ANNÉE 1609.
[Le livre De l'Institution du Prince].—[Le gâteau des Rois].—[Farces et comédies].—[Le Dauphin copie le portrait du Roi].—[La gravure de Jupiter].—[La Vénerie de Du Fouilloux].—[Départ de Saint-Germain pour Paris].—[Le Dauphin remis entre les mains des hommes].—[Usage des mouches pour les femmes].—[Première justice du Dauphin]; [ses petits gentilshommes].—[Ballet de la Reine].—[Présent de M. de Sully].—[La foire Saint-Germain].—[Visite de Mme de Montglat].—[Présent de la reine Marguerite].—[Travaux de la galerie du Louvre].—[Le maître d'armes du Dauphin].—[Chasses et visites dans Paris].—[Mort du Grand-Duc].—[Mariage du prince de Condé].—[La première leçon de Des Yveteaux].—[Armes de Milan].—[Collation chez M. de Mayenne].—[Visite à Saint-Germain].—[Dîner à Ruel].—[Départ pour Fontainebleau].—[Les moulins d'Essonne].—[Cérémonie de la Cène].—[Le grand canal de Fontainebleau].—[Le Dauphin fouetté de verges].—[La Bradamante.]—[Le musicien Pradel].—[Les maquereaux].—[Passage à Moret].—[Le vin et la tisane].—[Le fou du Roi].—[Mlle de Fonlebon].—[Le maréchal d'Ornano].—[Le Dauphin entre au conseil pour la première fois].—[Fêtes du mariage de M. de Vendôme].—[Bijou donné par Mme de Mercœur].—[Le fou Des Viètes].—[Départ de Fontainebleau].—[Passage à Brie-Comte-Robert].—[Vers faits par Héroard sur l'ordre du Dauphin].—[Passage à Creteil].—[Arrivée au Louvre].—[Le jeu de paume du Verdelet].—[Bain de rivière].—[Service de Catherine de Médicis à Saint-Denis; le trésor, les tombeaux].—[L'hôpital des pestiférés].—[Sully et la reine Marguerite].—[Séjour à Saint-Maur].—[Ballet des Sauvages].—[Nouvel habillement].—[Absences de Des Yveteaux].—[Présent du marquis de Brandebourg].—[Visite à Chaillot].—[Mot sur Mucius Scévola].—[Départ pour Fontainebleau].—[Leçon de grammaire].—[Le Dauphin entre dans sa neuvième année; souhait du Roi].—[Chasse avec le Roi].—[Lettres à la reine d'Angleterre et au prince de Galles].—[M. de Souvré et M. Dupont].—[Retour à Paris].—[Habitude du Dauphin].—[Antipathie pour Sully].—[Nouveau logis au Louvre]; [les chapons de la Reine].—[Naissance de Madame Henriette].—[Goût du Dauphin pour le vin].—[Les contes de La Clavelle].—[Bégayement du Dauphin].—[Le comte de Chalais].—[Lettres à la famille royale d'Angleterre].—[Compliment à l'ambassadeur de Venise].
Le 1er janvier, jeudi, à Saint-Germain.—Levé à huit heures et un quart, il se plaint de ce que l'on ne l'avoit Janv
1609 pas voulu lever plus tôt, pource que l'on lui avoit dit que s'il se levoit tard il seroit paresseux toute l'année. Je lui donne mon livre De l'Institution du prince[558] fait pour lui.
Le 3, samedi, à Saint-Germain.—L'on parloit du jour des Rois, il dit: Je veux pas être le Roi; sa nourrice lui demande pourquoi.—Je veux pas l'être.—«Si vous l'êtes vous payerez quelque chose, si Madame l'est aussi, ou Mlle de Vendôme?» Il appelle M. de Ventelet, et lui dit tout bas à l'oreille: N'y faites point mettre de fève, afin qu'il n'y aye point de Roi.—«Monsieur, lui dit sa nourrice, si Dieu est Roi, il faudra que vous teniez sa place.»—Je veux pas moi.—«Comment, Monsieur, dit un chacun, refusez-vous à tenir la place de Dieu?»—Il s'arrête avec crainte: Hé! c'est à papa!—«Monsieur, il faut que ce soit vous qui la tienne ici.»—Hé! je veux bien.
Le 4, dimanche.—Il va en la chambre de M. de Liancourt, où il s'amuse à peindre; ramené en sa chambre, et à six heures soupé, il se prépare pour faire jouer une comédie, la voit jouer, consent que M. de la Voute en seroit, pourvu qu'il s'habille en fille, et ne veut permettre que M. de Liancourt s'habille qu'en garçon. Il la voit jouer, elle dure jusques à neuf heures et demie. Mis au lit, il se débarbouille le menton qu'il avoit tout noirci avec de la fumée du flambeau et fait barbouiller les autres.
Le 5, lundi.—Mme de Libertat, veuve de feu M. de Libertat, celui qui délivra Marseille sur la Ligue[559], le Janv
1609 vient voir.—A souper il fait couper le gâteau des Rois, Madame est faite la Reine. Elle donnoit les charges; elle le fait son grand écuyer: Non, dit-il, je veux être valet de pied, je cours bien. Mlle Piolant lui dit: «Monsieur, vous serez donc le premier valet de pied.»—Ho! non, dit-il, honteux. Amusé à jouer et à voir jouer une comédie par des valets de M. de Verneuil et Verdelet, valet de pied du Roi.
Le 6, mardi à Saint-Germain.—Mené jouer au jeu de paume, il se moque de M. de Verneuil qui jouoit foiblement: Velà féfé Veneuil, c'est miracle quand il frappe un coup, il faut faire sonner la trompette. A huit heures mené en la chambre de M. de Verneuil, où il voit jouer une comédie par les gens de M. de Verneuil et autres.
Le 7, mercredi.—On lui apporte une lettre de la part de Mlle de Mercœur, il l'ouvre, et sur ce que Mlle de Vendôme lui dit, voyant qu'il jetoit la poudre de Chypre qui étoit dedans: «Hé! Monsieur, ne la jetez pas, il la faut serrer.»—Ho! je la veux jeter moi; je l'aime point, j'aime mieux la poudre des canons.—Il va chez M. de Verneuil pour y voir jouer une comédie par ses gens.
Le 8, jeudi.—Mené promener, il fait tirer par son petit mulet sa petite charrette portant les ornements de sa chapelle à celle du bâtiment neuf, où il entend la messe.
Le 9, vendredi.—Il monte en ma chambre, et me dit: Mousseu Héroua, montrez-moi ce que vous avez écrit de moi; c'étoit mon journal. Il vouloit voir ses premières années, je l'avois à Paris. Il se met à écrire, et me dit: J'écris bien de la minute françoise, et peu après: Mousseu Héroua, il faut que je m'en aille achever un pourtrait que j'ai commencé. Il descend soudain, et va à sa peinture Janv
1609 dans son cabinet; il copie en huile le portrait du Roi qui étoit devant lui; il étoit fort reconnoissable: il s'amuse à peindre fort attentivement.
Le 10, samedi, à Saint-Germain.—Il me dit: Mousseu Héroua, j'ai inventé une sentence.—«Monsieur, vous plaît-il de me la dire?»—Les enfants qui ne sont pas sages, Dieu les punit. J'en ai inventé une autre: Les enfants qui craignent bien Dieu, Dieu les aide. En soupant, Mme de Montglat lui dit qu'il étoit beau: Je suis pas beau, cela est bon pour les femmes. Soudain qu'il eut soupé il s'en va à sa peinture en son cabinet, là où M. Du Vernet, précepteur de M. de Liancourt, lui donna un Jupiter[560] entouré des Muses, en taille-douce, et lui en expliqua le sens: comme c'étoit un roi, roi de tout le monde, et qu'il faisoit chanter devant soi et jouer des instruments, et qu'il ne faisoit rien et qu'un jour il feroit ainsi: Comment, dit-il, ce roi ne fait rien! je ne veux pas faire ainsi; tenez, j'en veux point, et le lui rend. Il va en la salle des gardes, où il voit danser la Bohémienne par de ses gens. Mis au lit, il s'amuse et prend plaisir bien grand au livre des chasses du sieur Du Fouilloux[561], que M. de Frontenac venoit de lui donner; il s'apprend à dire en musique l'appel des chiens.
Le 11, dimanche.—Il entend que l'on disoit qu'il seroit en pension avec M. de Souvré comme chez Mme de Montglat, et s'en fâche; il demande à M. de la Valette: Féfé Vendôme y est-il?—«Non, Monsieur.»—Ho! il a tout plus que moi! il a six laquais, et j'en ai que deux! Il l'avoit ainsi entendu dire, et avoit toujours ses comparaisons sur M. de Vendôme.
Le 12, lundi.—A quatre heures il va chez M. de Frontenac, où le Roi arriva de Paris venant de l'assemblée[562] de Vaucresson; le Roi se mit sur le lit pour Janv
1609 reposer; il faisoit la garde autour du lit afin que l'on ne l'éveillât point.
Le 13, mardi.—A sept heures et demie il va au lever du Roi chez M. de Frontenac, y est jusques à huit heures que le Roi s'en retourna à Paris par Versailles[563], où il alloit dîner. Il va jouer à la paume; M. Sauvat, excellent joueur, lui montre.
Le 14, mercredi, à Saint-Germain.—Il s'amuse à peindre fort bien[564], s'amuse à lire le livre du sieur Du Fouilloux.
Le 24, samedi[565].—A sept heures trois quarts il entre en carrosse, l'œil sec, et part de Saint-Germain en Laye pour aller à la Cour, entrer aux mains de M. de Souvré; il va par Saint-Cloud, arrive à onze heures au Louvre, où étoient le Roi et la Reine. A onze heures trois quarts dîné avec le Roi; à une heure le Roi le mène en carrosse chez la reine Marguerite. A six heures et demie soupé, de la viande de la Reine; ç'a été la première fois qu'il a commencé à boire du vin pour continuer.
Le 25, dimanche, au Louvre.—On lui met une fraise; M. de Souvré le fait regarder dans un miroir: Je semble, dit-il, au petit ambassadeur d'Angleterre; c'en étoit le fils. Il va chez le Roi à son lever, lui sert sa chemise. Le Roi lui commande de l'appeler son père, le mène par la galerie aux Tuileries. Il entend la messe avec le Roi, puis, à onze heures et demie, dîné avec le Roi; il est servi, par derrière, par commandement du Roi. Le petit M. de Humières le servoit; il ne l'avoit jamais servi, ce qui fut cause que le Dauphin, de son mouvement, commanda à M. de Ventelet: Allez, allez avec lui, pou lui montrer comme il faut faire. Il va ensuite chez la Reine.
