L

LA, pron. pers. Les gens de la campagne, soit dans notre canton, soit en Savoie, emploient d'ordinaire ce pronom à la place du pronom «lui» (à elle). Je m'aperçois que la Claudine part déjà pour le marché: dites-la de m'attendre. Drion a pris une tisanne qui la fera du bien. Notre Mariette n'a rien dormi cette nuit: c'est ses dents qui la font mal. Voyez LES.

LA, LE, LES. Ces articles sont mal à propos substitués aux pronoms personnels «notre» et «nos» dans les phrases suivantes et phrases analogues: Sais-tu comment se porte la tante? As-tu des nouvelles de l'oncle? Crois-tu que nous dînerons dimanche chez la cousine? Expressions fort triviales, et peu dignes d'une bouche de laquelle sort habituellement un langage correct.

† LA, art. La Rosalie va au Conservatoire. L'Émélie nous jouera du piano, et la Jenny nous citera. La, article, ajouté ainsi devant un nom propre de femme, est de la dernière vulgarité.

LABOURAGE, s. m. Chevaux de labourage. Dites: Chevaux de labour.

LÂCHER QUELQU'UN. L'abandonner, le planter là. Nous causions tranquillement avec Alphonse; mais quand il vit venir cette pége de N***, il me lâcha et disparut. Expression parisienne, etc.

LADIÈRE, s. f. Terme de couturière. Sorte de chanteau. Madame veut-elle qu'on lui fasse des chemises à ladière ou des chemises à l'allemande?

LADIÈRE, s. f. Voyez [LIADIÈRE].

LAGNER (SE), v. pron. Terme des campagnards. S'ennuyer de, faire avec dégoût. Cet enfant se lagne d'aller à l'école. Ça me lagne d'avoir demain un exercice au Plan-les-Ouates. R. vieux français, lanier, mou, lâche, paresseux.

LAIDERON (UN). Cette jeune fiancée que vous me vantez si fort n'est qu'un laideron. Dites: Une laideron.

LAIDERONNE (UNE). Auriez-vous jamais cru qu'une semblable laideronne trouverait un mari? Terme parisien populaire, etc. Dites: «Une laideron.»

LAIRE, s. f. Alouette. Chanter comme une laire, signifie: Chanter sans relâche, ne pas discontinuer son chant. En allemand, Lerche, en anglais, lark, veulent dire: «Alouette.»

LAISSER (S'EN). Ne pas faire une chose, s'en abstenir. Tu ne veux pas nous accompagner, Henri: eh bien! laisse-t'en, c'est-à-dire: Eh bien! demeure, fais à ta convenance. Vous refusez de scier ce bois pour cinquante sous: eh bien! laissez-vous-en, d'autres le scieront. Cette locution est dès longtemps critiquée par les grammairiens; mais le peuple, qui ne lit pas les grammairiens, continue de s'en servir, et il n'a pas excessivement tort.

LAIT, s. m. Lait de lotte, lait de carpe, etc. Terme savoisien, dauphinois et limousin. Dites: Laite ou lactance. C'est le nom qu'on donne à cette partie des entrailles de poisson qui ressemble à du lait caillé.

LAIT DE SERPENT, s. m. Tithymale, plante.

LAIT DE SON, s. m. Laiteron, plante dont les lapins sont friands. Nos campagnards disent: Laiteçon.

LAITIER, s. m. Endroit de la fromagerie où l'on tient le lait.

LAMBINERIE, s. f. Lenteur, nonchalance. Finiras-tu avec tes lambineries? Terme français populaire.

LAMBINOCHER, v. n. Augmentatif de lambiner. Qu'as-tu tant à lambinocher? Expression très-bonne et très-usitée à Genève.

LAMBOURET ou LAMBORET, s. m. Nombril. Terme savoisien. En provençal, on dit: Embourigo, d'où nous avons fait, par addition de l'article, l'embourigo, et ensuite lambouret.

LA MÊME CHOSE. Locution adverbiale qui signifie: Également, de même, tout de même, d'ailleurs, néanmoins, comme, de même que. Il pleut, et la même chose je sortirai. Ne lui demandez pas ce service: la même chose il ne vous l'accorderait pas. Malgré qu'on ne se voye pas souvent, la même chose on s'aime. Comment se porte Madame votre sœur?—Toujours la même chose. Faute générale. La même chose n'est jamais ni adverbe, ni conjonction. Mais on s'exprimerait correctement si, à cette question: Comment se porte votre sœur? on répondait: C'est toujours la même chose, c'est-à-dire: «C'est toujours le même état de chose; c'est toujours le même état de santé.»

