles furent établies, en 1384, par Gilbert et Philippe-Ponce, au lieu même où depuis logea Robert Étienne. Si cette anecdote est vraie, il en faut conclure que ces écoles ont été transportées depuis de l'autre côté de la rue: car la maison qu'elles occupoient encore dans le siècle dernier étoit située vis-à-vis celle de ce célèbre imprimeur. Du Breul s'est contenté de dire qu'il y avoit de grandes et de petites écoles, et qu'en 1464 le bâtiment fut réparé de bonnes murailles, dont la toise ne coûtoit que 16 sous. Jaillot ajoute qu'en 1495 il avoit été augmenté de deux masures et d'un jardin, qu'on acheta du chapitre Saint-Benoît.

Comme les actes qui font mention de ces écoles ne disent point positivement qu'on y enseignât le droit civil, il est probable que la défense faite par le Saint-Siége continuoit d'y être observée, et qu'on n'y enseignoit que le droit canon. Toutefois cette défense n'étoit que pour la ville de Paris seulement; et les élèves, après avoir pris dans cette ville leurs degrés dans cette dernière science, alloient étudier le droit civil dans les provinces, où cette étude étoit sinon autorisée, du moins tolérée. En 1563 et 1568, on voit le parlement permettre de professer à Paris le droit civil, et cette permission cesser dès 1572; enfin Louis XIV, par son édit du mois d'avril 1679, ordonna que les leçons publiques du droit romain seroient rétablies, et l'année suivante, ce monarque voulut qu'à l'avenir il y eût un professeur en droit françois dans chaque université.

Cette faculté, la seconde de l'Université, étoit composée de six professeurs en droit civil et canonique, d'un professeur en droit françois et de douze docteurs agrégés. Ils continuèrent à occuper les écoles de la rue Saint-Jean-de-Beauvais jusque vers la fin du dix-huitième siècle; mais ces écoles, qui d'ailleurs étoient très-incommodes, menaçant ruine de toutes parts, on prit la résolution d'en construire de nouvelles, et sur un plan plus digne d'une si grande institution. Elles furent élevées au côté gauche de la grande place ouverte devant la nouvelle église Sainte-Geneviève, et sur les dessins de Soufflot. C'est un grand bâtiment de très-belle apparence, dont la façade est ornée de quatre colonnes ioniques, qui soutiennent un fronton triangulaire, portant dans son tympan les armes du roi. L'architecte, par une innovation qui ne doit pas sembler heureuse, a jugé à propos de donner la forme d'une courbe rentrée à toute la façade de ce monument.

Après une messe solennelle, célébrée à Sainte-Geneviève le 24 novembre 1772, et un discours public prononcé par l'un des professeurs, la faculté des droits, ayant à sa tête le doyen d'honneur et les docteurs honoraires, prit possession de ces nouvelles écoles, dans lesquelles elle commença dès le lendemain tous ses exercices[433].

CURIOSITÉS DES ÉCOLES DE DROIT.

TABLEAUX.

Dans la grand'salle, au premier, le portrait en pied de Louis XV, revêtu de ses habits royaux.

Dans la salle des examens, le grand plan de Paris; par l'abbé de La Grive.

SCULPTURES.

Le buste en marbre de M. de Trudaine, et les portraits de plusieurs autres magistrats.

Le séminaire des Clercs irlandois (rue du Cheval-Vert).

Jean Lée, prêtre irlandois échappé à la persécution de la reine Élisabeth, étant venu se réfugier à Paris avec six écoliers de sa nation, fut reçu avec eux au collége de Montaigu; ceci arriva en 1578. Le nombre de ces réfugiés s'étant bientôt augmenté, on les transféra au collége de Navarre, qu'ils quittèrent encore pour aller occuper une maison qu'avoit louée pour eux, au faubourg Saint-Germain, le président l'Escalopier. Nous avons dit comment, en 1677, ils furent établis avec les prêtres irlandois au collége des Lombards, où ils restèrent jusqu'en 1776, époque à laquelle ils vinrent occuper, rue du Cheval-Vert, une maison plus commode, qu'ils durent au zèle et à la libéralité de leur supérieur, M. l'abbé Kelly.

Le but de cet établissement étoit de former à l'état ecclésiastique de jeunes Irlandois, pour les mettre en état de faire ensuite des missions dans leur pays.