Janv
1609
Le 26 janvier, lundi.—Il avoit une petite enlevure au coin de la lèvre droite; je lui fis mettre un petit emplâtre, lui disant s'il lui plaisoit pas que je lui fisse mettre une petite mouche: Une mouche, dit-il, en raillant, ho! je veux pas être beau; c'est madame la princesse de Conty qui met à son visage des petites mouches pour se faire belle. Il va chez le Roi, qui le mène aux Tuileries et le ramène à onze heures à la messe, en Bourbon[566].
Le 27, mardi, au Louvre.—Les députés de Bretagne lui viennent offrir leur service au nom de la province.—Il s'amuse à regarder des étoffes, choisit le bleu pour un habit; il en aimoit naturellement la couleur. A deux heures mené à voir la verrerie, au faubourg Saint-Germain, il y fait faire des verres, des paniers, des cornets. Le jeune M. de la Boissière donna un démenti à M. le comte de Torigny; il l'entend, et l'accuse envers M. de Souvré et lui commande de le fouetter. Ramené à quatre heures, il fait fouetter M. de la Boissière par M. de Souvré; ce fut la première justice en sa chambre[567].
Le 29, jeudi.—Il a vu tirer des armes, a tiré lui-même avec grâce et disposition.
Le 30 janvier, vendredi, au Louvre.—M. de Longueville vient en son cabinet, et lui dit: «Monsieur, voulez-vous pas que je fouette vos enfants d'honneur et vos pages?»—Vous n'êtes pas mon écuyer, lui dit-il assez brusquement, et se retournant vers M. du Repaire il lui dit tout bas: Voyez qu'il est hardi! il n'est pas mon écuyer; c'étoit qu'il ne vouloit pas ouïr parler de faire mal aux siens.
Le 31, samedi.—Il veut lui-même écrire le rôle de ses petits gentilshommes[568] selon l'ordre qu'ils étoient Janv
1609 venus à lui. On lui met un habillement neuf pour aller après souper à l'Arsenal, y voir danser le ballet de la Reine[569].
Le 1er février, dimanche, au Louvre.—Il écrit par réponse à Madame, sa sœur, sur la minute de M. de Souvré. Sur l'après-dînée il se ressouvient que Mlle de Vendôme lui avoit écrit; il demande du papier et de l'encre pour lui faire réponse. M. de Souvré lui fait la minute, et la lui envoie; elle commençoit: «Ma sœur, etc.»; quand il voit ces mots: Ma sœur! elle est pas ma sœur; faut mettre ma sœur de Vendôme. On alla le demander à M. de Souvré, qui trouva qu'il avoit raison.
Le 2, lundi.—Mené à la messe et à la procession avec le Roi. Il reçoit des nouvelles de Mesdames[570].
Le 3, mardi.—Il joue en la galerie, là où M. le comte de Torigny dit à un de ses compagnons: «L'ase vous etc.» Cette sale parole est rapportée à M. de Souvré, qui le menace du fouet. Tout du long de son dîner, le Dauphin persécuta M. le comte de Torigny pour la mauvaise parole: Torigny, dites à votre cul qu'il s'arme. Torigny, dites à votre laquais qu'il vous interroge. Torigny, puisque vous voulez être laquais, je vous envoyerai demain porter des lettres à Saint-Germain; il avoit ouï M. de Souvré disant que c'étoit une parole de laquais et de palefrenier. Mené à l'Arsenal, il y voit tout, et puis va à la Bastille. M. de Sully lui baille deux cents écus au soleil, pour sa foire, lui demande s'il veut qu'il lui fasse faire des balles de sucre comme celles de canon; il lui répond: Oui, mais que vous me les tiriez dans la bouche.
Fév
1609
Le 4, mercredi.—Il a de l'impatience pour aller à la foire, où il demande d'aller, au lieu d'écrire son exemple. M. de Souvré lui porte cinquante écus pour employer à la foire; il dit: J'en ai encore pou trois fois. A une heure et demie mené en carrosse, à la foire, il y gagne un cachet d'or à la rafle, jouant avec lui Mlle de Rohan.
Le 5, jeudi, au Louvre.—Mené chez le Roi puis aux Tuileries, où il entend la messe. Il va tirer des armes, puis va chez la Reine, où il se joue à M. de Verneuil, qui avoit ce jourd'hui pris la soutane; le Dauphin se met à genoux, et va ainsi pour lui baiser le pied (à M. de Verneuil), ses petits gentilshommes en font autant. A quatre heures le sieur Don Pedro de Toledo le vient voir pour prendre congé de lui, s'en retournant en Espagne.
Le 6, vendredi.—Mené à la foire, ramené à onze heures, il va chez le Roi et après, à onze heures et demie, dîné.—M. de Souvré avoit fait emprisonner son laquais pour avoir donné un coup de bâton à la foire; l'on en parloit pour l'excuser. Je dis à M. de Souvré, assez bas, que Mgr le Dauphin ne seroit pas longtemps sans demander sa grâce. M. de Souvré répond: «Si y sera-t-il vingt-quatre heures.» Le Dauphin écoutoit en sournois, et répond tout bas: Je fairai bientôt sonner les vingt-quatre heures. Aussitôt qu'il eut achevé de dîner, il fait apporter sa montre sonnante, et les fait sonner, et dit aussitôt: Mousseu de Souvré, vingt-quatre heures ont sonné, faites s'il vous plaît sortir de prison votre laquais. Il va chez le Roi en la galerie, où il mène sa compagnie armée: il étoit mousquetaire; le Roi y prend un singulier plaisir; ils étoient plus de trente. Ramené en sa chambre, il joue au trou-madame.
Le 7, samedi.—Il écrit, lit, tire des armes. A cinq heures mené à l'Hôtel de Bourgogne, à la comédie; ce fut la première fois. Ramené à six heures et demie, il en récite beaucoup devant Leurs Majestés.
Le 8, dimanche.—Il écrit à Mme et à Mlle de Vendôme. Fév
1609 A trois heures trois quarts[571], mené à l'Hôtel de Bourgogne, il se met à rire avec éclat et dit: Mousseu de Souvré, je ris ainsi, afin qu'on pense que j'entens l'italien. Ramené à six heures et demie.
Le 9, lundi, au Louvre.—Mené chez le Roi puis à la messe aux Feuillants, par la galerie, il se promène aux Tuileries, revient par le même chemin, va chez la Reine. A souper il donne le demeurant d'un hachis de perdrix à MM. de Vendôme et le Chevalier, les appelle ses frères par commandement du Roi.
Le 10, mardi.—Mme de Montglat, qui l'étoit venue voir, pleuroit: Mamanga, vous pleurez; ne pleurez pas, vous n'avez qu'une dent; comme elle lui veut dire adieu, il lui saute au col; elle pleure, il ricane pour s'assurer; l'on lui ouvre la porte du cabinet: Mamanga, velà la porte ouverte, allez-vous-en. Ce ne fut point par mauvaise volonté, mais pource qu'il se sentoit touché de ses larmes. A deux heures mené aux Chartreux, c'est la première fois. Il va à la foire, y joue à la rafle, perd deux cachets. La reine Marguerite lui donne sa foire: une enseigne et un cordon de diamants le tout estimé à deux mille écus[572]; elle commanda à l'orfèvre de lui bailler tout ce qu'il demanderoit, promettant de le payer.
Le 11, mercredi.—Il est mené à la messe en Bourbon, puis se va promener au jardin du Louvre, va donner le bonjour à la Reine. Il s'entretient à dîner avec un fol nommé Des Vietes[573]. Il va chez le Roi, revenant de Saint-Germain, où il avoit couché.
Le 12, jeudi.—Il va en la grande galerie, où il s'amuse à voir les carreleurs, les fait travailler, y aide, puis va donner le bonjour à la Reine et après au Roi, que la Fév
1609 goutte avoit pris la nuit précédente. La Reine lui donne une petite montre couverte de diamants.
Le 13 février, vendredi, au Louvre.—Mené en carrosse au faubourg Saint-Jacques faire courir un lièvre, dans le clos du sieur de La Tour, où il court deux lièvres, emporte les queues et les met à son chapeau. Il reçoit Madame, arrivée à Paris; à souper elle buvoit du vin; il lui dit: Ma sœur, vous êtes trop jeune pou boire du vin; j'en bois astheure, mais j'ai un an plus que vous; maître Gilles[574], ne donnez point de vin à ma sœur, elle est trop jeune. Après le souper il lui dit: Ma sœur, me voulez-vous voir tirer des armes? Et il fait envoyer querir le sieur Jeronimo pour lui montrer, tire devant Madame, puis ils vont chez Leurs Majestés.
Le 14, samedi.—A quatre heures mené à l'Hôtel de Bourgogne, ramené à huit heures tout morfondu de froid.
Le 15, dimanche.—Mené hors du faubourg Saint-Honoré, à la Ville-l'Évêque, qui appartenoit à Mlle de Longueville; il y fait courir un lièvre dans le parc. A sept heures soupé, il va chez le Roi, est ramené à onze heures et demie, à cause du ballet.
Le 19, jeudi.—Mené chez la reine Marguerite, à la foire, chez M. Conchino et chez M. de Gondi.
Le 20, vendredi.—Lu, écrit, tiré des armes[575]; il rompt d'une avant-main, sur l'épée du sieur Jeronimo, son fleuret près de la poignée, tant il étoit fort; il ne y avoit point de fêlure au fleuret; il tâche, en tirant, à surprendre son maître. Il est mené à la Roquette puis chez M. de Roquelaure.
Le 22, dimanche.—A neuf heures déjeûné, écrit; il s'avise qu'il étoit dimanche, s'en veut dédire, y est retenu Fév
1609 par M. de Souvré. Il écrit à regret, et dit: Parce qu'il est dimanche, j'écris rien qui vaille; il tire des armes, et en dit autant, tirant avec négligence.—La Reine le mène jusqu'à Villejuif, au-devant du Roi revenant de Fontainebleau.
Le 24 février, mardi.—Ce matin arriva la nouvelle du duc de Florence[576] qui étoit décédé le 7me du mois.
