VII

Comme le cœur lui battait, lorsqu’il souleva le rideau !… Tout était bien en place. Voici les rois, l’étoile, les bergers, et la cabane où est Jésus sur de la paille !

Tout à coup (comment cela se fit-il, on n’a jamais su !) un jet de lumière éblouit l’enfant…

— Au feu ! au feu !… Maman ! au feu !

La crèche était en feu !… La cheminée tirait bien : en un clin d’œil le rideau eut flambé et laissa voir la crèche, le beau théâtre, avec ses personnages pauvres et riches, bergers et rois, qui brûlait !… Les forêts se tordaient en crépitant. Les fruits rouges des houx se tortillaient au bout des branchettes noires et tombaient dans les prairies sèches qui se mettaient à fumer. Les bruyères, qui avaient encore leurs fleurs violettes, jetaient des bouffées de flamme… on eût dit un incendie de poudrière !… La ficelle de Gabriel, léchée par la flamme, se rompit tout à coup — et Gabriel, la trompette en main, les deux ailes ouvertes, tomba lourdement sur un berger qui tomba sur un mouton — malheureusement, car le mouton étant plus dur que la mousse, le berger se rompit un bras, comme Gabriel s’était cassé une aile.

Des gens qui causaient au bord des ravins furent précipités dans l’abîme. Les deux rois blancs devinrent noirs, et, chose curieuse, le roi nègre — s’étant écaillé — devint tout blanc… C’étaient comme autant de miracles — pas risibles du tout — et si curieux pourtant qu’au lieu d’éteindre l’incendie, tout le monde de la maison, qui était accouru, restait là à le regarder… en bonnet de nuit !

L’eau de la source, qui semblait gelée, parce que c’était du verre — fondit ! — Les pierres se fendirent et dégringolèrent — et enfin l’étoile descendit du ciel, et, tout enflammée, brilla d’une vraie lumière !

Mais le plus beau, le voici… La cabane où était Jésus, étant bien à l’abri sous un enfoncement de grosses pierres, brûla la dernière… Tout était presque fini, vu le bon tirage de la cheminée, quand la paille sur laquelle reposait Jésus commença à prendre feu.

… Mon grand-père, qui était petit, poussa un cri !… s’élança dans la cheminée, saisit l’enfant Jésus dans les ruines fumantes et le déposa sur le tapis au milieu des applaudissements.

Et voilà comment mon grand-père a sauvé le Sauveur du monde, et cela, parce qu’il l’aimait, ayant lu l’Évangile où il est écrit : « Aimez-vous les uns les autres. »

Les personnages ayant été repeints, on refit l’année suivante une très belle crèche à mon grand-père — et elle est toujours dans la cheminée. Je la garde encore, sous un rideau, mais personne ne peut la voir. — Jamais ! — J’ai bien trop peur qu’on me la brûle.