La chapelle, bâtie sur les dessins de M. Bellanger, architecte, est d'une grande simplicité. Au-dessus une grande salle servoit de bibliothèque[434].

La communauté des Eudistes (rue des Postes).

La plupart de nos historiens de Paris ont oublié de parler de cette communauté, dont l'existence n'est pas même indiquée sur la plus grande partie des plans. C'étoit une congrégation de prêtres séculiers instituée sous le nom de Jésus et de Marie par le P. Eudes, dont nous avons déjà parlé. Il en avoit puisé l'esprit et conçu le dessein dans la congrégation de l'Oratoire, dont il étoit membre, et destina ces prêtres à diriger les séminaires et à faire des missions. Son projet reçut sa première exécution à Caen, où il fut autorisé par des lettres-patentes données en 1643.

La double utilité de cet institut engagea quelques personnes pieuses à appeler les Eudistes à Paris; et M. de Harlai approuva, en 1651, la donation qu'on leur fit de la moitié d'une maison située près de l'église Saint-Josse qu'ils desservirent pendant quelque temps, et dont l'un d'eux fut même nommé curé. Mais cette maison ayant été vendue, ils acquirent en 1703 celle dont nous parlons, et dans laquelle ils demeurèrent jusque dans les derniers temps. Toutefois leur intention ne fut d'abord que de s'en servir comme d'un hospice: car on les voit, depuis cette époque, établis dans la cour du palais, et chargés de desservir la basse Sainte-Chapelle.

Ce ne fut qu'en 1727 qu'ils vinrent habiter la rue des Postes, et que le concours des deux puissances leur procura enfin un établissement permanent. Un décret de l'archevêque de Paris du 28 juillet 1773 les y maintint sous le titre de communauté et de séminaire pour les jeunes gens de cette congrégation; et il leur fut permis en conséquence d'acquérir jusqu'à 6,000 livres de rente.

Le maître-autel de la chapelle étoit décoré d'un Christ; sans nom d'auteur.

Séminaire Anglois (même rue).

Ce séminaire fut établi en 1684 par quelques prêtres anglois, sous le nom et l'invocation de saint Grégoire-le-Grand. Les lettres-patentes données à cet effet par Louis XIV sont datées de cette année, et portent la permission d'établir une communauté d'ecclésiastiques séculiers anglois. L'archevêque de Paris y joignit son consentement en 1685.

La chapelle de ce séminaire, extrêmement petite, n'offroit rien de remarquable.

Séminaire du Saint-Esprit et de l'Immaculée Conception (même rue).

Cet institut doit son existence à M. Claude-François Poullart des Places, prêtre du diocèse de Rennes. Convaincu que le manque de ressources empêchoit souvent de jeunes étudiants d'entrer dans les séminaires, et de suivre leur vocation, ce pieux ecclésiastique en aida d'abord quelques-uns, et conçut ensuite le projet de les réunir en communauté. Cet établissement, dont la charité et l'humilité étoient la base, et auquel plusieurs personnes respectables s'empressèrent de coopérer, fut formé en 1703 rue Neuve-Sainte-Geneviève. M. Poullart voulut qu'on ne reçût dans son séminaire que des jeunes gens capables d'étudier en philosophie ou en théologie; et qu'après le temps destiné à cette étude ils pussent encore résider deux ans dans cette maison, pour se préparer complètement aux fonctions du sacerdoce. Du reste il exigea qu'ils ne prissent aucun degré, qu'ils renonçassent à l'espoir des dignités ecclésiastiques, qu'ils se bornassent à servir dans les pauvres paroisses, dans les postes déserts ou abandonnés, pour lesquels les évêques ne trouvoient presque point de sujets, enfin à faire des missions tant dans le royaume que dans nos colonies.

Cet établissement parut si utile, qu'il ne tarda pas à obtenir de puissantes protections: le clergé, assemblé en 1723, lui assigna une pension. Il en obtint une autre du roi en 1726, avec des lettres de confirmation. Placé d'abord, comme nous venons de le dire, rue Neuve-Sainte-Geneviève, il fut transféré en 1731 dans la rue des Postes, au moyen d'un legs de 40,000 livres que M. Charles Le Baigue, prêtre habitué de Saint-Médard, avoit fait à ce séminaire par son testament du 17 septembre 1723. Avec cette somme ils achetèrent d'abord une maison à laquelle ils firent depuis des réparations et des augmentations considérables. La première pierre des bâtiments neufs fut posée en 1769 par M. de Sartine.