Le 27, vendredi.—Mené chez M. de Roquelaure avec la Reine, il revient avec elle sur le pont au Change, chez La Haye, et de là sur le pont aux Marchands, où il demande le nom des oiseaux de toutes les enseignes, puis au bout du Pont-Neuf, où il joue à une blanque, y gagne un tableau d'une Lucrèce.
Le 28, samedi.—Madame prend congé de lui, pour s'en retourner à Saint-Germain-en-Laye; il est mené en un jardin, au faubourg Saint-Jacques, où il fait courir des lièvres.
Le 2 mars, lundi, au Louvre.—Il va en la galerie aux accordailles de Henri de Bourbon, prince de Condé, avec Mlle [Charlotte] de Montmorency, fille de M. le connétable. Il demande à M. de Souvré: Quel pays est-ce que querouage? Il y avoit six jours qu'il lui avoit ouï dire le mot.—«Monsieur, lui répond M. de Souvré, je ne sais, mais qu'est-ce?»—Je ne sais; et si, je sais bien que c'est; puisque me le voulez pas dire, je le demanderai aux dames.—Et à qui?»—A madame de Souvré. Enfin, il dit que querouage c'est aller faire l'amour. Je lui avois dit que c'étoit aller au serein, au clair de la lune: Hon! c'est pas cela; il ne voulut jamais confesser celui qui lui en avoit donné l'interprétation[577].
Mars
1609
Le 3, mardi, au Louvre.—Mené chez M. de Roquelaure, où étoient LL. MM. A six heures et demie soupé; il va chez le Roi, y voit danser le ballet du chevalier de Vendôme, y est jusques à onze heures trois quarts.
Le 5, jeudi.—Mené en carrosse en la plaine de Vaugirard et d'Issy, à la volerie; il voit prendre des corneilles.
Le 6, vendredi.—Après déjeuner M. Des Yveteaux[578], son précepteur, lui donna la première leçon, commençant par un petit discours qui lui représentoit comme il avoit à reconnoître que Dieu l'avoit fait naître chrétien et dans l'Église apostolique, et fils d'un grand Roi, et par ainsi qu'il avoit à savoir qu'il lui falloit aimer et craindre Dieu, se rendre véritable et juste, à aimer et honorer le Roi et la Reine comme ayant supériorité sur lui, et puis comme ses père et mère, et que les vertus s'apprenoient dans les livres; et commença à lui faire lire le commencement de l'histoire de Josèphe, puis lui baille par écrit à savoir: «s'il faut que les ecclésiastiques soient appelés aux conseils des princes et ce qui lui en semble.»—Je sais pas, répond le Dauphin.
Le 7, samedi.—Mené au bois de Vincennes, c'est la première fois; il y court des lièvres, y voit un élan.
Le 8, dimanche.—Mené au devant du Roi revenant de Saint-Germain-en-Laye; goûté au Roule, puis il rencontre, au devant des Ternes, le Roi, qui le fait mettre en son carrosse.
Le 10, mardi.—A souper il fait un rot; M. de Souvré l'en reprend; il lui répond froidement: Mousseu de Souvré, c'est un rot, ce n'est pas un pet.
Le 11, mercredi.—Mené sur le pont voir, tous les engins Mars
1609 de la pompe de la Samaritaine, puis il va au jardin du Palais, y a goûté.
Le 12, jeudi, au Louvre.—Botté et éperonné, il est mené en carrosse aux Chartreux, y monte sur sa petite haquenée baie, dans le clos, pour voir courir deux blaireaux.
Le 13, vendredi.—Il commença à signer des lettres de retenue[579] pour quelques-uns de ses officiers.
Le 14, samedi.—Il signe des brevets, veut savoir pour qui ils sont. L'on parloit d'Engoulevent[580], qui faisoit le fol; de Heurles, son valet de chambre, va dire qu'il étoit à Langres, le Dauphin demande: Pourquoi?—«Monsieur, pour des affaires.»—Les fous ont-ils des affaires? Il demande le sieur Des Yveteaux, son précepteur, et l'envoie querir pour étudier; le précepteur se trouva malade. Mené à Cachant[581], il monte à cheval aux Carmélines.
Le 15, dimanche.—Il est mené en l'hôtel de Nemours pour y voir un cabinet d'antiques, puis va à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés; ce fut la première fois; M. le prince de Conty[582] lui fait voir toute la maison.
Le 16, lundi.—M. de Gouville[583], gentilhomme normand, excellent tireur des armes, lui montroit les pas en avant et en arrière, et lui dit: «Monsieur, il vous faut apprendre à tirer en avant et à reculons;» il répond soudain: Je veux tirer en avant, non pas à reculons.
Le 17, mardi.—Mené chez le Roi, qui alloit à Chantilly, à deux heures; M. de Souvré le fait étudier. A six heures et demie soupé; le Dauphin fait armer M. le Chevalier Mars
1609 des armes entières que M. de Lesdiguières[584] lui avoit fait faire à Milan et ce jourd'hui avoient été présentées au Dauphin par M. de Créquy; elles avoient coûté mille doublons.
Le 19 mars, jeudi, au Louvre.—Ce jourd'hui, à déjeuner, il a commencé à manger de ses viandes et ouvrir sa maison; la Reine l'avoit nourri jusques ici, depuis son retour de Saint-Germain. Mené au clos des Chartreux, il y court un renard qu'il y avoit fait porter, lui étant à cheval, botté et éperonné; puis mené à l'hôpital des fols au faubourg Saint-Germain, il y voit une folle qui se disoit être fille du roi Charles[585].
Le 21, samedi.—A deux heures et un quart il entre en carrosse avec la Reine, qui part pour aller à Notre-Dame de Chartres, la conduit jusques auprès de Bourg-la-Reine.
Le 23, lundi.—Il est mené au faubourg Saint-Germain, voir la reine Marguerite.
Le 25, mercredi.—Mené au parc de Madrid[586], il a goûté à l'entrée, chez le concierge, puis il est mené en l'abbaye de Longchamp.
Le 27, vendredi.—Mené à l'Arsenal, il y a goûté à trois heures, puis est venu aux Tuileries trouver le Roi.
Le 29, dimanche.—Mené chez M. de Mayenne, où l'on lui présente la collation. Il demande à boire; lui en étant offert par les officiers de M. de Mayenne, il dit: Où sont mes officiers? M. de Ventelet, son maître d'hôtel, lui dit tout bas que ce seroit offenser M. de Mayenne de refuser ses officiers; lors il prend le verre où étoit le vin, fort trempé, et ne y fait que tâter. Mené à vêpres à Saint-Antoine-des-Champs.
Le 30, lundi.—Mené aux Tuileries et aux Chartreux, Mars
1609 ramené au jardin du Louvre, il y a cueilli lui-même une douzaine d'asperges.
Le 31 mars, mardi.—A douze heures et demie il entre en carrosse pour aller à Saint-Germain-en-Laye, va par le pont de Neuilly et arrive à la chaussée, monte à cheval et rencontre Mesdames, qui lui étoient venues au devant. Il marche à la tête du carrosse pour se faire voir, et arrive à Saint-Germain à quatre heures et trois quarts. Il va par le jardin au parc jusques à la chapelle, est ramené au château, en la chambre du Roi, où il logea.
Le 1er avril, mercredi, à Saint-Germain.—A neuf heures et un quart il entre en carrosse pour aller dîner à Fresnes, où le Roi, revenant d'Anet par Mantes, l'avoit mandé, y a dîné à onze heures trois quarts avec le Roi; peu après, mené en carrosse jusques au bois, il est monté à cheval, est allé dans le bois après la chasse, suivant le Roi. Ramené à Saint-Germain avec le Roi en carrosse à six heures, il lui demande permission d'aller étudier, pource que le Roi lui avoit dit le matin que s'il n'étudioit point qu'il ne iroit point à la chasse. A sept heures et demie il est mené en carrosse au bâtiment neuf[587], voir la Reine.
Le 2, jeudi.—A sept heures et demie mené en carrosse au bâtiment neuf, pour y voir danser le ballet de Madame.
Le 3, vendredi.—Mené vers la Muette, à la rencontre du Roi, qui étoit à la chasse.
Le 4, samedi.—Il va dire adieu à Messieurs, ses frères, et à Mesdames, ses sœurs, est mené à la chapelle à la messe, puis chez la Reine au bâtiment neuf, et à neuf heures et demie est parti. Il va à Ruel, où étoit le Roi, se promène partout; à midi dîné avec le Roi et la Reine; Moisset[588] donnoit le dîner, et aux princesses. Parti à trois Avr
1609 heures, il passe par Saint-Cloud, et arrive à Paris à cinq heures trois quarts.
Le 5, dimanche, au Louvre.—Mené aux Feuillants, à la messe, il se joue aux Tuileries; dîné avec le Roi; mené au faubourg Saint-Jacques, en un jardin où il court un lièvre avec ses deux petits lévriers.
Le 9, jeudi, au Louvre.—Il entre en carrosse avec la Reine, qui part pour aller à Fontainebleau, l'accompagne jusques à la porte Saint-Antoine, va à l'Arsenal. Mené au parc de Mlle de Longueville à la Ville-l'Évêque.
Le 10, vendredi, voyage.—A huit heures parti de Paris pour aller à Fontainebleau, il arrive à dix heures trois quarts à Juvisy, où il a dîné; ne voulut jamais entrer en l'hôtellerie: Hé! mousseu de Souvré, n'y allons point! allons là dedans, montrant une maison de M. Chauvelin, qui étoit fort propre; il y a dîné. A trois heures il rentre en carrosse, arrive à Essonne à quatre heures trois quarts, va voir le moulin à polir les diamants, puis celui à papier, y fait lui-même six feuilles à papier, fort bien, est ramené par eau. Couché à Essonne.
Le 11, samedi.—Mené à l'église, puis au moulin où l'on blanchit les toiles; il part d'Essonne à huit heures, et arrive à dix heures trois quarts à Ponthierry, où il a dîné. Arrivé à quatre heures à Fontainebleau, il va chez le Roi; à cinq heures et un quart soupé avec le Roi.
Le 12, dimanche, à Fontainebleau.—Mené chez LL. MM. et à la procession[589], avec le Roi.
Le 13, lundi.—Lu, écrit, tiré des armes, mené à la messe en la chapelle, puis chez LL. MM. Après souper il s'amuse à peindre[590].