† LA MIEN, LA TIEN, LA SIEN. Ces expressions barbares sont souvent mises à la place des trois pronoms personnels féminins: «La mienne, la tienne, la sienne,» dans le langage le plus populaire. Rends-moi cette plume, c'est la mien.—Non, ce n'est pas la tien. Cette faute se retrouve en Savoie et dans quelques provinces du nord de la France.

LANCHEBROTAGE, s. m. Flux de paroles inutiles et mal articulées; discours hors de propos, confus et embrouillé.

LANCHEBROTER, v. actif. Parler beaucoup et peu intelligiblement, jargonner. Finalement que t'a-t-il dit?—Il ne m'a rien dit: Il m'a lanchebroté un tas de bêtises auxquelles je n'ai rien compris. Voyez ENCHEBROTER.

LANDE ou LENDE, s. f. Lente, petit œuf d'où naissent les poux, et qui se colle aux cheveux. La tête du pauvre enfant était toute couverte de lendes. Français populaire et vieux français. A Neuchâtel et dans l'évêché de Bâle on dit: Un lent. R. lat. lens, lendis.

LANDINE, s. f. Lente. Voyez LANDE.

LANDRILLE, s. f. Voyez ANDRILLE.

LANGUIR DE, suivi de l'infinitif. Désirer, souhaiter ardemment. Je languis d'avoir achevé ce grand travail. Nous languissions tous de revoir notre beau lac. Te voilà, Édouard; je languissais de te rencontrer. Expression remarquable, connue en Suisse, en Savoie et dans le Midi.

LANGUIR QUE. Souhaiter ardemment que. Vous languissez bien que les vacances arrivent. En provençal on dit: Se languir, v. imp. Il me languissait de te voir, c'est-à-dire: Il me tardait de te voir.

LANI, s. m. Sac d'un tissu grossier. Un lani de riz. Terme savoisien et piémontais.

LANTERNE, s. f. Se dit d'une personne nonchalante, lambine, paresseuse, tant homme que femme. Notre associé, on peut le dire, est une lanterne, une lanterne magique. Terme parisien populaire, etc.

LANVOUI, s. m. Anvoie, orvet, serpent aveugle, anguille de haie. Les lanvouis ne sont pas venimeux. Ce terme a été formé du mot «Anvoie.» On a dit d'abord, avec l'article: L'anvoie; puis, faisant de l'article et du substantif un seul mot, on a dit: Lanvoie (une lanvoie); puis enfin, un lanvoui. R. anguis?

LAPAIS ou LAPAY, s. m. Grande oseille sauvage, patience, plante très-propre à purifier le sang. Tisane de lapais. En provençal on dit: Lapas, s. m.; en latin, lapathum.

LAPIDER QUELQU'UN, v. a. (fig.) Le fatiguer par des demandes réitérées, par des instances importunes. Finissez, enfants: vous me lapidez.

LARD (UN). Un cochon, un porc. Tuer un lard; saler un lard; élever des lards; engraisser des lards. Expression savoisienne et limousine, qui se retrouve en Sologne (département de Loir-et-Cher), et sans doute ailleurs.

LARGE, s. m. ou f. Mélèze, arbre bien connu. Bois de large; échalas de large. En vieux français: Larege. [Voyez Roquefort, Glossaire de la langue romane, t. II, p. 64.] R. lat. larix.

LARGE, s. m. Espace, place. Donner du large, signifie: Donner de l'espace. Mettez les trois enfants à une table à part, cela nous donnera du large. Expression très-connue, mais qui n'est pas dans les dictionnaires.

LARGEUR, s. f. Terme de couturière. Lé. Vous ajouterez une largeur à cette robe. Une demi-largeur (un demi-lé) suffira pour cette jupe.

LARMETTE, s. f. (fig.) Très-petite quantité. Une larmette de vin; une larmette d'eau de cerise. Employé au sens propre, le mot de larmette appartient au vieux français, et se trouve dans quelques dictionnaires.

LARRON, s. m. Terme des campagnards. Sorte de fourche de fer à deux cornes, destinée surtout à décharger les chariots de fumier.

LARRON, s. m. (fig.) Mouchon, filament enflammé de la mèche et qui fait couler le suif. Ôter un larron. Terme suisse-roman, signalé aussi dans le Dictionnaire du patois de Valenciennes.

