IX
Yvonne était donc arrivée chez Kardec en son absence. A la loueuse du garni, elle avait dit simplement :
— Je suis sa sœur ; il faudra deux chambres.
— J’ai une locataire qui heureusement part demain, mademoiselle. Quant à la chambre de Monsieur Kardec, la voici, mais l’après-midi, il emporte sa clef.
Et sans aucune impatience, la douce Yvonne s’était assise sur sa malle, comme une bonne, devant la porte fermée… Elle n’avait pas dîné. Elle était restée là, bien tranquille, depuis quatre heures du soir. Très fatiguée (elle avait voyagé un jour et une nuit), elle avait même fini par s’assoupir. Des gens qui montaient, qui descendaient, entrevoyaient dans l’ombre cette figure pâle, énigmatique, assise comme un sphinx, avec son air endormi, devant la porte que barrait sa malle plate, forme vague de cercueil… On eût dit une figure de marbre, blanche et noire, assise sur un sarcophage. Et au-dessus de sa tête, chatoyait un petit carré de papier blanc — la carte de visite de Kardec — le nom, comme une épitaphe :
JACQUES KARDEC
LIEUTENANT DE VAISSEAU