ANNÉE 1602.
[Le Roi et la Reine à Saint-Germain].—[Premier portrait du Dauphin fait en crayon par Decourt].—[Départ de la seconde nourrice].—[La marquise de Verneuil].—[Première sortie].—[Autre portrait du Dauphin].—[M. de Rosny].—[Les enfants de Gabrielle d'Estrées, élevés avec le Dauphin, ont la petite vérole].—[Premières caresses de la Reine].—[Portrait fait par Quesnel].—[Réception d'ambassadeurs].—[Premier instinct de la chasse].—[Première dent].—[M. de Mansan].—[Projet de mariage avec l'infante d'Espagne].—[Lettre du maréchal de Biron à Mme de Montglat].—[Émotion d'un vieil officier général].—[M. de Mayenne].—[Le comte d'Auvergne].—[Mme Boursier].—[Premier vêtement].—[Concini].—[Mot du Roi sur la bouillie].—[Tienette Clergeon].—[Second portrait fait par Decourt].—[Singulières habitudes données à l'enfant].—[Le Roi joue à cache-cache avec son fils, lui fait voir la curée du cerf].—[Exécution de Biron et chute du Roi].—[La fête de Saint-Louis].—[Nouvelle grossesse de la Reine].—[Le Dauphin entre dans sa deuxième année].—[Mœurs singulières].—[Présents des députés du Dauphiné].—[Audience des ambassadeurs suisses].—[Singulier hommage des courtisans].—[Le prince de Condé].—[Naissance de Madame à Fontainebleau]; [son arrivée à Saint-Germain].
Le 12 janvier, samedi, à Saint-Germain.—Porté à la chambre de Mme de Montglat pour éventer la chambre et son berceau, et le parfumer de bois de genièvre. M. de la Tuillerie, maître d'hôtel du Roi, arrive, attendant le Roi venant de Verneuil; ce pendant la Reine arrive. Elle a été longtemps dans le parquet, se chauffant, accompagnée de Mme la marquise de Guiercheville, sa dame d'honneur, et de Mme de Montglat. Le Roi arrive demi-heure après; elle lui va au-devant à la porte de la chambre, où elle le rencontre; mines [sic]. Ils vont ensemble voir le Dauphin au berceau; le Roi lui a manié et considéré les pieds[28].
Janv
1602
Le 13, dimanche, à Saint-Germain.—LL. MM. le viennent voir, oyent la messe en sa chambre puis s'en vont dîner; LL. MM. sont parties à une heure et demie. La Reine avoit, le jour de devant, amené Antoinette Joron pour nourrice, l'autre n'ayant point été trouvée propre.
Le 16, mercredi.—Le cavalier Juigny, ambassadeur du Grand-Duc, l'est venu voir pour lui dire adieu; et, par commandement de la Reine, Decourt, peintre du Roi[29], en tire un crayon pour l'envoyer à Florence.
Le 18, vendredi.—Achevé de peindre par M. Decourt.
Le 20, dimanche.—Le chevalier de Sancy le vient voir.
Le 21, lundi.—Je lui donne le bonjour et pars à onze heures pour aller à Paris, en compagnie de Mlle Lemaire, sa seconde nourrice, qui se retire pour n'avoir point été agréable à la Reine, par la persuasion de quelques personnes qui étoient près de Sa Majesté. C'étoit une très-honnête femme, fort douce, qui avoit beaucoup de lait et fort bon; et plût à Dieu que Monseigneur le Dauphin en eût été nourri au lieu de la première. Il en eût été mieux pour sa santé, et je crois qu'il eût été nourri seulement d'un lait. Dieu le veuille pardonner à ceux qui en sont cause.
Le 28, lundi.—Le Roi et la Reine arrivent.
Le 29, mardi.—La Reine le vient voir à trois heures; le Roi et la Reine le viennent voir à cinq heures.
Le 30, mercredi.—Le Roi et la Reine y sont venus à une heure, le Roi et la marquise de Verneuil à cinq heures; il leur a fort ri et s'est joué avec eux.
Le 1er février, vendredi.—Le Roi et la Reine ont été présents depuis quatre heures et demie jusqu'à cinq heures.
Le 2, samedi, à Saint-Germain.—Joué, amusé, le Roi et la marquise de Verneuil présents.
Fév
1602
Le 5 février, mardi, à Saint-Germain.—Remué, le Roi et la Reine présents.
Le 8, vendredi.—A cinq heures le Roi arrive; remué en sa présence. Il est porté à la salle où le Roi soupoit.
Le 15, vendredi.—Il prend la bouillie avec la cuiller; Mme de Montglat la lui donne dorénavant, auparavant c'étoit la remueuse.
Le 19, mardi, jour de carême prenant[30].—Il faisoit fort beau temps; il fait sa première sortie par le pont de la chapelle, ayant son chapeau de paille; porté par Mlle Lecœur, l'une de ses femmes de chambre.
Le 21, jeudi.—Un peintre flamand est venu de la part de M. de Noailles, pour le peindre en huile et l'envoyer en Guyenne, par permission du Roi. Il a fait beau jeu au peintre durant deux heures, autant qu'il eût su désirer.
Le 23, samedi.—Le Roi et la Reine arrivent de Paris, l'ont amusé et fait longtemps causer dans le berceau.
Le 27, mercredi.—M. de Rosny le voit remuer.
