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OBÉISSANCES, s. f. pl. La formule suivante de salutation: Je vous présente mes obéissances, n'est pas française. Il faut dire au singulier: Je vous présente mon obéissance.
† OBELONS, s. m. pl. Houblons. Cueillir des obelons. Manger des obelons en salade. Terme savoisien et vieux français.
OBLIGEANCE, s. f. Ce mot signifie: Penchant à obliger, disposition à obliger. Ainsi nous parlons incorrectement quand nous disons: Ayez l'obligeance de me prêter un parapluie. Auriez-vous l'extrême obligeance de m'accompagner ce soir? Mr N** a eu l'obligeance de me promettre des billets de concert. Mais on sera exact en disant: «Votre ami Gustave est un homme d'une grande obligeance; il met dans ses procédés, et dans toute sa manière de faire, une excessive obligeance; on ne saurait porter plus loin l'obligeance et le dévouement.» Remarque un peu délicate et subtile.
OBSERVATION, s. f. Nous disons: Je vous ferai une observation, c'est que..... Permettez-moi une observation. J'ai voulu faire quelques observations à notre jeune avocat, mais il les a mal prises. Il faut dire: Je vous ferai faire une observation, une réflexion, c'est que..... Permettez que je vous fasse remarquer, etc. On ne dit pas non plus: Je vous observerai que..... Il faut dire: Je vous ferai observer que.....
OCCASION, s. f. Nous disons: Auriez-vous occasion d'excellente toile? Si vous aviez occasion de café, je sais un bon coup à faire. Quand vous aurez occasion de maculature, adressez-vous à moi, ou à mon ami Z. Z**. Cette expression, qui n'a point d'équivalent exact en français, est un anglicisme. Occasion, en anglais, signifie: «Besoin.» Mais on dira fort bien: Marchandise d'occasion; livres d'occasion; acheter un piano d'occasion.
OCHON, s. m. Hoche, entaillure, coup. Se donner un ochon; se faire un ochon; recevoir un ochon.
OCHONNER, v. a. Faire des hoches, entailler. S'OCHONNER, v. pron. Se meurtrir. En gravissant la moraine du bois de La Bâtie, notre gamin s'est tout ochonné.
ŒILLETON, s. m. Mignonnette, mignardise, petit œillet dont on garnit les plates-bandes. Dédoubler des œilletons. «Œilleton,» en français, signifie: Rejeton d'œillet, marcotte d'œillet.
ŒUF DE FOURMI, s. m. Dites: Ver de fourmi, nymphe de fourmi. Les œufs de ces insectes sont beaucoup plus petits et presque imperceptibles; ce sont les vers qui en sortent et qui passent ensuite à l'état de nymphes, que nous donnons aux rossignols et à quelques autres oiseaux. [Glossaire de Gaudy.]
ŒULE, s. f. Ou plutôt œulă et oûlă, sont des termes patois qui signifient: «Marmite.» Dans le patois du canton de Vaud on dit: Aulă et eulă; dans le patois de l'Isère, olla; en provençal, oulo; en latin, olla.
ŒUVES ou UVES, s. f. pl. Laite, laitance. Les œuves d'une carpe, les œuves d'une lotte, etc. Dans beaucoup de poissons les œuves sont une nourriture très-estimée. Ce mot a été recueilli par Cotgrave, dans son Dictionnaire français-anglais. Terme vaudois et savoisien. Nous disons aussi: [Lait]. Voyez ce mot, tome II, p. 11.
OFFRE (UN). Un offre gracieux; un offre avantageux. Ce mot était autrefois des deux genres; il est actuellement féminin. Il faut dire: Une offre gracieuse, une offre généreuse, etc.
OFFRIR À..., suivi de l'infinitif. Offrir de. On lit journellement dans nos Petites Affiches: On offre à vendre une bibliothèque; on offre à vendre un canapé et six chaises, etc. Dites: «On offre de vendre;» ou, ce qui revient au même: «On offre à acheter.»
