LE CHIEN MORT

Jésus (que le salut soit sur lui !) vit un jour

Un chien mort, — et des gens attroupés alentour.

Ces gens, pour honorer Jésus, sur son passage

S’écartaient. — Or, la paix était sur son visage,

Et tous sentaient pour lui l’amour et le respect.

— « Vois, dit quelqu’un, ce chien est mort d’un mal infect. »

Un autre : « Tout son corps n’est qu’une plaie horrible. »

Un autre : « D’affreux vers l’ont percé comme un crible. »

Un autre encor : « Les poux mangent son dos pelé. »

Le cinquième : « Une bave immonde a découlé

De sa bouche puante et souille la poussière, »

Et tous, dans son orbite, hier beau de lumière,

Ne voyaient plus qu’un trou hideux, plein de néant.

Les entrailles coulaient du flanc vert et béant ;

L’horreur de l’agonie et de la mort soufferte

Semblait encor hurler par cette gueule ouverte,

Et tous, saisis d’un grand dégoût, crachaient dessus.

— « Oh ! ses dents !… on dirait des perles ! » dit Jésus.