Le 16, jeudi saint.—Il ne veut point déjeuner pource que M. de Souvré lui dit que le Roi, qui se trouvoit Avr
1609 un peu mal, lui commandoit d'aller laver les pieds aux petits enfants. Il ne y peut consentir, jusques à ce que M. de Souvré lui dit qu'il les laveroit; il a déjeuné puis il dit soudain: Mousseu de Souvré, souvenez-vous de votre promesse. M. de Richelieu[591] lui demanda s'il lui plaisoit pas qu'il fût le Dauphin pour lui, et qu'il laveroit les pieds: Je le veux bien, mais je reviendrai incontinent. Il demande à étudier, mais c'est pour gagner le temps. Mené chez le Roi, qui lui demande s'il veut pas aller laver les pieds aux petits enfants: Oui, mon père, mais j'aimerois mieux sauter le fossé; c'étoit un petit fossé que deux jours auparavant le Roi lui avoit fait sauter, et où il avoit mis une jambe dans l'eau, ne l'ayant pu franchir. Mené à la grande salle à neuf heures et demie, il fait fort bien la cérémonie du lavement des pieds, est servi par M. le comte de Soissons, grand maître, et autres officiers du royaume, comme si c'eût été le Roi. Après souper mené chez LL. MM.; au retour, il s'arrête de lui-même au reposoir qui étoit en la salle, y prie Dieu.
Le 17, vendredi saint, à Fontainebleau.—Mené à la salle du cheval, au sermon du P. Coton.
Le 18, samedi.—Il écrit à M. de Lesdiguières, le remerciant des armes qu'il lui avoit envoyées[592]; mené à la messe en la chapelle, il va à confesse au P. Coton. A quatre heures et demie il entre en carrosse avec LL. MM., qui le mènent voir l'eau mise au grand canal.
Le 19, dimanche, jour de Pâques.—A deux heures il est mené au sermon du P. Coton.
Le 20, lundi.—Mené chez LL. MM., où il voit un miroir ardent qui fondoit du plomb.
Le 22, mercredi.—Le fils du mylord Cécil, Anglois, Avr
1609 le vient saluer; mené à la chasse au blaireau, il y mène le fils du mylord Cécil.
Le 23 avril, jeudi.—Il s'amuse en sa chambre à raboter des ais; il y avoit des menuisiers.
Le 27, lundi, à Fontainebleau.—A deux heures mené chez la Reine, il y dit tous ses mots latins. Mené à cinq heures promener au parc avec le Roi: près de la bonde, il y avoit une rigole d'un pied et demi de largeur par où l'eau tomboit dans le grand canal. Le Roi le faisoit sauter cette rigole; il la sautoit sans course. Il lui commande de la sauter avec course: la crainte qu'il avoit de ne prendre pas justement son élan, de tomber dedans et faire rire le monde, fut cause qu'il ne voulut jamais sauter à course. Le Roi sauta pour lui en donner la volonté, en fit sauter plusieurs. M. de Souvré le menace du fouet, il répond qu'il aime mieux l'avoir que de sauter. Cela offensa le Roi, qui commanda qu'il le fût. Ramené en son cabinet avec protestation de vouloir sauter. Fouetté de trois coups de verge, ce fut la première fois, il dit: Ce n'est rien; il ne m'a pas fait mal. A neuf heures il va chez le Roi, où quelques-uns de ses petits gentilshommes se préparent de jouer quelques vers de la Bradamante[593] devant le Roi; il avoit sept vers à dire de Charlemagne. A dix heures ils vont à la chambre de la Reine, et en présence de LL. MM. ils jouèrent; il dit: J'ai oublié mon rolet.
Le 28, mardi.—A neuf heures il va dire adieu à la Reine, qui partoit pour aller à Paris; le Roi étoit parti à six heures. Le soir il envoie querir la musique de M. de Bouillon; c'étoit un luth, un clavecin et une viole par un nommé Pradel, excellent joueur s'il en fut jamais.
Le 29, mercredi.—Il s'amuse à écrire des devises et à peindre les corps[594].
Avr
1609
Le 30 avril, jeudi.—Mené sur la route de Moret, où il chasse au blaireau. Il étudie et apprend à décliner son nom en latin jusqu'à l'ablatif.
Le 1er mai, vendredi, à Fontainebleau.—Il étoit botté pour aller à la chasse, il se prit à pleuvoir: C'est, dit-il, un grand cas; il pleut toujours quand je me botte, je voudrois bien savoir d'où vient cela. Il est amusé par certaine musique ambulatoire[595].
Le 2, samedi.—Son précepteur M. Des Yveteaux lui ayant demandé que c'étoit à dire en françois: Discite justitiam moniti et non temnere divos, il répond: Je ne sçais. M. Des Yveteaux reprit: «C'est-à-dire, soyez avertis à apprendre à faire justice et à ne craindre point Dieu.» Je veux croire[596] que ce fut par mégarde.
Le 5, lundi.—En buvant il regardoit deçà et delà; M. de Souvré lui dit qu'il faut regarder dans le verre, et le lui montroit avec deux doigts; le Dauphin ayant bu, lui fait les cornes. M. de Souvré lui dit: «Comment, Monsieur, vous me faites les cornes?»—Quand on fait les cornes, il les faut rendre; c'étoit un de ses plus grands déplaisirs quand on les lui faisoit, et l'une de ses plus grandes vengeances. Le long du dîner il s'entretient de la chasse avec maître Martin, qui avoit les chiens d'Artois. Le sieur Angé lui voulut faire quelque conte, il dit: Ho! ce sont contes de la cigogne.—«Monsieur, vous ne les croyez donc pas?»—Je ne suis pas de ceux là. Je lui demande: «Monsieur, qu'est-ce des contes de la cigogne?» il répond: Quand on veut faire craire quelque chose qui n'est pas vraie.
Le 8, vendredi.—Il s'amuse à peindre un carrosse à six chevaux, avec l'encre et la plume[597].
Le 9, samedi.—A dîner il raille avec M. le Chevalier Mai
1609 et avec M. de Verneuil, dit à M. de Verneuil qu'il donnera la bénédiction à M. le Chevalier quand il ira à Malte. A souper on lui sert des maquereaux pour la première fois; il demande: Qu'est cela? on lui répond: «Monsieur, ce sont des maquereaux»; il ouvre la gueule au poisson et, lui battant la tête: Fi! le vilain! ôtez, ôtez-moi ces vilains!
Le 11 mai, lundi, à Fontainebleau.—Le matin il fait ouvrir les fenêtres et souffle en l'air, disant qu'il envoie toutes ses opiniâtretés au comte de la Voute, qui étoit logé au pavillon du bout du jardin du Tibre.
Le 13, mercredi.—A dix heures il entre en carrosse, va par Moret (ce fut la première fois); on lui porte les clefs de la ville; il la traverse, et va dîner à Ravannes, maison du jeune Loménie. Il revient par Moret, où M. de Moret, âgé de deux ans, le vient saluer, arrive à Fontainebleau, où, sans descendre de carrosse il est mené en la forêt, au devant du Roi, qui couroit le cerf, revenant de Paris. La Reine arriva à neuf heures.
Le 16, samedi.—L'on prend un chaton de diamants qui étoit sur un cordon de chapeau, pour le lui mettre pour enseigne; quelqu'un dit que M. de Sully lui en bailleroit un de deux mille écus: Ha! oui, dit le Dauphin, et il n'a pas voulu payer mes chevaux de chariot! il le disoit en colère sans le montrer; il n'aimoit pas à être refusé.
Le 18, lundi.—Déjeuné en s'amusant à faire lire et interpréter au sieur Des Yveteaux certaines devises qui étoient dans un petit livre appartenant à M. de Souvré; il y en avoit une de l'hermine, qui aimoit mieux se laisser prendre que de se souiller: Celle-là est belle! dit-il.
Le 19, mardi.—A souper M. de Vilaines, gentilhomme servant, lui demanda s'il lui plaisoit du vin ou de la tisane, il lui répond: Duquel que vous aimerez le mieux; il lui sert de la tisane, et ayant bu il lui dit: J'ai bu de celui que vous aimez le moins.
Le 21, jeudi.—A midi, dîné avec le Roi; il s'amuse Mai
1609 à écouter maître Guillaume[598], et rit de ce que le Roi lui ayant demandé de qui il pensoit que Monseigneur le Dauphin fût fils, il lui répondit: «D'un président de Paris.»
Le 26 mai, mardi.—Goûté hâtivement pour aller à la chasse, il dit à M. de Souvré: Mousseu de Souvré, dites s'il vous plaît à ma mère qu'il y a cinq jours que je ne suis point monté à cheval; en vérité il y a cinq jours! Il commande que ses bottes fussent mises dans le carrosse, va chez la Reine, est mené en carrosse pour aller au devant du Roi, qui couroit le cerf, voit passer le cerf et se trouve à la mort.
Le 1er juin, lundi, à Fontainebleau.—Mis au lit, il me donne son bras et me dit: Regardez le petit oiseau avant de vous en aller; c'étoit son pouls. Il me donna congé pour aller à Vaugrigneuse[599].
Le 18, jeudi.—Mené à la chapelle, puis chez LL. MM.; il va avec eux à la procession et au sermon.
Le 24, mercredi.—Il étudie au catéchisme. Après souper il est mené chez LL. MM., puis se va jouer à la galerie, où il bat un des laquais à coups de raquette, parce qu'il avoit accompagné M. de Souvré allant au bourg; ramené en pleurant de peur du fouet, que le Roi avoit commandé de lui donner. Mis au lit, il ne veut point dormir que M. de Souvré ne l'aye assuré qu'il n'auroit point le fouet.
Le 25, jeudi.—M. de Souvré lui fait la peur entière du fouet jusques à l'exécution, suivant la grâce qu'il en avoit demandée au Roi. Mené à la messe chez LL. MM., où il se jette à genoux devant la Reine, demandant pardon de la faute du jour précédent, et peu après en fait autant au Roi, qui arriva en la chambre de la Reine, laquelle rougit lorsque Monseigneur le Dauphin se jeta à Juin
1609 genoux devant elle, et n'écoutoit point ce que M. de Souvré lui disoit. Soupé avec le Roi; mené au jardin promener, il demande permission au Roi de cueillir et faire deux bouquets, l'un pour la Reine et l'autre pour Mlle de Fonlebon, l'une des filles de la Reine, sa maîtresse; il en étoit amoureux. S'en retournant il demande congé d'aller chez les filles de la Reine, donne le bouquet à sa maîtresse, et la baise quatre fois, serré et gaiement; puis va chez la Reine, et lui donne l'autre bouquet, fait de lys blancs et autres fleurs, se met à chanter plusieurs chansons en concert, devant LL. MM.