OGNE, s. f. Terme d'écolier. Coup porté par un mâpis sur les articulations des doigts. Être condamné aux ognes; recevoir les ognes.
OGNON, s. m. Tape, coup, contusion. Recevoir un ognon; se donner un ognon; se faire un ognon.
OGNON, s. m. Nous disons d'une personne excessivement propre: Elle est propre comme un ognon.
OH ALORS! Exclamation de surprise. Sais-tu l'aventure de la ménagerie?—Non.—Eh bien! Écoute. Quand les spectateurs y pensaient le moins, le singe, dans un accès de gaîté, s'est jeté sur une belle dame, lui a enlevé son chapeau de velours et s'en est coiffé.—Oh alors! voilà qui est plaisant.
OH! VOILÀ, locution adverbiale qui marque le doute. Combien de temps seras-tu absente, Suzon?—Oh! voilà, un mois ou deux. Aimes-tu ton état de tailleuse, Lisette?—Oh! voilà, on gagne peu, mais l'ouvrage ne manque jamais. Es-tu fatigué de ta course de montagne, Émile?—Oh! voilà, je serai bien aise de me reposer. Cette expression est d'un emploi universel chez nous.
OISEAU, s. m. Fête ou réjouissance, appelée aussi «Papegai.» L'Académie et tous les dictionnaires disent: «Tirer l'oiseau.» On dit à Genève: Tirer à l'oiseau.
† OLIFE, s. f. Olive. Du bon huile d'olife. Dans le patois rouchi on dit: Olife et oulife; en vieux français, olif. [Voyez Roquefort, Supplément au Glossaire roman.]
OLIVE, s. f. Primevère des prés, primevère à fleur jaune. Une plante d'olives; un bouquet d'olives.
OMBRÉE, ÉE, adj. Une promenade ombrée est: Une promenade où l'on est à l'ombre; une promenade où les arbres procurent de l'ombre. Parc ombré; prairie ombrée; sentier ombré. Ce sens du mot «ombré» aurait bien droit, peut-être, de figurer dans les dictionnaires. «Ombragé» n'est pas synonyme d'ombré. «Ombreux» s'en approcherait davantage.
OMBRE-CHEVALIER, s. m. Sorte de poisson particulière à notre lac.
OMBRETTE, s. f. Ombrelle, petit parasol. Terme français populaire et vieux français.
† OMNIBUS, s. f. La grande omnibus. Ce mot est masculin.
OMNIBUS, s. m. Petite dose d'eau-de-vie et de sirop mêlés ensemble dans un verre qu'on remplit d'eau chaude, et qu'on sert chez les débitants de boissons. [P. G.]
OMNIBUSSIER, s. m. Conducteur d'omnibus.
ON, pron. pers. indéfini. Ce pronom tient la place de «nous» ou de «je» dans le langage des gamins. Jacques! Jacques! On va au bois des Frères: en es-tu? On dérochera des nids et l'on avantera des gaules. On a un jardin, nous, avec des poules et un lard. On est sage, nous: on va ramasser du bois pour la grand'mère.
† ONCORE, adv. Encore. Pas oncore.
ONDE, s. f. Se dit de l'eau qui bout. Cuire à grandes ondes, signifie: «Cuire à gros bouillons.» Il faudra deux ondes à cette tisane. Il suffit d'une onde à ces petites herbes. Terme méridional, etc.
ONGLE (UNE). Tu as les ongles bien longues, Alexis. Ce mot est masculin.
ONGLÉES, s. f. pl. Engourdissement douloureux au bout des doigts, causé par un grand froid. Avoir les onglées. Dites: «Avoir l'onglée.»
† OPÉNIÂTRE, adj. et s. Opiniâtre. S'OPÉNIÂTRER, v. pron. S'opiniâtrer.