Le 1er mars, vendredi.—Porté au jardin; à deux heures le comte Hercole Tasson, ambassadeur pour le duc de Modène devers LL. MM., le vient voir.
Le 2, samedi.—A dix heures le comte de Sulmo, ambassadeur de l'Électeur Palatin, arrive avec une douzaine de gentilshommes; à trois heures et demie Mme la présidente Dudrach, avec sa grande troupe.
Le 3, dimanche, à Saint-Germain.—M. de Ventelet l'entretient, lui dit qu'il n'avoit que Dieu pour maître; il répond en souriant: Oui. M. de Saint-Germain (de Saintonge) et M. de Lauzeré, premier valet de chambre de Roi, M. Bovier, gentilhomme des ordinaires du Roi, le viennent voir. Il danse fort gaiement au son du violon.
Le 6, mercredi.—La petite vérole paroît à Alexandre Monsieur, et à Mlle de Vendôme[31].
Mars
1602
Le 7, jeudi, à Saint-Germain.—A une heure Mme de Beuvron le vient voir; à huit heures et demie arrive un courrier de la part du Roi pour aller au bâtiment neuf[32].
Le 9, samedi.—Il est porté au château neuf pour y loger.
Le 12, mardi.—Il commence à tendre les mains à ce qui lui est présenté; ce fut un livre que je lui montrois. Le livre étoit les Psalmes de David, de la version de M. de Bourges, que j'avois donné à Mme de Montglat.
Le 17, dimanche.—La Reine arrive à douze heures et demie, on le lui porte couvert de son chapeau de taffetas; elle le trouve grand, blanchi et lui a fort plu. A cinq heures et demie le Roi arrive de Verneuil avec la Reine, qui étoit allée au-devant de lui jusques à Herbelay, où il avoit dîné. Il est porté devant le Roi; S. M. en est satisfaite et de sa santé.
Le 18, lundi.—A huit heures le Roi arrive et l'a fort caressé; à deux heures Mme de Nemours le vient voir.
Le 19, mardi.—LL. MM. le font porter au cabinet, l'ont fort caressé, la Reine particulièrement, ce qu'elle n'avoit encore fait.
Le 20, mercredi.—A une heure trois quarts M. Zamet; à six le Roi en la galerie avec MM. les secrétaires, la Reine y entre.
Le 21, jeudi.—M. de Souvré et Mme de Montglat parlent au Dauphin; il est porté sur la terrasse au Roi et à la Reine.
Le 22, vendredi.—Il caresse le Roi, qui part à dix Mars
1602 heures pour aller à Paris, la Reine pareillement, et de là à Fontainebleau, puis à Poitiers. Le Roi revient à quatre heures trois quarts, ramené par la chasse et accompagné de M. le prince de Conty, de M. le Grand[33], des sieurs de Termes, de Frontenac et de Nançay; il retourne à Paris dans le carrosse de M. de Frontenac.
Le 27 mars, mercredi, à Saint-Germain.—A onze heures est arrivé le comte Henri de Saint-Georges, ambassadeur extraordinaire du duc de Mantoue, accompagné du sieur de la Brosse, agent pour ledit duc, et du sieur Braccio, écuyer ordinaire de la Reine. Ils ont mené le peintre du Quesnel[34], qui l'a tiré tout de son long; il avoit deux pieds et demi. Ils ont dîné aux dépens de Mme de Montglat.
Le 29, vendredi.—A onze heures est arrivé le sieur de Schomberg, grand chambellan de l'Empereur, ambassadeur extraordinaire vers LL. MM. pour la naissance de Monseigneur le Dauphin, accompagné des sieurs de Souvré, de Bois-Dauphin et du jeune Schomberg. Cet ambassadeur est neveu de feu le sieur Diétrich Schomberg, qui fut tué pour le service du Roi à la bataille d'Ivry. Il a baisé les mains, le chapeau au poing, et fait une révérence à Monseigneur le Dauphin; à douze heures et demie il est allé dîner à la salle, accompagné desdits sieurs, aux dépens du Roi. L'ambassadeur revenu lui a demandé s'il vouloit mander quelque chose à l'Empereur son oncle; il a répondu en souriant en son jargon: Dré. L'ambassadeur, de joie, lui a baisé les mains, est allé aux fontaines, et de là à Paris.
Le 1er avril, lundi.—Mme de Vilette, M. Canaye-Branay et leur compagnie, la comtesse de Montgomery et les filles de son mari, le sont venus voir.
Le 2, mardi.—Mme de Souvré, Mme de Loménie le viennent visiter.
Avr
1602
Le 3, mercredi, à Saint-Germain.—M. de Soboles, gouverneur de Metz, Mme de Fervaques, veuve de M. de Laval, le viennent voir.
Le 4, jeudi.—M. le baron de la Châtre, Mme de Villegomblin le viennent voir.
Le 6, samedi.—A onze heures M. de Vitry, gendre de Mme de Montglat, arrive; M. de la Bastide, capitaine des gardes de M. de Lorraine, arrive de sa part; à deux heures M. de Chazeron.
Le dimanche 7, jour de Pâques.—Il considère à la messe toutes les actions de M. l'aumônier.
Le 8, lundi.—Il jargonne, danse au violon de Boileau, son joueur de violon. A trois heures après-midi M. Brulart, secrétaire d'État du feu Roi, arrive et M. de Cypierre aussi.
