ANNÉE 1611.

[Passetemps du Roi].—[Peu de goût pour la danse].—[Le gâteau des Rois].—[Crainte de passer pour paresseux].—[Querelle du comte de Soissons et du prince de Conty]; [insolence de celui-ci].—[Tir à l'arbalète].—[Le Roi en sentinelle].—[Ignorance de l'évêque de Soissons].—[Mot du Roi sur la démission de Sully].—[Dîner à Ruel].—[Les chiens pour larron].—[La foire Saint-Germain tenue aux Tuileries].—[Le comédien grimacier].—[La compagnie de petits gentilshommes].—[Préférence donnée aux tableaux sur les diamants].—[Fiançailles de Mlle Ricassa; les fornicateurs].—[Le peintre Bunel; portrait du Roi par Porbus].—[Les dames rabattues].—[Peu de goût du Roi pour l'étude].—[Oiseaux dressés pour le vol].—[Sauteurs et joueurs de marionnettes].—[Goûter chez Concini].—[Fiançailles de Mlle de Liancourt].—[Plaisanterie sur Atlas].—[Séjour à Saint-Germain].—[Le Roi fouetté].—[Retour à Paris].—[Première pierre de l'église de Picpus].—[Moquerie du Roi envers son précepteur].—[Départ pour Fontainebleau].—[La galiote du Roi].—[Jalousie du Roi].—[Les Égyptiens ou bohémiens].—[Familiarité de Concini; pudeur du Roi].—[Cérémonie du Jeudi saint].—[Audience du marquis Spinola].—[Pâques du Roi; il touche 660 malades].—[Galère neuve du Roi].—[Audience du parlement de Paris].—[Le turc de M. de Guise].—[Le Roi n'aime pas l'ail comme son père].—[Congé de M. d'Épernon].—[Moines de poterie].—[Retour de Fontainebleau à Paris].—[Crainte des esprits depuis la mort de Henri IV].—[Souvenir de la promesse faite à un soldat].—[Visite à M. et Mme Concini malades].—[Fête de la Pentecôte; le Roi touche 1,100 malades].—[Mot du Roi à Des Yveteaux].—[Départ pour Fontainebleau].—[Le nain Dumont].—[Maladie de M. de Souvré].—[La châsse de sainte Geneviève].—[Chanson d'un ballet de Henri IV; pleurs du Roi et de M. de Vendôme].—[Croyance aux esprits].—[Le jeu de colin-maillard].—[Compassion pour un paysan].—[Tragédies et farces jouées à la Cour].—[Générosité envers un jardinier].—[Le réveille-matin].—[Départ pour Paris; le Roi à l'hôtellerie d'Essone].—[Réprimande au baron de Vitry et au chevalier de Vendôme].—[Portrait en cire du Roi; sa générosité envers l'artiste].—[Le jeu Je vous prends en ce point].—[Des Yveteaux remplacé comme précepteur du Roi].—[Séjour à Saint-Germain].—[La Bradamante jouée par les enfants de France].—[Départ du chevalier de Vendôme].—[Dîner chez M. de Frontenac].—[Dispute avec M. de Souvré].—[M. de Poutrincourt].—[Retour à Paris].—[Arrivée du nouveau précepteur Le Fèvre].—[Fête de l'Assomption; le Roi touche 450 malades, en est incommodé].—[Serment des échevins de Paris].—[Première leçon de M. Le Fèvre].—[Première commission donnée par le Roi].—[Le Roi va à la comédie à l'Hôtel de Bourgogne].—[Tours d'escamotage].—[Le Roi fouetté].—[Mort de la duchesse de Mantoue].—[Un chameau dans la galerie du Louvre].—[Dispute avec M. de Souvré; mot du Roi à son précepteur].—[Anniversaire de la naissance du Roi].—[Les ortolans des Tuileries].—[Départ pour Fontainebleau].—[Le royaume des sots].—[Bonnet donné au cardinal de Bonzi].—[Mme de Ragny et les guenons du Roi].—[Arrivée du prince de Condé].—[Les arquebuses du Roi; première arquebusade].—[Dicton de Bourgogne sur les clystères].—[Timothée, arquebusier de Rouen].—[Adresse du Roi au tir].—[Combat des dogues anglais contre un ours].—[Arrivée de la duchesse de Lorraine].—[Le jeu de remue-ménage].—[Arrivée du cardinal de Gonzague].—[Départ de Fontainebleau pour Paris].—[Gasconnade de M. de Souvré].—[Mort de la reine d'Espagne].—[Une chèvre savante].—[Mort de Monsieur, duc d'Orléans].—[Le jeu de quillebouquet].—[Le duc d'Anjou prend le titre de Monsieur].—[Première mention du nom de Luynes].—[Départ de la duchesse de Lorraine].—[Comédies à l'Hôtel de Bourgogne].—[Le jeu de billard].—[Mots du Roi sur M. de Nevers et sur le prince de Condé].—[Scène avec M. de Souvré].—[Chasses au vol].—[Les faiseurs d'almanachs].—[Mot du Roi sur M. de Vastan; sa discrétion au secret].

Le 1er janvier, samedi, à Paris.—Mené à la chapelle Saint-Louis des Jésuites, au sermon et à vêpres.

Le 5, mercredi.—Monté au cabinet des livres, il s'amuse à tirer un petit canon lequel il a chargé lui-même de ses carreaux de velours et d'autres manteaux, se met seul dans le timon et tire. Écrit, dansé à regret; il n'aimoit pas la danse de son naturel, et si il faisoit bien; il le fait pour faire les révérences à M. de Souvré, qui le forçoit à les bien apprendre.—A quatre heures il va chez la Reine; il joue dans le grand cabinet, met deux flambeaux allumés au milieu de la place, et, allant à passades, passe entre deux avec M. le chevalier de Vendôme et trois ou quatre de ses petits gentilshommes. Il va dans le petit cabinet, où étoit la Reine, qui fit couper un gâteau des Rois; M. de Souvré, qui y étoit seul homme, fut le Roi. A six heures et demi soupé; il fait couper le gâteau des Rois; l'on demandoit l'endroit de la fève pour la lui faire tomber: Non je veux pas, il le faut faire comme il viendra; Dieu fut le roi[47].

Janv
1611

Le 6, jeudi.—Étudié sans savoir qu'il fût fête. Mené en carrosse à Saint-Séverin, au sermon et à vêpres, puis au faubourg Saint-Germain, en l'hôtel de Luxembourg; il court dans le parc.

Le 8, samedi.—Éveillé à sept heures, il se plaint, jusques à peu près des larmes, de ce qu'on l'avoit laissé dormir si tard[48]. Hé quoi, l'on dira que je suis un paresseux; je me veux pas habiller en ma chambre, je veux pas que tant de monde me voie, l'on diroit que je suis paresseux. Mené en carrosse à la plaine de Grenelle, il monte à cheval, vole la corneille; il faisoit froid, il met pied à terre, et chemine longtemps.

Le 9, dimanche.—Mené au sermon et à vêpres à Saint-Merry.

Le 12, mercredi.—A cinq heures il va chez la Reine, où l'on étoit après pour accorder la querelle de M. le comte de Soissons, du jour précédent, avec M. le prince de Conty, sur la rencontre inopinée de leurs carrosses, et avec M. de Guise, qui avoit répondu pour ledit sieur prince son beau-frère; il écoute tout, retient tout, sait tout, n'en fait pas le semblant.

Le 13, jeudi.—A onze heures et demie dîné; il sort de la table par impatience d'aller voir sortir et entrer les gardes, et aima mieux se hâter que de les faire attendre, car on lui demanda s'il le vouloit.—Après souper il va chez la Reine, qui étoit en son petit cabinet, en peine pour accommoder la querelle de M. le comte de Soissons avec M. de Guise; M. le prince de Condé y entre brusquement, sans aucun respect, et se couvre tout aussitôt sans saluer le Roi autrement, et s'assied; il parle assis à M. de Bouillon. Le Roi va à M. de Souvré: Mousseu de Souvré, voyez, voyez Mousseu le Prince; il est assis devant moi, il est insolent.—«Sire, c'est qu'il parle à M. de Janv
1611 Bouillon, et ne vous voit pas.»—Je m'en vas mettre près de lui pour voir s'il se lèvera; il s'approche près, puis encore plus près, et ne se levant point, le Roi va à M. de Souvré: Mousseu de Souvré, avous pas vu qu'il s'est pas levé; il est bien insolent.

Le 15, samedi.—Éveillé à sept heures et demie, il se plaint de ce que l'on l'a laissé dormir si tard, en vient presque aux larmes, disant que tout le monde dira qu'il est paresseux.

Le 16, dimanche.—Il monte au cabinet des livres, tire au blanc avec une arbalète à argelet (sic), tire droit et avec jugement. Mené jouer à la galerie, à cause de la neige, et à la messe en Bourbon. A deux heures mené en carrosse avec la Reine au parc de Madrid.

Le 19, mercredi.—Étudié, etc.[49]; il se joue en la galerie, fait voler le moineau par un perroquet jaune qui étoit à lui.

Le 20, jeudi.—A deux heures mené en carrosse chez la reine Marguerite.

Le 21, vendredi.—Mené par la galerie aux Feuillants; il geloit fort et faisoit grand froid; avant que de sortir de son cabinet, il tira de six pas d'une arbalète à argelet, contre un petit oiseau, qu'il tua, l'ayant frappé au milieu de la poitrine; il tiroit justement et avec jugement.

Le 22, samedi.—Il s'amuse (pendant son dîner) à voir sauter une fille de cinq ans[50]. Mené en carrosse au parc de Madrid, où il a vu pour la première fois faire la monstre à sa compagnie de gendarmes, qu'il avoit étant Dauphin et laquelle fut entretenue.

Le 23, dimanche.—Après déjeuner il monte au cabinet des livres, prend un bâton, se fait mettre en sentinelle Janv
1611 par le jeune Loménie, qu'il fait caporal, fait demander à M. de la Curée par M. de Préaux s'il connoît point ce soldat. M. de la Curée répond que non.—«Il a été aux guerres de Flandres,» dit M. de Préaux.—«Il a bonne mine,» répond M. de la Curée, puis adressant la parole au sentinelle: «Mon compagnon, d'où êtes-vous?»—De Gâtinois, répond le Roi.—«Comment vous appelez-vous?»—Capitaine Louis.—«Vous êtes bien habillé; il y a quelque sergent qui est votre camarade, qui vous fournit ce qu'il vous faut?»—Oui.—A trois heures et demie il va voir passer la compagnie de gendarmes allant en garnison à Saint-Denis.

Le 25, mardi.—A huit heures et demie mis en carrosse pour aller à la volerie au Bourget, où pour la première fois il a dîné; il faisoit brouillard et grand froid; à une heure il monte à cheval, vole pour héron et pour rivière. Ramené à quatre heures trois quarts, il va chez la Reine.

Le 27, jeudi.—Étudié, etc.; M. l'évêque de Soissons, de la maison des Hennequins à Paris[51], le vient voir; l'on disoit qu'il ne savoit pas beaucoup. Le précepteur du Roi le lui dit à l'oreille, et l'induit à faire prendre un livre latin, et, le lui présentant lui-même, lui en demander l'interprétation; il se y laisse aller.

Le 29, samedi.—M. de Sully fut, ce jourd'hui, démis de la garde de la Bastille et de la surintendance des finances; le Roi dit à M. de Souvré: L'on a ôté Mousseu de Sully des finances?—«Oui, Sire.»—Pourquoi? demande-t-il avec contenance d'étonnement.—«Je n'en sais pas les raisons, mais la Reine ne l'a pas fait sans beaucoup de sujet, comme elle fait toutes choses avec grande considération. En êtes-vous marri?»—Oui.

