SCENE IV.
LE ROY LYPAS, ISMENIE, FELICE, CELIE.
LYPAS.
Madame, j'estois prest à monter à cheval
Quand un penser douteux que vous-vous treuviez mal,
M'a fait venir tout seul en diligence extréme
Pour en estre asseuré de vostre bouche mesme.
ISMENIE.
Vray'ment je doy beaucoup à vos soins obligeans,
Il est vray que tantost j'avois dit à mes gens
Qu'on ne me verroit point avec mon mal de teste;
Mais, Sire, il ne faut pas que cela vous arreste,
Allez vous divertir.
LYPAS.
L'Amant est bien brutal
Qui peut se recréer quand son Amante est mal.
FELICE.
O! la belle sentence.
CELIE.
Et bien dite.
LYPAS.
Oüy, Madame,
Le corps prend trop de part aux souffrances de l'ame,
Tant que vous serez mal, je fay serment aux Dieux
De ne vous quitter point.
ISMENIE.
Je me sens desja mieux,
Et vostre Majesté se donnant moins de peine,
J'auray bien-tost perdu ce reste de migraine.
LYPAS.
Venez donc à la chasse, ou je n'en croiray rien.
ISMENIE.
Vrayment je ne sçaurois.
LYPAS.
Mes oyseaux volent bien,
Mes Chiens chassent des mieux.
ISMENIE.
Cette chasse est commune,
LYPAS.
N'importe elle est plaisante.
CELIE.
O! Dieux qu'il importune.
ISMENIE.
En fin plaisante ou non, vous m'en dispenserez,
J'iray quelqu'autre jour que vous rechasserez.
LYPAS.
Pour le moins, du balcon de vostre galerie,
Voyez passer ma meute & ma fauconnerie.
ISMENIE.
Et bien je le feray pour vous rendre content.
FELICE.
Ma sœur qu'il est fascheux, qu'il est persecutant.
CELIE.
Il l'est bien tellement, qu'en l'humeur où nous sommes,
Il nous feroit haïr tout le reste des hommes.