ANNÉE 1613.
[Meurtre du baron de Lux].—[Le Roi demande à sa mère la grâce d'une femme condamnée à mort].—[Ballet de Mme de Guiercheville].—[Tragédie d'Emon].—[Les Rois sont gentilshommes].—[Trait de justice du Roi].—[Le Roi touche 1,070 malades].—[Son goût pour la comédie].—Voyage autour de Paris.—[Accident qu'une gazelle manque de causer].—[Cadeau du duc de Lorraine].—[Mariage de M. de Montmorency et de Marie des Ursins].—[Pose de la première pierre de l'aqueduc de Roungy].—[Passage à Essone].—[Le Roi commence à aller aux assemblées].—[Lettre à la Reine].—[Le pauvre en sa maison de gazon].—[Serment de M. d'Ancre comme maréchal].—[Les sauvages de M. de Rasilly.]
Le 5 janvier, samedi.—Le baron de Lux tué par M. le chevalier de Guise à l'entrée de la rue de Grenelle[144]. Le Roi fait jouer une comédie françoise De la Folie et de l'Amour aveugle; il va en la salle de la comédie.
Janv
1613
Le 11, vendredi.—Il va chez la Reine, où il la supplie pour la grâce d'une femme que, deux jours auparavant, il avoit rencontrée en revenant de la chasse, sur le pavé de Saint-Denis, condamnée à Senlis pour avoir fait mourir son enfant dont elle étoit grosse, laquelle s'étoit jetée à ses pieds, demandant grâce. Elle étoit appelante de la mort au Parlement, et laquelle le Roi avoit commandé qu'elle fût mise en un lieu particulier jusqu'à ce qu'il eût parlé à la Reine, n'ayant pas voulu qu'elle fût menée à la Conciergerie, disant: Monsieur de Souvré, ceux du Parlement la fairoient mourir. Il parle de cette femme, dit à M. de Souvré qu'il en parle à la Reine, autant à M. de Bassompierre, pour la disposer à la grâce, en dit des raisons: Les preuves de la mort ne sont pas certaines, il étoit mort auparavant, elle n'a été condamnée que sur des conjectures, et, se retournant à sa nourrice: Doundoun, dites à la marquise d'Ancre qu'elle dispose la Reine ma mère à lui donner sa grâce. Avec les sus raisons, et tout cela avec passion, et de l'inquiétude de peur que cette femme mourût; il demeure pensif, et soudain dit à M. de Souvré, quasi la larme à l'œil: Ceci me met en peine.
Le 12, samedi.—Le matin il va chez la Reine, et demande la grâce pour cette femme; il n'oublie pas à s'en ressouvenir; il raconte les mêmes choses que dessus pour sa justification.
Le 25, vendredi.—En soupant il raille M. de Souvré, qui le pressoit de manger de quelque sauce: Ho! ce sont des sauces à la Souvré; allez-vous-en chez un rôtisseur, il vous dira: Monsieur, c'est une sauce à la Souvré.
Le 26, samedi.—Il entre en mauvaise humeur avec M. de Souvré, dit qu'il est en colère, prie M. le duc de Bouillon, maréchal de France[145], de traiter l'accord et Janv
1613 de faire lever la main et jurer à M. de Souvré qu'il se mettra plus en colère et qu'il oublie tout le passé. M. de Bouillon le fait, et en cette sorte: «Monsieur de Souvré, levez la main: vous promettez de ne jamais vous mettre en colère tant que le roi fera bien?»—«Oui.»—«Et vous, sire, levez la main: vous promettez de faire toujours bien?»—Oui.
Le 29, mardi.—Parlant de la jupe de chasse d'un de ses gentilshommes servants, qui étoit rouge (la jupe), il dit: Il y a cinquante ans qu'elle est faite; c'est la jupe d'un vieux cocher de monsieur le maréchal de Fervaques. Il s'amuse souvent chez Madame à faire des laits d'amandes, des massepains.
Le 2 février, samedi.—M. de Souvré lui parloit d'aller au sermon dans l'après-dînée; il y résistoit, et me fait l'honneur de me demander s'il étoit pas vrai que lorsqu'on avoit mal aux dents il ne falloit pas aller au sermon? M. de Souvré lui parle d'un prédicateur, nommé Valadier[146], qui autrefois avoit été jésuite; il y songe un peu, et dit soudain: Non, monsieur de Souvré, je ne veux point aller à Valadier; il ne fait que crier contre Pouillan et contre Beringuan et les Huguenots. Beringhen étoit l'un de ses premiers valets de chambre, et Pouillan, nommé Mont-Pouillant[147], l'un de ses enfants d'honneur, huguenots.