OPIÂTRE, s. m. Opiat, confection.
ORA, s. f. Air, vent qui souffle. Terme patois, connu en Savoie et en Dauphiné. Dans le canton de Vaud on dit: Aurra, eura et oura. En latin, aura.
† ORAGAN, s. m. Ouragan. Les affreux ravages d'un oragan. Terme savoisien et lyonnais.
ORANGE, s. f. Eau de fleur d'orange. Voyez l'expression: FLEUR DE PÊCHE, t. Ier, p. 211.
ORBET, s. m. Bouton à la paupière, orgelet.
ORDON, s. m. Terme des campagnards. Portion de tâche. Un petit ordon; un grand ordon. Mener l'ordon, signifie: Être à la tête des faucheurs; être à la tête des vendangeurs. Cette expression, qui appartient au vieux français, est fort connue en Savoie, dans le Dauphiné, dans le Berry, à Reims et ailleurs.
ORGANE, s. fém. Une belle organe. Ce mot est masculin. Un bel organe; un organe flatteur; un organe musical.
ORGE D'ULM, s. m. Orge mondé; orge perlé.
ORIGINE (À L'), loc. adv. Dans l'origine, originairement. «À l'origine ce vaste pays (le Brésil) fut peu estimé des Portugais.» [Brédow, Histoire universelle, t. II, p. 116.]
ORIOL, s. m. Loriot, oiseau. En Languedoc: Loriol; à Chambéry, louriot.
ORTEUIL, s. m. Le gros orteuil. Écrivez et prononcez «Orteil.» Le gros orteil; le petit orteil.
† ORTHOGRAPHE, s. m. Un mauvais orthographe. J'ai fait huit mois de Septième, et je n'ai jamais pu attraper un bon orthographe. Ce mot est féminin.
ORTHOGRAPHER, v. a. Orthographier.
ORTHOPÉDISTE, s. m. Ne signifie pas: Redresseur de pieds. Il signifie, d'après l'étymologie grecque: Médecin qui corrige ou qui prévient dans les enfants les difformités du corps. «Orthopédiste» est formé des mots orthos, droit, et païss, païdoss, enfant.
ORVAT, s. m. Plante fort commune, appelée en français: Orvale. Ce que nous nommons orvat des prés, s'appelle: Sauge des prés.
OS, s. m. Se donner un coup là où les Allemands n'ont point d'os, signifie: Se donner un coup à ce nerf du coude que les médecins appellent «Nerf cubital.»
OSSAILLES, s. f. pl. Os de porc. On se régala d'une platelée d'ossailles. Terme savoisien.
OSTRUCTION, s. f. Terme de médecine. Obstruction. Avoir des ostructions au foie. Cette faute nous vient probablement du Midi, où l'on retranche le b dans une quantité de mots, et où l'on dit: par exemple: Oscurité, ostacle, ostination, ostiné.
OT. Dans tous les mots qui se terminent par ot, comme pot, marmot, cachot, sabot, haricot, fagot, huguenot, nous prononçons l'o très-bref, et c'est aussi la prononciation des Méridionaux. Les Parisiens, au contraire, le prononcent long, Pōt, marmōt, cachōt, sabōt, haricōt, tripōt, huguenōt, etc., et c'est la prononciation reçue dans les dictionnaires.
ÔTU-BÔTU, adv. Voyez AUTU-BÔTU, t. Ier, p. 29. Ce mot est aussi substantif. Faisons de toutes ces marchandises un ôtu-bôtu. Terme vaudois et jurassien.
OUÂBLIĂ, s. f. Terme patois. Clématite commune, nommée aussi «Herbe aux gueux» et «Viorne des pauvres.» Certains mendiants roués écrasent les feuilles de cette plante pour se faire des excoriations qui ont l'apparence d'ulcères, afin d'exciter la pitié des personnes auxquelles ils demandent l'aumône, et qui ne sont pas au fait de cette manœuvre. [P. G.]
