§ I.—Considérations générales sur les paquebots transatlantiques.—Leur création éminemment utile ou pernicieuse, suivant les conditions dans lesquelles ils seront établis.

Jamais ne surgit question plus grave que celle des paquebots transatlantiques.

Si les services de paquebots transatlantiques sont établis dans de grandes proportions et sur des bases solides et durables, si l’entreprise réussit, la France devient l’entrepôt général du commerce des deux mondes; son sol est sillonné de ces innombrables voyageurs, de ces masses de marchandises et de denrées de toutes sortes, que mettent en mouvement les relations entre l’Europe et les autres parties du globe; son commerce surpasse tout à coup celui de toutes les autres nations; les produits et la valeur de son sol sont décuplés; le travail, l’industrie nationale prennent un essor sans borne, un développement incalculable.

La France se crée une marine puissante, qui lui donnera la prépondérance sur toutes les mers, et dans la paix et dans la guerre!

Si, au contraire, l’entreprise échoue, outre l’atteinte qu’en recevra l’amour-propre national, la France perd, à tout jamais peut-être, l’occasion d’acquérir, sur les mers, l’importance et l’influence que devraient lui assurer ses immenses ressources militaires, l’esprit ingénieux, le caractère entreprenant de ses commerçants, ses produits manufacturés, si recherchés dans le monde entier, ses ports et ses quatre cents lieues de côtes, répartis sur trois mers. Et, au lieu de devenir la première puissance maritime du monde, comme elle est la première puissance continentale, elle se trouvera, pour longtemps, reléguée au second ou au troisième rang, et, en vertu d’une épreuve qui passera cette fois pour décisive, car c’est la troisième que l’on tente depuis dix-sept ans, déclarée incapable de lutter, avec les peuples rivaux, sur le terrain des grandes entreprises maritimes et commerciales.

Quant aux compagnies qui deviendront soumissionnaires, et aux capitaux destinés à être engagés dans les services transatlantiques de France, si ces services peuvent satisfaire à toutes les nécessités, à toutes les exigences, et rivaliser avec les lignes anglaises, ce sera pour les actionnaires français une mine d’or inépuisable. Sinon, quelque sacrifice que fasse l’Etat pour les soutenir, elles tomberont misérablement, et ce qui aurait dû faire l’honneur et la richesse du pays, n’aboutira qu’à une catastrophe humiliante et ruineuse.