LAVOIR, s. m. A Genève ce mot a deux sens, dont un n'est pas exact. Nous appelons lavoir l'endroit de la cuisine où on lave la vaisselle: ce sens est français. Nous appelons aussi lavoir, la pierre en forme de table, et légèrement creusée, sur laquelle on lave la vaisselle, et qui a un trou pour l'écoulement des eaux. Ce sens n'est-pas français; il faut dire: «Évier. Jeter des eaux par l'évier, par la pierre d'évier.» [Acad.]

LAVOIR, s. m. Nous disons figurément: Être dans le lavoir, pour: Être à même de réussir, être dans une position à faire son chemin. Expression fribourgeoise et savoisienne.

LAYETTE, s. f. Rayon, étagère. Ranger des livres sur une layette. Le mot de «Layette» est français; mais il n'a pas la signification qu'on lui donne chez nous.

LÉCHÉE (UNE). Très-petite quantité d'une chose qui se mange. Je te demande un morceau de ce pâté, et tu m'en donnes une léchée. «Lèche,» s. f., est français.

LÉCHEPOT, s. m. Se dit, par dérision, d'un homme qui va autour des marmites, tâtant les viandes et goûtant les sauces.

LÉCHEPOTER, v. a. Faire le léchepot. L'enfant se glissait dans la cuisine pour y léchepoter. Que viens-tu léchepoter ici, Janot?

LÉCHEPOTEUR, s. m. Voyez [LÉCHEPOT], qui a le même sens.

LÉCRELET ou LÉKERLET, s. m. Voyez ÉCRELET.

LÉGAT, s. m. Terme des campagnards. Don laissé par testament. Faire un légat. Il a eu pour sa part un légat de deux mille francs. Terme savoisien, méridional et vieux français. R. legatum. Le mot français est «Legs,» qu'on doit prononcer lai, comme la dernière syllabe du mot délai.

LÉGREFASSE, s. f. Grande tonne, tonneau monté sur place. Terme suisse-roman. En allemand, Lägerfass a le même sens.

LEIZETTE, s. f. Petit lézard. Voyez [LINZETTE].

LÉMENTE, s. f. C'est sous ce nom que les campagnards désignent la chouette effraie, strix flammea de Linné, laquelle aime à vivre dans nos habitations. Les autres espèces de chouettes, celles qui ne sont pas stationnaires, vivent dans les bois. R. lamenter.

LE MOINS DES MOINS. Le moins, au moins. Combien de temps durera ton voyage?—Six semaines pour le moins des moins. Expression curieuse, usitée sans doute ailleurs, mais que je n'ai vue consignée nulle part.

LENDE, s. f. Voyez [LANDE].

LENT, s. m. Cette viande sent le lent. Le lard prend très-vite un goût de lent. On dit en français: Un goût de relent.

LENTILLÉ, ÉE, adj. Lentilleux, semé de taches. Visage lentillé; peau lentillée. Notre mot de lentillé a un sens plus étendu que le mot français correspondant. Nous disons qu'une robe est lentillée, lorsqu'elle est tachée de boue. Me voilà toute crottée et lentillée. En français, lentille signifie: Tache de rousseur.

LE PLUS SOUVENT. Expression railleuse et populaire, par laquelle on nie ou on infirme ce qu'une personne vient d'avancer. Eh bien, Pierroton, est-il vrai que ce fameux héritage dont tu nous parlais, te passera loin du nez?—Oui, mon cher, le plus souvent. Ne partez pas avant moi, Messieurs; vous avez promis de m'attendre.—Oui, oui, le plus souvent; c'est-à-dire: N'y compte pas; ne t'imagine pas qu'on t'attende. Dans le français populaire on dit en ce même sens: Plus souvent.

LES, pron. pers. Les paysans emploient sans cesse les (accusatif) pour «leur» (à eux). Les blés souffraient beaucoup: cette pluie les aura fait du bien. Si ces messieurs aiment les croûtes dorées, on les en fera manger. Vos deux bouèbes font bien du train, maître Antoine.—Je les ai pourtant bien dit de se taire; mais je vais les parler sur un autre ton. Voyez [LA], t. II, p. 9.

LÉSINEUX, EUSE, adj. et subst. Être lésineux; devenir lésineux. Ce riche Oswald est un lésineux. Dites: «Lésineur, lésineuse.»

LESSIVE, s. f. Prononcez lé-ci-ve et non pas le-ci-ve.

LESSIVE, s. f. Ne dites pas: Avoir la lessive. Nous avons la lessive après-demain. Dites: Faire la lessive. Nous faisons la lessive après-demain.