Le 4, lundi.—M. de Souvré lui avoit fort loué le cidre dont M. le cardinal du Perron lui avoit envoyé une bouteille[148]; il en veut tâter; il en goûte dans un Fév
1613 verre une gorgée et demie pour la première fois, et commande qu'on lui en serve à son dîner.
Le 11, lundi.—Il assiste au conseil chez la Reine, où il n'y avoit que M. le chancelier de Villeroy et le président Jeannin avec la Reine; il y opina, dont la Reine l'exempta de l'étude.
Le 12, mardi.—Il monte à neuf heures en la chambre de la marquise de Guiercheville, au-dessus de la sienne, où il voit danser le ballet des joueurs de courte-boule, par M. le baron de Palluau.
Le 17, dimanche.—La Reine le veut dissuader d'aller au ballet de M. de Vendôme, qui se devoit danser au Louvre, au-dessus de sa chambre, où logeoit Mme de Guiercheville, et pour ce qu'il n'aimoit pas à se parer en cérémonie, elle lui dit que s'il y veut aller, il faudra qu'il se pare: Hé! Madame, ce ne seroit pas mon carême-prenant, ce seroit ma semaine sainte. Il va au ballet.
Le 26, mardi.—Il fait jouer dans sa chambre la tragédie de Emon, tirée de l'Arioste, par ses petits, la Reine présente.
Le 28, jeudi.—Mené à deux heures en carrosse à la place Royale, chez le sieur d'Escure pour y voir rompre en lice.
Le 1er mars, vendredi.—Faisant des figures de géométrie, il conteste contre M. de Fleurence, qui disoit que sa raison étoit juste: Eh oui! juste comme monsieur de Souvré à tirer de la harquebuse, qui donne à deux pieds près du blanc.
Le 2, samedi.—La Reine l'envoie chercher pour aller à la comédie françoise.
Le 3, dimanche.—Il est entretenu par M. de Nevers sur la guerre de Hongrie.
Le 4, lundi.—La nuit précédente Mme la duchesse de Mars
1613 Guise étoit accouchée de deux garçons enveloppés d'une même peau et n'ayant qu'un arrière-faix[149].
Le 5, mardi.—Impatient de se lever pour aller à la chasse et dîner à Courbevoie, près du pont de Neuilly, maison du sieur de Serres, l'un de ses maîtres d'hôtel.
Le 11, lundi.—Il va dehors, tire de cinquante pas à balle seule, au blanc fait d'un morceau de papier mis au gant du sieur Seton, exempt de la garde écossoise, tue dix ou douze petits oiseaux, vole et prend le héron.
Le 12, mardi.—Mené au cabinet des livres, M. de Fleurence, son précepteur, le veut persuader de faire quelque figure de mathématique avant que de s'aller promener. Il promet de le faire au retour; et l'autre ne le voulant pas croire, le Roi lui dit: Tendez la main; il y frappe, disant: Foi de gentilhomme, je le ferai; c'est la première fois qu'il lui a ouï faire ce serment. Le chevalier de Souvré l'en reprend, disant: «Sire, vous n'êtes pas gentilhomme.» Le Roi répond en souriant: Je ne suis pas gentilhomme!—«Sire, vous êtes roi».—Et les rois sont-ils pas gentilshommes!
Le 13, mercredi.—Comme il dînoit, le sieur de Loïnes, qui avoit les oiseaux de son cabinet, lui vient dire qu'il y avoit un homme qui avoit des pigeons, mais qu'il ne les lui vouloit pas bailler, et s'il lui plaisoit de commander à un archer de ses gardes pour les prendre. Il ne dit mot, et écoutoit quelques-uns qui lui disoient qu'il y falloit envoyer et que tout étoit à lui; quand il dit au sieur de Loïnes: Prenez un archer, que le Roi lui commanda, et dites à cet homme qu'il m'apporte lui-même quatre pigeons; que je les lui paierai plus qu'ils ne valent. Il y va, l'homme apporte ses pigeons; le Roi lui demande: Combien voulez-vous de vos pigeons?—«Sire, ils valent bien dix sols la pièce». Tenez, velà un écu: en deux demi Mars
1613 écus. Il va à la comédie françoise, où il s'endormoit, ne se pouvoit éveiller tant qu'on le mit sur l'échafaud.
