CHAPITRE LVII.

[117]Cf. Jean le Bel, Chroniques, chap. LXVIII et LXIX, p. 45 à 60.

[118]Jean, duc de Normandie, ne paraît avoir fait qu’une courte apparition en Languedoc en 1345. Le 2 août de cette année, il était à Carcassonne (dom Vaissète, Hist. de Languedoc, t. IV, p. 257). Le 8 août 1345, Philippe de Valois nomme Pierre de Bourbon, comte de Clermont et de la Marche, son lieutenant «en toutes les parties de la Langue d’oc et de Gascoigne»; c’est ce Pierre de Bourbon qui apparaît à la tête des forces françaises dans le Querci et l’Agenais depuis le 22 septembre 1345 (dom Vaissète, t. IV, p. 257) jusqu’à l’arrivée du duc de Normandie. Pendant ce laps de temps, Jean, duc de Normandie, se tient en Poitou, en Limousin, en Angoumois (à Angoulême depuis le 24 octobre jusqu’au 7 novembre), en Touraine et en Berry. Le 22 décembre 1345, le duc de Normandie envoie Jean de Marigny, évêque de Beauyais «... en Tholosain et ès parties de par delà pour certaines et grosses besoignes.» Le duc de Normandie, étant à Loches le 17 janvier 1346, charge l’évêque de Beauvais de convoquer les États du Languedoc à Toulouse; et par lettres circulaires datées de Toulouse le 27 janvier 1346, Jean de Marigny les convoque dans cette ville pour le 17 février suivant (dom Vaissète, t. IV, p. 257). Le duc de Normandie était encore à Châtillon-sur-Indre (Arch. nat., JJ68, fº 475; JJ75, fº 294 vº; JJ76, fº 246) et à Loches (JJ75, fº 248) dans les premiers jours de février 1346.

[119]La première rédaction porte cet effectif à cent mille hommes (p. 109), chiffre évidemment exagéré.

[120]Curieux détail d’histoire militaire fourni par la rédaction de Rome (p. 327) qui remonte aux premières années du XVe siècle.

[121]D’après Froissart (p. [109], [327] et [328]), le duc de Normandie part de Toulouse pour aller faire le siége de Miramont; d’après Jean le Bel, au contraire (t. II, p. 46), il arrive du Poitou, du Berry et du Limousin. La date de la Noël est une erreur ajoutée par le chroniqueur de Valenciennes au récit de Jean le Bel. Le duc de Normandie n’apparaît dans le Midi qu’en mars 1346; il est à Montauban le 22 (Arch. nat., JJ76, fº 158) et à Cahors le 13 de ce mois, d’après les Chroniques manuscrites du Querci, par l’abbé de Foulhiac. V. Bertrandy, Études etc., p. 288.

[122]L’objectif de Jean, duc de Normandie, dans cette campagne est Aiguillon. Par conséquent, le Miramont dont il est ici question doit être Miramont, Lot-et-Garonne, ar. Marmande, c. Lauzun, beaucoup plus rapproché d’Aiguillon et plus important au point de vue stratégique que le Miremont ou Miramont du Périgord (aujourd’hui Mauzens-et-Miremont, Dordogne, ar. Sarlat, c. le Bugue).

[123]Froissart prend soin de nous dire dans sa seconde rédaction (p. [110]) qu’il s’agit ici de Villefranche en Agenais (aujourd’hui Villefranche-du-Queyran, Lot-et-Garonne, ar. Nérac, c. Casteljaloux).