Le 26, vendredi.—M. le maréchal d'Ornano[600], qui ne l'avoit jamais vu, lui fait la révérence, la larme à l'œil.
Le 28 juin, dimanche.—M. [le prince] et Mme la princesse de Condé, fille de M. le connétable, arrivent. Piedro Guichardini, ambassadeur du nouveau grand-duc de Toscane[601], lui apporte des lettres de sa part, de son frère et de la Grande-Duchesse.
Le 2 juillet, jeudi, à Fontainebleau.—A une heure il va trouver le Roi, qui le mène au conseil, où il alloit pour entendre les avis divers qui se proposoient par diverses personnes, sur le fait et changement des monnoies; le Roi le tenoit entre ses jambes; la Reine aussi y assista. C'est la première fois qu'il a été au conseil.
Le 4, samedi.—Mené à la messe, puis à la grande galerie pour voir le Roi, qui couroit la bague; il l'emporta une fois. Les dames étoient aux fenêtres d'en haut du pavillon, et entre les autres Mme la princesse de Condé.
Le 5, dimanche.—Il va en la grande galerie pour voir le Roi courant la bague, qui de cinq courses fit trois dedans. Après souper il va chez LL. MM., et, du corridor, regarde le Roi, qui étoit en la cour prenant plaisir Juil
1609 à jeter des fusées; mené au bal, où il dansa gaiement. M. de Vendôme fut épousé[602] entre une heure et deux heures après minuit. Mme de Mercœur envoya au Dauphin une petite chaîne de chiffres d'or où pendoit un Hercule enrichi de petits diamants, et, à la base au-dessous, étoient écrits ces mots: La grandeur de ton père et la vertu te font plus grand qu'Hercule.
Le 6, lundi, à Fontainebleau.—A déjeûner il hume trois cuillerées de bouillon pour l'amour de Mme la princesse de Condé et deux pour Mlle de Fonlebon, sa maîtresse[603]. Après souper il va chez le Roi, le regarde jetant des fusées, puis monte en la chambre de Mme la princesse de Condé; il en étoit piqué.
Le 7, mardi.—A cinq heures il accompagne, en la chapelle basse, le Roi, qui conduisoit Mlle de Mercœur pour épouser; M. de Gondi, évêque de Paris, l'épousa à M. de Vendôme, fils naturel du Roi. Soupé à six heures et demie en la salle du cheval, où se faisoit le festin royal, les princes servant, puis il va à la salle du bal, où se dansa le grand bal; il conduisoit la Reine.
Le 8, mercredi.—Il s'amuse à faire copier une chanson d'amour et à marquer la note de l'air. Mené chez LL. MM., et à cinq heures à la grande galerie, d'où il voit le Roi courant la bague. A six heures et demie soupé, puis mené chez LL. MM., il va à onze heures avec eux en la salle du cheval, où il a vu danser le ballet des preneurs d'amour avec des faucons, des furets et par des pêcheurs, etc., de l'invention du sieur de Bonières. Ramené à une heure et demie après minuit.
Le 11, samedi.—A neuf heures étudié; M. Des Yveteaux le tenoit entre ses jambes, à la vue de M. de Souvré et de Mme de Saint-Luc; écrit, dansé, tiré des armes.
Juil
1609
Le 12, dimanche, à Fontainebleau.—Mené à la chapelle, puis en la grande galerie, d'où il voit le Roi courant la bague. Avant de se coucher il compose et écrit des vers amoureux, marque la note de l'air; son précepteur[604] l'aide à achever, y ajoute des vers.
Le 13, lundi.—A dîner, il raille avec un fol normand, nommé Des Vietes, qui faisoit du mauvais latin.
Le 14, mardi, voyage.—Il part de Fontainebleau, dîne à Melun, arrive pour la première fois à Brie-Comte-Robert à quatre heures; goûté au château, racoustré par M. Gobelin, président des Comptes. Après souper il est mené promener à Panfou, maison de M. le chancelier[605], se joue sur un meulon de foin, l'assaut, le défend, se roule du haut en bas, sue, change de chemise. Ramené à Brie; ses bagages n'étoient point arrivés, son chariot s'étoit rompu par deux fois, ils n'arrivèrent qu'à onze heures. A neuf heures et demie il est dévêtu, mis au lit; c'étoit le lit de M. Gobelin et de ses draps. Il demanda: Le Roi mon père a t'y couché ici? On lui dit que oui, car il eût fait difficulté d'y coucher. Il se met à vouloir des vers, et me dit: Mousseu Hérouard, mettez cette prose en vers: «Je veux que ceux qui m'aiment m'aiment longtemps; car s'ils ne m'aiment point qu'ils me quittent demain». Il me presse de les faire tout à l'heure; je les lui fais ainsi:
Je veux que tous ceux-là qui de m'aimer desirent,
Que ce soit pour toujours ou bien qu'ils se retirent.
Il me dit: Je vous en veux donner une autre prose; c'est cette-ci: «Je veux que toutes mes actions ayent leur fondement sur la vertu». Apportez-le moi demain matin en vers.
Le 15, mercredi, voyage.—Éveillé à huit heures, il me demande les vers avec impatience; je me veux excuser, il me presse, je les lui baille ainsi:
Juil
1609
Je consacre mes actions
Et toutes mes affections
A la vertu pour fondement unique,
Afin que par tout l'univers,
En renommée magnifique,
Mon nom soit immortel en tous âges divers.
Il voulut se les faire écrire pour leçon. Mené à l'église, il entre à neuf heures en carrosse, arrive à onze heures et un quart à Creteil pour la première fois, dîne en la maison de M. Mangot[606]. Parti à trois heures en carrosse, il monte à cheval au petit Saint-Antoine, et ses petits gentilshommes marchent devant lui, deux à deux, selon l'ordre de leur arrivée auprès de lui; les premiers furent M. de Liancourt et M. le comte de la Voute. Il arrive au Louvre à cinq heures, voit le Roi, qui étoit arrivé par eau une heure auparavant; la Reine arrive à huit heures.
Le 16, jeudi, au Louvre.—Étudié, écrit, dansé, tiré des armes, joué à la paume; il change de chemise, étant forcé par M. de Souvré, qui le frappe du gant; il s'en pique étrangement. M. de Souvré lui remontre, et lui disant qu'il ne veut rien faire ne croire de tout ce qu'il lui dit, il lui répond en colère: Non, je crois pas tout ce que vous me dites ne ce que vous me direz.
Le 17, vendredi.—Éveillé à six heures et demie; il feint de dormir, de peur de châtiment, se ressouvenant de la colère qu'il avoit eue contre M. de Souvré; on regarde en son lit, on le trouve pleurant; M. de Souvré lui remontre; il se repent.
Le 18, samedi.—Mené aux Tuileries par la galerie, il entend la messe aux Capucins. A quatre heures mené en carrosse au jeu de paume de Verdelet, à la rue Plâtrière, il y a joué.
Juil
1609
Le 19 juillet, dimanche.—M. le maréchal d'Ornano lui donne un poignard de sultane, garni de rubis.
Le 20, lundi.—A neuf heures il entre en carrosse pour aller à Saint-Germain-en-Laye, par le port de Neuilly et la chaussée, y arrive à midi et fait bonne chère à Messieurs, ses frères, et Mesdames, ses sœurs. A six heures le Roi revient de la chasse.
Le 21, mardi.—Dîné avec le Roi; à quatre heures il entre en carrosse, et, par les bacs, arrive à Paris à six heures et un quart.
Le 22, mercredi, au Louvre.—A quatre heures et demie il entre en carrosse avec le Roi, qui le mène baigner en la rivière, au-dessous de Conflans, à l'île gauloise (ce fut la première fois); il se y met sans crainte, en gagne une discrétion à M. de Bellegarde, grand écuyer, qui gagea le contraire contre lui. Le Roi lui versoit de l'eau sur la tête à pleins chapeaux, M. de Paistry lui montroit à nager, le conduisoit, le tenoit sous le menton. Il lui prend envie de plonger, il but; il y est une demi-heure. Ressuyé, ramené en son carrosse; à huit heures soupé; il me fait l'honneur de me raconter son voyage et comme il s'étoit baigné, me dit qu'il n'avoit point voulu pisser en l'eau, de peur qu'il ne le bût mêlé dans l'eau, mais que le Roi son père y avoit pissé.
Le 27, lundi.—A trois heures il entre en carrosse, est mené à Saint-Denis pour la première fois; il donne de l'eau bénite à la feue Reine, mère du feu Roi, que, depuis quatre mois, Mme d'Angoulême avoit fait porter de Blois pour la faire ensevelir[607]; il voit le trésor. Ramené à sept heures, soupé; il se ressouvient et me raconte qu'il a vu à Saint-Denis l'épée de Jehanne la Pucelle, veut Juil
1609 savoir qui elle étoit, ce qu'elle fit, ce qu'elle devint; il dit qu'il y a six Louis enterrés, parle des sépultures, de celle du roi Louis et de son petit qui n'avoit que deux mois[608] et autres choses.
Le 29, mercredi.—Mené en carrosse au faubourg Saint-Germain, au clos de l'hôtel de Luxembourg, il y fait courir deux lièvres par ses petits chiens d'Artois.
Le 31, vendredi.—A midi, dîné, étudié; sa nourrice vient, qui lui dit qu'il faut bien étudier trois ou quatre ans et qu'après il n'étudiera plus; il lui répond: Ho! non, plus je serai vieux et plus j'aurai besoin d'apprendre.
Le 1er août, samedi, au Louvre.—Mené en carrosse à l'hôpital des pestiférés, qui se bâtissoit près de Montfaucon[609].
Le 3, lundi.—A midi dîné, mené chez le Roi, puis à l'Arsenal, où il a goûté et mangé beaucoup de prunes, que M. de Sully a secouées lui-même de l'arbre.
Le 7, vendredi.—Il va voir la reine Marguerite à deux heures, puis part pour aller à Saint-Maur[610], arrive au petit Saint-Antoine, en l'abbaye, où il a goûté, passe par le bois de Vincennes et arrive à six heures à Saint-Maur-des-Fossés.
Août
1609
Le 9, dimanche, à Saint-Maur.—Il est mené à la messe au village, puis se promener par des jardins du bourg; il s'amuse à abattre des noix avec une balle, à coups de raquette, mange des cerneaux sucrés des noix qu'il avoit abattues. A deux heures mené en carrosse à la chasse au lièvre: il en prend deux vers Champigny; il faisoit un extrême chaud.
