LA CARMENCITA

Pauvre enfant, tes prunelles vierges,

Malgré leur feu diamanté,

Dans mon cœur, temple dévasté,

Ne rallumeraient pas les cierges.

Pauvre enfant, les sons de ta voix

— Telles les harpes séraphiques —

De mes souvenirs maléfiques

Ne couvriraient pas les abois.

Pauvre enfant, de tes lèvres vaines,

La miraculeuse liqueur

N’adoucirait pas la rancœur

Qui tarit la vie en mes veines.

Pareil au climat meurtrier

Déserté de toute colombe,

Et pareil à la triste tombe,

Où l’on ne vient jamais prier,

— O la trop tard — au cours du fleuve

Inéluctable, je m’en vais,

Ayant au gré des vents mauvais

Effeuillé ma couronne neuve.

I

Dans la basilique où les pâles cierges

Font briller les ors du grand ostensoir,

Sur les feuillets des missels à fermoir

Courent les doigts fins des pudiques vierges.

Elle t’attendait, la vierge aux yeux bleus,

Mais tu n’as pas su lire dans ses yeux —

Dans la basilique, aux clartés des cierges.

II

Dans la chambre rose où les lilas blancs

Mêlaient leurs parfums aux tiédeurs des bûches,

Cette présidente en peignoir à ruches,

Quand elle jouait avec ses perruches,

Sangdieu ! qu’elle avait des regards troublants !

Tu n’as pas cueilli les beaux lilas blancs,

Tu n’as pas cherché les secrets troublants

Du peignoir à traîne avecques des ruches,

Dans la chambre rose où les lilas blancs

Mêlaient leurs parfums aux tiédeurs des bûches.

Oisillon bleu couleur-du-temps,

Tes chants, tes chants :

Dorlotent doucement les cœurs

Meurtris par les destins moqueurs.

Oisillon bleu couleur-du-temps,

Tes chants, tes chants :

Donnent de nouvelles vigueurs

Aux corps minés par les langueurs.

Oisillon bleu couleur-du-temps,

Tes chants, tes chants :

Font revivre les Espoirs morts

Et terrassent les vieux Remords,

Oisillon bleu couleur-du-temps,

Je t’ai cherché longtemps, longtemps,

Par mont, par val et par ravin

En vain, en vain !