SCENE V

EVANDRE, ARMILLE.

ARMILLE.

En effect, il est vray que vous avez raison,
Et que de sa gayeté dépend sa guerison,
Tant qu'elle sera triste, elle sera mal saine;
Et ce sang eschauffé qui cause sa migraine
Luy fait mal recevoir les caresses du Roy:
Car n'estoit ce chagrin, je ne sçay pas pourquoy
Elle auroit à degoust l'hymen & la personne
Qui luy met sur la teste une double Couronne,
Si bien que par raison d'Estat & de santé
Il faut rendre la joye à son cœur attristé;
Je vay donc de ce pas luy faire prendre envie
De voir ceux que j'ay veus, & dont je suis ravie;
Car enfin je les treuve extremement plaisans,
Pourveu qu'ils ne soient pas de ces fols mal-faisans,
De qui l'extravagance est par fois dangereuse.

EVANDRE.

La leur estant vrayment de nature amoureuse,
Il est à presumer qu'il n'ont rien de meschant,
Outre que je le croy sur la foy du Marchand,
Homme de probité, de moyens & d'estime,
Depuis trente ans, ou plus, mon hoste & mon intime.

ARMILLE.

Et le prix, à propos, vous l'a-t'il fait sçavoir?

EVANDRE.

Travaillez seulement à les luy faire voir,
S'ils plaisent, le marché sera facile à faire.

ARMILLE.

J'y vay donc aporter tout le soin necessaire:
Mais venez-y vous-mesme afin de nous ayder
Dans le commun dessein de la persuader.

EVANDRE.

Allons, je le veux bien. La dupe est embarquée
Pour montrer son credit, par où je l'ay piquée,
Elle s'en va produire un rival trop expert
Pour le contentement de celuy qu'elle sert.

Fin du premier Acte.