HOMO FUGE

Il fut vu, en sa main ainsi piquée, un écrit comme d’un sang de mort, en ces mots latins : « O Homo fuge ! » qui est à dire : O homme, fuis-t’en de là, et fais le bien.

La légende de Fauste.

I

Sur l’arbre et la bête de somme,

Sur le fauve altier, et sur l’homme

Inutilement révolté,

Monstre de pleurs et de sang ivre,

DÉSIR formidable DE VIVRE,

Tu fais peser ta volonté.

II

Pour vaincre l’austère NON-ÊTRE

Tu dis aux succubes de naître,

Et de ta main tu prodiguas :

Les joyaux aux prostituées,

Et les couronnes polluées

Autour du front des renégats.

III

Expert en les dialectiques,

Tu parles et tu sophistiques

Avec ta voix de clair métal :

Et les Tentations pullulent,

Et les Tentations ululent

Dans l’ombre du Ravin fatal.

IV

Car tu sais pour damner notre âme

Faire jaillir la Pure-Flamme

Dans l’œil des hiboux et des freux ;

Tu connais les accoutumances

Des devins, et les nigromances

Et les hocuspocus affreux.

V

Sous la Comète et sous la Lune,

En tunique de pourpre brune,

Très blanche avec des cheveux blonds,

Près du lac où nagent les cygnes,

Ta feinte candeur a des signes

Qui parlent des sentiers oblongs.

VI

A travers les chaudes haleines

Des tabacs et des marjolaines,

De nos vœux, tu guides l’essor,

Où dans sa fière nonchalance,

La Fleur-Charnelle se balance

Pareille au grand lis nimbé d’or.

VII

Mais ta promesse n’est que leurre !

Bientôt, bientôt sonnera l’heure

Du Chevalier au pied fourché,

Et nous savons bien que tu caches

Sous les velours et les panaches,

Toute la hideur du Péché.

VIII

Oh ! qu’il vienne un autre Messie

Secouer l’antique inertie,

Qu’il vienne en ses rédemptions :

Détruire l’œuvre de la Femme

Et te faucher, désir infâme

Des neuves générations.