LE DON DE PIÉTÉ

La piété produit la compassion qui s’applique à Jésus et aux hommes. La compassion est née du regard de la piété. C’est elle qui visite les malheureux, les exilés, les malades ; c’est elle qui donne le pain, le vin et l’hospitalité. C’est elle qui console les vivants, et qui ensevelit les morts. Jésus-Christ pleura abondamment sur le malheur de Jérusalem, sur le malheur de ses ennemis. Il pleura avec Marthe et Madeleine ; il joignit ses gémissements à leurs gémissements, auprès du tombeau de Lazare.

Il nourrit cinq mille hommes avec cinq pains d’orge, et deux poissons.

Celui qui a obtenu le don de piété agit spécialement sur l’eau, c’est-à-dire sur l’appétit concupiscible.

La piété peut être comparée aux fleuves du paradis terrestre ; car elle conduit le désir dans quatre directions. Le premier fleuve va au ciel. C’est la compassion qui va vers Jésus, et vers les saints qui ont souffert en son nom. C’est un torrent gai et joyeux, plein de transport et d’actions de grâces : car les douleurs qu’il célèbre, sont des douleurs passées, remplacées par d’éternelles joies.

Le second fleuve coule vers le purgatoire. C’est la compassion de l’homme pour les âmes souffrantes qui payent leurs dettes à la justice. Il y a là des prières intimes et profondes : dans ce lieu redoutable, nous avons peut-être des amis, des amis qui ont besoin de nous.

Le troisième fleuve coule sur toute la terre, et s’étend aux nécessités de la chrétienté tout entière. Cet acte intérieur, plein d’un amour immense, immensément recueilli, donne plus et agit plus que toutes les œuvres extérieures réunies en une seule. Le quatrième fleuve, qui est la charité proprement dite, se précipite sur tous les indigents. Ici l’homme donne ses biens, et paye de sa personne. Il fait l’aumône du conseil et aide à supporter. Ce fleuve rencontre de grands obstacles, et ces quatre torrents arrosent le grand jardin.