Le 16, samedi.—Botté à une heure, mis en carrosse au-dessous de Montmartre, il y monte à cheval et fait voler ses oiseaux, va au moulin à vent, où il prend et jette les gants et les mouchoirs de chacun, et les voit emporter au vent. Il mange des œufs à la coque avec six apprêtes de pain, mange dans sa cuillère pour ce qu'en devisant il avoit froissé la coquille, dont il se prit à rire, disant: Oh! oh! je rêve.
Le 26, mardi.—Il va à l'hôtel de Guise voir Mme de Guise en couches.
Le 31, dimanche.—Il va jouer en la galerie, puis chez la Reine, après ensemble à la messe en Bourbon, et à la procession dans le Louvre.
Le 2, avril, mardi.—Il va à deux heures chez la Reine; à deux heures et demie il va chez M. de Saint-Luc et de là à Saint-Eustache, où il tient son fils à baptême avec Madame; nommé Louis[150]. Goûté chez M. de Saint-Luc.
Le 4, jeudi.—A neuf heures, en la grande salle, au sermon de M. Fenouillet, évêque de Montpellier, il lave les pieds aux pauvres; va à la messe en Bourbon; aux Feuillants, il entend Ténèbres.
Le 7, dimanche.—Il va à la messe en Bourbon, confessé, communié, touché mil soixante-dix malades.
Le 8, lundi.—A sept heures entré en carrosse, il va à Chantelou, la première fois, passant par le Bourg-la-Reine; il y fait acheter des échaudés encore tout chauds, en mange la moitié d'un.
Le 11, jeudi.—Il va chez la Reine, la voit saigner, vient en carrosse à Conflans, où il a vu M. de Villeroy.
Avr
1613
Le 12, vendredi.—Il va aux Capucins, où M. de Razilly[151] lui présente huit Américains topinambous, qu'il amenoit de l'île de Maragnon, l'un desquels et des principaux du pays lui dit en son langage qu'ils étoient venus pour le remercier des prophètes (les Capucins) et des bons hommes qu'il leur avoit envoyés, qu'ils les défendroient bien contre leurs ennemis et pour le prier de leur en envoyer davantage.
Le 13, samedi.—Mené à Berny, maison de M. le Chevalier.
Le 25, jeudi.—A sept heures et demie, mis en carrosse, il va à la messe aux Jésuites, en la rue Saint-Antoine et de là à Champs-sur-Marne, maison appartenant à M. Faure[152], maître d'hôtel du Roi, où il a dîné.
Le 28, dimanche.—Mené au cabinet de la Reine, il fait jouer une comédie par ses enfants d'honneur; ce qui lui arrivoit souvent[153].
Le 12 mai, dimanche, à Fontainebleau.—Étant au jardin des fruits, une gazelle vint droit à lui de course pour le heurter; le Roi porte promptement et à propos son chapeau au-devant du corps, qu'elle l'enfourna du haut jusques au fond; il est certain que sans cela elle lui donnoit dans le petit ventre et bien avant. Et Dieu en soit loué! Ce fut un grand hasard.
Mai
1613
Le 22, mercredi.—Monsieur et Mesdames arrivent à six heures pour souper.
Le 23, jeudi.—Il va jouer à la paume; il pleuroit quand il perdoit: c'est qu'il n'aimoit pas à être vaincu.
Le 24, vendredi.—Il dîne, et la Reine aussi, chez M. Zamet, boit du vin des Canaries, fort trempé, qu'il ne trouve pas bon.
Le 25, samedi.—Il reçoit en présent par le sieur de Champvallon, de la part de M. et de Mme de Lorraine, un échiquier d'ambre jaune, venu du cabinet du duc de Juliers.
Le 27, lundi.—Il va au jardin des Canaux, où il a touché quatre cent sept malades; sur le midi vient un grand orage de pluie; il étoit couvert de son parasol et ne laisse pas de continuer (il y en avoit près du quart), bien aise de patrouiller dans l'eau et du désordre. Changé de chemise et d'habit.
Le 28, mardi.—Il va au conseil pour Mantoue[154], où la Reine prononce la résolution de guerre.—Madame, dit-il, je suis bien aise, il faut faire la guerre.
Le 6 juin, jeudi.—Il va au jardin; mené à la procession, à la messe dans la salle du Cheval, où tout étoit fermé, et y faisoit si grand chaud qu'il lui en prit une foiblesse; il ne laisse pas d'achever.
Le 10, lundi.—Il part de Fontainebleau, dîne à Melun, attend Monsieur; la Reine le lui avoit donné à charge. Il dit qu'il a mal aux dents, ne se veut point coucher, prend du vinaigre et de l'eau tiède.