La façade de ces bâtiments avoit été construite sur les dessins de M. Chalgrin; il étoit aussi l'architecte de la chapelle, dont l'intérieur étoit décoré d'un ordre ionique[435].

CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.

SCULPTURES.

Sur la porte extérieure, un bas-relief représentant des missionnaires qui instruisent des nègres; par Duret.

Dans l'intérieur, deux autres bas-reliefs; par le même.

Dans la salle des exercices, une Assomption; par Adam cadet.

Une salle pratiquée au-dessus de la nef contenoit la bibliothèque.

Cette maison étoit chargée de fournir les missionnaires des colonies de Cayenne et du Sénégal.

Collége de Pharmacie et jardin des Apothicaires, (rue de l'Arbalète).

Nous avons fait mention, dans le quartier précédent, d'un hôpital institué par le sieur Houel, dans la maison connue sous le nom de Sainte-Valère, et des événements qui en changèrent peu à peu la destination; on a vu que le jardin qu'il avoit formé vis-à-vis cet établissement et destiné à la culture des plantes médicinales, avoit été conservé: les apothicaires et les épiciers, qui, dans le dix-septième siècle, ne formoient encore qu'une seule communauté, acquirent, en 1626, la propriété de ce jardin, et le 2 décembre de la même année achetèrent la maison située rue de l'Arbalète, ce qui leur procura les moyens d'ouvrir leur entrée principale sur cette rue, et d'y faire construire le bâtiment qui existe encore aujourd'hui. Les pharmaciens devinrent ensuite les seuls maîtres de l'établissement, qui fut érigé en collége. Une inscription en lettres d'or sur une table de marbre noir apprenoit que cette érection avoit été faite en 1777.

Il y avoit dans ce collége six professeurs, qui, pendant les trois mois d'été, y donnoient des leçons publiques sur la chimie, la botanique et l'histoire naturelle; et tous les ans le lieutenant général de police y distribuoit solennellement des médailles[436] aux élèves qui s'étoient le plus distingués dans ces études.

Cette maison possédoit un très-joli cabinet d'histoire naturelle, un laboratoire de chimie, une bibliothèque, etc. Elle étoit aussi décorée de sculptures et de tableaux. Dans le jardin, les plantes étoient distribuées suivant la méthode de Tournefort[437].

CURIOSITÉS.

TABLEAUX.

Dans la grande salle, au-dessus de la porte, Louis XIV donnant le poids marchand au corps des épiciers; sans nom d'auteur.

Sur la cheminée, Hélène et Ménélas arrivant en Égypte; et recevant du roi de cette contrée plusieurs plantes médicinales; par Vouet.

Les portraits en médaillons de MM. Rouelle frères, chimistes renommés.

Au pourtour de la salle, les portraits des anciens gardes de la communauté des épiciers et apothicaires.

SCULPTURES.

Entre deux croisées de la même salle, le buste de M. Le Noir.

École des Savoyards (rue Saint-Étienne-des-Grès).

Cette école de charité, établie en 1732, étoit due au zèle et à la charité de M. l'abbé de Pontbriand. S'étant avisé un jour d'interroger sur la religion un Savoyard déjà avancé en âge, qui venoit de lui rendre quelque service, il le trouva d'une ignorance si profonde des vérités les plus importantes, qu'il résolut aussitôt de travailler à l'instruction de ces pauvres gens. Plusieurs personnes charitables auxquelles il communiqua son projet l'approuvèrent, et voulurent y prendre part. Ils se partagèrent aussitôt les divers faubourgs où étoient établies les chambrées des Savoyards[438], leur annoncèrent les bonnes dispositions où l'on étoit pour eux, et trouvèrent dans ces malheureux tant de docilité et de reconnoissance, que l'on put commencer aussitôt les catéchismes que l'on vouloit instituer. Les premiers se firent à Saint-Benoît; et bientôt, vu le grand éloignement des différents quartiers où les Savoyards étoient logés, on en établit de nouveaux dans plusieurs paroisses de Paris; à Saint-Merri, pour les Savoyards du Marais; au séminaire des Missions-Étrangères, pour ceux du faubourg Saint-Germain; à Saint-Sauveur, pour le faubourg Saint-Laurent, la place des Victoires et la porte Saint-Martin.