LEUR, LUI, pron. pers. C'est parler mal que de dire avec les Méridionaux: Je leur suis parent, vous lui êtes cousin, etc.; il faut dire: Je suis leur parent, vous êtes son cousin.

LEURRE (UNE). Ce mot est aujourd'hui masculin; il était féminin dans l'ancien français. [Voyez le Dictionnaire français-anglais de Cotgrave.]

LEVAINS, s. m. pl. Mettre des levains aux pieds. Expression suisse et savoisienne. On dit en France: Sinapisme. Mettre des sinapismes.

LÉVE, s. f. Terme de chasse. Oiseau qui sert d'appeau.

LÉVE, s. f. Terme de certains jeux de cartes. Levée.

LÉVE, s. f. Terme des campagnards. Trouvaille, bénéfice. Faire une léve. S'emploie d'ordinaire ironiquement. Oh! la belle léve! C'est-à-dire: La belle chose! Le beau venez-y-voir! Le beau rien-du-tout!

LEVER LA TABLE. Desservir, dégarnir la table, ranger le couvert. Il faut lever la table, Josette; mais vous laisserez la nappe.

LEVER LE COUDE. Hausser le coude, boire beaucoup, faire excès de boissons enivrantes. Français populaire.

LE VOICI QU'IL... Dites: «Le voici qui. Le voici QUI vient. La voici QUI approche. Les voici QUI nous cherchent. Les voici QUI arrivent par le bateau.» Remarque importante et trop négligée.

LEVRAUT, s. m. Instrument à peser, peson, sorte de romaine. Terme suisse-roman et jurassien. En Savoie on dit: Levré ou levrai; en vieux français, lièvre. R. libra. Le Dictionnaire français-anglais de Cotgrave, lequel a enregistré une foule de provincialismes, n'a pas oublié levrault.

LIADIÈRES, s. f. pl. Nom que l'on donne, sur le lac de Genève, à certains courants irréguliers qui se forment parfois dans les eaux à différentes époques de l'année, et entraînent les bateaux malgré les efforts des rameurs. Ces courants vont tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, et n'ont aucun rapport avec le courant qui amène les eaux du Valais à Genève. [P. G.]

LIASSE DE CLEFS, s. f. Trousseau de clefs, trousse.

LIASSE DE LINGES, s. f. Trousse de linges.

LIASSE D'OGNONS. Glane. Liasse de porreaux, liasse de radis, liasse de raves, liasse de scorsonères, etc. Dites: Botte de porreaux, botte de radis, botte de raves, botte de scorsonères. En français, «Liasse» signifie: Paquet de papiers, amas de papiers liés ensemble.

LICHEFRITE, s. f. Lèchefrite, ustensile de cuisine.

† LIERRE (LA). Boire sur la lierre. Ce féminin est un reste du vieux français. Depuis le commencement du dix-septième siècle on dit: «Le lierre.»

† LIÈVRE (UNE). Ce solécisme nous vient du patois (nă lîvră) et du vieux français. Dans le canton de Vaud, en Savoie et en Franche-Comté, les campagnards disent aussi: Une lièvre. En provençal, lèbre (lièvre) est féminin. Une des vallées des Vosges s'appelle vallée de la Lièvre.

LIGNU, s. m. Ligneul, fil poissé des cordonniers. On dit à Lyon: Ligneux; en Languedoc et en Provence, lignoou. Tirer le lignu, c'est: Exercer l'état de cordonnier.

LIMACE, s. f. Se dit figurément d'une personne lente, molle et nonchalante. Je vois venir notre limace. Arriveras-tu enfin, limace que tu es?

LIMOGE, s. m. Coton filé rouge, dont on se sert pour marquer le linge, etc.

LIN, s. m. Nous disons proverbialement: Se faire au lin de quelqu'un, pour: Se faire à ses habitudes, à ses goûts, à ses manières; adopter ses sentiments et ses opinions. Ce terme nous vient des campagnards. Lin est un mot patois qui signifie: «Lien.»

LINCEUIL, s. m. Linceul, drap de toile, drap mortuaire. Linceuil appartient au vieux français.

LINGE, s. m. Nous disons proverbialement d'une personne très-pâle: Elle est blanche comme un linge. Expression inconnue aux dictionnaires.

LINGÈRE, s. f. Ouvrière en linge. En France on appelle «Lingère» celle qui fait le linge et qui le vend.

† LINZARD, s. m. Lézard. Regarde voir ce linzard, Jacques.—Ensauve-toi, nigaud, c'est une serpent. Le féminin est linzarde.