Le 9, mardi, à Saint-Germain.—A huit heures Mmes de Clermont d'Amboise, d'Abin et de Saint-Gelais; à onze heures M. d'Épernon, avec ses trois fils, qui lui baisèrent les mains. M. d'Épernon le loua fort et le considéra attentivement. A une heure et demie M. Puget, trésorier de l'Épargne, et sa compagnie. A deux heures M. d'Épernon, ses enfants et M. Puget le voient remuer, les trois enfants de M. d'Épernon étant dans la balustre. A quatre heures M. de la Nauve et M. Lecoq, conseillers en Parlement, et M. Martineau, qui est à M. de Montpensier, viennent pour le visiter.
Le 11, jeudi.—Promené; il prend plaisir à un levraut qui se vint rendre dans l'allée du palemail et fut pris à la main par M. Petit, archer des gardes du corps du Roi. Le Dauphin l'ayant vu le veut soudain, l'empoigne à deux mains, se jetant dessus avec ardeur. A six heures M. de Roissy, maître des requêtes, M. Vion, maître des Comptes, le sont venus voir.
Le 13, samedi.—Éveillé à minuit, teté, point dormi. Mlle de Rumilly me vient appeler, me disant que Monseigneur le Dauphin étoit malade du mal de dents. Je y arrive Avr
1602 incontinent après; il s'endort à peine jusqu'à cinq heures. J'ai toujours demeuré debout, accoudé sur le bord de son berceau, tenant sa main droite dedans la mienne.
Le 14, dimanche, à Saint-Germain.—A quatre heures trois quarts M. de Saint-Fussien, conseiller de la Cour, le vient voir.
Le 15, lundi.—Reconnu par la remueuse, qui lui mit le doigt dans la bouche, une dent percée; M. Guérin, son apothicaire, part pour en porter la nouvelle au Roi à Fontainebleau[35].
Le 16, mardi.—A midi et demi M. d'Épernon (qui a dit des louanges), ses trois fils, et M. d'Échaux, évêque de Bayonne.
Le 17, mercredi.—A midi Mme la princesse d'Orange, Mme de Bruzoles, Mlle Beringhen et sa mère le sont venues visiter.
Le 18, jeudi.—M. de Mansan, gentilhomme gascon, nourri et élevé par M. de Vic, gouverneur de Calais et capitaine aux gardes du Roi, arrive à Saint-Germain en Laye avec sa compagnie, pour la garde de Monseigneur le Dauphin, pendant que S. M. fait son voyage en Poitou.
Le 19, vendredi, à Saint-Germain.—A dix heures et demie M. d'Arquery le vient voir. A sept heures trois quarts, lettres du Roi par M. Guérin.
Le 20, samedi.—A midi M. du Passage, Mme de Fonlebon et ses filles; il a fort caressé la petite Charlotte de Fonlebon.
Le 21, dimanche.—A deux heures, M. de Bouqueron, président au parlement de Grenoble, M. de Chevrier, conseiller en ladite Cour, le viennent voir.
Le 22, lundi.—A neuf heures et demie, M. le duc de Bouillon, M. de Salignac, M. de Sancy et le jeune Sardini et son frère. A douze heures et demie, Hieronimo Taxis, ambassadeur d'Espagne, tête nue, fait une grande révérence et prend la main de monseigneur le Dauphin Avr
1602 sans la baiser; dit qu'il n'a pas voulu partir sans l'avoir vu auparavant. Le Dauphin est remué en sa présence. L'ambassadeur se tenoit tout debout, accompagné desdits sieurs; sur ce qui lui fut dit par M. de Sancy[36] qu'il en falloit faire un mariage, il répondit qu'il n'étoit rien qui ne se pût faire, que la reine de France étoit grosse et la leur aussi, qu'ils avoient une damoiselle et maintenant ils auroient un fils et nous une fille, et puis que l'on mettroit tout ensemble[37].
Le 24, mercredi, à Saint-Germain.—Il s'est fort joué à sa peinture[38], que je lui ai apportée de Paris.
Le 27, samedi.—A quatre heures M. le connétable l'envoie visiter; viennent aussi Mme Deschamps, Mlle de Ligny, Mlle d'Ouailly.
Le 28, dimanche.—M. le baron de Saint-Blancart, de la part de M. de Biron[39], son beau-frère, avec lettre à Mme de Montglat, copie ci-attachée[40].—M....., lieutenant Avr
1602 général[41] à Fontenay le Comte, âgé de quatre-vingts ans, arrive en jupe, se met à genoux et à pleurer, le voit remuer, et s'en retournant dit à Mme de Montglat qu'il plût à Dieu de donner à Monseigneur le Dauphin le bonheur de son père, la valeur de Charlemagne et la piété de saint Louis; et s'étant retourné pour s'en aller, étant au coin du grand pavillon, lève les mains au ciel et dit: «Dieu m'appelle quand il lui plaira, j'ai vu le salut du monde.» A trois heures M. de Sillery-Brulart et sa femme, M. de Berny, son frère et sa femme.
Le 29, lundi, à Saint-Germain.—A sept heures, Messire Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, le vient voir.