À ces leçons, les charitables instituteurs voulurent bien ajouter des prix pour entretenir l'émulation. La première distribution s'en fit rue Saint-Étienne-des-Grès, dans la chapelle de l'ancien collége de Lisieux. La charité des gens de bien qui habitoient ces divers quartiers fournissoit abondamment à ces dépenses. Bientôt on jugea qu'il étoit possible d'étendre les bienfaits de cette institution sur les pauvres enfants des diverses provinces du royaume; on y reçut des Auvergnats, des Limousins, des Normands, des Gascons, etc., etc., ce qui rendit les catéchismes plus nombreux, et donna lieu d'établir une nouvelle école dans la paroisse de la Magdeleine au faubourg Saint-Honoré.

HÔTELS.

Hôtel de Bourgogne (rue des Sept-Voies).

Cet hôtel, dont la plus grande partie servit à former le collége de Reims, appartenoit, dans le treizième siècle, aux ducs de Bourgogne. Il fut uni à la couronne, ainsi que leur duché, sous le règne du roi Jean; mais ce prince jugea à propos de se réserver l'hôtel, lors de l'investiture qu'il donna à son fils Philippe-le-Hardi des domaines et de la souveraineté de ce duché. Charles V son frère lui rendit cette habitation en 1364. On trouve que dix ans auparavant elle étoit occupée par les religieuses de Poissi, que la guerre avoit obligées de venir chercher un asile à Paris. En 1402, Philippe donna cet hôtel à son troisième fils Philippe, comte de Nevers et de Rhétel, qui le vendit aux écoliers de Reims en 1412.

Hôtel d'Albret (même rue).

Cet hôtel, dont une très-petite portion fit le collége de la Merci, appartenoit anciennement aux comtes de Blois. Il subsiste encore à côté du collége de la Merci une partie de cette maison, laquelle a retenu le nom de cour d'Albret.

Petit-Bourbon (rue du Faubourg-Saint-Jacques).

Nous avons dit à l'article du Val-de-Grâce qu'on en transféra les religieuses dans une maison appelée le Petit-Bourbon. Elle se nommoit auparavant le fief ou le séjour de Valois, nom qu'elle devoit à Charles de Valois, fils de Philippe-le-Hardi, auquel elle appartenoit au commencement du quatorzième siècle. Depuis elle passa dans la maison de Bourbon; et au seizième siècle elle faisoit partie des propriétés du connétable de Bourbon, sur lequel elle fut confisquée, avec tous ses autres biens. Louise de Savoie, ayant obtenu la permission d'aliéner ces biens jusqu'à la concurrence de 12,000 livres de rente, donna, en 1528, le séjour de Bourbon à Jean Chapelain, son médecin. Ses descendants le vendirent aux religieuses du Val-de-Grâce.

Autres hôtels.

Dans ce même quartier étoient situés les hôtels suivants, qui tous ont été détruits, et sur lesquels nous n'avons pu nous procurer aucun détail.

FONTAINES.

Fontaine Saint-Benoît ou de la place Cambray.

Cette fontaine, située à l'entrée de la place Cambray et vis-à-vis l'église Saint-Benoît, a été construite vers l'an 1624.

Fontaine de Sainte-Geneviève.

Cette fontaine est située dans la partie la plus élevée de la montagne.

Fontaine du Pot-de-Fer.

Elle s'élève au coin de la rue Moufetard et de celle dont elle a pris le nom.

Fontaine des Carmélites.

Elle a été construite dans la rue du Faubourg-Saint-Jacques et à l'entrée du couvent dont elle porte le nom.

Ces quatre fontaines reçoivent leurs eaux de l'aqueduc d'Arcueil.

Porte Saint-Jacques.

Cette porte étoit située à l'extrémité de la rue du même nom, près du carrefour auquel aboutissent les rues du Faubourg-Saint-Jacques, Saint-Hyacinthe et des Fossés-Saint-Jacques.

Elle fut construite lors de l'enceinte de Philippe-Auguste, et abattue en 1684[441].