Le 1er février, mardi, à Paris.—Mené par la galerie Fév
1611 aux Feuillants, puis monté à cheval; il vole en chemin et à dix heures, arrive à Ruel, où Madame et Mlles de Vendôme et de Verneuil arrivent, et à onze heures ont dîné avec lui. Joué au jardin; il fait voler ses émérillons devant Madame; à trois heures elles s'en retournent à Saint-Germain en Laye, et lui arrive à Paris en carrosse à quatre heures trois quarts.

Le 2, mercredi.—Mené en carrosse à vêpres, à Saint-Jacques-de-la-Boucherie.

Le 5, samedi.—L'on parloit (à son souper) de certains chiens d'Angleterre, nommés tommelins, qui endorment les lapins et d'autres chiens qui treuvent les larrons, les suivant et les sentant sans les voir; il dit en s'égayant: Il faut avoir une meute de chiens pour larron, nous en prendrons bien.

Le 7, lundi.—A huit heures trois quarts mené, par la galerie, en la salle des Tuileries, où se tenoit la foire Saint-Germain pour les joailliers, peintres et marchands de Flandre et d'Allemagne, d'autant qu'elle étoit défendue au faubourg Saint-Germain, à cause des querelles de la Cour, et les autres sortes de marchands étoient en autres et divers lieux[52]. Ramené à dix heures et demie, il va à la messe à la chapelle de l'antichambre de la Reine, puis chez la Reine et à onze heures et demie dîné, étudié, goûté. Mené par la galerie à la foire en la salle des Tuileries, ramené par le même chemin à cinq heures. Il s'amuse (pendant son souper) à voir jouer un comédien qui représentoit seul plusieurs personnages, va chez la Reine.

Le 8, mardi.—Mené par la galerie aux Feuillants, puis à la foire aux Tuileries, comme dessus. Après dîner il fait armer ses petits gentilshommes, qu'il appelle sa Fév
1611 compagnie, comme il le souloit faire, et par la galerie s'en va, tabourin battant, enseigne déployée, à la foire comme dessus, aux Tuileries, la met en garde pour empêcher, ce dit-il, le désordre. Ramené à cinq heures par le même chemin et en la même façon.

Le 9, mercredi.—Mené par la galerie aux Feuillants, puis à la foire comme dessus. A deux heures et demie goûté, mené par la galerie à la foire aux Tuileries; la Reine y étoit, lui veut donner une chaîne de diamants du prix de sept à huit cents écus; il n'en veut point, dit mieux aimer des tableaux.

Le 10, jeudi.—Déjeuné, étudié, etc., il fait armer sa petite compagnie, et à neuf heures, par la galerie, les fait aller comme dessus à la foire aux Tuileries. Étudié, goûté, mené à la foire aux Tuileries; ramené, il va chez la Reine, là où, à six heures et demie, Mlle Ricassa, l'une des filles italiennes de la Reine, fut fiancée au sieur de Saint-Germain-d'Apchon. Comme le curé, en sa remontrance, eut parlé des peines des fornicateurs, l'on demanda au Roi qui étoient les fornicateurs; le Roi répond soudain: Ceux qui mettent la pâte au four.—Dévêtu, mis au lit, prié Dieu, il dit: Demain il faira mauvais temps, je ne pourrai sortir, je veux prendre médecine. Allez dire à mousseur Hérouard qu'il me fasse donner de ma dragée, et me l'envoie commander.

Le 11, vendredi.—Éveillé à sept heures; à sept et demie il prend dragée de rhubarbe purgative, une demi-once; il se joue au lit, s'amuse à peindre, ayant fait venir Bunel[53], l'un de ses peintres et excellent. A trois heures levé, il prend sa robe; Frédéric Pourbes[54], flamand, peintre excellent, le tire de sa hauteur pendant Fév
1611 qu'il se joue à des petites besognes. Il s'amuse à faire un potage au lait pour l'envoyer à Mme de Guise, et autres semblables petits jeux.

Le 13, dimanche.—Mené en carrosse aux Célestins, à vêpres; joué au jardin; il y a goûté. Après souper il joue aux dames rabattues contre M. de Longueville, qui perdoit, et le Roi lui dit que le Louvre lui portoit malheur, d'autant que M. de Longueville avoit dit qu'il gagnoit toujours chez lui.

Le 14, lundi.—Mené par la galerie aux Capucins; joué au jardin des Tuileries; il va à la foire comme dessus.

Le 15, mardi.—A six heures levé, prié Dieu; on lui fait ses cheveux paisiblement, contre sa coutume; vêtu; à sept heures et demie déjeuné; il n'étudie point, ayant composé à cette condition pour faire ses cheveux, et puis dit: C'est aujourd'hui carême prenant[55]; il est fête. Dîné peu, par impatience d'aller à la chasse au bois de Vincennes; il faisoit fort mauvais temps, inégal, de pluie, grêle et vent; il étoit gaiement à cheval.

Le 16, mercredi.—Mené par la galerie, à la foire aux Tuileries.

Le 17, jeudi.—Il s'entretient en soupant des linottes, bruiants[56] et moineaux qu'il a donnés aux sieurs du Plessis-Praslin, de Humières et de Bonnenan pour les dresser pour mouches et pour papillons; ils les tiennent devant lui, sur le poing, chaperonnés.

Le 18, vendredi.—Après dîner il va à la fenêtre pour voir combattre sans touches (sic) un homme contre un lion.

Le 21, lundi.—Mené par la galerie aux Tuileries, où la foire tenoit encore.

Fév
1611

Le 22, mardi.—A deux heures botté, mené en carrosse au bois de Vincennes, à la volerie; il monte à cheval, a pris à l'oiseau une perdrix en vie; ramené en carrosse, il faisoit grand brouillard.—Il s'amuse (en soupant) à voir des sauteurs et joueurs de marionnettes.

Le 24, jeudi.—Mené chez la Reine, au grand cabinet, où il joue à la mouche. A une heure et demie mené en carrosse au sermon, à Saint-Merry, puis au faubourg Saint-Germain, chez M. le marquis d'Ancre, où il a goûté.

Le 26, samedi.—A sept heures et demie mené en carrosse à la messe aux Augustins et à la chasse à Meudon, où il a dîné; il monte à cheval, court le chevreuil et chasse jusques à quatre heures; est ramené à cheval.

Le 27, dimanche.—Mené en carrosse à Saint-Étienne-du-Mont, au sermon, puis se jouer au clos de Sainte-Geneviève.

Le 1er mars, mardi, à Paris.—A une heure botté, mené en carrosse à la volerie; monté à cheval, il va par delà le Bourget; ramené à cinq heures et demie, il va chez la Reine, et à six heures et demie en la galerie, avec la Reine, aux fiançailles de Mlle de Liancourt et de M. le comte de la Rochefoucauld[57], d'où il s'en va fâché en son cabinet pour ce que l'on ne l'avoit pas fait signer. A sept heures soupé; en soupant il se parloit des fiançailles: Moi, dit-il, quand j'ai vu qu'on me faisoit pas signer, je m'en suis fort bien allé à mon cabinet; je suis fondu comme une pierre.

Le 3, jeudi.—Il s'amuse, en soupant, à voir des joueurs de marionnettes; va chez la Reine.

Le 4, vendredi.—Son précepteur lui racontoit que Atlas avoit porté le monde sur ses épaules, le Roi dit soudain: Je le porterois bien, et il prend sur ses épaules Mars
1611 un des tomes où étoient les cartes du monde: Voyez je porte le monde en France, et prenant l'autre tome: J'en porterois bien un autre[58].

Le 6, dimanche, à Paris.—Il envoie à Saint-Germain quatre dogues équipés en mulets et chargés de coffres, comme si c'étoient les mulets de sa chambre. A deux heures mené au sermon à Saint-André des Ards, puis aux Tuileries.

Le 7, lundi.—A midi il entre en carrosse, et monte à cheval au Roule pour aller à Saint-Germain-en-Laye; ce fut la première fois qu'il y alla roi[59]. Il chasse en chemin à la volerie, et à quatre heures et demie arrive à Saint-Germain, où il est reçu par Messieurs et Mesdames; soudain il se va promener partout.

Le 8, mardi, à Saint-Germain.—A déjeuner il s'entretient de la chasse et à quoi il emploiera le temps: Nous irons ce matin au parc, où je fairai bien des choses. Il vouloit aller à la garenne; en étant refusé, il se consent d'aller au parc; jamais il n'étoit oisif. Étudié, mené au parc, à dix heures à la messe, à la chapelle du vieux château, ramené à dix heures et demie chez la Reine. Après dîner il va au jardin, s'amuse à piocher et râteler[60]; à deux heures mené en carrosse à la forêt, il est monté à cheval, court deux cerfs, les prend, se treuve à la mort de l'un sans brosser[61].

Le 10, jeudi, à Saint-Germain.—Éveillé, fouetté[62], étudié; il va chez la Reine.

Mars
1611

Le 11, vendredi.—Il va au vieux château[63] voir Madame. Il va à la chasse, part de Saint-Germain, et arrive à Paris à quatre heures.

Le 12, samedi, à Paris.—Mené à Piquepusse à vêpres, et pour mettre la première pierre à l'église, où il est longtemps à maçonner.

Le 15, mardi.—Il dit qu'il a rêvé en dormant et songé que M. de Souvré le fouettoit.

Le 18, vendredi.—Étudié, etc.; son précepteur lui dit assez bas qu'il n'étoit possible pas des plus savants, mais toutes fois qu'il n'étoit pas un homme du commun ne du vulgaire, car on ne l'eût pas mis auprès de Sa Majesté[64].

Le 19, samedi.—A une heure monté en carrosse; hors la ville il monte à cheval, est mené à la garenne de Colombes, voit courir un loup. Après souper il va chez la Reine.

Le 20, dimanche, à Paris.—Mené en carrosse au sermon à Saint-Barthélemy, puis allé aux Tuileries.

Le 23, mercredi, voyage.—Mené à la chapelle de Bourbon, puis à six heures trois quarts monté en carrosse; il part de Paris, va dîner à Essonne, où il arrive à dix heures. A une heure et demie il entre en carrosse, arrive à quatre heures et demie à Fontainebleau; c'est la première fois qu'il y est arrivé roi. Mené chez la Reine, qui arriva à sept heures et demie; à neuf ramené en sa chambre, qui regarde sur le jardin de la Reine et est contre la chambre ovale en laquelle il naquit.

Le 26, samedi, à Fontainebleau.—Mené à la chasse du cerf, à trois lieues de Fontainebleau; ramené à six heures, soupé. Joué à cachette; il y fait jouer M. de Mars
1611 la Curée, lieutenant de sa compagnie de chevau-légers.

Le 27, dimanche.—Mené promener aux jardins et à dix heures à la messe avec la Reine, à la chapelle de la salle du bal; il va à la procession. A trois heures il va au sermon à la salle du bal; mené au grand canal, il entre en sa galiote, fait tirer la rame à ceux qui étoient avec lui; ramené par le chenil et les jardins.

