Le 2 Mars.

Dans la maison de mon père.

Je suis auprès de lui. Il vient de relire mon journal, que je n'ai pas eu besoin de laisser dans le chalet, et il me presse d'écrire la conclusion. Le trouble où je suis encore, après une semaine de bonheur, ne me laissera pas les moyens de raconter avec beaucoup d'ordre la dernière scène de ma captivité. Les choses se sont passées bien autrement que je ne m'y attendais.

Le 21 février, le froid me parut encore plus rigoureux: je résolus donc de ne pas perdre un instant. Il fallait ouvrir un passage suffisant pour le traîneau; mais je pouvais rejeter la neige dans le chalet, et cela me rendait le travail plus facile; je l'entrepris sur-le-champ, et m'y livrai avec tant d'ardeur, qu'enfin je me fatiguai. Je fus obligé de m'arrêter un instant. J'allumai du feu.

A peine la fumée venait-elle de s'élever, que j'entendis un grand bruit au dehors; ma première pensée fut, que les loups m'avaient aperçu, et qu'ils allaient me dévorer: je fermai vivement la porte. Ma frayeur ne dura pas longtemps; je m'entendis bientôt appeler distinctement par mon nom, et je crus même reconnaître la voix. Je répondis de toutes mes forces.

Des cris de joie me prouvèrent que j'avais été entendu.

Aussitôt il se fit, du côté de la porte, un bruit confus de voix, comme de gens qui s'animaient au travail. Au bout de quelques minutes, une ouverture assez large achevait l'ouvrage que j'avais commencé.

Mon père attendit à peine que le passage fût praticable; il s'élança dans le chalet, en poussant un cri. J'étais dans ses bras.

—Et ton grand-père? me dit-il.

J'étais trop saisi pour lui répondre. Je le conduisis dans la laiterie. Il se jeta à genoux sur la tombe; j'en fis autant, et comme j'essayais de lui raconter avec détail ce qui s'était passé, il vit, à mon émotion, que cette tentative était au-dessus de mes forces.

—Plus tard, mon enfant, me dit-il. Ne nous exposons pas à un nouveau malheur. Le temps nous presse; le retour ne sera pas facile.

Les hommes qui l'accompagnaient étaient entrés. C'étaient mes deux oncles, et Pierre, notre valet.

Tous m'embrassèrent. Ils virent mes préparatifs, qui furent approuvés. On décida de partir sur-le-champ. Mes libérateurs avaient placé sous leurs pieds des planchettes armées de petites pointes. Ils en avaient apporté deux paires de surplus. Hélas! il y en avait une d'inutile. Je me chaussai de l'autre.

Pierre fut chargé du traîneau. Les loups pouvaient venir, s'il leur plaisait: nous étions tous armés. Mon père me prit par la main, et me mit sur l'épaule un léger fusil.

—Ce n'est pas le moment, dit-il, d'emporter la dépouille mortelle de mon père. Nous reviendrons la chercher, aussitôt que la saison le permettra, pour lui rendre convenablement au village les derniers honneurs.

—Vous devinez, ai-je dit, la volonté de mon grand-père.

Alors nous sommes rentrés un moment dans la laiterie; mes oncles étaient avec nous. Après quelques instants de silence:

—Adieu! s'est écrié mon père tout éploré. Je fais ce que vous m'auriez ordonné sans doute, en éloignant d'ici le plus tôt possible cet enfant, qui ne vous a pas causé moins d'alarmes qu'à nous. Adieu, mon père!

Nous partîmes les larmes aux yeux. La descente fut rapide, mais fatigante. Je fus surtout ébloui de la lumière du soleil et de l'éclat de la neige. Le froid était rigoureux, et je ne m'en plaignais pas: c'était ce qui m'avait sauvé. Blanchette devait la vie à ce vent glacé qui la faisait grelotter sur son traîneau.

Après avoir cheminé sur la neige, sans autre accident que d'enfoncer un peu de temps en temps, nous arrivâmes à l'endroit, fort éloigné du village, jusqu'où l'on avait ouvert le chemin, pour essayer de venir à nous. Je fus frappé de voir l'immense travail qu'il avait dû coûter, et je compris que, sans la gelée, je n'aurais pu être délivré de bien longtemps.

—Vous l'auriez été dès le mois de décembre, si le froid s'était soutenu, m'a dit mon père; mais la neige s'est amollie, et il a fallu renoncer à ce travail. Apprends, mon cher Louis, que nos voisins n'ont manqué ni de charité ni de zèle; mais, de mémoire d'homme, il n'était tombé autant de neige. Quatre fois on a ouvert la route, et quatre fois elle a été fermée comme auparavant.

—Était-elle fermée dès le premier jour? ai-je dit ensuite.

Alors mon père m'apprit une circonstance bien malheureuse: il avait manqué de périr au milieu d'un éboulement de neige, en descendant de la montagne; on l'avait relevé mourant au bord d'un ravin, et, à quelques pas, on avait retrouvé le bâton de mon grand-père et ma bouteille.

On emporta mon père sans connaissance, et il fut trois jours dans ce fâcheux état. On avait perdu ce temps à nous chercher dans la neige au fond du ravin. Quand mon père fut revenu à lui, il était trop tard pour faire en notre faveur une tentative, qui eût été déjà fort dangereuse, sinon impossible, dès le premier jour.

Je ne parlerai pas des tourments de mon père ni de ses efforts pour nous sauver; on avait encore plus souffert au village qu'au chalet. Tous nos voisins, accourus à ma rencontre, m'ont témoigné leur affection, et je rougissais d'en avoir douté.

Chacun veut voir Blanchette; on lui fait mille caresses à cause de moi. On lui réserve le meilleur foin, la meilleure litière: elle sera la plus fêtée et la plus heureuse des chèvres.

Dieu m'a sauvé la vie, et je le bénis; il n'a pas permis que mon grand-père pût revoir sa famille: cet ami, que je pleure, m'a enseigné à ne jamais murmurer contre les décrets de la Providence. Mais elle n'exige de moi que la résignation, et n'est pas offensée de mes regrets. Mon Dieu, si je vous aime, je le dois à celui dont vous m'avez séparé: faites que je vous sois fidèle comme lui, afin de le rejoindre un jour dans le ciel.

FIN.

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