XVII
On reparlait toujours de la statue d’Antoine.
— Oh, ça, par exemple, c’est un chef-d’œuvre ! Le chef-d’œuvre même de la génération !
— Cette statue, eh bien, tu dois la connaître, toi ?
— Oui par le sonnet de Lereître.
— Moi par la symphonie d’Andolin !
— On l’a donc mise en sonnet, sa statue ?…
— Et en musique, comme tu vois.
— Mauvaise musique et pauvre sonnet !
— Ils n’ont pas atteint le sculpteur, c’est clair. Comment veux-tu qu’avec des mots et des sons on rende la ligne précise, l’exact contour d’une statue ?
— Une statue… mais si mouvementée !
— C’est égal, rien ne vaut l’œuvre.
— Demandons à Antoine d’entrer chez lui un soir.
— Un sanctuaire, son atelier ! Il ne voudra pas.
— Allons chez vous, Antoine, faire un punch, dans votre atelier ?… Aux lueurs bizarres du punch, ça sera curieux à voir, l’effet de votre statue.
— Jamais, jeunes gens, ma statue ne sera vue avant l’heure. Un sanctuaire, mon atelier ! Personne n’y pénètre que moi.
— Et la poussière ?
— J’ai un balai.
— M’est avis tout de même qu’il y aura mis plus d’un jour, à faire son coureur illustre !