Le 28, lundi.—A quatre heures monté en carrosse pour aller à la chasse, où, étant arrivé, M. de Souvré lui demande s'il veut pas monter à cheval, et qu'il y a deux haquenées; qu'il choisira.—Pour qui sera l'autre?—«Ce sera pour moi.»—Je suis bien aise d'être en carrosse, et il n'en voulut point sortir. C'étoit à dessein, afin que M. de Souvré ne montât point sur sa haquenée; c'étoit l'une de ses plus fortes jalousies.—Mis au lit, il parloit des Égyptiens[65] qu'il avoit rencontrés, revenant de la chasse, et dit: Si on voloit pour Égyptien, le grand prévôt seroit un bon gerfaut. M. d'Aiguillon et M. le marquis d'Ancre y étoient, sa nourrice aussi; M. le marquis d'Ancre lui dit, mettant la main sur la nourrice: «Sire, il faut que les femmes qui sont à votre coucher couchent avec M. d'Aiguillon, qui est un grand chambellan, et avec moi qui suis premier gentilhomme de votre chambre; le Roi le regardant en colère, lui tourne le dos, disant ces mots: Ouy les vilaines[66].

Le 31, jeudi.—Mené à neuf heures au sermon, qui fut fait par M. l'évêque de Montpellier[67], puis il lava les pieds aux pauvres. Pendant la cérémonie ou un peu après, il voit un archer de ses gardes qui tirailloit de la toile (sic) avec un gentilhomme de ses ordinaires nommé le sieur de Maivre[68], commande au sieur de Nérestang, Mars
1611 capitaine de ses gardes: Allez tancher (tancer) cet archer, qui se prend à un de mes gentilshommes.

Le 1er avril, vendredi, à Fontainebleau.—A huit heures et demie mené au sermon et au service, où il est jusques à midi. Après dîner mené à ténèbres, et à quatre heures au jeu de paume.

Le 2, samedi.—Il s'amuse à tirer contre un chardonneret que l'on lui avoit apporté en sa chambre, avec son arbalète à argelet, le frappe en l'aile par deux fois. Mené à la messe, à la salle du Cheval, conduit par M. le marquis d'Ancre. A trois heures et un quart, il va dans la chambre de la Reine; elle étant près de lui, en la ruelle du lit, reçoit le marquis Spinola, qui passoit, s'en allant en Espagne.

Le 3, dimanche.—A huit heures il va à confesse, en sa chambre, au P. Coton, jésuite; à neuf heures à la messe, en la salle du Cheval, où il fait ses Pâques; à onze heures en la cour des Fontaines, et touche les malades pour la deuxième fois; il y en avoit six cent soixante[69]. A midi dîné; à deux heures il monte en carrosse, va ouïr vêpres à la chapelle Saint-Louis.

Le 4, lundi.—Éveillé à huit heures, et sachant qu'il étoit si tard, il pleure, dit que l'on l'appellera paresseux.

Le 5, mardi.—Mené à vêpres que l'on a fait dire avant le sermon pour l'amour de lui, qui vouloit aller à la chasse; botté, mené en carrosse jusques au lieu de l'assemblée, monté à cheval à quatre heures et demie, ramené à six heures.

Le 8, vendredi.—Étudié; M. le chancelier et M. le président Jeannin le viennent voir; il leur montre ses petites besognes, et au départ leur donne à chacun un œuf d'autruche.

Le 9, samedi.—Il va au jardin de la Reine, s'amuse Avr
1611 à faire des ponts sur l'eau qui étoit au bassin de la fontaine, y travaille lui même.

Le 15, vendredi[70].—Le Roi s'est éveillé à sept heures et demie, s'est fâché et a grondé de ce qu'on l'avoit laissé dormir si longtemps.

Le 16, samedi.—Il s'est promené aux jardins et est allé en carrosse à la Héronnière pour voir la galère neuve et les matelots, équipée de tout, que M. le général des galères[71] lui a fait venir de Marseille, est revenu à pied par le parc des canaux.

Le 17, dimanche.—M. le premier président de Verdun[72] et autres conseillers du Parlement le sont venus trouver et faire la révérence au milieu de son déjeuner, desquels il auroit ouï la harangue et leur auroit fait sa petite réponse, courte et grave, pour les remercier et continuer à faire leurs charges et la justice; ce qu'il fait le chapeau au poing, et ne l'avoit que levé légèrement de dessus sa tête et remis aussitôt, à leur arrivée. Il est à présumer que, songeant à sa réponse, il s'oublia de son déjeuner.

Le 18, lundi.—M. le premier président de Verdun est venu prendre congé de lui, et a été prié par M. de Souvré d'interroger S. M., laquelle a dit à M. de Souvré qu'elle en savoit plus que lui en cas de petits discours.

Le 20, mercredi.—Promené aux canaux, il y a fait mettre sa galère dedans l'eau, avec cérémonie, fait tirer les canons, trompettes sonner, et les forçats tirer la rame tout nus; S. M. toutesfois n'y est point entrée, encore qu'elle l'ait demandé.

Le 21, jeudi.—Sur la fin de son dîner, il a baillé et fait présent d'un cheval à Augustin, turc de M. de Guise.

Avr
1611

Le 23, samedi.—Il est allé voir jouer au tripot[73], et de là en la grande galerie voir tirer la bague.

Le 24, dimanche.—Environ les sept heures il monte en carrosse et va à Arvane, maison de M. de Loménie, près de Moret; là il se joue à passer son temps à pêcher. Après dîner il retourne pêcher, et de là va à la chasse aux toiles, prend un chevreuil en vie et un marcassin d'un an qui fut tué à coups d'épée, ce dont il fut fort fâché. Il revient à Fontainebleau à six heures et demie, va voir la Reine.

Le 25, lundi.—Il va au jardin de la Reine, puis aux canaux et sur l'eau, en la galère.—Après souper il est allé en sa chambre avec M. d'Épernon, qui l'a entretenu tout le long de son souper.

Le 27, mercredi.—A huit heures et demie soupé; il a fort ri à table, entretenant M. de Montmorency, M. d'Elbeuf et autres seigneurs; neuf heures ont sonné lui étant encore à table. Il est allé chez la Reine, et s'est retiré à dix heures.

Le 29, vendredi.—Après souper il va chez la Reine, se retire à dix heures; il s'étoit blessé au genou en tombant à la chambre de la Reine.

Le 30, samedi.—Ressentant plus de douleur en son genou que le soir précédent et ayant de la peine à s'y bien appuyer, S. M. demeure au lit pour ce jour-là. A onze heures dîné dedans le lit; il a été servi par M. de Vendôme[74].

Le 1er mai, dimanche, à Fontainebleau.—A huit heures et demie déjeuné; il se fait servir des aulx, fait semblant d'en vouloir manger, en fait le bon compagnon[75], et tout à coup: Je n'en mangerai pas, mais je m'en frotterai le nez pour baiser madame de Guise, et il s'en frotte Mai
1611 le nez.—Mis au lit, M. d'Épernon prend congé de lui pour aller en Angoumois; il l'embrasse et le baise par plusieurs fois.

Le 5, jeudi.—Mené en l'hôtel de Navarre, où il fait courir des marcassins qu'il y avoit fait apporter. Il commande à un harquebusier de ses gardes de tirer un oiseau; il tire, l'affût se rompt, puis le harquebusier dit au sieur Dauger qu'il eût bien voulu que le Roi lui eût donné de l'argent pour le refaire. Dauger le dit au Roi, qui lui demande: Le vous a-t-il dit?—«Oui, Sire.»—Je lui en donnerai quand il ne y pensera pas[76].—Après souper il va chez la Reine, se déguise, danse le Pantalon devant elle.

Le 6, vendredi.—Mis au lit, il se fait apporter ses petits moines de poterie, s'amuse à leur faire des capuchons, les taille, les coud et dextrement.

Le 7, samedi.—Il se plaint de douleur au ventre, me commande à lui faire donner un clystère, signe qu'il sentoit bien de la douleur; on lui porte le clystère, il marchande avec l'apothicaire. La Reine y vient, les persuasions n'ont point de lieu; M. de Souvré le menace du fouet, il prend le clystère; c'est le deuxième qu'il a pris[77].

Le 10, mardi, à Fontainebleau.—Mené en carrosse aux toiles, il y voit prendre deux ou trois bêtes de compagnie; on lui vient demander s'il les vouloit voir tuer.—Non! si on les veut tuer, que ce ne soit pas devant moi! M. de Préaux me l'a dit.

Le 11, mercredi, voyage.—Éveillé à quatre heures et demie, il demande quelle heure il est, et lui ayant été dit: Je me veux pas encore lever, je veux pas dormir, je me reposerai; dites-moi quand il sera cinq heures et demie. Il ne dort point; l'heure venue, il dit: Levez moi et faites-moi Mai
1611 venir tous les garçons de la chambre, je leur veux commander à chacun ce qu'ils auront à faire
. Il les envoie aux uns et aux autres de ceux qu'il lui plut, pour les éveiller et leur dire qu'il s'alloit lever: à M. de Vendôme, à M. le Chevalier, son frère, à M. le comte de la Rochefoucauld. A sept heures et demie il entre en carrosse et part de Fontainebleau pour aller à Paris; il arrive à Tigery, près de la forêt de Sénart, à dix heures trois quarts; y a dîné. A deux heures il part, et à Conflans monte à cheval, arrive à Paris à cinq heures et demie.

Le 12, jeudi, à Paris.—Mené à vêpres aux Chartreux, il y tire de l'eau au grand puits, en fait tirer à l'âne, y fait combattre Gayan, son chien, contre une fouine.—Mis au lit, il commande à deux valets de chambre de se mettre chacun à l'un des côtés de son lit, pendant qu'il s'endormiroit. Il craignoit les esprits depuis la mort du Roi son père, et en avoit ainsi usé depuis ce temps-là quand il se vouloit endormir.

Le 13, vendredi.—Étudié, etc.; il donne audience aux ambassadeurs d'Espagne, Angleterre et Venise. A cinq heures il est mis sur un bateau et conduit jusques à l'île des Bonshommes[78].

Le 14, samedi.—Étudié, etc.; mené par la galerie aux Feuillants[79], joué aux Tuileries, ramené en carrosse, il va chez la Reine. A onze heures et un quart dîné; il va jouer en la galerie, étudié. Il demande à M. Beringhen, l'un de ses premiers valets de chambre, un anneau de cuivre où il y avoit un cadran; M. de Souvré lui remontre qu'il ne le falloit pas redemander et le service Mai
1611 que Beringhen lui rendoit. Il écoute et ne dit mot, et longtemps après il appelle: Beringhen, je le vous donne; si je l'eusse fait quand mousseur de Souvré me l'a dit, vous lui en eussiez eu de l'obligation et non pas à moi. Il va voir la reine Marguerite, puis entre en un bateau couvert, est mené jusques près des Bonshommes; ramené en carrosse.

Le 16, lundi.—Il va en carrosse à la messe aux Feuillants, puis va à Saint-Germain-en-Laye, pour voir ses frères et sœurs; y a dîné. Il va partout, aperçoit le soldat qui avoit rompu l'affût de sa harquebuse à Fontainebleau, le 5me de ce mois, l'appelle: Tenez, velà pour faire remonter votre harquebuse. A trois heures goûté avec Messieurs; il ne veut point boire, dit qu'il boira au Pecq, entre en carrosse, arrive à Paris à six heures trois quarts.

Le 17, mardi.—Mené en carrosse à la verrerie, au faubourg Saint-Germain.

Le 19, jeudi.—Éveillé à sept heures et demie, il se fait entretenir, demande si le marquisat de Saluces est plus grand que la Bresse.

Le 20, vendredi.—Mené en carrosse au faubourg Saint-Germain, visiter M. et Mme Conchino, malades, puis au parc de l'hôtel de Luxembourg.

Le 22, dimanche.—Il va à la messe en Bourbon, et à onze heures touche les malades; il y en avoit environ onze cents. Dévêtu, mis au lit et demi-heure après levé, dîné. A deux heures et demie mené aux Jacobins, où il entend vêpres et la dispute; ils tenoient leur assemblée générale[80].