[124]Nous identifions «la cité d’Agolem ou d’Agolent» de Jean le Bel (t. II, p 42, 46 à 51) avec Agen. Froissart nous paraît s’être trompé en l’identifiant constamment avec Angoulême que Jean le Bel écrit Angolesme (V. t. II, p. 268), comme l’exige l’étymologie. La paraphrase de «cité d’Agolant» pour désigner Agen n’a rien d’étonnant sous la plume d’un chronTiqueur du XIVe siècle, surtout quand il se complaît autant que Jean le Bel dans tout ce qui se rattache de près ou de loin aux poëmes de chevalerie (V. t. II, p. 54, 110 etc.). Or on sait que la chronique dite du faux Turpin mentionne la prise d’Agen par Agolant qui soutint dans cette ville un siége contre Charlemagne, et cette mention a même passé du faux Turpin dans les Chroniques de Saint-Denis «Ensi vint Agoulans à tout ses os jusques à une cité de Gascoigne qui a non Agenes, et par force la prist... Mès Kallemaine... vint près à quatre miles de la cité d’Agenes où Agoulans et ses os estoit.» (Dom Bouquet, Hist. de France, t. V, p. 288). Agolant figure toujours, dit Fauriel, comme roi d’Agen dans la Vie de saint Honorat ainsi que dans une foule d’autres romans provençaux perdus (Hist. litt., t. XXII, p. 238). Notre identification de la «cité d’Agolant» avec Agen s’accorde, d’ailleurs, très-bien avec les circonstances topographiques indiquées par Jean le Bel. La «cité d’Agolant» est voisine de Villefranche, de Tonneins, de Damazan et d’Aiguillon (t. II, p. 42, 46 et 47); elle est à une nuit de marche de Tonneins (ibid., p. 48): personne n’ignore que toutes ces localités, fort éloignées d’Angoulême, sont à une assez faible distance d’Agen.

Si le siége d’Agen, succédant à la prise de Villefranche et de Miramont, ne présente aucune impossibilité géographique, la reddition de cette ville au duc de Normandie avant le siége d’Aiguillon, c’est-à-dire avant le 10 avril 1346, ne paraît pas plus fondée, au point de vue historique, que la reddition d’Angoulême imaginée par Froissart; car le 5 avril 1346, les consuls d’Agen, pressés de fournir un contingent au duc de Normandie, pour le siége d’Aiguillon, motivent leur refus sur ce que les Anglais occupent plusieurs localités de l’Agenais menaçantes pour leur ville, et entre autres Castelsagrat (Arch. comm. d’Agen (BB 1) citées par M. Bertrandy, Études etc., p. 158).

[125]Le nom de cette localité est écrit Anchenis ou Anthenis dans Froissart (V. p. [114], [332], [334] et [335]), Antenis dans Jean le Bel (V. t. II, p. 50 et 51). Comme cette localité, d’après ce dernier chroniqueur, est située sur le bord de la Gironde, à peu de distance de Monségur-Gironde, d’une part, et d’Aiguillon, de l’autre (V. t. II, p. 51), comme de plus Jean le Bel paraît ne faire de Thonis pris par les Anglais (p. 42), et de Antenis repris par les Français (p. 48), qu’une seule et même localité, il y a quelque raison d’identifier Antenis, qui peut être une mauvaise lecture d’un copiste pour Thonis, avec Tonneins, chef-lieu de canton du Lot-et-Garonne, ar. de Marmande. Quant à Froissart, il fait évidemment d’Anthenis et de Thonis deux localités distinctes, puisque, après avoir mentionné la prise d’Anthenis par des gens du duc de Normandie (p. [115] et [116]), il raconte le siége et l’occupation de Thonis (Tonneins) par ce même duc de Normandie (p. [119]). A notre avis, Anthenis, en tant que localité distincte de Tonneins, est purement imaginaire, et Froissart n’a été conduit à en supposer l’existence que par une corruption du texte de Jean le Bel.

[126]Comme rien n’autorise à supposer qu’Agen soit jamais tombé au pouvoir de Derby dans cette campagne, cette ville n’a pu être reprise par les Français; mais, dans tous les cas, elle aurait été reprise avant le 3 février 1346, puisque dom Vaissète (Hist. gén. de Languedoc, t. IV, p. 258) analyse le contenu de lettres données par le duc de Bourbon à Agen le 1er février 1346 (n. st.).

[127]Lot-et-Garonne, ar. Nérac.

[128]Lot-et-Garonne, ar. Marmande.