Le 11, mardi.—Il fait chanter et chante en concert des chansons d'amour; mis au lit, il fait encore chanter Laudate en concert de voix, d'un luth et d'une mandore.
Le 12, mercredi.—Il est mené à la messe en l'abbaye, puis va vers le moulin mettre ses chiens en l'eau après une oie. A quatre heures mené à pied au jardin de M. Le Voy.
Le 13, jeudi.—A deux heures il entre en carrosse, va au Plessis-Saint-Antoine, maison de M. de Pluvinel; il faisoit grand chaud.
Le 14, vendredi.—Il va au-devant de la reine Marguerite, l'a longtemps accompagnée.
Le 15, samedi.—Mené à la messe au bois de Vincennes, il y fait ôter le comte d'Alais d'auprès de M. de Verneuil, l'ayant commandé à M. de Pons, précepteur de M. de Verneuil.
Le 21, vendredi.—Mené à la messe aux Bonshommes du bois de Vincennes; Mme la princesse douairière de Condé et Mme la duchesse de Vendôme le viennent voir.
Le 23, dimanche.—Il est mené à la messe, puis entre en carrosse pour aller à Breban, maison de M. de Mareuil du Val, y a dîné; il faisoit une extrême chaleur.
Le 25, mardi.—Goûté et fait la collation pour la fête Saint-Louis; après souper il attend avec impatience un ballet fait par huit des siens; c'étoient des sauvages; il le fait danser deux fois.
Le 26, mercredi.—M. de Vendôme arrive, qui venoit prendre congé de lui pour aller tenir les états de Bretagne Août
1609 à Nantes; mené en carrosse à la chasse, M. de Vendôme avec lui.
Le 27, jeudi, à Saint-Maur.—Il avoit un chien nommé Pataut, le plus ancien, qu'il souloit avoir à Saint-Germain, et qu'il aimoit et avoit toujours aimé. M. de Souvré lui disoit: «Monsieur, vous avez trop de chiens; il en faut ôter de ceux qui ne valent rien, et sont trop vieux comme Pataut».—Pataut, mousseu de Souvré, ho! non, je veux nourrir les vieux.—Il se met à inventer un ballet, fait les vers, dit: Velà pour donner, et ceux là pour chanter.
Le 28, vendredi.—Il n'étudie point, pour ce que son précepteur étoit allé à Paris; botté, il monte à cheval, va jusques à Chenevières à la chasse du lièvre, avec sa meute de petits chiens courants, donnés par le prince de Galles et que M. de Vitry avoit amenés.—Il s'amuse à peindre avec l'encre et la plume.
Le 29, samedi.—Mené à Champs, maison de M. Faure, maître d'hôtel du Roi et beau-frère de M. le chancelier.
Le 30, dimanche.—Il est vêtu de chausses rondes à bas à attacher, l'habillement de satin gris et passement d'or (c'est la première fois pour le bas attaché). Il monte à cheval, est mené à la messe aux Minimes du bois de Vincennes.
Le 31, lundi.—Il s'amuse à peindre avec la plume. M. de Souvré lui parle d'aller dîner à Champs; il déclame contre le chemin: C'est le plus mauvais chemin du monde. Je lui dis que si M. Faure, qui en est le maître, eût su qu'il y fût allé l'autre jour, il y eût trouvé une belle collation, et qu'il m'avoit prié de l'en avertir, et s'il y vouloit retourner qu'il la y trouveroit.—Ho! non, il y a trop mauvais chemin, j'aime mieux mes chevaux qu'une collation. M. de Souvré lui demande s'il veut pas que son carrosse soit attelé de mules.—Ho! non, cela est bon pour dom Piedro de Toledo.
Le 1er septembre, mardi, à Saint-Maur.—Mené au-devant du Roi, qui revenoit de Monceaux; le Roi arrive à Sept
1609 Saint-Maur à cinq heures et un quart; soupé avec le Roi à six heures et demie; le Roi part à sept heures trois quarts pour aller à Paris.
Le 2, mercredi, à Saint-Maur.—A trois heures il entre en carrosse, et va jusques à Plaisance au-devant de la Reine, qui de Monceaux alloit à Paris; elle le fait mettre en sa litière[611], jusques auprès du parc de Vincennes; il est ramené à Saint-Maur à sept heures et demie.
Le 5, samedi.—Il se joue à tirer par le cordage un petit canon donné par feu M. de Lorraine, y met ses petits gentilshommes deux à deux; il se met au premier rang, va ainsi de chambre en chambre.
Le 6, dimanche.—Il monte à cheval, passe l'eau au bac de Créteil et va dîner à Brevannes; à trois heures il monte à cheval, est mené à Maisons, où il a goûté. Ramené à six heures et un quart, il se va jouer au parc, à un petit fort qu'il faisoit défendre et assaillir.
Le 7, lundi.—Il étudie sur un billet que son précepteur avoit laissé du samedi pour aller se jouer à Paris[612].
Le 8, mardi.—Il étudie un compliment que M. de Souvré lui apprit pour dire à l'ambassadeur du marquis de Brandebourg, qui devoit venir le saluer sur l'après-dînée. A une heure et demie arrive l'ambassadeur du marquis de Brandebourg devers le Roi, pour lui demander son assistance contre les Espagnols, qui s'étoient saisis de Clèves, où il prétendoit par succession[613]; il dit au Dauphin avoir commandement de son maître de le venir saluer de sa part et de lui offrir son service. Je me sens obligé à monsieur l'Électeur de la souvenance qu'il a de moi, répond le Dauphin, et il demeure court. L'ambassadeur Sept
1609 lui présente un pied d'élan et un échiquier, où les carrés étoient d'ambre jaune et au-dessus les rois de France en ivoire, lui disant que c'étoient des présents du pays; le Dauphin reprend le reste de son discours et lui dit: Je serai très-aise quand il s'offrira quelque occasion où je le puisse servir.
Le 9, mercredi, à Saint-Maur.—Son précepteur revient de Paris; étudié, écrit, tiré des armes, dansé, mené à la messe en l'abbaye, puis sur le bord de la rivière, où il fait faire un fort, y travaille lui-même. Il joue aux dames au damier du marquis de Brandebourg, fait un ballet sur la Bergamasque et un autre tout à l'heure, qu'il appelle des lièvres, couvrant sa tête d'un mouchoir qui faisoit deux cornes pour les oreilles.
Le 11, vendredi.—A onze heures et demie il part pour aller à Chaillot, pour y voir M. d'Anjou et Mesdames; M. d'Orléans étoit demeuré à Saint-Germain, il se trouvoit mal du flux de ventre. Le Dauphin passe par le parc de Vincennes et autour de Paris par dehors[614], arrive à une heure à Chaillot, à trois heures y a goûté, se promène au parc, y mène Madame, leur raconte ce qu'il a fait à Saint-Maur. Le Roi et la Reine y arrivent. A quatre heures et un quart il entre en carrosse, est ramené coucher à Saint-Maur, y arrive à sept heures.
Le 13, dimanche.—Il entre en carrosse, va ouïr la messe à Picpus[615], puis à dix heures et un quart arrive à Paris, au Louvre; mandé pour dîner avec LL. MM., qui Sept
1609 avoient aussi mandé M. d'Anjou et Mesdames. Il retourne et arrive à Saint-Maur à six heures et demie.
Le 16, mercredi, à Saint-Maur.—On lui demande s'il aime mieux aller à Fontainebleau, ou demeurer à Saint-Maur; il répond: Si papa va à Fontainebleau, j'aime mieux y aller, s'il demeure à Paris j'aime mieux être ici. L'on parloit de Scœvole, qui brûla sa main pour avoir failli à tuer le roi Porsenna, le Dauphin dit: Il valoit mieux qu'il eût brûlé sa tête, qui avoit si mal conseillé sa main[616].
Le 17, jeudi.—Mené à Charenton et par delà du pont, en une maison qui est sur la pointe du chemin de Brie et de Villeneuve.
Le 21, lundi, à Saint-Maur.—Étudié par billets; son précepteur étoit absent depuis le samedi après dîner. Mme de Montglat vient voir le Dauphin; il la mène promener au palemail.
Le 23, mercredi, voyage.—Il part en carrosse à onze heures trois quarts pour Fontainebleau, passe au bac de Chenevières sur la chaussée d'Amboile, et arrive à trois heures et demie à Brie.
Le 24, jeudi.—Il part de Brie à huit heures trois quarts, arrive à onze heures et un quart à Melun, y dîne et arrive à Fontainebleau à trois heures et demie. Il va chez la Reine; le Roi, qui étoit à la chasse, arrive à quatre heures et demie; mené avec LL. MM. au grand jardin, où il voit pêcher un cormoran aux canaux.
Le 25, vendredi, à Fontainebleau.—Il étudie un petit compliment pour un seigneur florentin, où il y avoit: Monsieur, je vous remercie qu'avez prins la peine, etc.; il demande à M. de Souvré, qui l'avoit fait: Qu'avez? qu'est-ce Sept
1609 qu'avez? jugeant qu'il falloit dire que vous avez. Le Florentin arrive; il ne le sut pas bien dire; étant parti, M. de Souvré le tance, il se fâche; M. de Souvré le menace du fouet, puis de le dire au Roi. Là-dessus viennent les larmes et les prières: J'aime mieux être fouetté et le dites pas au Roi mon père; il lui est pardonné. Il étudie un billet que son précepteur avoit laissé dès le samedi précédent pour leçon: Experientia in tractatu rerum consistit. Écrit, tiré des armes, dansé, mené à la chapelle, puis au jardin des canaux pour y voir le cormoran prendre du poisson. Ramené à onze heures chez la Reine; à une heure et demie, lu en l'absence de son précepteur.
Le 27, dimanche, à Fontainebleau.—Il apprend le catéchisme; c'étoit une fois seulement au dimanche. Mené à la chapelle de la salle du bal, puis chez le Roi, qui le mène promener et faire à pied le tour du grand canal. Dîné avec le Roi; peu après il va en la chambre du Roi, où M. de Lesdiguières a été reçu et a prêté le serment de maréchal de France. A huit heures soupé chez M. Zamet, pour solenniser le jour de sa naissance[617]; le Roi boit au Dauphin, disant: «Je prie Dieu que d'ici à vingt ans je vous puisse donner le fouet!»[618] Le Dauphin lui répond: Pas, s'il vous plaît.—«Comment! vous ne voudriez pas, que je le vous puisse donner?»—Pas, s'il vous plaît. Ramené à neuf heures en la chambre du Roi, il s'amuse à écouter la musique.