Le 30, mardi.—A onze heures viennent Mme et Mlle de Guise; dîné avec Mme de Montglat. Mme de Guise l'a porté et fait danser. A quatre heures MM. Archambaud, Corbonois et leurs femmes. A onze heures après midi, lettres du Roi, de Blois, du 28, faisant mention de sa fluxion sur le pied[42] et recommandation de son fils Alexandre et de Mademoiselle.
Mai
1602
Le 1er mai, mercredi, à Saint-Germain.—A neuf heures et demie, quatre députés de la ville de Metz viennent pour le visiter; à onze heures, M. et Mme de Sancy; à une heure, M. de Bois-Dauphin; à trois heures, M. le maréchal de Brissac et son fils.
Le 2, jeudi.—A onze heures, et demie M. de la Rivière-Dudrach et sa troupe; à deux heures et demie Mme de Nemours, M. de Rissay, Mme la procureuse générale La Guesle.
Le 3, vendredi.—A huit heures et un quart, un gentilhomme de la part de M. d'Antragues; à une heure, Mme la présidente Dudrach.
Le 4, samedi.—Le poil, de brun lui devient châtain clair. A une heure, M. Campagnol, gouverneur de Boulogne; à quatre heures, M. le prince de Condé et Mme sa mère, Mme la comtesse de Briqueil, sœur de feu M. de Humières; à six heures, Mme de Buisseau.
Le 5 mai, dimanche, à Saint-Germain.—Le Dauphin étant à la fenêtre du préau répondit: ghi à une bonne femme qui parloit à lui, sur le bord du fossé, l'appelant: «mon ami.» Arnoul, contrôleur chez la Reine, arrive.
Le 6, lundi.—A une heure, M. le duc de Mayenne, qui fait la révérence seulement. M. de Mayenne ne s'est jamais voulu asseoir, n'a jamais dit mot, sinon sur ce qu'on parloit de la grossesse de la Reine et des enfants qu'elle pourroit encore avoir, il a dit qu'il n'y en sauroit avoir trop. Aussitôt que M. le Dauphin a été remué il s'en est allé, et M. d'Aiguillon est venu et parti sans saluer Mme de Montglat.
Le 7, mardi.—A dix heures et demie, M. de Cachac, capitaine de la porte; M. Bioneau, secrétaire de M. le Grand; à quatre heures et demie, Mme de Montmeray, nièce de M. le maréchal de Retz, avec Mme de Montmeray, sœur de son mari, religieuse en l'abbaye de Saint-Avit près de Châteaudun.
Le 8, mercredi.—A midi et demi, Mme la comtesse de Mai
1602 Chaulnes, Mme de Chemerault, Mme de Poyane, Mme de Liancourt, sa fille, M. d'Espois, M. Sevin, maître des requêtes.
Le 9, jeudi, à Saint-Germain.—A midi, M. l'archevêque de Tours et M. de La Guesle, procureur-général.
Le 10, vendredi.—A onze heures Mme de Larchant; à deux heures et demie le baron de Châteauneuf-Laubespine.
Le 11, samedi.—A onze heures, M. le duc d'Elbeuf, MM. le vidame de Chartres, Maligny, le baron des Ards en Provence; à deux heures, M. l'amiral de Montmorency et Mme sa femme.
Le 12, dimanche.—A dix heures et demie, les chevaliers de Sancy et de Saint-Mesmain; à quatre heures et un quart, le capitaine Maltais, le commissaire Lesage.
Le 13, lundi.—A huit heures, M. Fouquet, deuxième président en Bretagne; à douze heures et demie, M. l'évêque de Paris[43], Mme la marquise de Menelay, sa sœur, le lieutenant général de Mâcon, qui lui a souhaité des ans nestoriens et la lignée de Salomon.
Le 14, mardi.—A midi MM. de Gondi, le baron de la Tour; à trois heures et un quart M. de Marchaumont.
Le 15, mercredi, à Saint-Germain.—A dix heures M. de l'Isle, d'Orléans, M. de la Motte, M. de la Violete; à douze heures et demie le jeune comte de Montafié, Mme de Carnavalet, son petit-fils, aumônier de Monseigneur le Dauphin, Mlle de Bourdeilles.
Le 16, jeudi.—A douze heures et demie, M. de la Rocheposay, fils de feu M. d'Abin; à trois heures, Mme de Colignon, M. de Lorme, M. de Foucault, conseiller aux Aides, M. Damyn.
Le 17, vendredi.—A onze heures, M. de Bragelongne, conseiller, et Mlle de Luteau, sa sœur; à trois heures trois quarts M. d'Amanzay.
Le 18, samedi.—A trois heures et demie, M. le président Mai
1602 d'Assy et sa femme, M. Hennequin, sieur de Manœuvre.
Le 19 mai, dimanche, à Saint-Germain.—A trois heures et demie M. de Sancy, Mme la marquise de Pisani, sa fille, le vicomte du Mans, son gendre, Mme de Malissy, M. Petau, conseiller en Parlement; à quatre heures, M. de Pisani, la More de la Reine; à six heures, Mme la présidente Fayet, ma belle-sœur, et M. Laubigeois et sa femme.
Le 20, lundi.—Mme de Guise s'en allant à Eu et Mlle de Guise le viennent voir.
Le 21, mardi.—M. le comte d'Auvergne[44] arrive sur les trois heures, accompagné de deux hommes; il y a été une petite demi-heure, appuyé contre la balustre, son visage à demi couvert de son manteau, appuyé sur un pied; il tient à Mme de Montglat des propos confus et mal cousus.