OUA-OUA, s. f. Terme enfantin. Chien. Regarde le joli oua-oua; caresse un peu ce oua-oua.
OUBLI, s. m. Pain à cacheter. Oubli noir, oubli vert. Boîte d'oublis. Terme suisse-roman et savoisien.
OUBLIEUR, adj. m. Oublieux.
† OÙ CE QU'IL EST? Où est-il? Où ce qu'il demeure? Où demeure-t-il? Où ce qu'il va? D'où ce que tu viens? Français populaire.
OUÏE (L'). Ne dites pas: Avoir l'ouïe fin, avoir l'ouïe délicat, etc. Ce mot est féminin. Ouïe fine, ouïe délicate.
OUÏE, s. f. Nous disons et nous écrivons: À l'ouïe de ces paroles; à l'ouïe de cette déclaration des juges; à l'ouïe d'un semblable aveu, etc. Cette expression, qui manque à la langue française, est à la fois claire et concise, et il y a plus d'un siècle qu'elle est entrée dans le domaine du style réfugié. «A l'ouïe d'un nom aussi respectable que celui de la vertu, il me semble,» etc. [Lenfant, Premier Sermon.] «A l'ouïe de ces mêmes sons,» etc. [Ch. Bonnet, Contemplation de la nature, XIIme partie, ch. 28.] «A l'ouïe de ce qui venait de se passer à Lausanne,» etc. [Mr ***, Le 14 Février, p. 40, 41.]
OURIOU et mieux HOURIOU, s. m. Petit enfant. Expression de la conversation la plus familière. Et les ourious, voisin, comment sont-ils? En Bourgogne, hairai, et en vieux français hoir et hoiret, ont le même sens.
OURIOU, s. m. Loriot, oiseau. On dit aussi: Oriol.
OURLE, s. f. Terme de couturière. Ourlet, repli que l'on fait au bord d'une étoffe. Ourle ronde; ourle plate. En vieux français: Orle.
OURLES, s. f. pl. Oreillons, inflammation des glandes voisines de l'oreille. Prendre les ourles; avoir les ourles. Terme suisse-roman, savoisien et dauphinois.
OURTIE, s. f. Ortie.
OURTILLIÈRE, adj. Nous appelons fièvre ourtillière ce que les gens de l'art appellent en France: Fièvre ortiée, fièvre urticaire.
OU SINON, conjonct. Sinon. Obéis à l'instant, ou sinon... gare! Français populaire.
OUSTE. Le mois d'ouste; à la fin d'ouste, etc. Orthographe et prononciation vicieuses du mot «août,» lequel se prononce outt selon le dictionnaire de l'Académie, et oû selon d'excellents grammairiens. Dans le vieux français, on disait: Awouste. R. augustus.
OUTA, s. f. Terme des campagnards. Cuisine. Dans le canton de Vaud on dit: Outo, otto et otau. Dans le Valais, outto, s. f., signifie: Auberge, cabaret. En vieux français, ost et ostau, logis, maison, hôtel. R. hospitium.
† OUVRAGE (UNE). Ton ouvrage est-elle finie, Joséphine? Tu as fait là vraiment une belle ouvrage! Ce solécisme, qui est une tradition du vieux français, se fait à Paris et sans doute ailleurs.
OVAILLE ou OVALE, s. f. Accident arrivé par une force majeure; désastre qu'on ne pouvait prévoir. Ce terme n'est employé que dans l'expression suivante: Cas d'ovaille. «Les dégâts causés à un fermier par une grêle, par une gelée, par un ouragan, par une inondation, par une invasion ennemie, sont autant de cas d'ovailles.» Terme vaudois. Le tremblement de terre qui détruisit, en 1584, le village d'Yvorne, (canton de Vaud), s'appelle: La grande ovaille. A Neuchâtel et en Franche-Comté on dit: Orvale.