Le 28, lundi.—A six heures et demie, en sa chambre, soupé. Le Roi arrive de la chasse, il y est conduit, se blesse au côté extérieur du pied gauche, à l'éperon de son huissier, qui portoit les flambeaux devant lui.
Le 29, mardi.—A trois heures et un quart goûté; il attend l'ambassadeur d'Angleterre, qui devoit prendre congé de lui, ce pendant apprend par cœur ce compliment, Sept
1609 dressé par M. de Souvré: Je vous prie de dire au roi et à la roine de la Grande-Bretagne, et à monsieur le prince de Galles, que je suis désireux de l'honneur de leurs bonnes grâces. Il attend jusques à six heures, il ne vint point. Arrive M. Jacob, ambassadeur extraordinaire de M. de Savoie, qui vient prendre congé de lui; M. de Souvré fait la réponse.
Le 1er octobre, jeudi, à Fontainebleau.—L'ambassadrice d'Angleterre vient prendre congé de lui; il la baise et ses deux filles, embrasse son fils. Elle prie M. de Souvré de lui permettre qu'il mesure sa hauteur à celle de Mgr le Dauphin; il avoit neuf ans. Mgr le Dauphin se trouva plus grand de deux doigts.—Il va au jeu de paume, où il joue en partie.
Le 3, samedi.—Dîné avec impatience pour ce qu'il devoit aller à la chasse; à midi il entre en carrosse, est mené à Fontaineport, où il passe la rivière; il avoit lui-même ordonné de ses relais à se tenir delà l'eau. Il monte à cheval sur l'une de ses petites haquenées, va au bois (c'étoit le buisson de Massory), brosse[619] à travers le bois, en est transporté de joie, dit à chacun: Voyez! je brosse, je brosse! C'est la première fois qu'il a brossé. Puis il va sur les routes, voit deux fois le cerf. Arrivé à six heures trois quarts, soupé avec le Roi; il étoit las et avoit la vue abattue; le Roi lui dit que s'il dormoit il ne iroit plus à la chasse avec lui, et lui de s'éveiller.
Le 4, dimanche.—Il écrit au prince de Galles:
Monsieur et frere, j'ay receu à faveur la souvenance que vous avés eue de moy, qui serai tousjours tres desireux de vous tesmoigner combien j'estime la continuation de vostre bonne grace par tout ce que peut
Votre tres affectionné frere à vous servir,
Louis.
A monsieur le prince de Galles, mon frère.
Oct
1609
Il écrit à la reine d'Angleterre:
Madame j'ay en trop d'estime l'honneur de vostre amitié pour négliger sans me y ramentevoir et vous asseurer de l'entiere affection à vostre service en tout ce qu'il vous plaira m'en recognoistre digne, estant, Madame ma tante,
Vostre affectionné nepveu à vous faire service,
Louis.
A la roine de la Grande Bretagne madame ma tante.
Ces lettres furent données à l'ambassadeur, qui s'en retournoit.
Le 5, lundi, à Fontainebleau.—Il étudie sous M. de Chaumont en l'absence de son précepteur; écrit, tiré des armes, dansé. Tout durant son dîner il s'entretient des chiens avec maître Martin, qui avoit les chiens d'Artois, et d'oiseaux avec M. de Marsilly, maître d'hôtel du Roi, sait juger des plus beaux, demande leur âge, leurs noms et ce qu'ils savent faire.
Le 10, samedi.—M. de Souvré lui met sa robe, disant: «Monsieur, allons étudier; vous voilà maintenant habillé en docteur.»—Oui, dit-il, docteur de la Palestine; et il jette sa robe à terre.
Le 12, lundi.—Mené à la chapelle, puis au grand canal pour y voir une petite galère qui avoit été faite pour l'y mettre.
Le 16, vendredi.—Mené au grand canal; il se met dans la galère, conduit le gouvernail; le Roi y entre; il est toujours au gouvernail; il veut que ce soit sa charge. Ramené à six heures, soupé; il appelle son baladin: Satyre, et fait deux vers:
Je viens de la part d'un satyre
Pour savoir si vous voulez rire
Le 17, samedi.—Il étudie; M. le président Jeannin y assiste. Le soir il fait faire la musique d'un luth, d'un théorbe et d'une mandore, l'écoute avec transport.
Oct
1609
Le 23, vendredi.—M. le marquis de Tresnel, sieur de la Chapelle aux Ursins, lui demande lequel, de lui ou de M. de Verneuil, étoit le plus fouetté?—Ho! mousseu Dupont[620] est bien doux; mousseu de Souvré l'est pas tant. Mais savez-vous qu'il faudroit faire? il faudroit faire saler mousseu Dupont, et donner du sucre à mousseu de Souvré.
Le 24, samedi, à Fontainebleau.—Il va voir le Roi, qui part pour aller à Paris; puis prend congé de la Reine, laquelle part pour aller dîner à Ponthierry et coucher à Saint-Jean en l'Isle, et le lendemain à Paris pour y faire ses couches.
Le 25, dimanche, voyage.—Il s'amuse à aider à trousser ses bagages, va au jardin de Ferrare, fait donner l'assaut à un fort qu'il avoit fait faire. A douze heures et demie il entre en carrosse et part de Fontainebleau; au dehors de la forêt il monte à cheval, et va chassant au lièvre et à l'oiseau, va à l'abbaye du Lis (c'est la première fois), y a goûté, remonte à cheval et arrive à Melun à quatre heures et demie.
Le 26, lundi, voyage.—Mené à la messe à Saint-Père; il part de Melun à sept heures et demie et, par Loursine et la forêt de Sénart, arrive à Villeneuve-Saint-Georges à dix heures et demie. Après dîner il va sur le bord de l'eau, et dit à M. de Souvré: Mousseu de Souvré, voulez-vous bien que j'entre en ce petit bateau; venez je vous mènerai bien, je rame fort bien. M. de Souvré le lui permet; il y va aussi. Mgr le Dauphin prend une rame, vogue fort justement et monte dans la rivière d'Yères, y est assez longtemps. Revenu à terre il rentre en carrosse, accompagné de M. de Longueville, qui étoit venu à Villeneuve. Il arrive dans l'abbaye Saint-Antoine à trois heures et un quart, y a goûté; à quatre heures et demie il monte à cheval et, par la porte Saint-Antoine, arrive à cinq heures au Louvre. Il va voir la Reine; le Oct
1609 Roi revient de la ville; il le va voir, et a soupé avec lui.
Le 27 octobre, mardi, au Louvre.—Mené voir la reine Marguerite, ramené chez LL. MM.
Le 29, jeudi.—Il écrit une lettre à Mme la princesse de Condé, la qualifie sa maîtresse, lui envoyant une petite guenuche, et souscrit: Votre plus affectionné cousin et serviteur.—Louis.
Le 30, vendredi.—Mené en carrosse à la boutique de l'Argenterie pour voir des étoffes; il en choisit une d'un bel incarnat, et fouette d'un mouchoir toutes les autres qui ne lui agréoient point.
Le 31, samedi.—Il va au dîner de la Reine, prend congé de la Reine et du Roi au jeu de paume, et entre en carrosse pour aller à Saint-Germain-en-Laye voir Messieurs, ses frères, et Mesdames, ses sœurs. Il s'en va à la laiterie de Madame, aide à faire le beurre, va chez le Roi, qui arriva à six heures, s'amuse à jouer aux cartes avec Mesdames.
Le 1er novembre, dimanche, à Saint-Germain.—Il va au lever du Roi, lui donne sa chemise; dîné avec le Roi. Il se botte pour accompagner le Roi, qui part après vêpres à deux heures et demie, va en la garenne chassant avec le Roi jusques auprès de Chatou. Ramené à Saint-Germain à quatre heures.
Le 2, lundi.—Il prend congé de Messieurs et de Mesdames, entre en carrosse jusques au port du Pecq, où il passe l'eau dans une flette[621], et en l'autre bord dit encore adieu à Mesdames, que Mme de Montglat y avoit envoyées. Il monte à cheval, et va, chassant la perdrix, jusques à Chatou, où il passe dans une flette jusques à l'autre bord, et à quatre heures trois quarts arrive à Paris, au Louvre. Il va chez la Reine; le Roi étoit allé dès le matin, ce disoit-on, vers Breteuil en Picardie.
Nov
1609
Le 6, vendredi, au Louvre.—Éveillé à deux heures, il se fait coucher auprès de M. de Souvré[622], ne fait que dormailler et avec quelque inquiétude jusques à cinq heures.—Il va en son cabinet, s'amuse à faire joûter des chevaliers françois contre des Espagnols sur une ligne artificielle qu'il tournoit avec un instrument fait en clef de pistolet. Mené promener à la Ville-l'Évêque, il y court dans le parc un lièvre; en revenant il se rencontre un vilain chien, le fait prendre pour le faire apporter chez lui, et dit que c'est un pauvre chien qui cerche maître.
Le 7, samedi.—Mené en carrosse à l'Arsenal, voir M. de Sully; il ne y vouloit pas aller, ne lui faire bonne chère[623], n'eût été que la Reine le lui commanda.
Le 9, lundi.—Le Roi arrive de Fontainebleau; le Dauphin se soulève sur sa chaire et ôte son chapeau, le saluant à travers les vitres.
Le 12, jeudi.—Mené à l'hôtel de Luxembourg, il court un lièvre dans le parc; mené chez le Roi, qui avoit la goutte.
Le 13, vendredi.—Étudié, écrit, tiré des armes, dansé; mené aux Feuillants, puis chez LL. MM. Ramené en sa chambre, où il fut fait son nouveau logis, tout en haut du vieux corps de logis qui regarde le septentrion. Mené en l'hôtel de Luxembourg, il y fait courir un lièvre; ramené, il passe chez la reine Marguerite, va chez le Roi, puis en sa chambre.
Le 14, samedi.—Mené en carrosse promener à la Place Royale.
Le 15, dimanche.—A deux heures après minuit[624] il est éveillé, dit-il, par les chapons qui étoient au-dessus Nov
1609 de sa chambre, où l'on les engraissoit pour la Reine; il se fait coucher auprès de M. de Souvré. Mené à la messe à la chapelle de la tour de la Salle (c'est la première fois).