Mai
1611

Le 23, lundi.—Il va en carrosse aux Feuillants, après monte à cheval au Pont l'Évêque et va à Saint-Germain-en-Laye, y a dîné. A quatre heures il entre en carrosse, arrive à Paris à sept heures.

Le 28, samedi, à Paris.—M. Des Yveteaux, son précepteur, lui racontoit comme, le jour précédent, en l'assemblée des Jacobins, la Sorbonne s'opposa contre un bachelier qui soutenoit que le pape étoit par dessus le concile, et dit qu'il y avoit grande apparence de croire, comme elle faisoit, que le concile étoit par dessus le pape: Et moi non, répond le Roi, je crois que le pape est par dessus le concile[81].

Le 30, lundi, voyage.—A six heures trois quarts il entre en carrosse, part de Paris et arrive à Tigery à dix heures, y a dîné. Parti à trois heures et demie et arrivé à Fontainebleau à six heures et demie.

Le 31, mardi, à Fontainebleau.—Mené à dix heures et demie à la chapelle de la salle du bal, il va chez la Reine.

Le 1er juin, mercredi, à Fontainebleau.—Mis au lit, il s'amuse à se faire entretenir et à jouer d'une petite raquette avec de petites balles d'or.

Le 2, jeudi.—A dîner il mange un peu d'un petit oiseau rôti, que son nain, Dumont, avoit tué le jour précédent. Mené promener au grand canal, il va voir la Juin
1611 Reine puis M. de Souvré, malade d'une jambe, s'assied en une chaire près de lui et lui raconte tout ce qu'il sait.

Le 5, dimanche, à Fontainebleau.—Mené promener vers le canal, ramené à huit heures et un quart; il sait que la Reine étoit à la fontaine du Tibre (l'on y faisoit de la musique), il y va, est ramené à neuf heures et un quart, s'amuse à jouer au trictrac.

Le 6, lundi.—Il va sur le passage du cabinet à la galerie lambrissée, où il faisoit faire un four pour y faire cuire des confitures, s'amuse à le voir faire. A huit heures et demie il va voir M. de Souvré, malade.

Le 8, mercredi.—Il y avoit plus de trois mois qu'il n'avoit plu; ce matin il plut un peu. Quelqu'un dit qu'à Paris l'on alloit descendre la châsse de Sainte-Geneviève.—Pourquoi?—«Pour faire venir la pluie.»—Ho! astheure qu'il pleut, dit le Roi en souriant. Après dîner il va chez la Reine, qui faisoit et s'amusoit à faire faire des parfums; il y travaille aussi.

Le 9, jeudi.—Après souper il va jouer en la galerie de la Reine, y entend la musique; M. de Vendôme revient d'Anet. Le Roi étant seul près de lui, l'on se prend à chanter une chanson d'un ballet du feu Roi, et à ces mots:

Dessous la loi

D'un si grand Roi,

il se sépare de M. de Vendôme, se prend à pleurer et peu après le va rejoindre, qui pleuroit aussi.

Le 10, vendredi.—Éveillé à quatre heures, il ne se vouloit plus rendormir, par appréhension que, le soir précédent, on lui avoit fait prendre que Mme de la Renouillère, décédée depuis sept ou huit jours, avoit été vue revenir à la chambre de la Reine; il se rendort jusques à huit heures et demie.—Après souper il va chez la Reine, joue à colin-maillard, y fait jouer la Reine et les princesses et dames.

Le 17, vendredi.—Mené aux jardins, il tue un moineau, Juin
1611 volant, d'un bâton qu'il tenoit en sa main; à quatre heures il entre en carrosse, est mené aux toiles; elles étoient tendues sur un morceau de méchant blé; le paysan à qui il étoit se vient plaindre à lui du dégât de son blé, qui pouvoit être de cinq ou six boisseaux. Il lui donne cinq écus gaiement et par compassion, et un écu à une femme qui lui apporta des cerises, lesquelles il ne mangea point.

Le 19, dimanche.—Après souper mené chez la Reine, puis à la galerie, où il entend sa musique de la chambre et chapelle, celle de la Reine et celle de M. de Nevers.

Le 20, lundi.—Éveillé à une heure après minuit: Je ne puis dormir, dit-il, lisez, d'Heurle (son valet de chambre). Il se rendort et s'éveille à trois fois, fait lire encore, rêve en dormant: Chantez, et songe à la musique.—Après souper il va chez la Reine, et revient à la galerie lambrissée, où il voit jouer une tragédie françoise et une farce.

Le 21, mardi.—Étudié, mené à la chasse; à cinq heures mené jouer au jeu de paume. Après souper il va en la galerie lambrissée, où il voit jouer une pastorele (sic) françoise et une farce.

Le 22, mercredi.—Mené en carrosse sur la route de Moret, il met pied à terre et se joue sur le chemin et par les brossailles. Après souper il va en la galerie lambrissée, où il voit jouer une farce, puis va chez la Reine.

Le 24, vendredi.—Après souper il est mené au jardin des fruitiers, où il court un lièvre avec ses petits chiens; ramené à huit heures et demie, il fait tirer des fusées en la cour du donjon, puis va chez la Reine, y joue à je m'assieds.

Le 25, samedi.—Mené aux jardins, il leur va dire adieu[82]; M. de Souvré lui envoie dire qu'il donne sept Juin
1611 ou huit écus au jardinier de la Reine, qui lui avoit donné des abricots et étoit pauvre: Je lui en donne douze, dit le Roi, et il les lui donne.

Le 26, dimanche, à Fontainebleau.—Dévêtu, il se fait bailler son réveille-matin, le met à trois heures; je lui dis qu'il étoit bien matin, il le pousse jusques à la demie, et dit à M. d'Heurles: D'Hurle ne y touchez pas, je vous le dis, mais je vous le dis. Mis au lit, il se fait lire par M. de Préaux, et s'endort à dix heures.

Le 27, lundi, voyage.—Éveillé à douze heures et demie après minuit, doucement, il demande: Quelle heure est-il? C'étoit de soin qu'il avoit de se lever matin, pour partir de bon matin pour aller à Paris; il se fait montrer le réveille-matin pour voir si on l'abusoit de lui avoir dit qu'il n'étoit que douze heures et demie, se rendort à deux heures jusques à trois heures et demie; éveillé par le réveille-matin: Ça, ça, debout, debout. Levé, vêtu, à quatre heures et demie il va à la messe en bas, et à cinq monte en carrosse et part de Fontainebleau. Arrivé à Essonne à huit heures, au Lion, il voit un poulain de deux mois, demande s'il étoit à vendre. L'hôtesse lui dit qu'oui; enquis du prix (ce fut dix écus), il les donne. Quelqu'un lui dit que c'étoit trop: C'est tout un, c'est tout un; il aimoit naturellement à donner. Il veut aussi acheter un ânon et un jeune pourceau: Nous mettrons tout ensemble, dit-il en se jouant. Pendant son dîner il fait mener devant lui le poulain, lui fait donner de la paille, du foin, du pain, du lait, et commande à un des garçons de sa chambre de le mener à Corbeil, de le y embarquer et qu'il lui baillera de l'argent pour faire sa dépense et du poulain. Il va aux galeries, y fait monter l'ânon et monter dessus M. le chevalier de Vendôme, fouette l'ânon qui court, et quelque coup échappe sur le Chevalier. A trois heures goûté, monté en carrosse. Le baron de Vitry, sortant de l'hôtellerie, avoit pris des cerises et les mangeoit dans le carrosse; le Roi l'en reprend aigrement: Comment, Juin
1611 Vitry, voulez-vous faire des vilainies ici et gâter mon carrosse!
Peu après M. de Vendôme se met à manger des abricots tirés de sa pochette: Quoi, voulez-vous faire un cabaret de mon carrosse! Il arrive à Paris à six heures et demie, ne se veut point débotter pour souper.

Le 28, mardi, à Paris.—Étudié, mené chez la Reine, puis à la chapelle de l'antichambre de la Reine.

Le 29, mercredi.—Mené promener en la galerie, puis en carrosse à la première messe de M. de Champvallon, abbé de Saint-Victor à Paris et depuis archevêque de Rouen[83], qui fut chantée [en Sorbonne].

Le 6 juillet, mercredi, à Paris.—Étudié, etc.; à trois heures et demie goûté, puis il va chez la Reine, lui demande congé d'aller à Saint-Germain-en-Laye, et dit avoir prié Mme de Guise de l'obtenir. La Reine lui répond: «Je le veux bien pour l'amour de vous; ce que je fairai pour vous, je ne le fairai pour personne; mais il faut que vous demeuriez ici demain pour répondre le cahier[84] de ceux de la Religion».—Madame, vous le fairez bien sans moi; aussi je suis trop jeune. Il va en Bourbon voir sa petite écurie.—Mis au lit, il se fait apporter ses montres et son réveille-matin pour les mettre à six heures, qu'il se vouloit lever pour aller à Saint-Germain voir Messieurs et Mesdames.

Le 7, jeudi.—Éveillé à six heures au son du réveille-matin, levé, etc., déjeuné, mené à la messe en Bourbon, puis à sept heures et demie il monte en carrosse et à cheval au delà du port de Neuilly, arrive à neuf heures et trois quarts à Saint-Germain; à quatre heures il part à cheval et arrive en carrosse à Paris à sept heures.

Juil
1611

Le 11, lundi.—A sept heures levé, il va voir mettre l'eau dans la cuve pour se baigner; à sept heures et demie baigné, il fait porter des petits bateaux, les fait voguer, les charge de roses rouges qui étoient éparses sur le bain. A sept heures trois quarts sorti du bain, mis au lit[85].

Le 12, mardi.—Il va voir mettre l'eau dans son bain, en sa chambre, y entre à sept heures, éparpille les roses rouges sur l'eau, fait porter de ses petits bateaux, les charge de ses roses mouillées, dit que ce sont navires qui viennent des Indes, de Goa.

Le 15, vendredi.—Étudié, etc.; à deux heures botté, il entre en carrosse, va à la chasse au parc du bois de Vincennes, y court un lièvre avec des chiens courants.

Le 16, samedi.—Un certain peintre lui apporte un portrait de cire de son visage; le Roi lui demande: Combien en voulez-vous?—«Sire, il vaut bien deux pistoles.»—En velà sept.—«Sire, ma pauvre femme est bien malade; s'il vous plaît de me donner quelque chose pour la faire assister?»—Tenez, je vous donne tout ce que j'ai, dit le Roi en vidant sa bourse; il y avoit encore sept pistoles.

Le 19, mardi.—Mené en carrosse, puis monté à cheval, il va au derrière de Montmartre voler le perdreau et courir le lièvre.

Le 21, jeudi.—Mené au jeu de paume couvert, en la rue de Grenelle. Étudié, etc., goûté, mené à la blanque au bout du Pont-Neuf, il tire une aiguière d'argent.

Le 22, vendredi.—Il joue en soupant à Je vous prends en ce point, avec ses gentilshommes servants et autres de ses officiers, et à la fin Je vous prends tous en ce point, Juil
1611 M. d'Elbeuf le y prend en buvant; un de ses petits gentilshommes l'en ôta[86].

Le 25, lundi, à Paris.—A dix heures et demie il va chez la Reine, où elle lui dit qu'elle lui ôte M. Des Yveteaux, son précepteur, pour lui donner M. Le Fèvre. Mené en carrosse à vêpres à Saint-Victor, puis au jardin de M. Voisin.—Dévêtu, mis au lit, M. Des Yveteaux vient prendre congé de lui; il en a du déplaisir, et l'ayant supplié de lui donner quelque bague, lui dit qu'il le faut savoir de M. de Souvré[87].