[129]Lot-et-Garonne, ar. Agen. Nous ne connaissons aucun document qui mentionne l’occupation de Port-Sainte-Marie par les Anglais et par conséquent sa reprise par les Français à cette date. Au contraire, le duc de Normandie, par acte daté d’Agen au mois d’août 1346, exempte de toute espèce de tailles les habitants du Port-Sainte-Marie, en considération de leur fidélité: «... habitatores ville Portus Sancte Marie, in fronteriis inimicorum existentis, tanquam fideles et obedientes, fideliter, legaliter et diligenter servierint...» (Arch. nat., JJ76, p. 239.) Une autre charte du mois de décembre 1347 mentionne une tentative de trahison aux Anglais réprimée impitoyablement par les habitants eux-mêmes. Arch. nat., JJ76, p. 238.

[130]Jean le Bel (Chroniques, t. II, p. 53) dit «cent mille hommes» et l’on retrouve ce chiffre, évidemment exagéré, dans la première rédaction (p. [340]), ainsi que dans un certain nombre de manuscrits de la seconde (p. [120]). La troisième rédaction réduit l’effectif des assiégeants à «soixante mille hommes» (p. 344). Nous avons préféré comme le plus vraisemblable le chiffre de cinq mille fourni par le plus grand nombre des manuscrits de la première rédaction (p. [340]).

[131]Tout en adoptant comme la plus exacte, relativement à la durée du siége d’Aiguillon, la version de la troisième rédaction (p. [344]), nous avons substitué comme date du commencement de ce siége le mois d’avril au mois de mars, car nous avons des lettres de Jean, duc de Normandie, datées de Montauban le 22 mars (Arch. nat., JJ76, fº 158), et d’autres lettres du même prince données en ses tentes devant Aiguillon en avril 1345 (Arch. nat., JJ68, fº 448); or comme Pâques en 1346 tomba le 16 avril, et qu’à partir de ce jour on commença à faire usage du millésime 1346, on peut en conclure que les Français mirent le siége devant Aiguillon entre le 22 mars et le 15 avril.

[132]D’après Jean le Bel, le siége d’Aiguillon dura jusques au temps de wahin (t. II, p. 53), c’est-à-dire jusqu’à l’automne. Froissart, dans ses deux premières rédactions (p. [120] et [340]) le fait durer jusqu’à la Saint-Remi (1er octobre). La rédaction de Rome se rapproche davantage de la vérité. Il résulte des lettres de Derby, publiées par Robert d’Avesbury (Hist. Ed. III, éd. de 1720, p. 142), que le siége d’Aiguillon fut levé «la dismenge proschein devaunt le feste de seint Barthum,» c’est-à-dire le 20 août. D’un autre côté, la dernière charte donnée par le duc de Normandie in nostris tentis ante Aculeonem, qui est une prorogation de l’acte d’hommage dû au roi de France par le comte de Foix, est datée du 19 août 1346 (Bibl. nat., mss. Doat, 189, fº 260). V. Dacier, éd. de Froissart, p. 275, note 2, et Bertrandy, Études etc., p. 345, note 1.

[133]Sans doute Montréal-de-l’Aude, ar. Carcassonne.

[134]Aujourd’hui Fougax-en-Barrineuf, Ariége, ar. Foix, c. Lavelanet.

[135]C’est sans doute à l’assaut de ce pont qu’un chevalier gascon du parti anglais, Alexandre de Caumont, fut fait prisonnier par Robert d’Augerans. Par lettres du 7 juillet 1346, confirmées par Philippe de Valois le 19 septembre 1347, le duc de Normandie fit un don de 500 livres à Robert d’Augerans, chevalier «en récompense de ses services, et que, de sa franche volonté, il bailla et delivra au dit duc, Alexandre de Caumont, chevalier, ennemi du roy, lequel il avoit pris à l’assaut du pont d’Aguillon, et duquel il euist eu grant raençon.» Bibl. nat., Mss., Cabinet des Titres. V. Bertrandy, Études etc., p. 326.