Le 17, mardi, au Louvre.—Mené à la chasse à la plaine de Grenelle; au retour M. de Longueville l'accompagne jusques en sa chambre, et lui dit: «Monsieur, vous êtes fort bien logé maintenant, mais vous êtes bien haut monté!»—Il se retourne à M. de Souvré, disant froidement et en raillant: Mousseu de Souvré, c'est mousseu de Longueville qui n'est pas en haleine.
Le 18, mercredi.—Mené en carrosse chez M. de la Tour, au faubourg Saint-Jacques; il y court et prend dans le parc un lièvre que M. de Souvré y avoit fait apporter. Il va chez la Reine; le Roi étoit allé à la chasse à Saint-Germain-en-Laye.
Le 19, jeudi.—Étudié, écrit, tiré des armes, dansé[625], mené par la galerie aux Feuillants. Le Roi revient de Saint-Germain.
Le 20, vendredi.—Botté, mené en carrosse jusques au Roule, il monte à cheval et va courir un loup en la garenne de Madrid.
Le 21, samedi.—Mené en carrosse à l'hôtel de Mercœur, au faubourg Saint-Honoré; ramené, il va chez LL. MM. Avant que d'aller chez la Reine, il va en la chambre d'où il étoit délogé, et qui se réservoit pour l'enfant dont la Reine devoit accoucher. Il voit tendre l'ameublement, il accommode le berceau, y met les matelas, puis se couche dedans et son petit chien Vaillant auprès de lui, se fait bercer, puis monte à la chambre de la Reine[626].
Le 23, lundi.—Mené en carrosse à la rue Saint-Denis; Nov
1609 voir des étoffes de soie; ramené chez la Reine, puis chez le Roi.
Le 24, mardi.—On commence à lui montrer la carte géographique. Mené en carrosse à la rue des Bons-Enfants, à l'académie de M. Benjamin, écuyer du Roi.
Le 26, jeudi, au Louvre.—Mené en carrosse à l'Arsenal, ramené à cinq heures chez la Reine. Sur les sept à huit heures la Reine commença à sentir des douleurs pour accoucher; il y va, se tient en la chambre. La Reine étoit pour accoucher dans son grand cabinet, il demande au Roi: Mon père, vous plaît-il que j'entre au cabinet de la Reine ma mère?—«Non pas encore, attendez ici.»—Mon frère de Vendôme y est bien. Il ne lui fut pas permis. Ce fut un peu devant l'accouchement, les douleurs ne furent pas grandes ne fréquentes. Justement comme dix heures eurent sonné, sa tranchée la print dont elle accoucha aussitôt de Madame, sixième enfant de sa Majesté[627]. Il va peu après saluer la Reine, et puis au petit cabinet de Madame, sa sœur; lui maniant la main, il dit: Riez, riez, ma sœur, riez, riez, petite enfant; voyez comme elle me serre la main.
Le 27, vendredi.—Dîné avec impatience pour aller à la chasse au bois de Vincennes; il y vole, y court le lièvre, en prend quatre, ne veut pas que le Roi sache qu'il en ait pris qu'un[628].
Le 28, samedi.—Mené en carrosse chez M. le comte de Soissons.
Le 6 décembre, dimanche au Louvre.—Mené à la messe à sa petite chapelle, puis par la galerie aux Tuileries. Ramené chez lui, il fait jouer une comédie par ses petits gentilshommes.
Le 9, mercredi.—Il dit à Mme de Montglat, qui étoit Déc
1609 venue à son lever. «Mamanga, voulez-vous pas me voir étudier?—«Monsieur, j'en verrai le commencement, s'il vous plaît.»—Je ne fais bien qu'à la fin, lui dit-il pour l'engager à être tout du long de son étude. On lui parloit des vies des hommes illustres que l'on avoit écrites, il demande: N'écrira-t-on pas la mienne? A une heure et demie dîné avec le Roi; après souper il blémit, s'endort: je lui demande s'il se trouvoit mal.—Oui, là, dit-il en me montrant le côté droit du ventre; mais c'est que le Roi mon père m'a fait dîner avec lui; il étoit deux heures et j'avois faim.
Le 10, jeudi, au Louvre.—Mené en carrosse chez la reine Marguerite.
Le 11, vendredi.—Mené en carrosse chez Mme d'Angoulême.
Le 12, samedi.—M. de la Boissière récitoit une histoire du grand Gonzalve étant à Barlette; il demeura court. Le Dauphin lui dit: Achevez, ce n'est pas tout.—«Monsieur, pardonnez-moi.»—Ho! non, le sens n'est pas parfait; il écoutoit, selon sa coutume, fort attentivement. Mené en carrosse au jeu de paume du Verdelet.
Le 13, dimanche.—Mené à la petite chapelle, puis chez le Roi et par la galerie aux Tuileries, puis à onze heures trois quarts mené en carrosse par le Roi chez M. de Roquelaure, où il alloit dîner pour le jour de sa nativité[629]; le Dauphin y mange trois cornets d'oublies trempés dans du muscat pur; il dit qu'il est aigre, pource qu'il piquoit, en veut boire trempé d'eau; le Roi ne le veut pas permettre.
Le 15, mardi.—Mené en carrosse au faubourg Saint-Victor, au jardin du sieur de la Tour; il y court des lièvres, y a goûté; ramené chez la Reine, puis chez lui, il s'amuse à jouer au sabot.
Déc
1609
Le 17, jeudi, au Louvre.—Mené en carrosse chez M. le comte de Soissons, ramené chez la Reine, où il s'amuse à de petits amusements.
Le 18, vendredi.—Il s'aperçoit que M. de Souvré alloit prendre du vin pour déjeûner; il saute de sa chaise, y va pour en avoir et âprement, ne veut permettre que M. de Souvré en boive s'il ne lui en permet[630]. M. de Souvré n'en veut point; Mgr le Dauphin se doutant qu'il en prendroit après, commande à son sommelier de s'en aller, le guette s'il emportoit la bouteille au vin, puis entre en son étude.
Le 20, dimanche.—Mené chez le Roi, qui avoit pris médecine, puis par la galerie aux Feuillants; ramené par le même chemin chez LL. MM., puis chez lui; mené en carrosse aux Chartreux, où il a goûté.
Le 21, lundi.—Mené en carrosse chez la reine Marguerite, où il se joue au jardin, danse au bal, écoute la musique. A six heures et demie soupé; il s'amuse à écouter des mauvais contes de La Clavelle[631] et autres, dont il sembloit que son esprit s'amollissoit; il y prenoit plaisir.
Le 22, mardi.—Mené chez la Reine, mandé par elle pour lui avoir été dit que son bégayement[632] procédoit pour avoir encore le filet; il fut jugé qu'il n'en avoit pas besoin; il craignoit qu'on lui voulût couper la langue quand on la lui faisoit tirer; il dit: Comment! me Déc
1609 la veut-on couper? et commençoit d'en pleurer.—En soupant il s'amuse à voir faire des sauts de souplesse merveilleux à une petite fille âgée de cinq ans et à la voir danser.—Les sieurs de Chalais et de Pouillay s'étoient battus au cabinet du Roi; S. M. commande à M. de Souvré que Pouillay ait le fouet comme ayant jugé qu'il avoit le tort. Mme de Montglat est priée par Pouillay de supplier Mgr le Dauphin de supplier le Roi pour lui pardonner; il entre en colère, la repousse avec la main avec ces paroles: Allez-vous-en! quoi! vous voulez que je prie pour Pouillay le Roi mon père, et il a commandé qu'il eût le fouet! Il se mettoit en colère contre tous ceux qui lui en parloient à sa recommandation, et ne put être vaincu. Il aimoit plus Chalais que l'autre[633].
Le 25, vendredi, jour de Noël, au Louvre.—Mené chez le Roi, qui, à une heure et demie, le mène à Saint-Gervais au sermon du P. Gontier, jésuite.
Le 26, samedi.—Mené à vêpres à Saint-Germain-de-l'Auxerrois, puis goûté chez Mme de Souvré, logée au doyenné. Joué en son cabinet, avec ses petits gentilshommes, à croix et à pile, comme le Roi, à trois dés: Tope, masse.
Le 28, lundi.—Il écrit en son cabinet, dans la tour, cette lettre à M. le prince de Galles:
Monsieur et frère, le Roy mon seigneur et père envoyant le sieur de la Boderie vers le Roy de la Grande-Bretagne, je l'ay voulu charger de ce mot qui vous servira d'asseuré tesmoignage de mon amitié, de laquelle vous devés faire estat aussi certain que de chose qui vous est entierement acquise, desirant que vous me teniez pour
Vostre plus affectionné frère à vous servir,
Louis.
Le 29, mardi.—Il écrit au roi d'Angleterre cette Déc
1609 lettre, minutée par M. Lebeauclerc, son secrétaire; c'est la première lettre qu'il lui a écrite.
Sire, le sieur de la Boderie retournant par le commandement du Roy, mon seigneur et père, vers Vostre Majesté, je l'ay voulu charger de ce mot pour vous offrir mon service, duquel il vous asseurera plus particulièrement, me contentant de vous dire que je veux demeurer, Sire, vostre, etc.
Mené chez le Roi, joué, couru en la galerie. En attendant son souper, il écrit la lettre suivante à la reine d'Angleterre, minutée par M. Lebeauclerc:
Madame, je n'ay point voulu perdre l'occasion du voyage du sieur de la Boderie vers Vos Majestés sans me ramentevoir à vostre bonne grâce et vous asseurer de mon service comme de celuy qui veut estre tousjours
Vostre très-affectionné nepveu à vous servir,
Louis.
A madame ma tante, la roine de la Grande-Bretagne.
Après souper il apprend ce qui s'ensuit pour le dire à l'ambassadeur de Venise, qui le devoit visiter le jour suivant, venant résider auprès du Roi:
Je remercie humblement Messieurs de la seigneurie de Venise de la faveur qu'ils me font. Je vous prie de les asseurer de mon affection à les servir en ce qui pourra dépendre de moi et en votre particulier vous asseurer de mon amitié et bonne volonté.
Le 31, jeudi, au Louvre.—Botté, dîné, il ne mange point, d'impatience d'aller à la volerie avec le Roi, vers le Bourget. A douze heures et demie il entre en carrosse pour aller après le Roi, qui étoit parti; goûté en carrosse; il ne monta point à cheval, dont il étoit fort fâché: le temps et les chemins étoient mauvais.