Le 21, vendredi.—Il va aux Tuileries par la galerie, Juin
1613 à cinq heures et un quart va jouer à la paume. Essuyé, bu de la tisane, changé de chemise; il monte à la chambre de M. de Châteauvieux pour voir jouer une belle partie à la paume.
Le 24, lundi.—Il va en carrosse avec la Reine aux Capucins, pour faire baptiser trois Topinambous par M. l'évêque de Paris; ils furent nommés Louis.
Le 2, mardi.—Arrive en la chambre de la Reine, pour épouser, M. de Montmorency, amiral de France[155].
Le 7, dimanche.—Il va chez la Reine à deux heures, entre en carrosse, va aux vêpres aux Chartreux, en part à quatre et va à Issy, à la maison de la reine Marguerite, s'amuse à pêcher et à se jouer de diverses façons. Ramené pour souper.
Le 10, mercredi.—Il va à Grenelle, chez M. Leclerc, secrétaire du Roi, va à Gentilly en la maison de M. le président Chevalier.
Le 13, samedi.—A huit heures il entre en carrosse, va à Roungy[156] pour les sources de la fontaine et le travail par où on la conduit à Paris, de là à Cachan, où il a dîné en la maison de M. le prince de Conty; monté à cheval, il va au parc, y court une biche, brosse hardiment, se jette en l'eau, bien avant; la biche prise, il lui donne la vie, disant: On la courra une autre fois. Il va à Arcueil chez Mme de Moisse, où il a soupé. Arrivé à huit heures et demie, il va chez la Reine et à la comédie françoise; ramené dans sa chambre, il prend la bougie et s'amuse à lire les billets qui étoient en une bergerie en tapisserie que l'on avoit, sur le jour, tendue en sa chambre[157]; il étoit si gai qu'il ne se pouvoit coucher.
Juil
1613
Le 17, mercredi.—Il va en carrosse aux fontaines de Roungy, où arrive la Reine. Le Roi mit la première pierre à l'embouchure de l'aqueduc et cinq médailles d'or et d'argent, de sa face, avec cette lettre: Ludovicus XIII Francorum et Navarræ rex christianissimus, et au revers étoit un arc-en-ciel, la figure d'une femme assise en dessus représentant la Reine régente, sa mère, avec cette lettre: Dat peccatum omnibus ather. Il pleuvoit fort, et c'étoit sur les trois heures. Soupé à Gentilly, chez M. le président Chevalier.
Le 21, dimanche.—En l'exhortation le sieur de Fleurence lui explique ce qu'antérieurement, en la loi mosaïque, signifioient les sacrifices du veau, du chevreau, de l'agneau, du gâteau, des colombes et des tourterelles.
Le 27, samedi.—Il va à Bagnolet. Il s'amuse à imprimer de ses leçons aux presses d'imprimerie qu'y avoit le cardinal du Perron, à qui étoit la maison[158]. Il va à la comédie françoise.—M. l'amiral de Montmorency arrive en poste, lui quarantième, au Louvre.
Le 29, lundi.—Il se trouve au coucher de Mme Marie des Ursins avec l'amiral de Montmorency. Le petit Souvré, chevalier de Malte, s'étoit caché sous le lit et fut fouetté.
Le 19 août, lundi.—Il part à cheval de Monceaux et tout le matin chasse aux perdreaux, part de Meaux, va à Fresne.
Le 21, mercredi.—Il s'amuse à faire des cartes avec le compas de M. d'Épernon.
Le 24, samedi, à Saint-Germain.—Il monte à cheval, court un cerf, le premier qu'il a tué, lui ayant donné Août
1613 un coup d'épée dans le cœur. Il fait porter le cerf dans la salle, de peur du serein, le fait dépouiller et en fait faire la curée.
Le 28, mercredi.—Il voit jouer des artifices à feu sur la tour de Nesle, de la porte d'en face, et d'une tourelle dressée sur la muraille du parterre devant son cabinet, faits par Jumeau, l'un de ses artilleurs.
Le 31, samedi.—Éveillé à une heure après minuit, en sursaut, et avant que de s'éveiller, il plaignoit, pleuroit, et disoit: Eh mon Dieu! hé mon Dieu, prenez ces mille anneaux, prenez-en quarante pour la Reine, ma mère, et vingt pour moi. Il s'éveille, et se rendort jusqu'à neuf heures et demie.
Le 2 septembre, lundi.—A une heure dîné chez M. Zamet, la Reine aussi; il va en carrosse à la Roquette, où il a chassé, revient à six heures trois quarts chez le sieur d'Outreville, receveur général du clergé, où il a soupé. Il va en carrosse chez M. Phélypeaux[159], trésorier de l'Épargne, pour voir les artifices à feu qui furent faits dans l'île qui est tout devant la maison; il aimoit cette distraction.
