VIII
Et aujourd’hui, cette année, comprenez-vous ! — une idée lui était venue, brusque, en coup de lumière : « Il me faut, il me faudrait, pour ce soir — toute seule c’est trop triste ! — un petit enfant !… J’achèterai un bel arbre… je croirai voir mon petit Paul… Il serait content, le petit garçon à qui je donnerais tant de choses… et ses parents aussi seraient très contents. »
Puis, une idée poignante avait succédé : « Je ne connais pas d’enfant. Et, si j’en connaissais un, ses parents voudraient-ils me le prêter, à moi ?… et toute une nuit ?… une nuit de Noël, surtout ? »
Alors elle avait pleuré beaucoup. « Suis-je bête ! » se disait-elle. Et elle reprenait : « Ce serait pourtant bon, de revivre un soir ma vie d’autrefois ?… »
La pauvre fille fut alors prise, comme d’une rage, du désir fou de goûter à nouveau les sensations de mère qui l’avaient rendue si heureuse dans la pauvreté, si fière d’elle dans sa honte !
Puis, elle avait renoncé, par raison, à son projet d’emprunter un enfant…
Et, cependant, elle avait acheté, le jour de Noël, un bel arbre, très grand, et l’avait elle-même chargé de joujoux, de bonbons, noués par des faveurs… Et elle se promettait d’en allumer les bougies mignonnes, cette nuit, quand elle serait seule… Elle regarderait le pauvre pantin de Paul, et se mettrait à pleurer… Ce serait sa messe de minuit, comme une messe de naissance et de mort à la fois, la messe de ses souvenirs. Dans sa simplicité, elle se sentait très religieuse, très sanctifiée par son intention… Elle se rappelait les messes de minuit, dans sa petite ville, où l’on priait vraiment, où l’on riait pourtant beaucoup… et où… à la sortie… Ah ! l’amour ! quelle triste chose !…