JÉSUS NOMADE

Jésus (le Salut soit sur lui !) disait souvent :

« J’ai le tronc des palmiers pour m’abriter du vent ;

D’un rayon de soleil je fais ma couverture ;

La lune claire est mon flambeau dans la nuit pure ;

Du poil des bestiaux mes habits sont tissus ;

Tous les fruits sont mes fruits, et, poursuivait Jésus,

L’eau fraîche des torrents est un miel pour ma bouche.

A l’endroit où la nuit me surprend, je me couche.

Je n’ai point de maison qu’on puisse mettre à bas.

Et je n’ai point d’enfants : mes fils ne mourront pas.

Je suis le pauvre heureux : celui qui vient au monde

Pour détruire et nier tout ce que l’orgueil fonde.

Le lys puise-t-il l’eau ? dès que l’aurore a lui,

Il se réveille et boit : la rosée est sur lui.

La terre le nourrit : quand est-ce qu’il travaille ?

Le libre oiseau du ciel récolte sans semaille,

Et si vous répondez qu’il a besoin de peu,

N’étant pas gros, je dis : Vaste est l’espace bleu

Sous lequel, au soleil, s’étend la terre immense ;

Et quand l’hiver finit, le printemps recommence,

Pour que l’âne et le bœuf, le cheval, le chameau,

L’homme, trouvent partout un brin d’herbe et de l’eau. »