LINZETTE, s. f. Petit lézard.

LIONS, s. m. pl. Terme des campagnards. Se dit d'un mélange de légumes secs, comme fèves, haricots, lentilles, pois, dont on fait une soupe, qui s'appelle soupe aux lions, parce que le bouillon en est bien lié et très-farineux. [P. G.]

† LIQUERNE, s. f. Lucarne.

LIQUETTE, s. f. Très-petit bateau à pointe carrée; batelet pour une seule personne. Dans le canton de Vaud on dit: Liquette, loquette et lequette; à Neuchâtel, loquette. Ces divers termes semblent formés du mot patois likà ou lekà, lequel signifie: «Glisser.»

LIQUEURISTE, s. m. Liquoriste.

LISERET, s. m. Poser un liseret; mettre un liseret. Terme de couturière. Écrivez et prononcez «Liseré.»

LISIER ou LISIÉ, s. m. Eau de fumier, eau grasse. Dans le canton de Vaud on dit: Lisier, lisé ou lusé.

† LISSIVE, s. f. Lessive. Mettre la lissive; tremper la lissive; couler la lissive. Terme suisse-roman, savoisien, franc-comtois et parisien populaire. R. lixivia. A la fin du seizième siècle on écrivait encore avec un x, lexive.

LISSU, s. m. Lessive, eau de cendres, eau détersive, rendue telle par la cendre ou par la soude. Du lissu sec. La couleuse, avant les chaudes, lave dans le lissu les ustensiles de cuisine les plus communs. Terme suisse-roman. En Savoie, à Lyon et en Dauphiné, on dit: Lissieu; en Provence, lissiou; en Franche-Comté et dans le Berry, lessu; à Bordeaux, lessif. R. lat. lix, licis.

LISTE, s. f. Bande mince de bois, règle de bois mince et étroite. Ajuster une liste. Terme suisse-roman, savoisien, méridional et vieux français.

LITEAU, s. m. Latte, morceau de bois refendu selon son fil, long, mince et étroit. Mettre des liteaux, clouer des liteaux. Les liteaux du plafond. Ce terme, peu usité en France, et qui ne figure point dans le dictionnaire de l'Académie, n'a pas, dans les dictionnaires qui l'ont recueilli, la signification genevoise.

LITELAGE, s. m. Lattis, ouvrage de lattes.

LITELER, v. a. Latter, poser des liteaux. Liteler une paroi; liteler un plafond. Paroi litelée. Dans le patois limousin on dit: Listela.

LOIN (ÊTRE). Être parti, s'être retiré. Les sauteurs de corde sont loin. Nos deux voyageurs étaient à peine loin que l'incendie éclata. Expression très-répandue.

† LOINTEUR, s. f. Éloignement, distance. J'avais marché sans le savoir sur le nid de ces guêpes, et elles me poursuivirent à une très-grande lointeur.

† LOIRIE, s. f. Hoirie, héritage, succession. Sur le conseil de Mr le notaire, nous avons accepté la loirie. Expression des campagnards.

LONG, s. m. S'étendre de tout son long. Les dictionnaires disent: «S'étendre tout de son long.»

LONGE, s. f. Une voiture à longe. Terme suisse-roman et savoisien. En France on dit: «Une voiture à flèche.»

† LONGE (À LA), loc. adv. A la longue. Un peu de patience, Monsieur, à la longe vous en viendrez à bout.

LONGEOLE, s. f. Terme de boucherie. Andouille. En patois: Landiùle. Au sens figuré, longeole se dit d'une femme ou d'une fille très-grande et très-maigre. Se dit aussi des choses. Quelle longeole de pipe tu as là. Nos jardiniers donnent plus particulièrement le nom de longeole à une sorte de longue pomme de terre.

LONG FEU. Au sens figuré, faire long feu en quelque endroit, signifie: Y demeurer longtemps, s'y arrêter, y séjourner. J'ai dû me rendre à l'invitation d'Ambroise, mais je n'y ai pas fait long feu.

† LOQUET, s. m. Hoquet. Avoir le loquet. Souffrir du loquet. Terme parisien populaire, etc. Loquet s'est formé de «hoquet,» par addition de l'article le en tête du mot.

LORGNE, s. m. Oiseau de notre lac, espèce de plongeon.

† LOTON, s. m. Laiton. Une montre en loton. On lit dans une Ordonnance du Petit Conseil sur les monteurs de boîtes, en l'an 1710: «Est défendu à tous maîtres de faire aucun mélange dans leurs ouvrages d'or avec du loton.» Terme suisse-roman, savoisien et piémontais.