Le 27, lundi.—Il arrive une vieille femme de Paris, comme une revendeuse; elle pleure en le voyant, l'appelle: «Mon fils, la petite courte à sa mère», et puis s'est prise à danser devant lui.
Le 31, vendredi.—Mme Boursier, sage-femme de la Reine, vient voir le Dauphin avec sa compagnie, dont en s'en retournant il se noya au bac de Neuilly une femme grosse et une fille de douze ans.
Le 2 juin, dimanche, à Saint-Germain.—Champagne, cordonnier, lui prend la mesure de ses souliers, qui fut d'un grand point.
Le 8, samedi.—Le baron de Treslon porta les souliers à Monseigneur le Dauphin; à cinq heures il a été vêtu et habillé d'un corset et d'un bas de soie, et au-dessus d'une robe carrée, faite de satin blanc rayé d'argent. Mlle de Vendôme lui a donné sa chemise. L'habillement lui étoit si Juin
1602 bien séant et convenable qu'il paroissoit avoir deux ans.
Le 9, dimanche, à Saint-Germain.—M. de Sève, président en premier la cour des Aides à Paris, M. de Rebours, président, et M. Barentin, conseiller en ladite Cour, sont venus de la part de leur compagnie et ont prié Mme de Montglat de le faire entendre au Roi.
Le 10, lundi.—Le sieur Concino[45] prie Mme de Montglat qu'il le puisse voir vêtir; il le voit coiffer, puis habiller, prend la mesure de sa longueur, de la grosseur du bras et de la longueur du soulier, puis est parti pour s'en retourner en Cour.
Le 14, vendredi.—Ses cheveux longs, châtain clair, ont trois grands doigts de travers en longueur; les sutures du sommet presque du tout serrées.
Le 16, dimanche.—M. le vicomte de Bourdeilles vient visiter le Dauphin; Mme de Montglat lui raconte les desseins et l'emprisonnement de M. de Biron.
Le 17, lundi.—A midi, le Roi arrive, le baise et se joue à lui; la Reine arrive à une heure et demie, trouve au pied des degrés Monseigneur le Dauphin, au grand escalier; elle devient soudain fort rouge et le baise à côté du front. On le remonte à la salle du Roi; LL. MM. se jouent un peu à lui, puis se mettent à table pour dîner, et s'en retournent.
Le 20, jeudi.—A six heures après midi M. le maréchal de Fervaques et M. de Laval le viennent voir. Le premier lui a baisé le pied et l'autre touché le bout de son tablier et baisé la main qui l'avoit touché.
Le 22, samedi.—Il se divertit à tout, fort agréablement, fait une chère extraordinaire à la fille de chambre de sa nourrice, lui rit. Le Roi arrive à dix heures et demie par son petit pont. Le Roi s'est joué à lui et lui a vu prendre sa bouillie. Le Roi a voulu prendre le demeurant et dit: «Si l'on demande maintenant: Que fait le Roi? l'on peut Juin
1602 dire: Il mange sa bouillie.» Le Roi lui fait prendre sa barbe à deux mains; il la tire bien fort et lui fait mal. Il lui fait prendre celle de M. de Montigny; il la prend à deux mains et se soulève tout le corps pour la tirer plus fort; il a pris la moustache de M. le Grand. Mme la marquise de Verneuil arrive à une heure, caresse fort M. le Dauphin, mais, ce disoit-on, avec peine. Elle dîna, se joua après fort à Monseigneur le Dauphin. On a fait voir à S. M. les caresses qu'il avoit jà faites à Tienette Clergeon, native de Lagny, fille de chambre de Mlle sa nourrice, le Roi l'ayant lui-même fait approcher et la lui présentant. Il l'a vue pleurer comme elle s'en alloit. Le Roi est parti pour s'en retourner à Paris, à sept heures et demie, et a fait prendre dans son carrosse Monseigneur le Dauphin par Mme la marquise de Verneuil, qui l'a porté jusques au bout de la cour. On l'a repris; le Roi est parti.
Le 23 juin, dimanche, à Saint-Germain.—Porté à la salle du Roi; vu Tienette, fait les mêmes caresses, lui rit, lui empoigne la joue à pleine main.
Le 25, mardi.—Le sieur Decourt, par commandement de la Reine, en tire le crayon. A quatre heures trois quarts, la Reine arrive; on le lui porte au-devant. La Reine veut que l'on lui amène Tienette; il lui fait caresses. La Reine part fort contente à six heures et demie.
Le 28, vendredi.—M. de Rosny, revenant de Rosny, le voit dans son berceau.
Le 4 juillet, jeudi, à Saint-Germain.—Il a été peigné pour la première fois, y prend plaisir, et accommode sa tête selon les endroits qu'il lui démangeoit.
Le 10, mercredi.—A midi le Roi arrive, se joue à lui à diverses reprises, la Reine pareillement.
Le 11, jeudi.—A sept heures et demie après midi, le Roi et la Reine s'en retournent à Paris.
Le 17, mercredi.—Il lui a été mis des lisières à sa robe pour l'apprendre à marcher.
Juil
1602
Le 21, dimanche, à Saint-Germain.—La Reine arrive à dix heures, le Roi à dix heures et demie.
