XI

Et, assis côte à côte, de nouveau ils s’étreignirent… C’en était fait… Elle était bien sa femme, sa vraie femme… Au point du jour, vers six heures, tandis que très lasse, à demi-morte, Yvonne dormait gracieusement, un bras pendant un peu hors du lit, son visage plus pâle que de coutume tourné vers Jacques instinctivement (malgré la pesanteur de son sommeil), lui, attablé devant la fenêtre, écrivait à sa mère : « Pardonnez-moi de vous tant contrarier, ma mère… Ne me désespérez pas plus longtemps. Yvonne est ma femme et le sera. Elle est ici… Ne me forcez pas, je vous en supplie, à m’expliquer davantage, mais croyez que j’agis en homme d’honneur. »

Mme Kardec se fit faire des sommations respectueuses… Jacques était désespéré — mais il était honnête homme — et tout fut bientôt prêt pour ses noces tristes. Le premier janvier approchait.

Ils fêtèrent la Noël ensemble. Yvonne était logée sur le même palier et les deux chambres communiquaient. Tous les matins Yvonne faisait elle-même le ménage. La propriétaire était ravie… « Une perle, cette sœur de M. Kardec… je ne plains pas celui qui l’épousera !… » Ils attendaient, — pour tout avouer, — le jour des noces. A Toulon, seuls les chefs de Jacques étaient informés, comme il l’avait fallu.

Il approchait, le grand jour. Les bans étaient publiés, et ni la propriétaire, ni les gens du voisinage ne se doutaient encore de rien ; on ne passe pas tous les jours devant la mairie. Kardec demeurait à l’autre bout de la ville, sur la place St-Roch… Ils se cachaient. Le bonheur doit se cacher, parce qu’il attire son contraire… Soyons prudents !