† LOTTE (UNE). Une hotte. Il tomba, ayant sur le dos sa lotte pleine de terraille. Terme suisse-roman et savoisien. Après avoir dit: «La hotte,» en aspirant l'h, on a dit: L'hotte, sans aspiration; puis beaucoup de personnes s'imaginant que lotte était le substantif lui-même, elles y ont joint l'article, et nous avons eu l'expression la lotte.

LOUETTE, s. f. Luette, épiglotte. Avoir la louette basse. Terme français populaire.

LOUISE, s. f. Jeton de cuivre à l'usage des enfants dans certains jeux. Payer avec des louises. Au jeu de l'oie on marque d'ordinaire avec des louises.

LOUP, s. m. (fig.) Terme des campagnards. Écuyer, faux bourgeon qui croît au pied d'un cep.

LOURD, adv. Beaucoup, considérablement. Tu as là de bien beaux pistolets, mais ils doivent t'avoir coûté lourd.

LOURDEUR, s. f. Pesanteur. Elle se plaignit tout à coup d'une lourdeur dans la tête qui nous inquiéta. Ce sens du mot lourdeur n'est pas dans les dictionnaires.

LOURDISE, s. f. Lourderie, faute grossière contre le bon sens ou contre la bienséance. Faire lourdise sur lourdise. Les dictionnaires disent que ce mot a vieilli. On s'en sert habituellement chez nous.

LOURIOU, s. m. Loriot, oiseau.

LOUSTIQUE, adj. Gai, content, joyeux, gaillard. Les premiers jours de printemps nous rendent loustiques. Nous n'étions que six à ce repas, mais tous six en belle humeur et loustiques. Comment vous portez-vous, voisin?—Sans être tout à fait loustique, je suis déjà beaucoup mieux. Les dictionnaires français qui ont recueilli ce mot ne lui donnent pas cette signification, laquelle pourtant est la véritable. R. all. lustig.

LOVAT, s. m. Tique de marais, insecte qui s'attache aux oreilles des bœufs et des chiens. Nous disons aussi: Louvat et lovet.

LUC, s. m. Sizerin, sorte de linotte.

† LUCAIRNE, s. f. Voyez [LUQUERNE].

LUCHERAN, s. m. Nom que les campagnards donnent à la chouette et au chat-huant. Dans le patois vaudois on dit: Lutzerou et lutzerein.

LUGE, s. f. Sorte de traîneau sans ferrure, en usage dans les montagnes qui nous avoisinent, et qui sert à transporter le blé, le foin, le bois, etc.

LUGER (SE), v. pron. Terme des enfants. Aller en luge, aller sur un grand ferron. Dans le patois vaudois on dit: Ludji ou liuzi; et dans le dialecte du Jura, se lutchi signifie: Glisser sur la glace.

† LUI LA. Tu crois que je lui la donne, cette belle paume: je lui la prête. Dites: Je LA lui donne, je LA lui prête. Prends ces dix sous, et tu lui les donneras. Dites: Tu LES lui donneras.

LUIRE, v. n. Briller, éclairer. Les yeux des chats et ceux des loups luisent dans la nuit. Expression méridionale, etc.

LUISET, s. m. Petite lucarne. On a dit anciennement: Huiset (diminutif de huis, porte); de là, l'huiset avec l'article, et le luiset.

LUMIGNON, s. m. Sorte de petit lampion, sorte de veilleuse. J'irai me coucher sitôt que vous aurez préparé le lumignon. Expression connue dans le Berry et sans doute ailleurs. En français, «Lumignon» signifie: Bout de la mèche d'une chandelle ou d'une bougie qui achève de brûler.

† LUMINON, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses du mot «Lumignon.» Une boîte de luminons. Terme valaisan, savoisien, limousin, berrichon, etc.

LUNE, s. f. Lunaison, intervalle d'une lune à une autre. Il pleuvra toute cette lune. Faute générale dans le Midi.

LUNE, s. f. Terme d'écolier. Lorsque deux palets ou deux boules se trouvent à une égale distance du but, les joueurs disent: C'est lune. [Glossaire de Gaudy.]

LUPPE, s. f. Huppe, oiseau. Terme vaudois.

LUQUERNE ou LUCAIRNE, s. f. Raccommoder la luquerne. Terme suisse-roman et lyonnais. En français: «Lucarne.» R. lucerna.