CHAPITRE LVII.
1346. EXPÉDITION DE JEAN, DUC DE NORMANDIE, EN GUIENNE.—SIÉGE D’AIGUILLON[117] (§§ [241] à [253]).
A la nouvelle des succès du comte de Derby en Guyenne, Philippe de Valois se prépare à la résistance; il met Jean son fils, duc de Normandie, à la tête des forces chargées d’opérer au-delà de la Loire contre les Anglais. Les plus grands seigneurs de France, notamment les ducs de Bourgogne et de Bourbon, se rendent à l’appel de Philippe de Valois. Jean, duc de Normandie, traverse l’Orléanais, le Berry, l’Auvergne et arrive vers la fête de Noël 1345 à Toulouse[118], rendez-vous général des forces françaises dont l’effectif s’élève à six mille hommes d’armes et à quarante[119] mille gens d’armes à lances et à pavais «qu’on nomme aujourd’hui gros varlets[120].» Après la Noël, départ de Toulouse[121], prise de Miramont[122], de Villefranche[123] et siége [d’Agen[124]] par le duc de Normandie.—Le comte de Derby envoie à Aiguillon l’élite de ses chevaliers, Gautier de Mauny entre autres, fait mettre le château dans le meilleur état de défense et reprend Villefranche aux Français.—Pendant le siége [d’Agen] par les Français, le sénéchal de Beaucaire, le duc de Bourbon et une foule d’autres seigneurs partent un soir du camp et, après avoir chevauché toute la nuit, arrivent au lever du jour devant un lieu nommé Anthenis[125], nouvellement rendu aux Anglais, dont ils s’emparent, grâce à une feinte du sénéchal de Beaucaire, ainsi que de six ou huit cents têtes de gros bétail.—La nuit d’avant la Purification (2 février), Jean de Norwich, capitaine de la garnison anglaise [d’Agen], menacé par la disette de vivres et instruit des dispositions favorables des habitants pour les Français, demande et obtient du duc de Normandie une trêve d’un jour en l’honneur de la fête de la sainte Vierge; il profite de cette trêve pour traverser le camp des Français et se réfugier, lui et les siens, avec armes et bagages, dans la forteresse d’Aiguillon.—Le lendemain de la Purification (3 février[126] 1346), les habitants [d’Agen] ouvrent leurs portes et font leur soumission au fils du roi de France. Le duc de Normandie, poursuivant le cours de ses succès, emporte d’assaut le château de Damazan[127], Tonneins[128] sur la Garonne, Port-Sainte-Marie[129] et enfin met le siége devant la forteresse d’Aiguillon. P. [108] à [120], [325] à [339].
Les Français, au nombre de cinq[130] mille hommes d’armes, établissent leur camp le long de la Garonne et commencent le plus beau siége que l’on eût jamais vu; il dura depuis l’entrée [d’avril[131]] jusqu’à la fin du mois d’août[132]. Les Français parviennent, malgré deux sorties vigoureuses des assiégés, à faire un pont qui leur permet de passer la rivière et de serrer de plus près le château d’Aiguillon.—Le duc de Normandie, pour attaquer sans cesse l’ennemi avec des troupes fraîches, répartit son armée en quatre corps dont chacun doit tous les jours, à tour de rôle, prendre part à l’assaut: du matin à prime, c’est le tour des Espagnols, des Génois, des Provençaux, des Savoisiens et des Bourguignons; de prime à midi, entrent en lice les gens d’armes de Narbonne, de Montpellier, de Béziers, de Montréal[133], de Fougax[134], de Limoux, de Capestang et de Carcassonne; de midi à vêpres, reprennent les gens d’armes de Toulouse, du Rouergue, du Querci, de l’Agénois et du Bigorre; de vêpres à la nuit combattent les gens du Limousin, du Vélay, du Gévaudan, de l’Auvergne, du Poitou et de la Saintonge.—Les Français, dont tous les assauts sont repoussés par les assiégés, font venir de Toulouse huit machines de guerre, les plus puissantes qu’on peut trouver.—Gautier de Mauny, qui fait souvent des sorties pour chercher des vivres et ravitailler la garnison, rencontre dans une de ces sorties Charles de Montmorency, maréchal de l’host du duc de Normandie, et le met en déroute.—Les assiégeants s’emparent, à la suite d’un combat acharné, du pont-levis qui donne accès à la porte du château[135].—Deux maîtres ingénieurs du duc de Normandie établissent sur quatre gros navires quatre puissantes machines de guerre appelées chats; mais au moment où les navires qui portent ces machines s’approchent des murs du château, les assiégés se mettent à lancer, au moyen de quatre martinets, des pierres énormes qui brisent l’une de ces machines et forcent les assiégeants à renoncer à se servir des autres.—Malgré le découragement des siens, le duc de Normandie est décidé à continuer le siége. Alors les seigneurs français chargent les comtes de Blois, de Guines et le [sire] de Tancarville de se rendre en France pour renseigner le roi sur ce qui vient de se passer. Philippe de Valois approuve la résolution de son fils et lui enjoint de maintenir le siége jusqu’à ce que, par la famine ou de vive force, Aiguillon ait capitulé. P. [120] à [128], [340] à [351].