II

La mère avait tout quitté.

Elle avait remonté la rue Richelieu, filant droit devant elle, heurtant les passants, frôlant les roues des voitures, et comme certaine de ne retrouver le petit que beaucoup plus loin.

« On l’a volé ! » Pourquoi n’en doutait-elle pas ? Il lui était arrivé bien souvent de le chercher un bout de temps dans le voisinage, mais cette fois… il était volé, pour sûr ! quelque chose le lui disait. Et, oui, c’est dans les voitures qu’elle jetait un regard brusque, aussitôt détourné, car une voiture, ça va si vite ! Pourquoi regardait-elle là, voyons ? Les voleurs d’enfants — des bohémiens — ça ne va pas en voiture dans Paris !… ils ont des charrettes ! — « Est-ce que je deviens folle ? »

Sur le grand boulevard, au coin de la rue Richelieu, elle s’arrêta. Les files des baraques de Noël, à droite, à gauche, faisaient deux rues gaies — des rues de village un jour de foire — de chacun des larges trottoirs… La boutique du coin était pleine de polichinelles en bois, en carton, en chiffons, en fer-blanc… de toutes les couleurs… Le marchand offrait sa marchandise enfantine…

La fruitière l’interrompit au milieu de son boniment au public attroupé :

— Pardon, sans vous déranger, je demeure à côté… la fruitière… Par hasard, vous n’auriez pas vu mon petit ? on me l’a volé… quatre ans… un tablier bleu… des joues grasses… il rit toujours, ça ne pleure jamais… il aimerait tant vos polichinelles !… vous ne l’avez pas vu, par hasard, en voiture, passer là, il y a un quart d’heure ?

Le marchand de joujoux la regarda avec compassion :

— Il faut aller au bureau de police, dit-il.

Elle pensa : « Il est peut-être à la maison, l’enfant ! mon homme l’aura retrouvé… Il l’a retrouvé, pour sûr ! »

Et elle retourna, en effet, tout en regardant toujours, çà et là, le pavé de la rue luisante. Il lui semblait que c’était une rivière sale, à l’eau épaisse, et que le petit avait disparu dessous, noyé.