Le 22, lundi.—Vêtu d'une cotte neuve, du présent de la Reine, il est porté à huit heures au jardin, au Roi qui se promenoit, ayant pris de l'eau de Pougues[46]. La Reine le demande, on le lui apporte, il pleure; il le faut emporter, le Roi ne le peut apaiser. Porté chez la Reine, le Roi y étant; ils ont voulu voir sa tête, l'ont fait brosser, et en ont toute la journée eu leur agréable passe-temps.
Le 24, mercredi.—Vêtu à sept heures, il prend plaisir et se rit à plein poumon, quand la remueuse lui branle du bout du doigt sa guillery. A huit heures, porté à la chambre de la Reine, aux fiançailles du baron de Gondi et de la signora Polyxena Gonzaga, l'une des filles de la Reine. Le Roi lui continue toujours ses caresses.
Le 28, dimanche.—Le Dauphin, vêtu à sept heures, se promène, se tourne pour voir s'il a ses soldats, rencontre le Roi, le reconnoît en souriant. Le Roi se cache derrière moi et l'appelle; il le cherche, l'aperçoit enfin et se met à sourire. Mme d'Angoulême[47], Mme la princesse d'Orange[48] arrivent; la Reine lui donne une petite turquoise mise à son doigt.
Le 29, lundi.—Le Roi et la Reine arrivent de la chasse, commandent de le leur porter. Le Roi lui fait Juil
1602 voir donner la curée du cerf pris au-dessus de Ruel; il ne s'en étonne point.
Le 31 juillet, mercredi.—Impatient pour sortir; il rencontre le Roi; mené en carrosse dans la forêt à voir passer le cerf couru par le Roi, qui avoit dîné à Forqueil, où s'étoit faite l'assemblée. Porté au Roi, dedans son lit, blessé d'une chute, courant le cerf. Il tient un bâton; je prends un brin de fagot, j'en frappe contre son bâton pour escrimer; le jeu lui plaît, il me poursuit en riant par toute la chambre. Tout le reste du jour paisible et fort gai.—Ce jourd'hui, à cinq heures, le maréchal de Biron eut la tête tranchée à la Bastille[49].
Le 1er août, jeudi, à Saint-Germain.—Le poil lui éclaircit, la tête se nettoie. Promené; il rencontre le Roi, voit la Reine, caresses accoutumées.
Le 2, vendredi.—Promené il rencontre le Roi, lui rit et tend les bras; va en la chambre de la Reine. On lui fait chercher le Roi dans le lit de la Reine; ne le trouvant point il entre en grande colère. Il va en la chambre du Roi, qui le met coucher avec lui, avec infinies caresses.
Le 4, dimanche.—Allées et venues. M. de Rosny. Porté à la chambre du Roi, qui soupoit; il lui a fait prendre de la soupe, qu'il a fort bien mangée.
Le 7, mercredi.—Il rencontre le Roi, qui fait semblant de ne le point voir; il crie; le Roi se retourne, va à lui et l'embrasse. Au sortir de la messe, Engoulevent[50] se met à chanter et le Dauphin aussi; le Roi y prend plaisir pour un peu de temps. A cinq heures arrive Bartholomæo Pusuynki, Polonois, clerc de la chambre et nonce extraordinaire de Sa Sainteté vers le Roi, conduit par M. de Sillery. Mme la comtesse de Guichen[51], Août
1602 lui envoye une épée par M. de Frontenac en présence du nonce. Le Roi et la Reine en ont pris grand divertissement.
Le 9 août, vendredi, à Saint-Germain.—Au sortir du jardin il rencontre le Roi, qui entroit; caresses accoutumées, réciproques.
Le 10, samedi.—Le Roi, et la Reine partent et lui disent adieu, fort contents.
Le 21, mercredi.—A trois heures et demie mis dans le carrosse et porté au bâtiment neuf, pour l'éloigner de Messieurs, qui avoient eu la rougeole[52].
Le 22, jeudi.—A deux heures, le clarissimo Marino Cavalli, ambassadeur de Venise, entre en la balustre, ayant demandé permission à Mme de Montglat, le salue, baise sa main, et puis embouche (sic) la sienne, et peu après se couvre. On met au Dauphin son épée au côté et son chapeau en tête, qu'il enfonce en mauvais garçon; il bat fort et ferme le tambour avec les deux baguettes. L'ambassadeur prend congé de lui et baise sa main, puis embouche la sienne.
Le 25, dimanche.—Promené; mis aux fenêtres pour le faire voir à grand nombre de peuple venu pour le voir[53], dont la plus part s'est mis à genoux et plusieurs les larmes aux yeux.
Le 5, jeudi.—A douze heures trois quarts Mme de Longueville laisse à Saint-Germain M. son fils.
Le 6 septembre, vendredi, à Saint-Germain.—M. Pary, chevalier de la Jarretière, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre devers le Roi, le vient voir, parle à Mme de Montglat, ayant fait une révérence de la tête, de loin, à M. le Dauphin, puis, s'approchant de lui, en fait une autre et se met à se promener avec la dite dame.
Sept
1602
Le 8 septembre, dimanche, à Saint-Germain.—On porte le pain bénit au Dauphin; il tenoit le goupillon, fait ses affaires à croupeton sur le tapis; le goupillon qu'il tenoit s'y mêle, et si l'aumônier n'y eût pris garde, en donnant de l'eau bénite il en eût donné.