Le 26, mardi.—A deux heures il entre en carrosse pour aller à Saint-Germain-en-Laye, arrive à cinq heures. Après souper il va chez la Reine.

Le 27, mercredi, à Saint-Germain.—Étudié, etc.; mené au parc, il va chez la Reine, puis à la chapelle des Grottes. A deux heures mené à la chasse, par la Muette, monté à cheval au bois.

Le 28, jeudi.—Il écrit à M. de Villeroy pour le prier de faire en sorte que M. Le Fèvre, retenu pour être son précepteur, ne vienne point pendant qu'il sera à Saint-Germain. Étudié, etc.; il va promener, à la messe, chez la Reine, qui lui parle de M. Des Yveteaux et lui demande ce qu'il avoit dit en prenant congé de lui: Il étoit bien en colère; il me dit qu'il en avoit eu la peine et un autre en auroit l'honneur.

Le 29, vendredi.—A six heures il va chez la Reine, où il voit achever la Bradamante[88], représentée par Madame et autres; à sept heures et un quart soupé.

Le 30, samedi.—Éveillé à trois heures après minuit Juil
1611 en crainte du fouet, pour s'être, le jour précédent, opiniâtré contre M. de Souvré, sur la réponse qu'il avoit à faire aux députés de ceux de la Religion assemblés à Saumur. M. d'Heurles, valet de chambre, l'assure que M. de Souvré ne s'en ressouvient point.—M'en asseurez-vous?—«Oui, Sire»; là-dessus il s'endort jusques à sept heures.

Le 31, dimanche.—Il se fait apporter ses arbalètes et va au parc, y tire à des oiseaux, puis, monté sur un petit bidet, il va au galop; M. de Frontenac, son premier maître d'hôtel et capitaine de Saint-Germain, le mène à la chasse, lui fait voir des chevreuils.

Le 1er août, lundi, à Saint-Germain.—Monté à cheval, mené au parc, à la chasse, il ne veut jamais permettre que M. d'Aiguillon le suivît à cheval; il fut contraint de renvoyer son cheval et de s'en retourner; le Roi n'est suivi à cheval que de M. de Souvré et de M. de Pluvinel. Joué, étudié, etc.; goûté, mené en carrosse aux toiles, il prend un grand sanglier. Après souper il va sur la terrasse, fait jeter des fusées, va chez la Reine, revient à huit heures et demie, se moque de M. de Verneuil, qui avoit été à la chasse: Mon frère de Verneuil, qui a mis la main à l'épée d'une lieue loin et crioit à mon sanglier: A moi, sanglier, je te tuerai!

Le 2, mardi.—A trois heures mené en carrosse au vieux château, en la salle du bal, où, en sa présence, celle de la Reine, des princes, princesses et seigneurs, de M. le chancelier et président Jeannin, a été représentée sur le théâtre tout accommodé la tragi-comédie de Bradamante par ces personnages: Madame représentoit Marphise;—Mme Christienne, Léonor, fille de Charlemagne;—Bradamante, Mlle de Vendôme;—le baron de Palueau, Charlemagne;—Mlle de Renel, Aimon;—Mlle de Vitry, Béatrix;—Françoise Lecœur, Nimes, duc de Bavière;—M. d'Aubasine, Léon;—Mlle d'Harambure, Renaud;—Nicole Du Tost, Roger;—Mlle de Frontenac, Basile, Août
1611 duc d'Athènes;—Barbe Talon, la Roque;—Mlle Mercier la petite, l'ambassadeur de Bulgarie;—Mlle de Verneuil, l'ambassadeur de Grèce;—Mlle Sauvat, Hypalque;—Mlle de Frontenac la petite, Mélisse[89].

Le 3, mercredi.—Étudié, etc.; il s'amuse à faire prendre feu à un pistolet et refusoit à danser; M. de Souvré l'en presse: Ce sera donc à la charge que je tirerai encore un coup. Il se joue en la galerie, à cause de la pluie et du tonnerre.

Le 4, jeudi.—Il fait apporter ses marmousets d'argent, les range sur son lit[90], dit que c'est la foire Saint-Germain, que ce sont marchandises qui viennent d'Allemagne, de la Chine. Étudié contre son intention, en est en colère contre M. de Souvré. Environ une heure arrive M. le chevalier de Vendôme, pleurant, se jeter à genoux devant le Roi, et qui venoit d'en faire autant à la Reine, la suppliant qu'il mourût aux pieds du Roi et des siens, et de n'aller point à Malte: «Ha! Sire, lui dit-il, ayez pitié de moi; la Reine me veut ôter d'auprès de Votre Majesté pour m'envoyer à Malte!»—Hé! qu'avez vous fait à la Reine ma mère?—«Rien, sire.»—Quoi! irez-vous toujours sur la mer?—«Oui, sire.»—Gardez-vous bien et soyez le plus fort quand vous irez à la guerre, et écrivez-moi souvent. C'étoit une grande pitié de ouïr ses plaintes et ses larmes pour l'amitié qu'il lui portoit et l'appeloit: Zagaye (sic): on me le veut ôter pource que je l'aime. On ne le pouvoit apaiser; la Reine y arrive, il redouble ses pleurs; elle tâche de le divertir. Sur les deux heures M. le Chevalier dit adieu, les plaintes redoublent; la Reine fait ce qui se peut pour l'apaiser et le divertir; on met tout à l'heure le Chevalier en carrosse, et il est conduit à Paris.—Après souper la nourrice du Roi lui fait des contes; il y prend plaisir.

Août
1611

Le 5, vendredi.—Mené à la chasse du cerf en carrosse, monté à cheval au laisse-courre; la Reine y va aussi. Ramené à six heures et demie, la Reine revenant, treuve Monsieur au palemail, au droit de la chapelle, le monte à cheval devant elle, et le mène jusqu'au bâtiment neuf; le Roi marchoit à son côté. Il s'amuse à acheter des petits couteaux d'un petit mercier, pour les donner aux femmes et filles de la Reine.

Le 6, samedi.—Le Buisson, qui avoit ses oiseaux pour les champs, lui apporte deux perdreaux et les veut bailler à M. de Souvré; il les prend et les met à sa ceinture disant: Je les veux donner à la Reine, ma mère; c'est que vous les voulez manger. M. de Souvré se retire pour s'asseoir (sic): Ho! velà mousseu de Souvré qui va dire au Buisson qu'i les y apporte une autre fois, et non pas à moi, dit le Roi, et en mangeant ses cerises, il lui en tiroit les noyaux. A sept heures soupé; parlant à un de ses officiers, il lui dit: Je vous vis tous l'autre soir après un mort; qui étoit-ce?—«C'étoit, sire, un délivreur de vin.»—Comment s'appeloit-il?—«Toussaint.»—Le Roi s'adressant à un de ses pâtissiers, qui étoit présent, lui dit: Vous ne y étiez pas; il l'avoua.

Le 7, dimanche.—A midi il va chez M. de Frontenac, son premier maître d'hôtel et capitaine du château de Saint-Germain; il y a dîné avec la Reine, Madame, Mme la princesse de Conty, Mme la comtesse de Soissons, Mme la duchesse de Guise, Mme la douairière de Guise, Mlle de Vendôme, Mme la marquise de Guiercheville, Mme la comtesse de la Rochefoucauld, Mme de Ragny, Mme de Frontenac. Il avoit une grande impatience pour être si longtemps à table, mais le respect de la Reine le retenoit; il disoit: Je ne mange rien; puisque je ne mange point, il faut boire. Il boit de la tisane, puis demande à la Reine: Madame, vous plaît-il que j'alle là-haut jouer de l'épinette de madame de Frontenac. Enfin, comme la Reine eut achevé, il dit: Madame, je suis prêt; la Reine se lève, il saute à Août
1611 bas; peu après il va en la grande salle du château, avec la Reine et sa suite, pour y voir jouer une farce par des valets de Messieurs.

Le 9, mardi.—M. de Fleurence le fait étudier en attendant M. Le Fèvre.

Le 10, mercredi, à Saint-Germain.—Après déjeuner, il entre en son cabinet, on lui discourt; M. de Souvré étoit assis sur un bahut, le Roi se va asseoir près de lui; c'étoit pour le faire lever. M. de Souvré se lève, le Roi se va remettre en sa chaise, M. de Souvré se rassied. Il se va asseoir près de lui; M. de Souvré lui dit alors: «Vous êtes revenu ici vous asseoir pour me faire lever, mais je ne me lèverai pas pour tout cela.»—Vous ne devez point faire de comparaison avec moi, lui répond le Roi. Repris par M. de Souvré de ce qu'il s'amusoit à des jouets d'enfant, il lui promet de ne le faire plus et va fouiller dans ses coffres lui-même, les met à part, et commande à M. d'Heurles, l'un de ses premiers valets de chambre, de les porter à Monsieur, son frère. Il va chez la Reine, où il rencontre le sieur de Poutrincourt[91], qui racontoit nouvelles du Port Royal, où il se tenoit en Canada.

Le 11, jeudi.—A trois heures et demie il entre en carrosse, part de Saint-Germain et arrive à Paris à six heures. Après souper il va chez la Reine.

Le 12, vendredi, à Paris.—Il va chez la Reine, et en montant au petit cabinet se heurte au genou contre une marche; peu après M. le chancelier emmène et présente M. Le Fèvre à la Reine pour être précepteur du Roi; sur ce la Reine le présente au Roi, disant ces mots: «Mon fils, velà monsieur Le Fèvre, que je vous donne pour votre précepteur.»—Madame, j'en suis bien aise.—«Il faut Août
1611 que vous lui obéissiez, et faire tout ce qu'il vous dira.»—Je le fairai aussi, Madame.—«C'est un fort homme de bien et bien savant; il faudra bien apprendre.»—Je le fairai aussi, Madame. M. le chancelier, prenant la parole, en dit beaucoup de bien, et ayant parlé de le loger où souloit loger M. Des Yveteaux, le Roi dit: Non, non; il seroit pas bien, il faut monter trop haut. Il faut le loger à la chambre où souloit loger mon frère de Verneuil, dans la tour. M. Le Fèvre entend donner leçon au Roi par M. de Fleurence pour essayer à reconnoître sa portée[92].

Le 15, lundi.—Confessé par le P. Coton, jésuite; à neuf heures et un quart mené en carrosse aux Augustins, où il a ouï la messe, communié et à onze heures, dans le cloître, touché quatre cent cinquante malades. Il se treuve foible; il faisoit une extrême chaleur; lavé les mains avec du vin pur et senti du vin, il revient à lui. Ramené à onze heures et demie; dîné; peu après, pour le délasser, dévêtu, mis au lit. A une heure et demie levé, vêtu, mené en carrosse au sermon à Saint-André-des-Arcs, puis à vêpres aux Cordeliers[93]. Ramené à cinq heures, devêtu, mis au lit, soupé; il se joue doucement, fait fermer les fenêtres et fait poursuivre des chauves-souris qui étoient entrées. On veut lui persuader de coucher en la grande chambre, lui représentant que couchant dans son cabinet, faisant si chaud, il seroit en danger de pleurésie, de fièvre continue, ou d'une grande maladie; il n'avoit point voulu coucher dans la grande chambre depuis la mort du Roi, où il l'avoit ainsi vu, et l'appréhension lui en étoit toujours demeurée.

