CHIMÆRA

J’allumai la clarté mortuaire des lustres

Au fond de la crypte où se révulse ton œil,

Et mon rêve cueillit les fleuraisons palustres

Pour ennoblir ta chair de pâleur et de deuil.

Je proférai les sons d’étranges palatales,

Selon les rites des trépassés nécromants,

Et sur ta lèvre teinte au sang des digitales

Fermentèrent soudain des philtres endormants.

Ainsi je t’ai créé de la suprême essence,

Fantôme immarcessible au front d’astres nimbé,

Pour me purifier de la concupiscence,

Pour consoler mon cœur dans l’opprobre tombé.

Les roses jaunes ceignent les troncs

Des grands platanes, dans le jardin

Où c’est comme un tintement soudain

D’eau qui s’égoutte en les bassins ronds.

Nul battement d’ailes, au matin ;

Au soir, nul souffle couchant les fronts

Des lis pâlis, et des liserons

Pâlis au clair de lune incertain.

Et dans ce calme où la fraîcheur tombe,

C’est comme un apaisement de tombe,

Comme une mort qui lente viendrait

Sceller nos yeux de sa main clémente,

Dans ce calme où rien ne se lamente

Ou par l’espace, ou par la forêt.