Le 11, mercredi.—Il écoute les contes que lui fait Mlle de Ventelet touchant l'Infante[54], qu'il couchera avec elle; il en rit.
Le 12, jeudi.—Crié extrêmement; Mlle de Ventelet lui vient donner le bon jour de la part de l'Infante; il s'apaise soudain, et se prend à rire.
Le 15, dimanche.—A huit heures le page de M. de Longueville arrive pour savoir de ses nouvelles; ayant parlé à Mme de Montglat et s'en retournant, le Dauphin l'appelle d'un Hé! et se retrousse, lui montrant sa guillery. Il est porté au vieux château par le commandement du Roi, qui arrive à cinq heures. Porté au pied du degré au devant du Roi, l'obscurité et la foule des hommes fut cause qu'il eut peur. Le Roi le caresse; à sept heures et un quart la Reine arrive.
Le 16, jeudi.—Il montre sa guillery à M. d'Elbenne; porté chez la Reine, il voit la signora Passithea, en eut peur, à cause de la coiffure.
Le 17, mardi.—A quatre heures, porté chez la Reine; la marquise de Verneuil y arrive, au cabinet de la Reine; le Roi y arrive.
Le 18, mercredi.—Sur les dix heures et demie le Roi part pour aller dîner à Saint-Cloud et de là à Paris, pour conduire la Reine à Fontainebleau pour attendre ses couches.
Le 19, jeudi.—Il commence à cheminer avec fermeté, soutenu sous les bras.
Le 23, lundi.—Fort gai, émerillonné; il fait baiser à chacun sa guillery. Le comte de Visé, du marquisat Sept
1602 de Saluces, ambassadeur extraordinaire du duc de Savoie, et le comte de Hems, ambassadeur extraordinaire d'Écosse, le viennent voir.
Le 25 septembre, mercredi, à Saint-Germain.—M. de Montpensier lui baise les mains au berceau et lui a donné la chemise.
Le 27, vendredi.—Il se joue à sa guillery, repousse son ventre en dedans, qui l'empêchoit de la voir. Il vient un gentilhomme flamand, du parti espagnol, pour le voir; il se y trouve un vieil Espagnol qui entrant et sortant lui donna sa bénédiction la larme à l'œil, en souhaitant le mariage de l'Infante[55].
Le 30, lundi.—A douze heures un quart le sieur de Bonières et sa fille, jeune; il lui a fort ri, se retrousse, lui montre sa guillery, mais surtout à sa fille, car alors la tenant et riant son petit rire il s'ébranloit tout le corps. On dit qu'il y entendoit finesse. A douze heures et demie le baron de Prunay; il y avoit en sa compagnie une petite damoiselle; il a retroussé sa cotte, lui montré sa guillery avec une telle ardeur qu'il en étoit tout hors de soi. Il se couchoit à la renverse pour la lui montrer.
Le 8 octobre, mardi, à Saint-Germain.—Le Roi arrive, se joue à lui; la Reine pareillement.
Le 9, mercredi.—Porté au Roi au jardin, où il faisoit bien froid; porté à la chambre de la Reine.
Le 11, vendredi.—Porté au Roi, à la galerie rouge, à une heure et demie un ambassadeur allemand; à six heures Mme la princesse d'Orange.
Le 12, samedi.—A deux heures et demie endormi; le Roi arrive, qui l'éveille, le baise et s'en va pour retourner à Paris. Sur les trois heures, comme il ne faisoit que s'endormir, la Reine l'éveille, et s'en va soudain; comme on le rendormoit, arrive M. le comte de Soissons, qui conduit les députés généraux du pays de Dauphiné Oct
1602 pour rendre l'hommage, qu'ils firent à genoux, fors l'archevêque de Vienne[56], qui porta la parole, M. le Dauphin étant dans un berceau. Il leur tendit la main à tous pour la baiser.
Le 13 octobre, dimanche.—Porté à la messe; les députés de Dauphiné y étoient. Lesdits députés ont donné des présents: à Mme de Montglat, un buffet d'argent de la valeur de trois cents écus; à Mlle Piolant, un bassin et une aiguière d'argent, valant environ cent écus; une chaîne d'or pesant quatre-vingts écus à Mlle la nourrice, et une de cinquante à la remueuse; et des pièces d'or et d'argent faites en mémoire de la naissance de M. le Dauphin à plusieurs du château et aux officiers de Mme de Montglat.
Le 17, jeudi.—Promené à la chambre du Roi, à dix heures, où il a vu les ambassadeurs de Suisse venus pour jurer et confirmer l'alliance avec le Roi; il leur a baillé sa main à baiser. Ils furent conduits par M. de Souvré et M. de Vic, ambassadeur pour le Roi vers les Cantons. Ils furent fort satisfaits de M. le Dauphin, qui sembloit avoir composé sa façon pour cet acte. Ils furent traités à dîner aux dépens du Roi, en la salle du Roi, et leurs officiers en la salle du bal, où ils étoient cent à table.
Le 24, jeudi.—Le Roi arrive à neuf heures et demie, revenant de la chasse, où il avoit été deux jours, et venoit découcher à Villepreux; il le trouve fort gentil, lui donne du sucre rosat. A douze heures et trois quarts, le Roi part et s'en retourne à Paris.
