Le 17 Décembre.

—Le temps s'écoule, l'hiver approche, disait aujourd'hui grand-papa.

—Comment, l'hiver approche? me suis-je écrié. Eh! n'est-il pas venu?

—Pas encore, selon l'almanach. L'hiver commence seulement le 24 décembre; jusque-là nous sommes en automne.

—En effet, je me souviens que le maître d'école expliquait ainsi la division de l'année. Dirait-on que nous sommes encore dans la saison des fruits?

—Mon enfant, même dans la vallée, les récoltes sont faites depuis longtemps, tu le sais, et, sur les montagnes, l'hiver commence plus tôt.

—Et finit plus tard, ai-je dit tristement.

—Oui, mais il peut se radoucir assez pour que nous soyons délivrés avant le retour du printemps. Qu'un vent chaud du midi vienne à souffler pendant quelques jours, et ces neiges seront fondues plus vite qu'elles ne sont tombées.

—A quoi tient notre vie!

—Cela t'étonne! Dès la première heure de ta naissance, tu as été dans cette position dépendante. Nous vivons entourés de dangers, que le plus souvent nous ne remarquons pas; et ce que les circonstances où nous sommes actuellement y peuvent ajouter est peu de chose. Accoutume-toi, mon fils, à cette pensée que, d'un moment à l'autre, un accident imprévu, et souvent le plus léger en apparence, peut mettre fin à ta vie. Ainsi tu conserveras la prudence dans la position qui te semblera la plus sûre, et la fermeté au milieu des périls les plus menaçants.

A cette exhortation de mon grand-père, j'ai répondu, comme cela m'était arrivé plusieurs fois, en ouvrant l'Imitation de Jésus-Christ, pour lui citer un endroit en rapport avec ce qu'il m'avait dit.

"Quand vous êtes au matin, ainsi s'exprime le livre, pensez que vous n'irez peut-être pas jusqu'au soir, et, quand vous êtes au soir, ne vous flattez pas de voir le matin. Soyez donc toujours prêts; de telle sorte que la mort ne puisse pas vous prendre au dépourvu. Plusieurs meurent d'une mort subite et imprévue. Car le Fils de l'homme viendra à l'heure qu'on n'y pense pas."

—J'aime à voir, m'a dit grand-papa, combien ce livre te devient familier. Si tu continues, il sera bientôt pour toi un véritable ami; il répondra souvent à tes pensées; dans les occasions difficiles il sera ton fidèle conseiller: il appuiera tes propres réflexions de son autorité respectable, et, comme tu le trouveras assez souvent d'accord avec toi, il te donnera le degré de confiance en tes forces que tu dois raisonnablement souhaiter. Voilà, mon enfant, l'usage qu'on peut faire d'un bon livre, et, je te l'assure, bien des gens possèdent de grandes bibliothèques, qui ne savent pas en profiter sagement, parce qu'ils ne cherchent dans la lecture qu'un amusement de l'esprit, et nullement une aide à l'expérience journalière. Ils vivent pour lire, au lieu de lire pour vivre. Tâche de ne pas les imiter.