ODE

I

Seins des femmes ! ô seins de lis ! ô seins de nacre !

Vos rythmes indolents dorlotent nos blessures.

Leurs lèvres ! vous gardez, en vos calices, l’âcre

Saveur des bigarreaux et des grenades sures.

— Mais, aux bords fabuleux des fleuves du Levant,

J’eus mes rêves bercés aux gazhels des Péris ;

Et, dans l’Antre fatal, la Dame de Mervent

Scella mes yeux pensifs de ses baisers fleuris.

II

Sur la nappe ouvragée où le festin s’exalte,

La venaison royale alterne aux fruits des Iles ;

Dans les chypres et les muscats de Rivesalte,

Endormeur des soucis, ô Léthé, tu t’exiles.

— Mais l’antique hippogriffe au vol jamais fourbu,

M’a porté sur son aile à la table des Dieux ;

Et là, dans la clarté sidérale, j’ai bu,

A pleine urne, les flots du nectar radieux.

III

En ces âges maudits, insultant aux Chimères,

Pareils aux hurlements impurs des filles soûles,

Jusqu’à vos pieds d’argile, ô gloires éphémères,

Montent les hosannas sacrilèges des foules.

— Mais, sous les myrtes blancs de la sainte Délos

Que baigne l’Archipel de ses flux et reflux,

Je crois ouïr mon nom éclatant dans les los

Chantés, en le Futur, aux poètes élus.

C’était le portrait d’une jeune fille déjà mûrissante et presque femme.

Edgar Poe.

I

Mystiques sont, là-bas, les clairs de lune bleus :

O votre front poli nimbé de clair de lune !

Berceuse est la chanson des archipels houleux :

O vos cheveux errants aux brises de la dune !

II

Sous votre pied d’airain, Astarté, foulez-nous :

Voici le Koh-innor, les jades de Palmyre !

Êtes-vous la Madone adorée à genoux ?

Mon âme montera comme un parfum de myrrhe !