Le 10, vendredi.—Pendant qu'on fait ses cheveux, il envoie querir une petite viole pour s'amuser, ne pouvant jamais rester oisif. Le soir il va chez la Reine, à la comédie des Italiens.
Le 17, mardi.—Allant à Fontainebleau, il va à la messe au village; dîne à Chailly, passant par Essonne, se fait donner des petits pâtés qu'il voit à l'hôtellerie du Sept
1613 Lion; il descend à pied la descente d'Essonne; il arrive à Fontainebleau à trois heures; la Reine arrive et le vient voir à huit heures et demie.
Le 24, mardi.—Étudié; M. le chancelier y assiste, le Roi l'ayant envoyé querir pour cet effet. Le soir chez la Reine, puis à la comédie italienne.
Le 29, dimanche.—En se levant il dit qu'il a chaud et toutefois qu'il tremble, c'étoit d'appréhension du fouet, sur ce que le jour précédent il avoit répondu à la Reine que de deux jours il ne la verroit point, à cause qu'elle ne lui avoit point voulu permettre d'aller voir le rut; pource que ses gendarmes et ses chevau-légers faisoient fuir les bêtes. Il en avoit demandé et obtenu pardon, mais il ne se tenoit point assuré; il va chez la Reine, et demande de nouveau pardon[160].
Le 9 octobre, mercredi.—M. de Courtenvaux, pour la première fois, donne la chemise au Roi comme premier gentilhomme de la chambre, à la survivance de son père.
Le 16, mercredi.—Il va chez la Reine, qui partit pour aller à Paris y voir Monsieur, qui étoit malade, et lui entre en carrosse pour aller à l'assemblée à Blanchefort, où il a dîné.
Le 17, jeudi.—Il va en son cabinet, écrit à la Reine à Paris par M. de Bonneuil, pour la première fois depuis qu'il est Roi. Il étudie. M. le chancelier, M. de Villeroy viennent le voir étudier; il leur montre la lettre qu'il a écrite à la Reine par leur avis, la souscrit: Votre très-humble et très-obéissant fils.—Louis. Il trouve son seing bien fait: Voilà, dit-il, un bon Louis.
Le 19, samedi.—Il va en son cabinet, écrit à Paris, Oct
1613 à la Reine, par M. le comte de Rocheguyon, puis s'en va au parc, à cheval et à pied.
Le 20, dimanche.—Il va au-devant de la Reine, revenant de Paris.
Le 31, jeudi.—A neuf heures un quart, il monte à cheval, va au parc dehors, y trouve un pauvre homme qui avoit fait une maison de gazon, et y logeoit avec sa vache, et vivoit du lait qu'il en tiroit et d'un peu de choux qu'il avoit semés; il vouloit s'étendre pour planter des arbres, quelques-uns l'empêchoient. Il s'arrêta et s'informa de la vie de ce pauvre homme, lui donna l'aumône, et commanda qu'on n'eût point à l'empêcher de planter, et avec passion. Il étoit extrêmement charitable.
Le 12 novembre, mardi.—Il va en son cabinet; il faisoit un très-mauvais temps de pluie; il dit: Ah! que voilà un beau temps pour étudier; quand je n'aurois pas envie d'étudier, voilà un temps qui me la feroit venir. M. de Souvré, étudions, devenons savants.
Le 19, mardi.—Il va chez la Reine, où M. le marquis d'Ancre prête le serment de maréchal de France, où il étoit parvenu deux jours auparavant, par la mort de M. de Fervaques. Il lui dit par discours qu'il avoit grand sujet d'être son serviteur, lui qui étoit étranger venu en France sans rien, où il avoit reçu tant de bienfaits de Sa Majesté et de la Reine, sa mère, que cela l'obligeoit à demeurer son serviteur tant qu'il vivroit, et qu'il seroit bien misérable s'il n'en ressentoit l'obligation. M. de Montmorency, amiral de France, prend congé du Roi pour aller en Languedoc voir M. le connétable, son père.
Le 28, jeudi.—Il va en carrosse au faubourg Saint-Germain voir Monsieur, en l'hôtel du Luxembourg, puis chez la reine Marguerite.
Le 8 décembre, dimanche.—Il va à la salle du conseil pour assister aux fiançailles du marquis de Sablé Déc
1613 et de Mlle de Souvré[161], revient en courant pour ne point baiser Mme de Guémené, qui n'avoit plus vingt ans[162].