§ II.—Anciens essais tentés par la France pour l’établissement des lignes transatlantiques.—Échecs principalement dus à la division des services.
Ce n’est pas la première fois que la France tente l’essai de lignes transatlantiques.
Au mois de mai 1840, un projet de loi fut présenté aux Chambres législatives, ayant pour but l’établissement de trois lignes semblables à celles proposées aujourd’hui.—La ligne sur New-York devait partir du Havre.—La ligne sur les Antilles, alternativement de Bordeaux et de Marseille.—La ligne sur le Brésil et La Plata, de Saint-Nazaire.
Le projet de loi fut voté, à la Chambre des députés, par une immense majorité, et, à la Chambre des pairs, à l’unanimité. Il mettait 28 millions à la disposition du ministre de la marine, pour construire 18 bâtiments à vapeur de la force de 420 à 450 chevaux; et il autorisait le ministre des finances à traiter avec une compagnie pour le service du Havre à New-York, moyennant une subvention qui pourrait s’élever jusqu’à 880 fr. par force de cheval.
La ligne du Havre à New-York ne trouva pas de soumissionnaires.
Quant aux constructions entreprises aux frais de l’Etat, après cinq ans d’études et d’essais, on reconnut qu’elles n’offraient pas les éléments d’un bon service, et qu’elles ne pouvaient réaliser les espérances qu’on avait conçues. Ces navires, construits pour porter, au besoin, de l’artillerie, étaient trop lourds et d’une marche trop lente; ils ne pouvaient parcourir, en moyenne, que huit milles[1] à l’heure.
En 1845, le Gouvernement se vit donc forcé de saisir les Chambres d’un nouveau projet de loi, dans lequel il demanda à être autorisé à traiter avec des compagnies commerciales, pour l’exploitation, au moyen de paquebots soit à vapeur, soit à voiles et à vapeur, de quatre lignes principales de correspondance, partant de France, et aboutissant à Rio-Janeiro, à la Martinique ou à la Guadeloupe, à la Havane et à New-York.
Le Gouvernement se réservait donc de fixer le point ou les points de départ; mais il avait compté sans les influences électorales.
La Chambre des députés, en effet, en concluant à l’adoption du projet de loi et en reconnaissant l’avantage des machines de 600 chevaux de force nominale (700 de force effective), détermina que les quatre lignes partiraient du Havre, de Saint-Nazaire, de Bordeaux et de Marseille, et aboutiraient à New-York, à Rio-Janeiro, à la Martinique ou à la Guadeloupe, et à la Havane.
L’époque avancée de la session n’ayant pas permis la discussion de ce projet, l’année suivante vit se formuler un autre rapport de la même commission, qui, cette fois, n’imposait plus au Gouvernement l’obligation de prendre les points de départ déterminés précédemment, mais se bornait à l’autoriser à concéder quatre lignes principales de correspondance, partant d’un ou de plusieurs ports de l’Océan et d’un des ports de la Méditerranée, et aboutissant à Rio-Janeiro, à la Martinique ou à la Guadeloupe, à la Havane et à New-York.
La fin de la législature étant venue encore mettre obstacle à la discussion de cette proposition, deux nouveaux projets de loi furent présentés en 1847, qui rétablissaient les points de départ du Havre, de Saint-Nazaire, de Bordeaux et de Marseille. Un seul des deux projets, relatif à un traité avec la compagnie Hérout et de Handel, pour le service du Havre à New-York, fut adopté; le second n’arriva pas à la discussion, et les événements qui bouleversèrent la France en 1848 ne permirent pas d’y donner suite.
Cependant, la compagnie Hérout et de Handel avait établi, entre le Havre et New-York, le service qui lui avait été concédé; mais, n’ayant à sa disposition que des paquebots incapables de lutter avec ceux des lignes anglaises et américaines, elle se vit bientôt contrainte à abandonner son entreprise.
Ainsi, la question des ports, les intérêts de localité, les influences électorales ont, pendant huit ans, de 1840 à 1848, paralysé les efforts répétés du Gouvernement pour l’établissement des lignes transatlantiques; et peu s’en est fallu qu’aujourd’hui encore, les intentions si grandes et si nationales de l’Empereur ne se soient trouvées en butte aux mêmes influences.