Août
1611

Le 17, mercredi.—Après dîner, il va chez la Reine, revient en sa chambre; les nouveaux échevins lui prêtent le serment. Il monte au cabinet des livres; à trois heures goûté. M. Le Fèvre lui donne la première leçon sur l'institution de l'empereur Basile[94].

Le 21, dimanche.—Mené en carrosse, il voit tirer l'anguille au pont Notre-Dame.

Le 22, lundi.—Il commande à son nain Dumont d'aller à Villecraine, lui donne pour le conduire Descluseaux, porte-manteau, pour faire venir le sieur de Bogne, sieur de Villecraine, devers lui, sur une plainte qui lui avoit été faite par La Court, valet de chambre de S. M.; c'est le premier commandement en commission qu'il a donné.

Le 25, jeudi.—Mené en carrosse à la messe à la chapelle Saint-Louis des Jésuites; à une heure mené au bois de Vincennes à la chasse.

Le 27, samedi.—Mené en carrosse au marché aux chevaux, où il demande d'aller pour y acheter un bidet noir, puis aux Tuileries.

Le 30, mardi.—Il s'amusoit à des petits jouets; M. de Souvré lui dit: «Sire, ne voulez-vous pas quitter ces jeux d'enfant? Vous êtes déjà si grand.»—Mousseu de Souvré, je le veux bien, mais il faut que je fasse quelque chose; dites-le moi, je le fairai. Mené au jeu de paume de Verdelet.

Le 31, mercredi.—A six heures et demie il entre en carrosse, va ouïr la messe aux Capucins pour aller à Saint-Germain-en-Laye par la chaussée, y arrive à neuf heures et demie, au vieux château. A onze heures dîné avec Monsieur, Madame, Mme Christienne et Mlles de Vendôme et de Verneuil. Ramené à sept heures à Paris. Mis au lit, il se fait apporter une petite arbalète à argelet Août
1611 et, avec une petite balle de plomb, tire pour éteindre les flambeaux.

Le 3 septembre, samedi, à Paris.—Mené en carrosse chez la reine Marguerite, puis à la verrerie.

Le 8, jeudi.—Mené à la messe à Notre Dame, et au sermon et à vêpres aux Carmes.

Le 10, samedi.—Mené en carrosse à Conflans, M. de Villeroy le supplie de cueillir un fort gros poncire[95]; il ne le voulut point faire, par discrétion.

Le 11, dimanche.—A deux heures mené en carrosse à Piquepusse, à vêpres, ramené à l'hôtel de Bourgogne, et à six heures trois quarts soupé; il me dit qu'il avoit mal au pied droit, que le mal lui avoit pris à la comédie. Mis au lit, il se fait porter sa caille privée, lui donne de la mangeaille.

Le 12, lundi.—Mené en carrosse chez la reine Marguerite. A souper il se joue d'une balle[96] que lui-même fait treuver dans son couvert, puis dans son pain, puis dans un plat, par habileté.

Le 13, mardi.—Il va chez la Reine, y a étudié[97].

Le 14, mercredi.—Entretenu sur le catéchisme, mené par la galerie aux Feuillants, joué aux Tuileries.—Mené en carrosse à Saint-Eustache, puis à l'hôtel de Bourgogne.

Le 15, jeudi.—Mené en Bourbon à la messe, puis au petit jeu de paume à la rue du Champfleury.

Le 17, samedi.—Après souper il se fait armer des armes complètes jusques aux pieds, que le prince Maurice lui avoit envoyées, et tout armé s'en va trouver la Reine.

Le 18, dimanche.—Exhorté par le sieur de Fleurence sur le catéchisme; à trois heures goûté, mené à la comédie à l'hôtel de Bourgogne. A sept heures soupé; il va chez Sept
1611 la Reine, qui étoit en son petit cabinet; il heurte fort; elle ne le trouve pas bon, croyant que ce fût faute de respect.

Le 19, lundi.—M. de Souvré lui remontre ce qu'il avoit fait le soir précédent, et pour ce sujet il est fouetté.

Le 21, mercredi.—Mené en carrosse à vêpres à Piquepusse, puis à la comédie de l'hôtel de Bourgogne.

Le 22, jeudi.—Ce matin la Reine reçut la nouvelle du décès de Mme la duchesse de Mantoue, sa sœur aînée[98]; le Roi en pleura.

Le 23, vendredi.—En soupant il parloit d'oiseaux, d'une pie-grièche qu'il avoit, et dit qu'il la vouloit dresser pour voler le moineau, et un moineau pour le roitelet, et le roitelet pour mouche. Je lui demande: «Et la mouche, sire, que lui fairez-vous voler?»—Je lui fairai voler le moucheron.

Le 24, samedi.—Joué en la galerie, il y fait courir devant lui un chameau que M. de Nevers lui avoit donné, lui fait faire quatre tours d'un bout à l'autre.

Le 25, dimanche.—Mené en carrosse aux Filles-Dieu et à quatre heures et demie à la comédie, en l'hôtel de Bourgogne.—Mis au lit, il s'endort à la musique de Bailly, chantant et jouant de la lyre avec le joueur de luth de la reine d'Angleterre, qui en jouoit et chantoit la basse.

Le 26, lundi.—Éveillé à une heure après minuit, il avoit de l'inquiétude pour avoir ouï parler des esprits à son coucher; il les craignoit.—En étudiant il entre en mauvaise humeur contre M. de Souvré, qui le reprenoit de ce qu'il s'amusoit; il avoit le chapeau sur la tête, le Roi lui dit: Vous avez votre chapeau sur la tête!—«Oui, et si je le vous ôterai pas pour cette heure. Ce n'est pas que je sache ce que je vous dois, qui est cent Sept
1611 mille fois plus. Plaignez-vous en à la Reine.»—Je ne vous ôterai pas aussi le mien. M. Le Fèvre, son précepteur, le voulut aussi un peu presser sur la leçon; le Roi lui dit: Quoi! et du commencement vous étiez si doux que vous trembliez tout; et maintenant vous êtes si rude! Tiré des armes à l'accoutumée et dansé.—Peu après souper il entend les Comédiens françois en sa chambre; la Reine y étoit.

Le 27, mardi.—Après déjeuner il est exhorté à son corps défendant, pource qu'il croyoit ne devoir point étudier, à cause que ce jour étoit celui de sa naissance[99].—Mis au lit, il se fait apporter un petit navire d'argent et se y amuse diversement, dit qu'il ne se veut point endormir qu'à l'heure pareille de sa naissance.

Le 28, mercredi.—A dîner on lui sert une caille, qu'il avoit prise le jour précédent à la chasse, et deux moineaux, que le matin il avoit tués et frappés à l'œil, aux Tuileries, avec son arbalète à argelet: Portez, dit-il, cela à Mousseu de Souvré, et dites-lui que velà des ortolans des Tuileries que je lui envoie.

Le 1er octobre, samedi, à Paris.—Mené en carrosse chez la reine Marguerite.—A son souper il reprend un gentilhomme servant qui n'avoit point encore servi: Votre serviette n'est pas bien; et ne la mettant pas encore bien: Non, non, il faut la mettre ainsi, lui dit-il doucement, comme le lui voulant apprendre.

Le 3, lundi, voyage.—Il va à la messe en Bourbon; à sept heures il est mis en carrosse et part de Paris pour aller à Fontainebleau. A Villejuif il fait acheter un pain d'un sol, met pied à terre, chemine assez bien en mangeant son pain; arrivé à dix heures et demie à Sauvigny, il y a dîné. Il part de Sauvigny à deux heures, arrive à cinq heures à Villeroy.

Le 4, mardi.—A six heures déjeuné, puis mené en carrosse, il arrive à neuf heures et demie à Cély, où il Oct
1611 a dîné. Il part de Cély et arrive à une heure et demie à Fontainebleau; il est toujours promené sur le canal, dans la galerie, à cheval, à pied, dans les jardins jusques à cinq heures.

Le 8, samedi, à Fontainebleau.—Mené à la chapelle près de la salle du bal, puis chez la Reine.

Le 11, mardi.—A deux heures botté, monté à cheval, mené à la chasse au loup, par delà la rivière de Moret.

Le 12, mercredi.—En soupant l'on parla d'Engoulevent[100] qui étoit prince des sots; il dit: Annibal (l'un de ses nains) est de ses sujets, et Danobis (l'un des garçons de sa chambre). C'est le plus grand royaume du monde.

Le 13, jeudi.—Éveillé à deux heures après minuit, doucement, il a peur; c'étoit depuis la mort du Roi son père, qu'il avoit vu dans le lit[101]. Il fait passer un valet de chambre de chaque côté de son lit, pour s'assurer, se rendort jusques à quatre; fait de même, se rendort jusques à six et demie.

Le 16, dimanche.—En la chambre de la Reine, il donne le bonnet de cardinal à M. l'évêque de Béziers, Florentin et grand aumônier de la Reine, qui fut appelé cardinal de Bonzi; c'est le premier cardinal qu'il a fait.

Le 18, mardi.—Il fait venir Mme de Ragny, qui craignoit les singes et les guenons, lui fait peur des siennes. M. le prince de Condé revient de Guyenne; il le reçoit gaiement, et mettant sa main à son bonnet de nuit, bridé par la bande de sa glande[102]: Voyez, dit-il, je ne saurois ôter mon bonnet, il est attaché. Il l'entretient de bonne façon, lui parle de toutes sortes de choses. A quatre heures il se remet au lit; étudié; il me fait l'honneur de me demander si j'écrivois toujours ce qu'il faisoit Oct
1611 et me commande d'écrire comme, la nuit précédente, il avoit songé que Courtenvaux avoit une fille que sa femme avoit faite, et que Haran (garçon de sa chambre et de ses chiens) en avoit été le compère; et là-dessus il s'en prend à rire. Il s'endort à la musique du luth et de la voix de Bailly.

Le 19, mercredi.—Il prend un clystère fait de lait, de fleurs de camomille et de sucre blanc; il fait beaucoup de mystères plaisants avant que de le prendre, dit à M. de Souvré: Demandez à mousseur Hérouard si ce qu'on fait prendre par force fait pas mal. M. de Souvré le menace du fouet; cette crainte le lui fait prendre, puis il menace M. de Souvré: Si j'avois des verges, aussi vrai je vous en fairois prendre un. A dîner il est servi par M. le chevalier de Guise.

Le 20, jeudi.—A cinq heures il se lève en robe, se fait porter ses harquebuses (il en avoit sept), me dit: S'il venoit des ennemis, velà bien pour leur faire un beau salve (sic). Il prend une des harquebuses sur son épaule, se promène en soldat. A deux heures il a tiré une harquebusade[103] d'harquebuse à rouet, chargée à balle, contre un cyprès qui étoit au milieu d'un carré du parterre, sans s'ébranler en façon du monde. Il en tire encore une autre sans balle; il ne fut jamais si content; il avoit desiré d'en avoir permission de la Reine, d'autant que M. de Verneuil en avoit tiré.

Le 21, vendredi.—Il prend du lait d'amandes et l'ayant pris, dit: Si tous les clystères étoient aussi bons que cela, j'en prendrois souvent, comme madame de Ragny dit qu'on les prend en Bourgogne[104]. Étudié, il entend la messe dans son lit; dîné. Levé, il se joue doucement à son lapin et à ses deux petits chiens Tinton et Mourac, et à limer du fer. A deux heures tiré à balle, de sa harquebuse, Oct
1611 faite à Rouen par Timothée, laquelle lui avoit été donnée par M. de Blainville[105], et il l'appeloit de son nom la Blainville. Il tire au blanc, de cinquante pas, donne à un pouce près du blanc, puis sur un geai qui étoit en une des premières et prochaines allées du jardin; il tire de la fenêtre de sa chambre, de haut en bas, et le frappe en la tête. Étudié, etc., il tire encore de la harquebuse et tue un geai tiré de sa fenêtre dans le jardin.

