V
— Comment t’appelles-tu ?
— Zan !
Et Zan battait l’une contre l’autre ses petites mains très propres.
Il avait des joues roses, en effet, et un tablier bleu battant son neuf. Il était lavé comme une vaisselle de riche, et joli comme un amour !
Pour l’instant (minuit sonnait), il était très occupé à saccager un grand arbre de Noël chargé de poupées, d’oripeaux, de paillettes, de jouets, mirlitons, tambours de basque, arlequins et polichinelles, sabres et fusils longs comme le doigt, au milieu de mille petites bougies roses, bleues, vertes.
Zan n’avait jamais été à pareille fête.
L’arbre était à terre, sur un pur tapis d’Orient, dans un salon luxueux, éclairé d’un lustre et de plusieurs lampes.
Et comme l’arbre était beaucoup plus haut que Zan, Zan se dressait sur la pointe de ses petites bottines fortes, au bout de métal, et il tâchait, négligeant les basses branches, d’atteindre l’impossible :
— Ze veux ça, madame !
Une « belle dame », à genoux près de lui, le regardait faire de tous ses yeux, rouges de larmes, et elle lui souriait…
— Ta maman sera bien contente, n’est-ce pas, quand tu lui rapporteras tout ça ?
Mais Zan ne pensait pas du tout à sa maman, à cette heure ! Il y avait pensé pourtant, quelques heures avant, lorsque la belle dame, brusquement, sur le trottoir, à trois pas de sa boutique, l’avait saisi à pleins bras et jeté dans sa voiture, en criant au cocher : « Chez moi ! »
Oui, il avait eu bien peur alors, et il avait pensé à sa mère :
— Maman !…
Et c’était juste à ce moment qu’après avoir cherché derrière les sacs, après avoir ouvert la porte à la pratique, le père et la mère s’étaient regardés, éperdus, et que leur sang « n’avait fait qu’un tour ! » — « Maman ! »… Qui sait ? pourquoi pas ?… le cri du petit, inentendu, avait été perçu cependant, senti, par deux cœurs… Cela, voyez-vous, est un miracle beaucoup moins étonnant que le télégraphe et le téléphone… Il avait crié : « Maman ! » et la fruitière avait vu — oui vu ! — c’est drôle, n’est-ce pas ? — une voiture, et le petit dedans, volé !… mon dieu, oui, volé !