Le 5 novembre, mardi, à Saint-Germain.—A onze heures et demie, le Roi arrive de Fontainebleau; il voit le Roi, résolu. Le Roi va dîner; porté au dîner du Roi, il fait baiser sa guillery à M. de Souvré, à M. de Termes, à M. de Liancourt, à M. Zamet. Le Roi part à trois heures pour aller coucher à Paris.
Le 15, vendredi.—A trois heures M. le prince de Nov
1602 Condé[57], Mme sa mère, M. de Haucourt viennent voir le Dauphin. Sa nourrice lui dit: «Monsieur, voyez votre petit cousin qui vous vient voir.» Il se retourne, regardant tous ceux qui étoient contre la balustre, le va choisir et lui tend la main, que M. le Prince lui baisa alors. A l'entrée M. d'Haucourt lui dit qu'il allât baiser la robe du Dauphin; il se tourna, et lui dit qu'il ne le falloit pas faire.
Le 16, samedi, à Saint-Germain.—M. le prince de Condé prenant congé de lui, il le suit après, le regardant toujours, et se prend à pleurer; il faut que M. le Prince revienne pour partir sans être aperçu; Mme la princesse de Condé lui vient dire adieu.
Le 21, jeudi.—Porté au château neuf.
Le 22, vendredi.—Naissance de Madame[58], à Fontainebleau, environ les neuf heures du matin.
Le 23, samedi.—Nouvelles de la naissance de Madame, le jour précédent, sur les neuf heures du matin[59].
Le 28, jeudi.—A onze heures et un quart le colonel Postech, de Berne, le sieur Ryech, député de Zurich, lui ont Nov
1602 baisé la main, qu'il leur a tendue; ils n'étoient pas venus à Saint-Germain avec les autres. Ils lui ont dit qu'ils étoient ses très-humbles serviteurs et alliés, lui ont derechef baisé la main en s'en allant; le sieur Ryech avoit la larme à l'œil d'aise en lui disant adieu.
Le 12 décembre, jeudi, à Saint-Germain.—A huit heures trois quarts joué à de petits jeux. On lui demande: «Où est le mignon de papa?» Il se montre, frappant sur son estomac. Je lui demande: «Où est le mignon de l'Infante?» Il met la main sur sa guillery.
Le 19, jeudi.—Rapporté au vieux château à une heure; à six heures le Roi et la Reine, accompagnés de M. le maréchal de la Châtre, arrivent en sa chambre; ils l'ont trouvé fort gentil.
Le 20, vendredi.—Le Roi et la Reine l'entendent jargonner, y prennent plaisir.
Le 21, samedi.—Le Roi oit la messe en sa chambre; le Dauphin est porté chez la Reine. A une heure, le Roi l'ayant baisé part pour s'en retourner à Paris, la Reine peu après.
Le 23, lundi.—Le Roi arrive à onze heures et demie à l'assemblée[60]; le Dauphin est porté en la cour devant lui, ne le salue point, sinon quand le Roi lui eut tiré le chapeau; il ôte le sien, puis se recouvre quand le Roi lui eut dit: «Couvrez-vous, Monsieur.» Porté au dîner du Roi à onze heures et demie, mis au bout de la table, rêveur; le Roi se joue à lui, le fait jargonner. Le Dauphin reconnoît M. de Guise ne lui ayant été montré qu'une fois. A cinq heures arrive M. de Rosny; le Roi revient de la chasse, fait porter le Dauphin dans son cabinet. A six heures, porté au bout de la table avec le Roi, qui lui fait donner une cuillerée de vin fort trempé. Rapporté en sa chambre, à sept heures trois quarts, le Roi y vient, il le prend, le promène; le Dauphin danse en branle donnant Déc
1602 la main à Alexandre Monsieur, le Roi lui ayant commandé de le faire. A huit heures et demie M. le comte de Soissons lui donne sa chemise à brassière; le Roi le baise et s'en va coucher.
Le 24, mardi, à Saint-Germain.—Le Roi arrive à neuf heures, va déjeuner à la petite salle; le Dauphin y est porté, regarde déjeuner le Roi attentivement. Le Roi s'en retourne à Paris, et part à dix heures.
Le 30, lundi.—Sur les quatre heures trois quarts, le Dauphin est porté en hâte au-devant de Madame, sa sœur, à laquelle heure Madame arrive, conduite par Mlle Piolant et MM. de Montglat et de Villeserin, écuyer servant de la Reine. M. le Dauphin, porté par sa nourrice, est descendu par la petite montée du côté de la chambre de Madame, et rencontre vis-à-vis de la porte de l'autre petite montée, à huit pas près, Madame, que l'on descendoit de la litière; prise et portée par M. de Villeserin. Il fut aise et sans dire mot de la voir, lui ayant été dit: «Monsieur, voilà votre sœur.»
Le 31, mardi.—Madame est portée en sa chambre; il la baise doucement. A douze heures et demie, le Roi arrive; le Dauphin, porté dans la chambre du Roi, y a été durant le dîner et a donné la serviette au Roi, qui la lui avoit demandée. Le Roi part pour aller à la chasse. A quatre heures et demie la Reine arrive, vient en la chambre de Madame, où j'étois, puis va en celle de M. le Dauphin. A cinq heures il est porté chez la Reine, à sept heures au souper du Roi, qui lui donne de la gelée, dont il étoit friand, et du vin.