Le 22, samedi.—A douze heures et demie levé, vêtu, ôté son bonnet, puis son chapeau, laissé la bande sous sa glande. Pendant son dîner[106] M. le duc de Guise, qui le servoit, lui disoit qu'il étoit venu un Anglois qui avoit des dogues fort furieux et des ours, et que s'il plaisoit à Sa Majesté de lui donner une pension de mille écus, il lui entretiendroit toute l'année vingt et cinq dogues qui lui donneroient du plaisir, et quand il lui plairoit il les feroit combattre à outrance; et il lui réitéra trois ou quatre fois ce mot d'outrance. Le Roi écouta tout sans mot dire, jusqu'à ce qu'il dit: Non, non; point à outrance; non, je veux pas à outrance; c'étoit par débonnaireté, car il ne vouloit même pas que les dogues fussent menés aux toiles, de crainte qu'ils ne fussent blessés. A trois heures il va en la chambre ovale, pour voir combattre les dogues de l'Anglois contre un ours.

Le 23, dimanche.—Il prend médecine, sous la promesse de M. de Souvré qu'il tirera quatre harquebusades; remis au lit, d'où il tire deux harquebusades qui sortent par la fenêtre; il y étoit fort chaud. Levé en sa robe et bottines, il tire par la fenêtre une harquebusade et tue un geai au jardin; il couchoit en joue du côté droit et miroit de l'œil gauche. Sa quatrième harquebusade il la tira du coin de son cabinet, contre le pavillon du milieu de la galerie et donna dans un autre trou où il y avoit un nid Oct
1611 d'hirondelles, où il tiroit. A trois heures et demie goûté; il fait prendre des oiseaux à la glu, fait démonter et remonter des canons et des rouets de harquebuses, et en régler les charges.

Le 24, lundi, à Fontainebleau.—A huit heures, sous promesse que lui fait M. de Souvré de n'étudier point, il prend un clystère.

Le 25, mardi.—On lui apporte un petit pot de verre où il y avoit de la crème avec de l'eau de rose pour frotter son nez[107]; il n'en veut point, nous en fait manger et en donnant à M. de Blainville, guidon de sa compagnie de gendarmes, qui étoit de la Religion: Tenez, mangez; velà qui vous faira devenir catholique. Il s'amuse à clouer les tapis du pied de son lit avec le tapissier, va chez la Reine.

Le 26, mercredi.—Étudié, mené à la chapelle près de la salle du bal, puis chez la Reine; dîné. Il donne audience à l'ambassadeur de Savoie; à trois heures mené en carrosse aux toiles.

Le 27, jeudi.—Étudié; on lui montroit la carte d'Espagne et les avenues de la frontière, il l'étudioit fort attentivement. M. Le Fèvre lui ayant dit que la France étoit bien un plus grand, plus beau et plus riche royaume, le Roi dit: Si[108] voudrois-je qu'elle fût à moi.

Le 28, vendredi.—A six heures levé, vêtu, botté; on lui dit que s'il faisoit mauvais temps, il ne pourroit sortir: Je fairai, dit-il, fermer le carrosse. On lui répond: «Votre Majesté n'y verra goutte dedans.»—Je fairai allumer des bougies plus tôt. Il va à la messe, puis entre en carrosse et va à Cély, où il a dîné. Il s'amuse à tirer aux petits oiseaux à la harquebuse, puis est mené à la chasse au loup; il y en avoit trois grands et quatre petits dans l'enceinte. Ramené à quatre heures, à six devêtu, mis au lit, à huit heures et un quart il s'endort, combattant en Oct
1611 soi-même pour ne s'endormir point tout à plein, d'autant qu'il n'avoit pas prié Dieu; il demande son aumônier, et, se trouvant retiré, il prie Dieu de lui-même et s'endort à huit heures trois quarts.

Le 30, dimanche.—A trois heures il est parti en carrosse et la Reine aussi, sur la route de Moret, pour aller à la rencontre de Mme la duchesse de Lorraine[109], fille de M. le duc de Mantoue. Mme la princesse de Conty descend pour aller vers elle, de la part du Roi et de la Reine; le Roi dit: Dites à madame de Lorraine qu'elle ne descende pas, qu'elle ne s'incommode pas pour moi et je m'incommoderai pas pour elle. Toutesfois elle descend, va vingt-cinq pas à pied et salue LL. MM., qui mirent pied à terre.

Le 31, lundi.—Mené à la chapelle près de la salle du bal, puis chez la Reine et après se jouer en la galerie lambrissée. Après souper il va en sa chambre, joue à remue-ménage.

Le 1er novembre, mardi, à Fontainebleau.—Mené au jardin du Tibre, il tue de sa harquebuse une alouette puis un roitelet, ne tire jamais à faute.

Le 2, mercredi.—Il dit qu'il ne veut pas déjeuner, prie Dieu sous promesse de n'étudier pas l'après-dînée.

Le 3, jeudi.—Mené promener au canal et aux jardins, où la Reine mène Mme de Lorraine pour les lui faire voir. Après souper il va chez la Reine, tire à part, dans le grand cabinet de la Reine, Mme de Lorraine, Mme la princesse de Conty, Mme de Guise sa mère, M. de Guise, et joue à remue-ménage; y fait jouer M. de Lorme, premier médecin de la Reine. Ramené, devêtu, M. de Vaudemont[110] lui donne sa chemise.

Le 4, vendredi.—M. le cardinal Gonzague[111], neveu de la Reine, arrive.

Nov
1611

Le 5, samedi, à Fontainebleau.—Éveillé à cinq heures et demie après minuit, il demande à quelle heure il s'étoit endormi[112] et, ayant compté: Il se faut lever, c'est assez dormi. Ses valets de chambre le veulent persuader de dormir encore, et disent que la Reine leur a commandé de ne le lever point qu'il ne soit six heures: Hé! comment est-il possible de faire dormir par force, quand on n'a pas envie; levé, déjeuné, étudié, etc. Après souper il va chez la Reine, à sept heures trois quarts est ramené, prie Dieu, puis descend son oratoire pour le faire partir le lendemain. Mis au lit, il s'endort à neuf heures et demie.

Le 6, dimanche, voyage.—Éveillé à quatre heures après minuit, il fait lever ses valets de chambre, dit qu'il ne sauroit dormir par force; levé, bon visage, gai. L'on avoit arrêté l'horloge par commandement de la Reine, il le jugea. Il fait détendre son lit, aide à faire ses coffres. A six heures déjeuné; il va chez M. de Souvré, qu'il trouve au lit, lui parle de ses harquebuses, qu'il en tirera par les chemins, lui demande s'il tire bien? «J'ai autrefois si bien tiré dit M. de Souvré, que de trois coups je n'ai pas agrandi le trou.»—Il faudroit être bien sot pour le croire, répond le Roi froidement. Il est mené à la chapelle près de la salle du bal, puis à neuf heures au parc, jusques au bout, et aux jardins, pour, ce dit-il, leur baiser les mains. Il va chez la Reine, et à une heure part de Fontainebleau en carrosse, d'où il descend trois fois dans la forêt pour tirer de la harquebuse. A quatre heures il arrive à Melun, va droit au jeu de paume, puis à un jardin près de là, y tire trois moineaux d'une harquebusade. Soupé en son logis, il se fait débotter, puis lui-même se met à nettoyer ses harquebuses qui avoient tiré.

Le 7, lundi, voyage.—Il part de Melun; à Villeneuve Saint-George dîné. A quatre heures et demie il arrive à Nov
1611 Paris, va à la volerie. A six heures et un quart soupé; pissé en un pot de verre, ses coffres n'étoient point arrivés. Il va au-devant de la Reine, qui arrivoit à sept heures.

Le 8, mardi, à Paris.—Étudié, etc.; mené aux Feuillants, joué aux Tuileries, il tire de la harquebuse aux petits oiseaux, en tue huit, et deux d'un coup qui étoient sur le faîte du pavillon. Après dîner il ne sort point, à cause du mauvais temps, ne veut point étudier; M. le marquis d'Ancre y va de la part de la Reine; étudié jusques à quatre heures; il n'en pouvoit sortir. A souper il raille M. le comte de la Rochefoucauld pource qu'il s'étoit frisé, disant: Hé! qui est ce seigneur (le fer chaud) qui a passé par ces cheveux? Hé! mon Dieu, qu'il est beau!

Le 11, vendredi.—Après dîner il va chez la Reine, là où l'ambassadeur d'Espagne annonce le décès de la reine d'Espagne[113].

Le 12, samedi.—Il envoie au cabinet des livres pour avoir des noëls et chante.

Le 13, dimanche, à Paris.—Exhorté, mené aux Tuileries par la galerie et aux Feuillants. En soupant il voit des bateleurs qui faisoient monter, descendre le long d'un bâton et pirouetter une chèvre sellée et bridée, un singe dessus; il n'a cesse tant qu'il eût acheté la chèvre; en donne vingt et six écus en or.

Le 14, lundi.—Il me fait l'honneur de me dire: Mes sœurs seront bien aises de me voir tirer de la harquebuse; toutes ces femmes crieront: Jésus! Mamanga[114] dira à Monsieur de Souvré pourquoi il me laisse tirer, et l'ira dire à la Reine ma mère. A une heure et demie mené en carrosse Nov
1611 à Saint-Germain-en-Laye; il y arrive à cinq heures, à l'arrivée va visiter Monsieur, son frère[115], qui étoit malade d'un endormissement avec quelques légères convulsions; il s'éveille, le Roi lui dit: Bonsoir, mon frère.—«Bonsoir, mon petit papa; vous me faites trop d'honneur de prendre la peine de me venir voir.» Le Roi se prend à pleurer, s'en va, et depuis ne le vit plus; il va au bâtiment neuf; soupé avec M. d'Anjou et Mesdames.

Le 15, mardi, à Saint-Germain.—Étudié, etc.; il va au parc, tire de la harquebuse, va chez la Reine.—Mis au lit, M. de Souvré lui parle de la maladie de Monsieur; le Roi demande: Ne y a-t-il point moyen de le sauver?—«Sire, les médecins y font ce qu'ils peuvent, mais il faut que vous priiez Dieu pour lui.»—Je le veux bien; ne faut-il point faire autre chose?—«Sire, il le faut vouer à Notre-Dame de Lorette.»—Je le veux bien; que faut-il faire? où est mon aumônier? L'aumônier vient, et dit au Roi: «Il faut faire une image d'argent de sa hauteur.»—Qu'on envoie à Paris tout à cette heure, qu'on se dépêche, dit le Roi avec ardeur, et puis il prie Dieu, la larme à l'œil.

Le 16, mercredi, à Saint-Germain.—Éveillé à une heure après minuit, il demande des nouvelles de Monsieur, son frère, et se rendort.—Monsieur d'Orléans, son frère, décède entre minuit et une heure, d'un endormissement joint à quelques convulsions; quelque temps auparavant il disoit qu'il avoit vu en songe un ange qui lui disoit que son bon papa avoit envie de le voir et qu'il le verroit bientôt: «Je l'embrasserai si fort», ce disoit-il gaiement.

Le 17, jeudi.—Déjeûné, étudié, etc. M. le marquis d'Ancre lui dit le décès de Monsieur, son frère; il en demeure saisi, blêmit, demeure pensif, fait ce qu'il peut pour se divertir, dit à M. de Souvré qu'il die à la Reine Nov
1611 à ce qu'il ne lui allât point donner de l'eau bénite; c'étoit par compassion, non par mépris. Il va à la chapelle, puis chez la Reine. A une heure et demie il entre en carrosse et part de Saint-Germain; vers la croix Nanterre il met pied à terre (il étoit botté), entre dans les vignes, il y faisoit fort mol, tire de la harquebuse, deux coups, à chaque coup abat un pinçon au haut d'un noyer. Il arrive à Paris à cinq heures et un quart, va voir la Reine.

Le 18, vendredi, à Paris.—Joué aux Tuileries, il tire de la harquebuse; il en avoit la joue meurtrie, et me défend d'en dire mot. Ramené il va chez la Reine.—Ce jourd'hui fut ouvert le corps de feu Monsieur le duc d'Orléans, en présence de M. Antoine Petit, premier médecin du feu Roi, et M. Jean Haultin, médecin de Paris, par Elie Bardin, chirurgien à Paris, et Simon Berthelot, son chirurgien.

Le 19, samedi.—Il va chez la Reine; elle lui dit: «Je vous veux marier», et lui demande s'il aime mieux Espagne ou Angleterre? Le Roi s'en sourit sans dire mot, et dit au sieur d'Auger: Espagne, Espagne, pource qu'il y pense plus de grandeur.

Le 22, mardi.—Il donne audience à quatre ambassadeurs. A quatre heures il va à Notre-Dame, aux vêpres de la Sainte-Cécile. A six heures et un quart soupé; il va en sa chambre, commande à faire un lait d'amandes, va chez la Reine, à huit heures trois quarts est ramené, prie Dieu, me demande si le lait d'amandes étoit fait. Je lui dis que oui, mais que s'il lui plaisoit de le remettre au matin, à son réveil, il seroit meilleur, d'autant qu'il n'avoit pas trop mal soupé[116]: Je n'ai point soupé ne trop, Nov
1611 ne trop peu
.—«Il est vrai, Sire, mais il ne y a pas longtemps, et si d'aventure Votre Majesté a soif, elle peut boire à cette heure, et demain matin elle prendra un lait d'amandes frais, fait à son réveil; elle en faira ce qu'il lui plaira.» Il songe un peu: Oui, je boirai astheure, et demain je le prendrai au saut du lit[117]. Devêtu, mis au lit, musique; il envoie querir ses jouets, on continue la musique. M. le cardinal de Gonzague entre pour l'ouïr; il en est marri, et a la discrétion de ne se jouer point à ses jouets en sa présence. Comme il y eut quatre chansons de chantées, il commande de lui apporter les jouets aussitôt que M. le cardinal sera sorti, et fait semblant de dormir à neuf heures et demie; aussitôt on les lui apporte, et il dit: Ho! mon Dieu, que je suis aise; je ne feus jamais si aise, et il se met à promener son petit canon[118] sur la table que l'on approcha de son lit, et s'y amuse jusques à dix heures trois quarts.

Le 23, mercredi.—Il donne audience à cinq ambassadeurs sur le décès de Monsieur, son frère.

Le 24, jeudi.—En l'habillant il va deçà, delà, joue du quillebouquet (sic), porte un chat-huant sur son poing, n'est jamais oisif et trouve toujours à quoi passer le temps.—Mis au lit, il se joue de son petit canon, puis fait apporter des noëls, chante et fait chanter tous ceux qui étoient autour de lui.

Le 26, samedi.—Je lui dis le commandement que j'avois de la Reine d'aller à Saint-Germain-en-Laye pour faire venir ici Monsieur[119]; il en fut bien aise, et dit qu'il vouloit envoyer son attelage tiré par des dogues.

Nov
1611

Le 27, dimanche.—Monsieur, frère du Roi, arrive à Paris à quatre heures; le Roi lui fait bonne chère.

Le 28, lundi.—Mené en carrosse au collége de Sorbonne; c'est la première fois. M. de Harlay, abbé de Saint-Victor[120], âgé de vingt-quatre ans, présidoit le répondant Irlandois qui avoit été son précepteur en philosophie. Mis au lit à neuf heures et demie, il s'endort jusques à onze, qu'il se prend à dire tout haut, à demi endormi: Ho! qu'il est beau, qu'il est beau le leurre, le leurre; Loïnes, Loïnes; c'étoit un gentilhomme qui gardoit de ses émerillons[121].

Le 29, mardi.—Étudié, etc.; mené chez la Reine, puis à la chapelle de l'antichambre de la Reine, où Mme de Lorraine lui dit adieu et part pour s'en retourner en Lorraine.

Le 30, mercredi.—Mené en carrosse à vêpres, à Saint-Eustache, puis à la comédie en l'hôtel de Bourgogne.

Le 1er décembre, jeudi, à Paris.—Mené en carrosse aux Tuileries, il y tire de la harquebuse et tue des petits oiseaux avec de la poudre de plomb[122].

Le 2, vendredi.—Étudié gaiement; quand M. Le Fèvre lui demandoit le cas d'un nom, il lui répondoit par les doigts, et ayant à répondre d'un ablatif, il montre la paume de la main, ne trouvant point de sixième doigt; dansé, tiré des armes.

Le 3, samedi.—Il va à la galerie, où il travaille lui-même à un jeu de billard que l'on dressoit.—Mis au lit, il s'endort au jeu de l'épinette par le sieur de La Chapelle.

Le 5, lundi.—Il va en la galerie, y joue au billard, va chez la Reine. Mesdames arrivent de Saint-Germain.

Déc
1611

Le 6, mardi.—Il fait apporter des livres de noëls, en chante; exhorté, mené par la galerie aux Feuillants, joué aux Tuileries, il y fait voler ses émerillons. Après dîner il va à la volerie, à la plaine de Grenelle.

Le 8, jeudi.—Après souper il va en son cabinet, où M. le cardinal de Gonzague fait faire des pastilles fort odorantes; faut ouvrir les fenêtres; puis il va chez la Reine.

Le 10, samedi.—Il va se promener chez les ouvriers de la galerie[123].

Le 16, vendredi.—M. le prince de Condé et M. de Nevers le viennent voir en son étude; M. de Nevers[124] se met à l'entretenir d'une certaine devise qu'il vouloit faire mettre sur quelque monnoie qu'il vouloit faire battre; le Roi l'écoute patiemment, et répond froidement: Je veux pas qu'elle se dépende en France. M. le Prince lui dit: «Sire, il faut que Monsieur de Nevers vous donne mille écus pour en avoir la permission;» le Roi lui répond sérieusement: C'est pas à lui à me donner, c'est à moi à lui donner! Joué, à la galerie, au billard et à autres passetemps.

Le 18, dimanche.—Il va au sermon en la salle du Louvre, et à vêpres en la chapelle de l'antichambre de la Reine.

Le 20, mardi.—Mené à la galerie à cause du brouillard, il joue au billard, à barres, va chez la Reine, où il voit M. le prince de Condé parlant à elle avec action, dont elle rougissoit. Il part, et va dire à M. le chancelier: Monseu le chancelier, velà monseu le Prince qui gourmande la Roine ma mère; il ne faut pas l'endurer, je le veux pas.

Le 22, jeudi.—Il ne désire point étudier les cartes des provinces d'Ortelius[125], M. de Souvré l'en presse: Déc
1611 Vous êtes en colère.—«Je ne le suis point, mais, je vous prie, étudiez.»—Vous êtes en colère; levez-vous; il étoit assis.—«La Reine m'a permis de m'asseoir.»—Je vous fairai bien lever, dit le Roi, et il va prendre une chaise qu'il apporte lui-même tout contre M. de Souvré, s'assied, sautant dedans et disant ces mots: Venez-vous maintenant accomparer à moi! M. de Souvré se lève, et lui, soudain et en riant, s'en va étudier ses cartes. Il y alla pource qu'il étoit contraint, et riant pource qu'il avoit fait lever M. de Souvré.

Le 23, vendredi.—Il va à la plaine de Grenelle, à la volerie, et voit voler le milan, qui fut pris; c'est le premier qu'il a vu voler; la Reine y étoit.

Le 24, samedi.—A neuf heures et un quart, pour se garder de dormir, il fait détacher l'une de ses guenons qui saute, qui court deçà, delà, par la chambre; puis va chez la Reine, entend les trois messes de minuit: c'est la première fois. A une heure après minuit déjeuné à la salle du bal: un morceau de saucisse; pain trempé dans de l'hypocras blanc, un peu, et autant dans du clairet.

Le 25, dimanche.—Mené au sermon et à vêpres, à Saint-Jean en Grève.

Le 26, lundi.—Exhorté à l'accoutumée par le sieur de Fleurence, lequel, lui parlant de l'excellence de l'Être, lui dit qu'on disputoit un problème aux Écoles à savoir s'il valoit mieux être et être damné, que de n'être point et être sauvé; le Roi répond soudain: J'aimerois mieux n'être point. Mené au sermon et à vêpres à Saint-Gervais.

Le 27, mardi.—Exhorté à huit heures trois quarts; mené par la galerie aux Feuillants, il va au jardin des Tuileries, fait voler l'alouette par ses émerillons, voit voler le milan, delà l'eau et lui deçà, qui fut pris. A deux heures et demie mené en carrosse au Pré-aux-Clercs, où il monte à cheval et vole la corneille, jette son oiseau qui la prit.

Le 28, mercredi.—Exhorté; M. de Fleurence lui discourant Déc
1611 de ceux qui se mêlent de deviner, il demande: Les faiseurs d'almanachs disent-ils vrai? M. de Fleurence ne répond à la demande.—Mais quand ils disent que quelqu'un mourra? Il ne répond point encore, et le Roi ne demande plus rien. Mené à la plaine de Grenelle, pour la volerie pour corneille.

Le 29, jeudi.—Mené à la verrerie, il fait faire des petites besognes.

Le 30, vendredi.—Il étudie fort gaiement, examine lui-même sa leçon latine, s'interroge et se répond sans faillir, y prend plaisir pource qu'il entend ce qu'il sait et les raisons de ce que l'on lui demande, ce qu'il ne faisoit pas auparavant qu'il ne les savoit pas. Il n'aime pas à ignorer ne à le paroître; dansé, tiré des armes. Mené au bois de Vincennes à la volerie, il faisoit un grand froid; ramené à cinq heures, étudié fort bien, gaiement.

Le 31, samedi.—Sur sa leçon, qui étoit que: Justus princeps debet semper habere in promptu clementiam pro delinquentibus, M. Le Fèvre, son précepteur, exagère cette vertu et la loue sur toutes, disant qu'un prince doit toujours pardonner; il répond: Et monsieur de Vatan? (prisonnier à la Conciergerie, pour crime de lèse-majesté). M. Le Fèvre lui dit: «Sire, le prince doit toujours pardonner, mais il doit envoyer aux magistrats le jugement des crimes.» Il songe, et pour faire voir qu'il ne tenoit pas à lui que le sieur de Vastan[126] n'obtînt pardon, il appelle: Monsieur de Souvré que je vous die un mot à l'oreille, et il lui dit: La Roine ma mère dit que si on lui Déc
1611 pardonnoit, il y en auroit beaucoup d'autres qui voudroient faire de même
.—«Vraiment, Sire, lui dit M. de Souvré, voilà une parole fort notable.» Je demande à M. de Souvré, tout haut, si le Roi auroit agréable que je l'écrive en mon journal, il dit: Monsieur de Souvré, dites-le lui à l'oreille. Il fait paroître sa discrétion au secret.—Mené aux Augustins, à vêpres, puis au Palais, où il achète quantité de petites besognes d'argent.